FSU

Marianne et les cinq défis du syndicalisme

Article paru dans Marianne. 

Réinventer le syndicalisme, et vite…: cinq défis à relever.
Ouvrage coordonné par Jean- Claude Branchereau et Patrick Brody, Syllepse, 140 p., 10 €.

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Comment relever le déf du syndicalisme au XXIe siècle ? L’affaiblissement et la crise de confiance que traversent les organisations syndicales donnent une idée de l’enjeu. Un vaste chantier auquel des militants de la CGT, de la FSU, de l’Unsa, de la CFDT et de la CFTC, qui se présentent comme « radicaux et réformistes », se sont attaqués dans un ouvrage collectif. En commençant par établir la liste des erreurs et des renoncements. En privilégiant aussi la proximité avec les institutions – patronat et pouvoirs politiques –, les centrales syndicales ont délibérément mis de la distance avec les salariés qu’elles prétendent défendre.
Elles ont produit « des militant(e) s indéboulonnables qui gardent le même mandat pendant des années sous prétexte qu’il n’y a personne pour les remplacer ». Et elles sont passées à côté des mutations du monde du travail en en désertant des pans entiers : ouvriers et employés des PME et des TPE, travailleurs précaires ou sans papiers. Sans oublier, les divisions, les dispersions : « Aujourd’hui, explique Gérard Aschieri, ex-secrétaire général de la FSU, le spectacle qu’offre le mouvement syndical est celui d’un éclatement illisible, qui donne le sentiment d’un spectaculaire retour en arrière. » A cela s’ajoute une perte de confiance généralisée dans l’efficacité collective. La confiance s’est délitée. Comment vaincre le sentiment d’impuissance qui s’est emparé de l’opinion, et renouer avec un syndicalisme de masse menacé d’assèchement ? Si les auteurs ne donnent pas de solutions clés en mains, ils ouvrent des pistes de réflexion : « démocratiser les pratiques » par la consultation permanente des salariés ; privilégier l’unité ; « ouvrir grand les portes et
les fenêtres aux jeunes » ; développer « un syndicalisme d’adhérents ».
Mais aussi « réinventer des liens entre syndicalisme et politique » ; lutter « syndicalement » contre une extrême droite qui progresse dans le monde salarial… Faute de quoi, mettent-ils en garde, le syndicalisme risque de devenir « au mieux un corps intermédiaire de médiation sociale qui accompagne les décisions prises “en haut”, au pis un conglomérat d’appareils ne touchant pas l’ensemble du salariat ». ■
par Perrine Cherchève

Manifestation 15 novembre : la fédération chimie CGT s’engage, l’appel unitaire CGT, FSU, Solidaires de Nantes

Parmi les structures syndicales qui s’engagent le 15 novembre, certaines reproduisent les documents du Collectif Alternative à l’Austérité (AAA) dans leur réseau, mais d’autres élaborent leur propre matériel et leurs propres argumentations pour se joindre à cette action. Nous reproduisons ici les documents de la fédération chimie CGT. A Nantes, il faut noter un appel unitaire CGT, FSU, Solidaires.

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Automne 2014 : panne d’unité syndicale dans un contexte grave

 

L’automne 2014 est jugé gravissime dans le syndicalisme par le contexte politique, social, idéologique, moral. Le gouvernement de « gauche » est totalement discrédité, mais « droit dans ses bottes ». La crise continue et prend une tournure extrêmement inquiétante : une enquête du CREDOC montre que de plus en plus de Français sont tentés par la désolidarisation avec les plus pauvres d’entre eux, et notamment les chômeurs. Le MEDEF, totalement légitimé par le Premier ministre, en rajoute naturellement sur la casse du SMIC (pas supprimé mais concurrencé par un sous-SMIC des salariés les plus éloignés de l’emploi), des 35 heures (pas supprimées, mais concurrencées par de nouvelles dérogations dans les entreprises), des jours fériés (cette fois supprimés, mais pas tous!), etc. Le gouvernement se prépare à traduire son Pacte de responsabilité dans deux lois budgétaires en octobre : la loi de Finances  et la loi de financement de la Sécurité sociale. Au menu : 50 milliards d’économies pour financer les cadeaux aux entreprises, la destruction de pans entiers de la Sécurité sociale, l’asphyxie des hôpitaux.

