Nous sommes charlie

Les historiens diront ce que nous vivons. Le syndicalisme (CGT, CFDT, CFTC, CGC, UNSA, FSU, UNSA, Solidaires), et les  associations antiracistes (LDH, MRAP, LICRA, SOS Racisme) ont appelé bien sûr à la gigantesque manifestation populaire du 11 janvier 2015, la plus vaste depuis 1945 semble-t-il. Tout le monde a appelé mais parmi les présents, personne ne s’est senti « appelé ». Le peuple s’est mobilisé lui-même.

Ci-dessous les textes d’appel syndicaux (manque quand même FO) et associatifs.

 

  • communiqué intersyndical

 

Le monde du travail, ensemble, pour les libertés et la démocratie.

Les organisations syndicales françaises s’unissent et se joignent au mouvement citoyen et républicain pour exprimer leur émotion et leur indignation après l’attentat terroriste perpétré contre le journal Charlie Hebdo et face à  tous les actes de violences et d’intolérance.

La Démocratie, la République, la Paix, les Libertés de pensée et d’expression sont des biens communs que nous sommes décidés à défendre face à tous les totalitarismes, aux discours haineux et aux tentatives de division et de stigmatisation.

Dans cet esprit et dans l’unité, les organisations syndicales CGT, CFDT, CFTC, CFE-CGC, FSU, UNSA et Solidaires appellent le monde du travail ainsi que tous les citoyennes et citoyens à se joindre à toutes les initiatives et manifestations organisées ce weekend partout en France dont la marche silencieuse à Paris ce dimanche 11 janvier à 15H00, Place de la République.

Fait à Paris, le 8 janvier 2015

 

Paris, le 9 janvier 2015
Pour une République effective
Aucun mot, aucune formule ne peuvent traduire notre peine : nous pleurons la mort de ceux et celles
qui n’avaient qu’un crayon pour toute arme, et de ceux qui les protégeaient contre ce que nous
pensions impossible. Les individus qui ont ainsi entonné un abominable hymne à la mort ont touché
juste car c’est tout ce que nous aimons qu’ils ont assassiné : l’impertinence, le rire, l’inventivité, la joie
de vivre, la liberté de penser, sans laquelle il n’est pas d’humanité. Et nous avons besoin que cette
peine soit partagée entre tous, ici en France comme partout dans le monde. Ce monde qui a ressenti
que cet événement n’était pas hexagonal mais notre histoire commune.
Bien sûr, il faudra enquêter, juger et sanctionner. Aucune démocratie ne peut accepter de plier face
au fanatisme, à la violence, encore moins quand elle est dirigée contre un de ses piliers, la liberté
d’expression. Bien sûr, c’est dans le cadre de l’Etat de droit que doivent agir les forces de l’ordre.
C’est aussi sans stigmatisation des personnes se réclamant de l’islam que nous devons exprimer
notre rejet de cette barbarie, si nous ne voulons pas entretenir des solidarités malsaines.
L’émotion ne suffit pas. Des voix s’élèvent pour appeler au rassemblement au nom des principes de la
République. Mais de quelle République s’agit-il ? Il n’est pas certain que le mot suffise, en effet, à
partager les mêmes principes ni les mêmes valeurs.
Le constat est terrible : sur fond de crise sociale permanente, la cohésion de notre pays a éclaté.
Racisme et antisémitisme, stigmatisation d’une partie de la population, retour de la vieille antienne du
bouc émissaire dont on ne retient que l’origine, relégation dans des ghettos territoriaux et scolaires,
replis identitaires, ignorance de notre histoire, qu’elle concerne l’esclavage, la collaboration ou le
colonialisme, et ces mots d’exclusion devenus si quotidiens au nom d’une conception dévoyée de la
liberté d’expression. Pire, certains détenteurs de la parole publique n’ont pas su, et parfois pas voulu,
respecter les symboles de l’égalité républicaine.
Ne le dissimulons pas, nous sommes tous responsables de cette situation. Cet échec nous est
commun et nous ne saurions nous dispenser d’un regard critique sur nos propres actions.
Lorsque les principes mêmes de la République sont contredits par la réalité, chacun interpelle celle-ci
dans une sorte de sauve-qui-peut généralisé en lui délivrant injonction d’agir pour son propre sort
sans référence à l’intérêt commun.
S’il est bien que les partis politiques, acteurs essentiels de la vie démocratique, s’emparent de ce
débat, c’est d’abord au citoyen de le mener. Avant même de rassembler les institutions et les
organisations, c’est d’abord les hommes et les femmes de ce pays qu’il faut rassembler autour non
d’une incantation, mais d’une République effective pour tous.
Parce que nous voulons vivre ensemble, sans racisme et sans discriminations, quelles que soient nos
origines, parce que la laïcité sans adjectif, celle qui accueille sans exclure, est la garantie de la paix
civile, parce que nous sommes attachés à chacun des termes fondateurs de la République – Liberté,
Egalité et Fraternité –, nous avons décidé de le dire dans la rue dimanche 11 janvier, sans slogans ni
bannières, simplement pour dire ensemble notre peine mais aussi notre adhésion à une République
dans laquelle chacun peut, sans distinctions, se retrouver. Tel est le sens de notre appel.
Alain Jakubowicz, président de la Licra, Pierre Mairat, co-président du Mrap, Dominique Sopo,
président de SOS Racisme, Pierre Tartakowsky, président de la LDH

 

 

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