L’Europe syndicale, la CES et la Grèce

A la veille du congrès de la Confédération européenne des syndicats (CES) qui débute le 29 septembre à Paris, il est utile de donner quelques aperçus des positions défendues par la CES ces derniers mois face à l’accélération des évènements en Grèce.  Rappelons que nous avions ici publié une interview du président du DGB d’Allemagne (« Il faut en finir avec la légende du grec paresseux » : http://wp.me/p3Yrdd-jN)  et un appel de solidarité de syndicalistes allemands après la victoire de Syriza le 25 janvier dernier.  Les documents ci-dessous sont donnés dans un ordre chronologique. Nous y  ajoutons un communiqué de la Confédération syndicale internationale (CSI).

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  • Mardi 23 juin 2015

Confédération européenne des syndicats :

« Il faut trouver une solution pour garder la Grèce dans la zone Euro »

Le comité exécutif de la Confédération européenne des syndicats a adopté la déclaration suivante lors de sa réunion des 17-18 juin 2015 :
La Confédération européenne des syndicats (CES) exprime sa solidarité avec ses affiliés en Grèce, GSEE et ADEDY, avec les travailleurs et citoyens grecs, à un moment où les risques pour leur pays et pour ses habitants sont majeurs.
Les politiques d’austérité ont amené une profonde crise sociale et humanitaire. Les programmes d’ajustement imposés par les institutions de la troïka devaient permettre d’apporter une solution à la crise de la dette. Au lieu de cela le ratio dette sur PIB a empiré ; le résultat est que la dette est insoutenable. Une restructuration de la dette devrait faire partie de la solution. L’incertitude sur l’avenir de la zone Euro a provoqué des dégâts économiques et politiques dans l’Europe entière.
Il ne reste que peu de temps et les débats douloureux. La Grèce va-t-elle être en cessation de paiement ? La Grèce va-t-elle ou non sortir de l’Euro ? Ce sont les questions qui dominent dans les capitales européennes.
Il faut trouver une solution pour garder la Grèce dans la zone Euro, assurer la stabilité de la monnaie, sans quoi il n’y aura ni investissements, ni croissance, ni création d’emploi en Europe. Abandonner la Grèce à elle-même serait une voie dangereuse pour la stabilité géopolitique du sud-est de l’Europe.
La CES appelle les dirigeants politiques à sortir des politiques punitives actuelles et à prendre des décisions fondées sur les intérêts des travailleurs et des citoyens en Europe. Ils seraient les premiers à souffrir si la Grèce venait à faire défaut ou à sortir de la zone Euro.
  • Communiqué CES du 1er juillet 2015

La CES soutient le syndicat grec appelant à l’annulation du référendum

La Confédération européenne des syndicats (CES) soutient la Confédération générale des travailleurs grecs (GSEE) qui a, aujourd’hui, demandé l’annulation du référendum.

Lors d’une séance plénière convoquée ce mercredi 1er juillet 2015, le syndicat grec a déclaré :

« La GSEE pense que la tenue d’un référendum est un droit démocratique, constitutionnel et inaliénable des citoyens grecs et est conforme aux traditions européennes.

Toutefois, le processus même du référendum actuel, le moment choisi, sa qualité et son contenu sont banalisés dans un cadre de faux dilemmes et de précipitation et pourraient mener à des situations incontrôlables et diviser la société grecque.

La Confédération s’oppose fermement à toutes les formes de protocoles émanant des créanciers ou du gouvernement et à toutes leurs implications qui seraient préjudiciables au monde du travail et au peuple grec.

Notre position est tout aussi non négociable s’agissant de la poursuite de l’orientation européenne de notre pays et de la place de la Grèce en Europe et dans la zone euro.

La question soumise à référendum est fallacieuse et les choix irresponsables et générateurs de discorde posés par des forces extrêmes tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la Grèce mènent notre pays vers des aventures tragiques.

Nous exigeons l’annulation immédiate du référendum.