Dans ce contexte, plusieurs dates d’actions sont annoncées, mais dans un contexte de division syndicale particulièrement aigüe. Une « Convergence des hôpitaux en lutte contre l’Hôstérité » a vu le jour depuis le printemps, soutenue par 80 syndicats hospitaliers, dont la Fédération SUD santé-sociaux, mais pas par la fédération CGT santé-social, dont un grand nombre de syndicats s’implique dans cette Convergence.

La CGT annonce une date de mobilisation le 16 octobre prochain, au moment du débat budgétaire, pour « une reconquête de la sécurité sociale », sous la forme de  rassemblements régionaux, dont un en Ile-de-France et dans les départements limitrophes. Cette date du 16 octobre est issue d’une initiative des fédérations CGT des organismes sociaux (personnels de la sécurité sociale) et de la santé. Mais tout en annonçant rechercher depuis fin août le moyen de l’unité syndicale, la confédération CGT se refuse à proposer une réunion intersyndicale, notamment devant le refus de la CFDT d’accepter d’agir sur les budgets, tout occupée qu’elle est à soutenir de fait les grandes orientations du gouvernement, et notamment le Pacte de responsabilité. La CGT suggère des rencontres bilatérales.

La FSU souhaitait depuis début septembre s’inscrire dans une démarche intersyndicale, mais accepte le cadre CGT des bilatérales.

L’Union syndicale Solidaires s’adresse à toutes les organisations pour proposer « une dynamique unitaire de mobilisation » et donc une rencontre intersyndicale, mais refuse de se rendre à des réunions bilatérales.

Force ouvrière ne fait pas entendre (à cette date, le 25 septembre) de propositions nationales.

Seules les organisations syndicales de retraités organisent une manifestation dans l’unité la plus large le 30 septembre.

Nous mettons à disposition ci-dessous des documents syndicaux permettant la réflexion, et, il faut l’espérer, un rebond.

La Convergence de 80 hôpitaux en lutte : manifestation de 1500 personnes le 23 septembre à Paris :

Pour télécharger le tract cliquez ici

L’appel au 16 octobre des deux fédérations CGT des personnels de sécurité sociale et de la santé :

Les 4 tracts pour l’action du 16 octobre 2014, tous en grève et manifestation

 Campagne « + d’argent pour la SECU ! »

Pour une journée d’action et de manifestation le 16 octobre 2014 à l’occasion du débat sur le PLFSS

Articulation de la campagne « + d’argent pour la SECU ! » des fédérations des organismes sociaux et de la santé action sociale :
- Le tract n°1 de juillet : « Le pacte de responsabilité… »,
- Le tract n°2 d’août : « Emplois supprimés… »,
- Le tracts n°3 de septembre « Salaires bloqués » et Le n°4 « Personnels méprisés »

- Une carte postale pétition éditée à 500 000 exemplaires à destination du président Hollande,
- Une affiche A3 tirée à 30 000 exemplaires,
(ce matériel sera disponible dans les UD aux environs du 20 août).

De plus, 4 meetings en région seront organisés avec la présence des deux Secrétaires Généraux des fédérations CGT des organismes sociaux et santé action sociale.

Dates prévues
- Le 22 septembre 2014 à Lyon,
- Le 29 septembre 2014 à Marseille
- Le 9 octobre 2014 à Paris
- Date à confirmer en Midi-Pyrénées

Les éléments de cette campagne ont pour objectif à réussir le 16 octobre 2014 journée d’action et de manifestation à l’occasion du débat sur le PLFSS


 

L’appel de la CGT : A la reconquête de la Sécurité sociale

A la reconquête de la Sécurité sociale

Cet automne, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2015 entre en discussion à l’Assemblée. Ce débat parlementaire nous concerne tous, car chaque salarié participe au financement de la Sécurité sociale pour permettre à tous d’avoir des droits pour bien vivre, bien se soigner, bien travailler, bien vieillir. C’est cette solidarité qu’il faut défendre, et reconquérir. C’est ce qui la différencie des assurances privées et donc du chacun pour soi !

La CGT a mis deux dates à l’agenda social sur le thème de la protection sociale. D’abord le 30 septembre prochain avec son Union Confédérale des Retraités , la CGT mobilise retraités et actifs pour exiger une revalorisation de toutes les retraites, revalorisation basée sur l’évolution du salaire moyen. Elle appelle, avec neuf autres organisations de retraités, à des rassemblements dans tous les départements le 30 septembre prochain.

