Mois: septembre 2014

Automne 2014 : panne d’unité syndicale dans un contexte grave

 

L’automne 2014 est jugé gravissime dans le syndicalisme par le contexte politique, social, idéologique, moral. Le gouvernement de « gauche » est totalement discrédité, mais « droit dans ses bottes ». La crise continue et prend une tournure extrêmement inquiétante : une enquête du CREDOC montre que de plus en plus de Français sont tentés par la désolidarisation avec les plus pauvres d’entre eux, et notamment les chômeurs. Le MEDEF, totalement légitimé par le Premier ministre, en rajoute naturellement sur la casse du SMIC (pas supprimé mais concurrencé par un sous-SMIC des salariés les plus éloignés de l’emploi), des 35 heures (pas supprimées, mais concurrencées par de nouvelles dérogations dans les entreprises), des jours fériés (cette fois supprimés, mais pas tous!), etc. Le gouvernement se prépare à traduire son Pacte de responsabilité dans deux lois budgétaires en octobre : la loi de Finances  et la loi de financement de la Sécurité sociale. Au menu : 50 milliards d’économies pour financer les cadeaux aux entreprises, la destruction de pans entiers de la Sécurité sociale, l’asphyxie des hôpitaux.

Dans ce contexte, plusieurs dates d’actions sont annoncées, mais dans un contexte de division syndicale particulièrement aigüe. Une « Convergence des hôpitaux en lutte contre l’Hôstérité » a vu le jour depuis le printemps, soutenue par 80 syndicats hospitaliers, dont la Fédération SUD santé-sociaux, mais pas par la fédération CGT santé-social, dont un grand nombre de syndicats s’implique dans cette Convergence.

La CGT annonce une date de mobilisation le 16 octobre prochain, au moment du débat budgétaire, pour « une reconquête de la sécurité sociale », sous la forme de  rassemblements régionaux, dont un en Ile-de-France et dans les départements limitrophes. Cette date du 16 octobre est issue d’une initiative des fédérations CGT des organismes sociaux (personnels de la sécurité sociale) et de la santé. Mais tout en annonçant rechercher depuis fin août le moyen de l’unité syndicale, la confédération CGT se refuse à proposer une réunion intersyndicale, notamment devant le refus de la CFDT d’accepter d’agir sur les budgets, tout occupée qu’elle est à soutenir de fait les grandes orientations du gouvernement, et notamment le Pacte de responsabilité. La CGT suggère des rencontres bilatérales.

La FSU souhaitait depuis début septembre s’inscrire dans une démarche intersyndicale, mais accepte le cadre CGT des bilatérales.

L’Union syndicale Solidaires s’adresse à toutes les organisations pour proposer « une dynamique unitaire de mobilisation » et donc une rencontre intersyndicale, mais refuse de se rendre à des réunions bilatérales.

Force ouvrière ne fait pas entendre (à cette date, le 25 septembre) de propositions nationales.

Seules les organisations syndicales de retraités organisent une manifestation dans l’unité la plus large le 30 septembre.

Nous mettons à disposition ci-dessous des documents syndicaux permettant la réflexion, et, il faut l’espérer, un rebond.

La Convergence de 80 hôpitaux en lutte : manifestation de 1500 personnes le 23 septembre à Paris :

Pour télécharger le tract cliquez ici

L’appel au 16 octobre des deux fédérations CGT des personnels de sécurité sociale et de la santé :

Les 4 tracts pour l’action du 16 octobre 2014, tous en grève et manifestation

 Campagne « + d’argent pour la SECU ! »

Pour une journée d’action et de manifestation le 16 octobre 2014 à l’occasion du débat sur le PLFSS

Articulation de la campagne « + d’argent pour la SECU ! » des fédérations des organismes sociaux et de la santé action sociale :
- Le tract n°1 de juillet : « Le pacte de responsabilité… »,
- Le tract n°2 d’août : « Emplois supprimés… »,
- Le tracts n°3 de septembre « Salaires bloqués » et Le n°4 « Personnels méprisés »

- Une carte postale pétition éditée à 500 000 exemplaires à destination du président Hollande,
- Une affiche A3 tirée à 30 000 exemplaires,
(ce matériel sera disponible dans les UD aux environs du 20 août).

De plus, 4 meetings en région seront organisés avec la présence des deux Secrétaires Généraux des fédérations CGT des organismes sociaux et santé action sociale.