En tant que principale organisation syndicale des travailleurs du secteur privé en Grèce, nous envoyons un message clair dans toutes les directions :

L’orientation européenne de notre pays est non négociable.

Nous disons oui à l’Europe des peuples et de la solidarité !

Nous disons oui à la monnaie commune et à une Europe fédérale !

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  • Après le référendum : communiqué CES du 6 juillet 2015

Les dirigeants de l’UE ont la responsabilité historique de trouver un compromis raisonnable avec la Grèce – 6 juillet)

Commentant le référendum grec et ses conséquences, la Secrétaire générale de la Confédération européenne des syndicats, Bernadette Ségol, a déclaré :

« Le peuple grec a voté contre le chômage, la pauvreté et les politiques d’austérité qui ont rendu sa dette insupportable. Les gens ne doivent pas être pénalisés pour la manière dont ils ont voté.”

« Les dirigeants de l’UE ont la responsabilité historique de trouver un compromis raisonnable. La décision ne devrait ni être technique, ni être laissée à la BCE, elle doit être politique.”

« Nous sommes à un tournant de l’histoire de l’UE. L’UE devrait prendre le temps de réfléchir avant de pousser la Grèce hors de la zone euro. Le moment est venu de montrer ce que signifie avoir une Union européenne.”

« L’austérité et les coupes budgétaires ont gravement déstabilisé la société grecque et précipité plus d’une personne sur trois sous le seuil de pauvreté. »

Les syndicats européens réclament un « compromis raisonnable » sur la Grèce

Au lendemain du référendum en Grèce, la Confédération européenne des syndicats (CES) a demandé dans une lettre ouverte, adressée, mardi 7 juillet, à Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne,  Martin Schulz, président du Parlement européen, Donald Tusk, président du conseil européen, Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne (BCE), Jeroen Dijsselbloem, président de l’Eurogroupe et Christine Lagarde, directrice général du Fonds monétaire international (FMI), une reprise des négociations « en bonne foi, avec l’objectif de trouver un accord socialement juste et économiquement soutenable avec le gouvernement grec ».

« Des solutions doivent être trouvées pour garder la Grèce dans la zone euro et dansl’Union européenne, affirme d’emblée ce texte dont la première signataire est Bernadette Ségol, secrétaire générale de la CES. Il faut maintenant faire preuve de leadership politique et oublier l’approche technocratique. Le peuple grec a voté contre l’austérité, le chômage et la pauvreté, qui ont rendu la dette grecque insoutenable. Ils n’ont pas voté contre l’UE ou contre l’euro. »

« Nous considérons, poursuit la lettre ouverte, que ce référendum est un signal clair que les politiques imposées au cours des cinq dernières années sont insupportables socialement et ont échoué économiquement. Les citoyens ne doivent pas être pénalisés pour leur vote. Les leaders européens sont devant une responsabilité à laquelle ils ne peuvent échapper, ils doivent trouver un compromis raisonnable. La solution ne peut être uniquementtechnique ou laissée à la BCE ; elle doit être politique. »  Les responsables politiques européens ainsi interpellés sont invités à « bien réfléchir avant de pousser la Grèce hors de la zone euro ».

La CGT en retrait

Comme pour donner plus de solennité à cette démarche, qui est intervenue juste avant le sommet de l’Eurogroupe sur la Grèce, la lettre ouverte est signée par les dirigeants des principales organisations syndicales européennes, avec à la fois Reiner Hoffmann, président du DGB allemand et Yannis Panagopoulos, président de la Confédération générale des travailleurs grecs (GSEE). Figurent aussi parmi les signataires Frances O’Grady, secrétaire générale des TUC britanniques, les secrétaires généraux des deux confédérations belges, la FGTB et la CSC, Erich Foglar, président de l’OGB autrichienne, Susanna Camusso, secrétaire générale de la CGIL italienne, les secrétaires généraux des deux confédérations syndicales espagnoles, l’UGT et les Commissions ouvrières. Le texte est également paraphé par les dirigeants de syndicats néerlandais, bulgare et tchèque.