Ensuite le 16 octobre, elle appelle les salariés une journée nationale de mobilisations coordonnées en amont de l’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2015 (PLFSS) par l’Assemblée nationale. Cette initiative s’inscrit dans la campagne de reconquête de la Sécurité sociale, tant sur les questions de son financement que de la réponse aux besoins des salariés. Elle est un des versants de la campagne engagée depuis plusieurs mois par la CGT sur le coût du capital. La CGT entend donc articuler les questions des salaires, de l’emploi et du travail avec cette ambition de reconquérir la Sécurité sociale.
Cette journée sera marquée par un rassemblement national à Paris suivi d’une prise de parole avec la participation notamment de syndicats de la Santé et de l’action sociale et des Organismes sociaux. Dans les départements de province, les organisations de la CGT interpelleront les préfectures, les agences régionales de Santé, parlementaires, sous forme de motions, rassemblements et manifestations et la tenue de conférences de presse.


Lettre de l’Union syndicale Solidaires :

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Pour une dynamique unitaire de mobilisation

En Juillet dernier, une partie des organisations syndicales avaient décidé, sans se concerter, de boycotter la Conférence sociale 2014 organisée par le gouvernement, pour réaffirmer un désaccord profond avec la politique menée au service du patronat et l’absence totale d’écoute des organisations syndicales. Ce boycott, qui nous a semblé indispensable, n’est cependant pas suffisant pour faire cesser les attaques contre les salarié-es, retraité-es et les chômeurs/ses. Depuis la conférence sociale, la situation ne s’est pas améliorée, bien au contraire : licenciements, précarité, chômage, salaires bas, gel des salaires dans la fonction publique et des pensions, les attaques se poursuivent et s’amplifient… pendant que le gouvernement offre des dizaines de milliards d’euros au patronat sans aucune contrepartie et aucun contrôle des aides publiques. Chaque nouvelle intervention du patronat, de Hollande ou d’un des ministres en charge des questions sociales nous montre l’importance d’organiser des actions nationales, dans les entreprises et les territoires le plus rapidement possible. C’est pourquoi nous pensons que la responsabilité de nos organisations syndicales en la période est très importante et que nous nous devons d’organiser un cadre vraiment unitaire pour des actions fortes et coordonnées.

En cette rentrée, nous avons pris connaissance, dans les médias, d’une journée d’action annoncée par la CGT le 16 octobre sans qu’au préalable la perspective d’une initiative commune soit proposée entre organisations syndicales. Sans unité syndicale et sans préparation collective sur le fond comme sur la forme, ce type de journée n’empêchera malheureusement pas le gouvernement et le patronat d’avancer, et ne permettra pas non plus d’enclencher une dynamique positive de travail en commun et dans la durée sur le terrain. Voilà pourquoi nous insistons pour que les organisations qui partagent des éléments essentiels d’appréciation sur la gravité des attaques actuelles contre le salariat, agissent ensemble. Nous savons que la division actuelle du mouvement syndical est un affaiblissement de tous, mais nous savons aussi qu’une partie de celui-ci partage une même volonté d’action. Nous ne pouvons nous contenter de rencontres bilatérales entre organisations, comme l’ont proposé la FSU et la CGT, parce que ce type de réunion ne permettrait pas de construire des actions unitaires et ne peut en aucun cas remplacer une véritable intersyndicale. Nous ne pouvons fonctionner ainsi et nous ne participerons pas à celles qui sont actuellement proposées, ce qui ne constitue pas un refus de discuter à l’avenir évidemment.

Aujourd’hui, c’est tous et toutes ensemble, autour d’une même table, que nous pouvons et devons construire les mobilisations à venir. Ce n’est pas ce qui se passe concernant la journée de mobilisation du 16 octobre, ce que nous déplorons. Nous osons espérer qu’à l’avenir nous pourrons nous rencontrer sur de meilleures bases, nous réaffirmons notre attachement à la constitution d’un front syndical de luttes et continuerons à agir dans ce sens.

Solidairement,

Paris, le 22 septembre 2014

144 Bd de la Villette 75 019 Paris
Téléphone : 01 58 39 30 20 Télécopie : 01 43 67 62 14
contact@solidaires.org http://www.solidaires.org
Lettre de l’Union syndicale Solidaires à : CGT, FSU, FO, CFDT, CFTC, UNSA, CGC

 

Suites du 12 avril : une initiative le 21 juin à ne pas manquer


www.fondation-copernic.org

Nous avons besoin de votre soutien : Adhérez !


Nous vous l’annoncions, la marche du 12 avril n’est pas restée sans suite et, depuis cette date, les réunions unitaires se sont succédé, chaque semaine, pour donner corps au large collectif constitué pour coordonner une résistance et des alternatives communes à l’austérité. Nouvelle étape du processus : une première rencontre nationale, ouverte à tou-tes, est organisée le 21 juin pour élaborer ensemble.