Dates prévues
- Le 22 septembre 2014 à Lyon,
- Le 29 septembre 2014 à Marseille
- Le 9 octobre 2014 à Paris
- Date à confirmer en Midi-Pyrénées

Les éléments de cette campagne ont pour objectif à réussir le 16 octobre 2014 journée d’action et de manifestation à l’occasion du débat sur le PLFSS


 

L’appel de la CGT : A la reconquête de la Sécurité sociale

A la reconquête de la Sécurité sociale

Cet automne, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2015 entre en discussion à l’Assemblée. Ce débat parlementaire nous concerne tous, car chaque salarié participe au financement de la Sécurité sociale pour permettre à tous d’avoir des droits pour bien vivre, bien se soigner, bien travailler, bien vieillir. C’est cette solidarité qu’il faut défendre, et reconquérir. C’est ce qui la différencie des assurances privées et donc du chacun pour soi !

La CGT a mis deux dates à l’agenda social sur le thème de la protection sociale. D’abord le 30 septembre prochain avec son Union Confédérale des Retraités , la CGT mobilise retraités et actifs pour exiger une revalorisation de toutes les retraites, revalorisation basée sur l’évolution du salaire moyen. Elle appelle, avec neuf autres organisations de retraités, à des rassemblements dans tous les départements le 30 septembre prochain.

Ensuite le 16 octobre, elle appelle les salariés une journée nationale de mobilisations coordonnées en amont de l’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2015 (PLFSS) par l’Assemblée nationale. Cette initiative s’inscrit dans la campagne de reconquête de la Sécurité sociale, tant sur les questions de son financement que de la réponse aux besoins des salariés. Elle est un des versants de la campagne engagée depuis plusieurs mois par la CGT sur le coût du capital. La CGT entend donc articuler les questions des salaires, de l’emploi et du travail avec cette ambition de reconquérir la Sécurité sociale.
Cette journée sera marquée par un rassemblement national à Paris suivi d’une prise de parole avec la participation notamment de syndicats de la Santé et de l’action sociale et des Organismes sociaux. Dans les départements de province, les organisations de la CGT interpelleront les préfectures, les agences régionales de Santé, parlementaires, sous forme de motions, rassemblements et manifestations et la tenue de conférences de presse.


Lettre de l’Union syndicale Solidaires :

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Pour une dynamique unitaire de mobilisation

En Juillet dernier, une partie des organisations syndicales avaient décidé, sans se concerter, de boycotter la Conférence sociale 2014 organisée par le gouvernement, pour réaffirmer un désaccord profond avec la politique menée au service du patronat et l’absence totale d’écoute des organisations syndicales. Ce boycott, qui nous a semblé indispensable, n’est cependant pas suffisant pour faire cesser les attaques contre les salarié-es, retraité-es et les chômeurs/ses. Depuis la conférence sociale, la situation ne s’est pas améliorée, bien au contraire : licenciements, précarité, chômage, salaires bas, gel des salaires dans la fonction publique et des pensions, les attaques se poursuivent et s’amplifient… pendant que le gouvernement offre des dizaines de milliards d’euros au patronat sans aucune contrepartie et aucun contrôle des aides publiques. Chaque nouvelle intervention du patronat, de Hollande ou d’un des ministres en charge des questions sociales nous montre l’importance d’organiser des actions nationales, dans les entreprises et les territoires le plus rapidement possible. C’est pourquoi nous pensons que la responsabilité de nos organisations syndicales en la période est très importante et que nous nous devons d’organiser un cadre vraiment unitaire pour des actions fortes et coordonnées.

En cette rentrée, nous avons pris connaissance, dans les médias, d’une journée d’action annoncée par la CGT le 16 octobre sans qu’au préalable la perspective d’une initiative commune soit proposée entre organisations syndicales. Sans unité syndicale et sans préparation collective sur le fond comme sur la forme, ce type de journée n’empêchera malheureusement pas le gouvernement et le patronat d’avancer, et ne permettra pas non plus d’enclencher une dynamique positive de travail en commun et dans la durée sur le terrain. Voilà pourquoi nous insistons pour que les organisations qui partagent des éléments essentiels d’appréciation sur la gravité des attaques actuelles contre le salariat, agissent ensemble. Nous savons que la division actuelle du mouvement syndical est un affaiblissement de tous, mais nous savons aussi qu’une partie de celui-ci partage une même volonté d’action. Nous ne pouvons nous contenter de rencontres bilatérales entre organisations, comme l’ont proposé la FSU et la CGT, parce que ce type de réunion ne permettrait pas de construire des actions unitaires et ne peut en aucun cas remplacer une véritable intersyndicale. Nous ne pouvons fonctionner ainsi et nous ne participerons pas à celles qui sont actuellement proposées, ce qui ne constitue pas un refus de discuter à l’avenir évidemment.