Dans la première diffusion de la lettre ouverte, Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, était le seul signataire pour la France. La CES a précisé depuis que les dirigeants des quatre autres syndicats membres de cette organisation – Philippe Martinez pour la CGT, Jean-Claude Mailly, pour Force ouvrière, Philippe Louis pour la CFTC et Luc Bérille pour l’UNSA – avaient également apposé leur signature.

La centrale de Philippe Martinez avait fait entendre sa propre petite musique en voyant dans le référendum « d’abord un refus de l’austérité imposée au peuple grec depuis plus de cinq ans. Ce sont les travailleurs, les plus pauvres et les plus faibles , qui font les frais de politiques inspirées par l’idéologie néo-libérale« . Dans son communiqué, la CGT avait surtout tiré des conclusions plus générales sur l’avenir de l’Union européenne, jugeant que « les Grecs se sont exprimés en faveur d’une Europe plus solidaire, plus sociale, plus humaine et surtout, plus démocratique« . « Ce vote des Grecs, affirme-t-elle, donne de l’espoir aux citoyens d’Europe qui sont sous le joug des programmes d’austérité et qui veulent s’en sortir« . « Oui, il y a une alternative : une Union européenne sociale, juste, solidaire et qui protège les plus faibles et prend en charge les plus pauvres », ajoute-t-elle.

Tout en observant que « le référendum ne portait ni sur l’appartenance à la zone euro, nisur l’Union européenne« , la CGT se situait en retrait par rapport à la lettre de la CES en ne faisant aucune allusion à une reprise des négociations ou à la recherche de compromis pour trouver une issue à la crise. Elle se bornait à souligner qu' »il s’agit maintenant de rester vigilant pour que l’expression démocratique du peuple grec soit respectée et mise en oeuvre. Ceci concerne tous les Européens désormais ».

Les résultats du référendum qui a eu lieu dimanche en Grèce confirment, pour la deuxième fois en moins de six mois, que la population grecque rejette résolument les politiques d’austérité à cause desquelles plus d’un quart des travailleurs et des travailleurs du pays ont perdu leur emploi.

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  • 28 juillet 2015 :

  • Lettre ouverte de la Confédération Européenne des Syndicats aux responsables politiques européens

LETTRE OUVERTE

·         aux chefs d’États et de Gouvernements de l’UE,

·         à Jean-Claude Juncker, Président de la Commission européenne,

·         à Martin Schulz, Président du Parlement européen,

·         à Donald Tusk, Président du Conseil européen,

·         à Xavier Bettel, Président du Conseil de l’Union européenne,

·         à Mario Draghi, Président de la Banque centrale européenne,

·         à Jeroen Dijsselbloem, Président de l’Eurogroupe,

·         à Christine Lagarde, Directrice générale du Fonds monétaire international.

Madame, Monsieur,

Les événements qui se déroulent en Grèce ont une signification historique.  Des solutions doivent être trouvées pour garder la Grèce dans la zone Euro et dans l’Union européenne.  Il faut maintenant faire preuve de leadership politique, et oublier l’approche technocratique.

Le peuple grec a voté contre l’austérité, le chômage et la pauvreté, qui ont rendu la dette grecque insoutenable.  Ils n’ont pas voté contre l’UE ou contre l’Euro.

 Nous considérons que ce référendum est un signal clair que les politiques imposées au cours des cinq dernières années sont insupportables socialement et ont échoué économiquement.  Les citoyens ne doivent pas être pénalisés pour leur vote.

Les leaders européens sont devant une responsabilité à laquelle ils ne peuvent échapper;  ils doivent trouver un compromis raisonnable.  La solution ne peut être uniquement technique ou laissée à la BCE; elle doit être politique.

Nous sommes convaincus que les leaders européens doivent bien réfléchir avant de pousser la Grèce hors de la zone Euro.  C’est maintenant qu’il faut montrer ce que signifie être dans une Union européenne.