 


Chère amie, cher ami,

Nous étions plus de 200, divers-es par nos engagements, personnalités morales, du monde de la culture et des arts, responsables syndicaux, associatifs, politiques, à avoir lancé un appel pour dire le 12 avril : « Maintenant ça suffit, marchons contre l’austérité, pour l’égalité et le partage des richesses ! ».

Par le nombre des participantes et participants, la diversité de ses couleurs, son caractère inédit, sa combativité, la marche du 12 avril a dépassé nos propres espérances et marqué bien des observateurs. Elle a mis un peu de neuf et d’espoir dans le paysage désolant de la séquence électorale qui a vu la poussée de la droite et de l’extrême droite.

Nous avions dit : « Cette marche ne restera pas sans lendemain ». Nous voulons écrire ce lendemain ensemble.

Nous voulions éviter la précipitation et surtout, nous sommes, pour la plupart, engagé-es dans diverses actions. Pour assurer le succès de l’entreprise, le respect de toutes et tous a imposé et impose de tenir compte d’un riche calendrier syndical, social et associatif.

C’est pourquoi nous avons proposé de nous retrouver, toutes et tous le samedi 21 juin pour une journée de travail au cours de laquelle nous déciderons comment continuer.

L’austérité qu’impose le gouvernement Valls va accélérer la casse de la protection sociale et des services publics, accroître le chômage, renforcer les inégalités de revenus, de retraites, entre les territoires, et les inégalités à l’encontre des femmes.

Dans l’esprit du 12 avril – porteur de colères contre le « Pacte de responsabilité », la politique répressive envers les étrangers et les militants syndicaux et associatifs, la montée de l’extrême droite…, mais aussi d’espoir dans des alternatives à l’austérité, pour le droit au logement, l’égalité des droits, la transition énergétique… –, quelques propositions ont déjà été émises :

  • Travail d’élaboration collectif, au plus près des citoyennes et des citoyens, dans le monde du travail, pour des mesures alternatives à l’austérité et à la régression sociale (sorte de « plan ORSEC contre l’austérité »)
  • Votation citoyenne pour se prononcer sur ces mesures
  • Luttes et actions de solidarité
  • Marche nationale ou journée de marches régionales à l’automne.

Ce ne sont là que de premières pistes, et il est essentiel de travailler pour que d’autres émergent et nous permettent de décider ensemble le 21 juin. Toutes les suggestions et contributions sont dès lors les bienvenues.

En espérant donc nous retrouver toutes et tous le :

SAMEDI 21 JUIN DE 9H30 À 17H À LA BOURSE DU TRAVAIL DE PARIS 3, rue du Château d’Eau

Paris 10e – M° République


Cette lettre est destinée à circuler le plus largement possible, n’hésitez pas à la relayer !

Programme de la journée :

RENCONTRE DU 21 JUIN 2014SORTIR DE L’AUSTÉRITÉ, COMBATTRE LES INÉGALITÉS, RÉINVENTER LA DÉMOCRATIE

Cette réunion du 21 juin, dans l’esprit de la manifestation du 12 avril et face à la montée confirmée de l’extrême-droite, poursuivra trois objectifs principaux :

  • Travailler à l’élaboration de mesures d’urgence et de propositions alternatives aux politiques d’austérité
  • Impulser un processus d’actions inscrit dans la durée, sous les formes les plus diverses (dont manifestations, luttes et actions de solidarité, votation citoyenne…) pour résister, proposer et mobiliser
  • Développer dans les territoires des collectifs associant citoyen-nes, personnalités, salarié-es, chômeur-ses, retraité-es, jeunes, représentant-es et militant-es d’associations, d’organisations syndicales, de partis politiques.

9h30 : ACCUEIL

10h- 10h15 : INTRODUCTION

Trois introductions de 5mn des trois composantes syndicaliste, associative et politique.

  • Retour sur le succès de la marche du 12 avril ; rappel de la dimension et du caractère inédits de la marche du 12 avril : co-construction de la marche, travail en commun entre des personnalités, des militant-es d’associations, d’organisations syndicales, de partis politiques…
  • Volonté, conformément au texte d’appel à la marche, de poursuivre en s’organisant dans les territoires, en proposant des mesures d’urgence et des mesures alternatives, en se mobilisant sous des formes variées, multiples, tant au niveau national que dans les territoires, au plus près et avec les citoyen-nes et les salarié-es
  • Les objectifs : sortir de l’austérité, combattre les inégalités, réinventer la démocratie.