Aujourd’hui, c’est tous et toutes ensemble, autour d’une même table, que nous pouvons et devons construire les mobilisations à venir. Ce n’est pas ce qui se passe concernant la journée de mobilisation du 16 octobre, ce que nous déplorons. Nous osons espérer qu’à l’avenir nous pourrons nous rencontrer sur de meilleures bases, nous réaffirmons notre attachement à la constitution d’un front syndical de luttes et continuerons à agir dans ce sens.

Solidairement,

Paris, le 22 septembre 2014

144 Bd de la Villette 75 019 Paris
Téléphone : 01 58 39 30 20 Télécopie : 01 43 67 62 14
contact@solidaires.org http://www.solidaires.org
Lettre de l’Union syndicale Solidaires à : CGT, FSU, FO, CFDT, CFTC, UNSA, CGC

 

Labor Notes ou la longue marche d’un syndicalisme par en bas : un dossier Terrains de Luttes

Le site Terrains de luttes, avec qui Syndicollectif a noué un partenariat, publie des dossiers qui reprennent des textes précédemment publiés en ligne. Plusieurs d’entre eux intéressent directement les syndicalistes. Nous présentons ici le dossier n°7:

Labor Notes ou la longue marche d’un syndicalisme par en bas

Friedman pic credit Vt Workers Center

Au pays du capitalisme triomphant, la classe ouvrière fait face à des ennemis particulièrement puissants. A la fin des années 1970, pour lutter contre la chute des taux de profit qu’enregistraient les entreprises américaines, le patronat, et avec lui tout l’appareil d’État, lança une violente offensive contre les travailleuses et les travailleurs. Après une décennie de grèves et de révoltes dans les usines, le mouvement syndical américain connut une défaite historique.

C’est dans ce contexte qu’est né le projet Labor Notes, qui depuis 35 ans maintenant continue de faire vivre les luttes syndicales et le mouvement ouvrier aux Etats-Unis. Cette expérience, surtout connue dans le monde anglo-saxon, Terrains de Luttes a décidé de s’attacher à la faire connaître et à la populariser le plus largement possible.
Pour commencer, nous traduisons ici une intervention que fit Jane Slaughter, une de ses membres fondatrices, devant près de 2000 syndicalistes venus assister à la conférence que Labor Notes organisa début avril à Chicago. Nous proposons ensuite un second texte de la même auteure qui détaille l’utilité de Labor Notes au quotidien, du point de vue des militant-e-s de terrain. Pour compléter cet ensemble, nous avons enfin traduit l’article rédigé par Dan La Botz, un vétéran du syndicalisme américain, dans lequel il donne un aperçu de cette conférence de Chicago de 2014.

TELECHARGER le DOSSIER n° 7 de TERRAINS de LUTTES

Visiter le site de Labor Notes

Recettes patronales pour cuisiner un bon plat de « profits »: un dossier Terrains de luttes

Le site Terrains de luttes, avec qui Syndicollectif a noué un partenariat, publie des dossiers qui reprennent des textes précédemment publiés en ligne. Plusieurs d’entre eux intéressent directement les syndicalistes. Nous présentons ici le dossier n°6:

Recettes patronales pour cuisiner un bon plat de « profits »

Photothèque Rouge/ JMB

Pour s’assurer des bénéfices et des profits records, les grandes entreprises ne sont pas en manque d’imagination. Jeux d’écriture comptables et « comptabilité créative », distinction entre centres de coûts et centres de profits, fausse dégradation des comptes et dettes internes aux groupes, optimisation fiscale, sous-traitance en cascade et externalisation du non respect du droit du travail aux petites entreprises, achats puis reventes d’usines sans syndicalistes, appropriation de brevets et de technologie avant fermeture de site, etc. La panoplie des techniques patronales pour compresser les coûts salariaux et dégager le plus de « marges » est bien rôdée. Le plus souvent les fermetures de site ou tout simplement la dégradation des conditions d’emploi et de travail ne sont pas le résultat d’une « crise » de l’entreprise mais bien plus d’une stratégie de manipulation financières et comptables.