Nous vous appelons à reprendre les négociations en bonne foi, avec l’objectif de trouver un accord socialement juste et économiquement soutenable avec le gouvernement grec.

Je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de ma plus haute considération.

Bernadte Ségol

Secrétaire générale CES

Reiner Hoffmann

Président DGBIgnacio Fernandez Toxo

Président CES et Secrétaire général CC.OO

Yannis Panagopoulos

Président GSEE

Frances O’Grady

Secrétaire générale TUC

Rudy De Leeuw

Président FGTBMarie-Hélène Ska

Secrétaire générale CSCSusanna Camusso

Secrétaire générale CGILCatelene Passchier

Vice-Présidente FNVCandido Mendez

Secrétaire général UGT-EErich Foglar

Président ÖGBJosef Středula

Président CMKOS

Laurent Berger

Secrétaire général CFDTDimitar Manolov

Président PODKREPA

Bente Sorgenfrey

Présidente FTF

Eduardo ChagasSecrétaire général ETF

Roger Mercatoris

Vice-Président Eurocop

Oliver Röthig

Secrétaire régional Uni-Europa

France Sponem Perez

Présidente Comité femmes de la CES

Les signatiares de cette lettre ouverte sont les membres du comité de direction de la CES.

Des signataires supplémentaires se touvent ici-cas et leur liste sera mise à jour regulièrement :

– Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT ;

– Marc Goblet, secrétaire général de la FGTB ;

– Luc Bérille, secrétaire général del’UNSA;

– Philippe Louis, secrétaire général de la CFTC ;

– Jan Willem Goudriaan, secrétaire général d’EPSU ;

– Martin Romer, secrétaire général d’ETUCE ;

– Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO ;

– Fausto Durante, secrétaire international de la CGIL ;

– Zoe Lanara, secrétaire international de la GSEE ;

– Jim Boumelha, president de la FIJ ;

– Ulrich Eckelmann, secrétaire général d’IndustriAll-Europe ;

– Leonard Barascu, président de CNSLR-Fratia;

– Julio Salazar, secrétaire général d’USO ;

– Nicos Moyseos, secrtéaire général de SEK ;

– Annamaria Furlan, secrétaire générale de la CISL ;

– Carmelo Barbagallo,secrétaire général d’UIL;

– Michele Berti, président du comité de coordination des CSIR ;

– Salvatore Marra, président du comité des jeunes de la CES ;

– Harald Børsting, président de LO-DK ;

– Gabriele Bischoff, conseillère spéciale du DGB ;

– Karl-Petter Thorwaldsson, président de LO-S ;

– Patricia King, secrétaire générale de l’ICTU ;

 

 

  • Position de la Confédération syndicale internationale :

Photo: Marios Lobos

La CSI appelle instamment les institutions créancières, connues par le passé sous le nom de « troïka », à savoir le Fonds monétaire international, la Banque centrale européenne et la Commission européenne, à débloquer l’aide au système bancaire grec, à procéder aux déboursements des prêts précédemment convenus et à engager de sérieuses négociations avec le gouvernement en vue de réduire le fardeau insoutenable de la dette.

La secrétaire générale de la CSI a déclaré : « La population grecque a bien compris une chose que les institutions créancières ne semblent pas comprendre : l’intensification des politiques d’austérité imposées par la troïka durant les cinq dernières années ne fera que prolonger la récession. Les institutions doivent mettre fin à leurs demandes de coupes supplémentaires dans les pensions et les services publics et à la destruction persistante des institutions du marché du travail en échange des paiements des prêts déjà approuvés. Elles doivent plutôt soutenir un programme en matière d’investissement et d’emploi favorable à la croissance en Grèce. »

Et d’ajouter : « L’analyse par le FMI de la viabilité de la dette, publiée jeudi dernier, réaffirme ce que nombre d’organisations, tant en Grèce que dans d’autres pays, disent depuis des années : la Grèce a besoin d’un important allègement de la dette pour que l’économie ait une chance quelconque d’être sur la voie d’une reprise durable ».

 

 

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