10h15- 11h : INTERVENTIONS DE MILITANT-E-S DE SECTEURS EN LUTTE

Fralib, Cheminots, Coordination des hôpitaux (maternité des Lilas),Alstom, Logement, Précaires, Notre-Dame-des-Landes, Sans-papiers, Sanofi, Intermittent-es.

11h–13h : TRAVAIL EN ATELIERS

Atelier n°1  : « Salarié-es, chômeur-ses, retraité-es : sortons de la précarité »

Atelier n°2 : « Reconquérir et développer la Sécurité sociale et les droits sociaux »

Atelier n°3 : « S’attaquer à la finance (banque, finances, dettes fiscalité…) »

Atelier n°4 : « Reconquérir et refonder l’action publique de l’État et des Collectivités territoriales au service de toutes et tous »

Atelier n°5 : « Donner le pouvoir aux travailleurs, aux citoyens dans la cité, les entreprises, les services publics »

Atelier n°6 : « Promouvoir la transition écologique et un nouveau développement industriel »

Atelier n°7 : « Défendre et développer les droits, les libertés »

Atelier n°8 : « Imposer le droit à l’’emploi »

L’animation des ateliers sera basée sur la règle des trois composantes : trois représentant-es pour assurer l’introduction (10 mn), la présidence, l’animation, le compte-rendu oral et écrit.

13h–14h : PAUSE DÉJEUNER

14h : TRAVAUX EN SÉANCE PLÉNIÈRE

Présidence et animation : assurées par trois représentant-es des trois composantes

14h– 14h45 : RESTITUTION DES TRAVAUX DES ATELIERS AVEC DES PROPOSITIONS

14h45–16h : DÉBATS EN SÉANCE PLÉNIÈRE

16h–16h30 : CONCLUSIONS présentées par des représentant-es des trois composantes

Cette rencontre est ouverte à tou-tes, venez donc nombreuses et nombreux vous exprimer et participer à ce grand mouvement unitaire.

Retrouvez le texte de l’Appel et les signataires du 12 avril.

ORGANISATIONS EN SOUTIEN

Formations politiques :

  • Parti communiste français
  • Parti de Gauche
  • Ensemble
  • Gauche Unitaire
  • PCOF
  • République et Socialisme
  • NPA
  • Alternative Libertaire
  • Mouvement jeunes communistes

Associations :

  • Acrimed
  • Amicale Carmagnole-Liberté des anciens FTP-MOI
  • Association pour l’emploi et la formation des chômeurs et des précaires (APEIS)
  • Association pour la Taxation des Transactions financières et pour l’Action Citoyenne (Attac)
  • Association Nationale des Élus Communistes et Républicains (Anecr)
  • Collectif des Associations Citoyennes
  • Collectif Maternité Lilas
  • Coordination des Associations pour le Droit à l’Avortement et à la Contraception (CADAC)
  • Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde (CADTM-France)
  • Collectif national pour les droits des femmes (CNDF)
  • Collectif 37 notre santé en danger
  • Convergence nationale de défense et développement des services publics
  • Coordination des hôpitaux et maternité de proximité
  • Droit au Logement (DAL)
  • Faire front à gauche, Amis de l’Usine (FFG – ADU)
  • Fédération des associations de travailleurs et de jeunes
  • Femmes Égalité
  • Fondation Copernic
  • Initiative pour un autre monde (IPAM)
  • Mrap 93 (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples)
  • Réseau éducation sans Frontière (RESF)
  • Résistance sociale
  • Sortir du colonialisme
  • L’Union des Familles Laïques (UFAL)
  • Union Nationale des Retraités et des Personnes âgées (UNRPA)

Syndicats :

