Contre les licenciements : « droit de propriété »

Le tract unitaire (issu des syndicats CGT, CFDT, FO des papeteries ArgoWiggins) que nous publions témoigne du regain d’audace et de combativité dont font preuve en ce moment les salariés et leurs syndicats pour contester au patronat le droit de licencier. Le droit de « préemption » ou de « propriété » sur les richesses créées par les salariés est invoqué pour refuser la logique capitaliste.

Lien vers l’original du tract : Va t’en Arjo
« Va t’en », ordonne ArjoWiggins !

Un matin, quelqu’un vous dit : on ferme l’usine, vous avez un an, mais de toute façon vous devez partir. Vous regardez avec tristesse l’usine dans laquelle vous travaillez, puis vous vous dirigez au vestiaire, vous rassemblez vos affaires et vous allez pointer au chômage… Ah Non ? Vous demandez au type qui vous prive de votre gagne-pain, de quel droit il prétend vous déposséder de votre travail, et de l’usine que votre travail a valorisée.

Faut-il s’opposer à cette décision ou évacuer les lieux tout de suite ?

1/ L’ordre de fermeture d’ArjoWiggins repose sur un front Sequana, banques, gouvernement. Ce front est trop fort pour nous ? Cédons le terrain ?
– La décision de fermer l’usine n’a rien à voir avec les défauts de l’usine elle-même, ni le travail, ni la variation des commandes. Tout est lié à la Bourse.
– Cette décision, annoncée le 10 avril 2014, fait suite à un accord secret gouvernement-banques-Sequana, fondé sur le remboursement des créanciers par l’argent récupéré sur la masse salariale.

Nous répondons : cette décision bafoue nos droits les plus élémentaires. C’est nous qui avons créé les richesses dont Arjo Wiggins profite, et c’est sur ces richesses que Sequana spécule en Bourse. Et nous n’avons d’autre mot à dire que : au revoir ?
Nous sommes donc revenus au temps des rois, qui décidaient sans appel ? Nous ne l’acceptons d’autant moins que, si la loi Florange a été intentionnellement vidée de son contenu, une base légale existe, le droit de préemption. Les élus des mairies, des départements, et des régions constituent un point d’appui de lutte contre l’arbitraire.
2/ Abandonner le droit de préemption et notre droit de propriété sur l’usine que nous avons enrichie, pour aller à Pôle Emploi, moyennant une prime qu’on espère très haute ?
– Le chômage de masse est la bombe atomique à la seule disposition des patrons. Quand on entre au chômage, à partir d’un certain âge – 50 ans -, c’est pour toujours. Dans tous les cas, les petits boulots, les boulots précaires vont se suivre.
– Tous les chômeurs sur les listes de Pôle Emploi, seuls 43% en sortent avec un travail. Le plus souvent en CDD, avec des salaires de misère.
– Un délai de carence vient d’être institué par un ANI sur l’UNEDIC, d’au moins 45 jours, avant de toucher les indemnités propres au licenciement.
– La prime « extralégale » tient lieu d’une croyance au Père Noël. Si au début des licenciements massifs dans l’industrie, les primes au départ – à la valise – ont été substantielles (acier, charbon, navale), ce temps des années 1980 est révolu. Le licenciement est tellement libéralisé, que l’acte de licencier est gratuit pour le patron.

Nous répondons : la peur est mauvaise conseillère. Elle conduit à coup sûr au désastre.
– Si nous renonçons au combat, à la solidarité, là, tout de suite, et nous refusons de lutter de façon collective pour la survie des usines ArjoWiggins, alors le tarif de départ de chacun pour Pôle Emploi va être voisin de zéro.
– Si nous abordons immédiatement la négociation d’un PSE sans aucune autre intention que de faire monter les enchères du prix du départ de chacun, alors la suite est archiconnue : les salariés et les syndicats seront non seulement méprisés à la table de négociation du PSE, mais en plus, la direction ouvrira immédiatement des plans de départ volontaire pour accentuer la panique, le sauve qui peut.
– L’angoisse de chacun est bien normale, d’ailleurs les patrons spéculent là-dessus ! Certains se disent, quittons l’enfer de l’incertitude du lendemain, c’est foutu, allons au plus vite à Pôle Emploi. Nous leur certifions que le chômage est un enfer bien plus brûlant que les incertitudes devant nous. Et jamais nous ne voudrons essuyer les reproches de collègues, qui auraient pris la poudre d’escampette, et qui nous diront plus tard : « vous ne nous avez pas prévenu ! »

3/ La lutte de ceux de M Real Alizay a permis non seulement la sauvegarde de centaines d’emplois, mais également la pérennité du site. C’est cette réussite qui nous avait motivé pour revendiquer avec nos camarades de la sidérurgie une loi Florange. Eh bien, ensemble, prenons le chemin qui a été emprunté par ceux de M Real Alizay.
Nous répondons au mépris de l’état major de Sequana, dont la seule vérité est celle de la Bourse, que nous luttons avec détermination pour nos métiers, nos emplois, nos usines. C’est à eux de partir !

S’ils ne veulent plus en jouer, qu’ils nous laissent le camion, son chargement et les clés du camion.
Restons ensemble, solidaires, jouons collectifs !

FILPAC CGT, CFDT, FO

 

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