C’est ce qu’illustre Terrains de luttes à partir du cas de quatre grandes entreprises (Molex, Stracel, Vinci et UPS). Comment résister à ces stratégies patronales ? Comment les repérer et les anticiper pour mieux les combattre ? Comment intervenir sur le terrain financier et comptable pour viser le système capitaliste au cœur ? Des questions qui se posent à nous… et quelques outils pour nos luttes !

TELECHARGEZ LE DOSSIER N°6 DE TERRAINS DE LUTTES

Offensives contre le droit de grève en Allemagne

Dans le cadre de notre partenariat avec Terrains de Luttes, nous reprenons ici un texte publié sur ce site.

« Le dialogue, clé du modèle allemand » : c’est sous ce titre que Libération publiait en 2012 un court article présentant les points forts et les points faibles du système social allemand. Ce titre résume assez bien l’argumentaire très largement repris à travers la presse, et qui sert à souligner en contrepoint une prétendue culture du conflit en France. Si l’article de Libération pointe un certain nombre de faiblesses et problèmes, il n’en demeure pas moins que c’est toujours cette idée de « dialogue social » qui est présentée comme le nec plus ultra d’une politique sociale.

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Seulement voilà, le modèle allemand, vu de l’intérieur, se révèle moins enthousiasmant pour les salariés. Le droit de grève comme droit individuel n’y existe pas. Il s’agit d’un droit collectif, porté par le syndicat, dont la mise en œuvre est sévèrement encadrée : il n’est possible de recourir à la grève qu’à l’occasion de l’ouverture de négociations pour l’établissement ou le renouvellement de la convention collective (Tarifvertrag). A cette étape, seule la grève d’avertissement (Warnstreik) est autorisée : le syndicat ne peut mobiliser qu’une partie du personnel. En cas d’échec de la négociation, il faut un vote de 75 % des syndiqués (à bulletin secret) pour déclencher une grève d’ensemble, et si 25 % des syndiqués se déclarent favorables à l’accord, il est alors entériné. Enfin, la grève contre un projet gouvernemental est interdite, et les fonctionnaires sont tout bonnement privés de ce droit. Par conséquent, le dialogue social n’est pas un choix, mais une obligation légale.

Comme si cela ne suffisait pas, la coalition SPD/CDU au pouvoir souhaite renforcer l’encadrement du droit de grève, en imposant le caractère unique de la convention collective s’appliquant dans une entreprise. En clair, aujourd’hui, si un syndicat n’est pas satisfait de la convention signée par un autre syndicat, il peut décider d’organiser la mobilisation pour obtenir une seconde convention. C’est par exemple ce qui s’est produit à la Lufthansa en mars 2014, lorsqu’un syndicat catégoriel de pilotes a appelé à la grève, clouant l’ensemble des avions de la compagnie au sol. Le projet gouvernemental vise à empêcher à l’avenir une telle situation, et donc le risque d’une concurrence entre syndicats qui aurait pour conséquence possible une augmentation des conflits.

Tout ceci permet de comprendre pourquoi, depuis quelques années, le modèle social allemand nous est tant vanté. Pour répondre à cette propagande, Terrains de Luttes a traduit un premier article tiré du bulletin d’information (Netzwerk-Info Gewerkschaftslinke n° 50), d’un réseau de militants syndicaux baptisé Initiative zur Vernetzung der Gewerkschaftlinken (Initiative pour la mise en réseau des gauches syndicales). Ce réseau est implanté dans une douzaine de villes et regroupe quelques centaines de militants syndicaux. S’il dispose d’une certaine audience, son influence réelle sur l’activité syndicale reste toutefois limitée pour le moment.

Le gouvernement cherche à restreindre le droit de grève

Le gouvernement a l’intention de codifier par la loi « le principe de l’unicité de la convention collective ». Dans l’accord de coalition[1], voici ce que les partis entendent par « inscrire dans la loi » : « Afin de remettre au carré le pluralisme syndical et celui des conventions collectives, nous avons l’intention de codifier le principe de l’unicité de l’accord collectif d’après la règle de la représentativité majoritaire dans l’entreprise. Cette loi sera encadrée par des mesures d’accompagnement, afin de respecter les prescriptions de la constitution. »

…Lire la suite du texte sur le site Terrains de Luttes