  • CGT Caisse des dépôts et consignations
  • Ecole Emancipée FSU
  • Fédération CGT de l’Agroalimentaire
  • Fédération CGT Equipement Environnement
  • Fédération CGT des Industries Chimiques
  • Fédération CGT des Organismes sociaux
  • Fédération CGT Services publics
  • Fédération CGT des Ports et Docks
  • Fédération des Finances CGT
  • Fédération CGT des travailleurs des industries du livre, du papier et de la communication (FILPAC)
  • Sections Départementales FSU 75, 77, 78, 93, 94
  • Sections académiques du SNES FSU Paris, Versailles
  • Sud Énergie
  • Syndicat Français des Artistes Interprètes (SFA CGT)
  • Syndicat national des journalistes (SNJ CGT)
  • Syndicat national de l’enseignement supérieur (SNESUP FSU)
  • Syndicat national FSU territoriaux SNUCLIAS
  • Syndicat ASSO-Solidaires (Action des Salariés du Secteur Associatif)
  • Syndicat national de la Météorologie – CGT
  • Syndicat national FSU de la caisse des dépôts SNUP-CDC FSU
  • Syndicat national FSU territoires agriculture et de la mer SNUITAM
  • Syndicat national FSU personnels de l’éducation et du social SNPES PJJ
  • Unef – AGE de Clermont
  • Unions départementales CGT 31, 37, 51,56, 66, 75, 77, 78, 82, 91, 92, 93, 94, 95
  • Union générale des Fédérations Fonctionnaires CGT
  • Union régionale d’Île-de-France CGT
  • Union syndicale Solidaires
  • Union Locale CGT du Havre
  • Union nationale des syndicats de l’Éducation nationale (UNSEN CGT)
  • Union syndicale de l’Intérim USI CGT

Syndicalisme et travail : deux univers parallèles?

La question est posée depuis plusieurs années, mais elle est paradoxale : syndicalisme et travail sont-ils dans des registres de préoccupations parallèles, mais sans véritable liens, entre les syndicalistes, les militants et militantes CHS-CT, les chercheurs et chercheuses?

Nous publions d’abord une note de lecture publiée par l’institut de recherche de la FSU (http://institut.fsu.fr), écrite par Gérard Grosse, de l’équipe « travail » de l’institut. C’est un commentaire du chapitre rédigé par Tony Fraquelli, cheminot et psychologue du travail, dans le livre Nouveau siècle, nouveau syndicalisme. Nous signalons ensuite la parution d’un nouveau numéro très fourni de Et voilà le travail, revue coordonnée par Eric Beynel, de l’Union syndicale Solidaires.

 

 

  • Note de lecture (par Gérard Grosse)

Tony Fraquelli, « Regard d’un syndicaliste sur le travail », dans Nouveau siècle, nouveau syndicalisme, Dominique Mezzi (coord.), Syllepse 2013.

Tony Fraquelli est cheminot, syndicaliste CGT et psychologue du travail.
Sa contribution s’enracine sur son expérience de militant syndical. Les réflexions qu’il développe rencontrent celles qui sont au cœur des discussions au sein du chantier travail de l’Institut.
Résumé de son article assorti de quelques rapides remarques.

Il part d’un constat : les syndicalistes ont de plus en plus de difficultés à saisir et agir sur leur milieu de travail. Il s’appuie d’abord sur l’exemple du conflit de 2007 sur les régimes spéciaux de retraite.

Le travail hors-champs
A la SNCF, l’identité professionnelle est forte et les questions de travail (organisation, sécurité, …) sont des ressorts traditionnels de l’engagement syndical. La question des retraites aurait donc dû être une opportunité pour parler du travail et en particulier de la pénibilité. Il n’en fut rien.
En effet, discuter des conditions particulières d’exercice du métier, tenter de réduire les pénibilités et d’améliorer la sécurité, c’était risquer de remettre en cause les bonifications qui en sont la contrepartie, le « prix de la mort ». Et d’ailleurs, une fois la réforme entérinée, c’est encore sous la forme de compensation financière que la pénibilité fut prise en compte.
Il existe, par ailleurs, dans le syndicalisme cheminot une tradition « virile » qui exclut la thématique de la souffrance.
Enfin, et surtout, parmi les 160 000 agents, les métiers différents sont soumis à des pénibilités et à des risques inégaux, d’où la peur de diviser si ces questions étaient évoquées, et le choix syndical de mettre l’accent sur ce qui est commun : le service public et ses obligations, notamment en matière d’horaires de travail.
Cette tension entre l’attention portée au plus près du travail et le souci de faire du commun, autre façon de désigner le micro et le macro, se retrouve très fréquemment dans les interrogations sur le travail et les difficultés à s’en saisir comme d’une question syndicale.

La division du travail syndical
Pour Tony Fraquelli, il existe une fascination du syndicalisme (et de la gauche, voir Bruno Tentin) pour le taylorisme qui contribue à reproduire une division du travail au sein des syndicats, selon laquelle les questions du travail sont dévolus à des « experts » (élus CHSCT, CT…), souvent déconsidérés par rapport aux responsables, qui traitent eux des questions « nobles », politiques.
Ces militants « experts » du travail sont souvent laissés à eux-mêmes et à leur technicité – qui ne fait pourtant pas toujours le poids face aux moyens patronaux – ou contraints à se replier sur des revendications « traditionnelles » (salaire, emploi).
Or, pour lui, le travail est politique. Parce qu’il est « le grand opérateur des antagonismes structurels de la société. Et parce que « prendre soin du métier », le construire collectivement avec les autres professionnels, c’est contester la mainmise du management.
Tony Fraquelli n’évoque pas une autre tentation des syndicalistes confrontés à de complexes questions dans les CHSCT : celle de sous-traiter les enquêtes à des cabinets extérieurs. Si la démarche peut parfois s’avérer nécessaire, le souci, manifesté au sein de la FSU, d’initier des enquêtes conduites par les représentants syndicaux eux-mêmes paraît une démarche syndicale plus mobilisatrice.

Des raisons d’espérer
Le constat dressé par Tony Fraquelli à partir de son expérience de militant syndical éclairée par sa formation en clinique de l’activité, est assez décourageant : le syndicalisme semble « structurellement » incapable de prendre pleinement en charge les questions du travail : santé, sécurité, organisation et sens du travail.
Il reste pourtant optimiste en insistant sur le cours nouveau de la CGT (et d’autres syndicats) qui a fait de la « transformation du travail » un objectif de la confédération. La recherche-action Renault lui semble exemplaire d’une démarche qui « devrait servir de fil conducteur dans la construction du syndicalisme de demain, radicalement tourné vers le travail ».
Il ne sous-estime pas les difficultés d’une mutation dans les manières de faire du syndicalisme : d’une part, les positions confédérales ne sont pas unanimement partagées et se heurtent à des résistances de fédérations, d’autre part, il y a un risque de transformer les syndicalistes en ergonomes, ce qui engage des postures différentes.
Il estime que, sur la question du travail deux courants s’opposent au sein de la gauche syndicale. Pour le premier la transformation du travail résultera des changements politiques et sociaux. Pour l’autre, auquel il se rallie bien sûr, la démocratie dans le travail – grand organisateur de la société – est une condition d’une société démocratique.
C’est sa pratique syndicale qui a conduit Tony Fraquelli à s’engager dans des études de psychologie du travail (clinique de l’activité). Les relations de complémentarité entre « sciences du travail » et syndicalisme mais aussi les tensions entre les deux postures lui sont donc familières.
La référence systématique à la recherche-action Renault, qui date déjà de 2008-2009, qu’on retrouve sous de nombreuses plumes, laisse à penser que, si elle est exemplaire, elle n’a peut-être pas eu, en dépit de l’engagement de la confédération, les suites attendues.

Le savant et le syndicalisme
Tony Fraquelli développe la question des liens entre recherche et syndicalisme. Il remarque que ce sont les sciences sociales du travail (ergologie, psychodynamique du travail, clinique de l’activité) qui ont interpellé le syndicalisme et l’ont conduit à envisager de nouvelles problématiques. Le monde scientifique, en retour, sous peine de sclérose, a tout intérêt à s’appuyer sur les expériences syndicales.
Il plaide pour l’instauration d’un lieu d’échange permanent entre monde de la recherche et monde du syndicalisme.
Il plaide surtout pour une transformation en profondeur de la « posture militante » : en finir avec la division du travail au sein du syndicalisme, retrouver la proximité avec le terrain en passant plus de temps avec les salariés qu’en discussion avec la Direction.
Les contours de ce nouveau militantisme que Tony Fraquelli appelle de ses vœux – dans le cadre de ce que j’aurai tendance à considérer comme un anarcho-syndicalisme rénové – demanderaient à être précisés.
Le chantier travail pourrait avoir sa place dans ce le lieu d’échange qu’il évoque puisque les questions qu’il soulève trouvent un écho très fort avec celles que nos travaux, au sein du chantier, soulèvent.

 

  • Et voilà le travail, bulletin édité par Eric Beynel de l’Union syndicale Solidaires.  logo_solidaires_grand
  • Cliquez : et voila n25 mars 2014
    Au sommaire ce mois:
    Page 1: Pour des CHSCT outils de combats syndicaux
    Page 2: Jurisprudence: Le recours à des salariés en CDD pour effectuer des travaux dangereux est interdit; Dans une entreprise de plus de 50 salariés, chaque salarié doit être couvert
    par un CHSCT; Droit d’alerte sanitaire et environnementale pour les salariés et les représentants en CHSCT : un nouveau registre spécial
    Page 3: Vu du terrain: « Le droit du travail, ce sont les travailleurs qui en parlent le mieux »; Téléphonie: les tunnels sont survoltés;
    page 4: Vu du terrain: SUD BPCE : 2 – Benchmark; Maladies industrielles et mobilisations collective,séminaire organisé par Pascal Marichalar (IRIS) et Laure Pitti (Cresppa-CSU),
    Compte rendu de la séance introductive du 23 janvier 2014;
    page 5 et 6:L’invitée: « On veut un questionnaire » » par Selma REGGUI, Sociologue et ingénieur en électronique, actrice et auteure de la
    conférence gesticulée «L 236-9 coulisses de l’entreprise»;
    page 7: Action syndicale: Expertise à La Poste, PIC Val de Loire par SUD PTT;
    page 8: parutions: infirmière par Diane-Gabrielle Tremblay; Le silence des cadres: enquête sur un malaise par Denis Monneuse; Dictionnaire des risques psychosociaux par Philippe Zawieja et Franck Guarnieri.L’équipe du bulletin remercie tous les contributeurs et contributrices de ce numéro.Comme toujours, vous pouvez toujours adresser toutes propositions d’’articles, informations sur les luttes en cours, annonces de colloques
    et de parutions, idées et critiques à Eric Beynel: eric.beynel@solidaires.orgPour s’abonner ou se désabonner de ce bulletin c’est la même adresse.

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    http://www.solidaires.org/rubrique374.html

    Notre prochain numéro est programmé pour fin avril 2014.

    Bonne lecture.

Unité syndicale : le débat

Syndicalisme unitaire : un objectif hors de portée ?

 

 

Nous avons voulu interroger Dominique Mezzi qui a coordonné le petit livre Nouveau siècle, nouveau syndicalisme, paru aux éditions Syllepse, où plusieurs passages reviennent sur la question de l’unité syndicale et d’un syndicalisme unifié.

Parmi les positions syndicales, si l’unité d’action est en général recherchée (quoique de manière fort différente ou conditionnée selon les organisations), l’objectif d’un syndicalisme unifié n’est pas une référence commune. Même pour ceux qui en font un marqueur jusque dans leurs statuts (la CGT se prononce « pour l’édification d’une seule organisation syndicale », la FSU fait sien l’objectif ancien de la FEN d’une « réunification » ; aucun autre n’en fait une référence statutaire), le problème n’est plus vraiment d’actualité. Bien des militant-es estiment que cette question est devenue utopique, obsolète, voire ringarde. Notamment à cause des divergences stratégiques, par exemple avec la CFDT. Cette contradiction entre unification et divergences stratégiques est évidemment le fond de la question, et je vais y revenir.

Quelques rappels sur les dernières années

La CGT a construit depuis 1992-93, le concept de « syndicalisme rassemblé », sans le définir précisément. Dans ses congrès depuis 1995, elle marque parfois une disponibilité à aller plus loin, notamment à son congrès de Toulouse en mars 2013. La résolution adoptée explique : « …La CGT estime qu’il est possible et souhaitable, dans le cadre d’une démarche ouverte, que le débat sur les évolutions du paysage syndical s’intensifie pour construire et renforcer un syndicalisme rénové de transformation sociale, articulant luttes et propositions. Par exemple, dans cet esprit et sur la base des initiatives communes…, la CGT poursuivra le travail engagé avec la FSU ». Or, rien n’indique depuis que ce travail avec la FSU soit réellement poursuivi. Au congrès précédent à Nantes en 2009, alors que les débats avec la FSU avaient débuté, le congrès n’en avait pas dit un mot…S’il y a donc un progrès dans les écrits, la pratique ne suit guère.

La Fédération syndicale unitaire a toujours eu l’unité chevillée au corps, puisqu’elle la porte dans son nom, et qu’elle hérite d’une histoire où la Fédération de l’éducation nationale (FEN) avait refusé en 1948 la scission donnant naissance à FO et avait défendu la perspective d’une « réunification ». Après 1995, la FSU a proposé la création d’un « Comité de liaison unitaire interprofessionnel » (CLUI). Pendant un court moment, la CGT a paru intéressée. Puis elle change complètement de braquet en tendant la main prioritairement à la CFDT à partir du congrès CFDT de décembre 1998 (contribuant ainsi à isoler les syndicats CFDT oppositionnels). Prend alors consistance l’explication que la CGT est opposée à un «  pôle syndical radical », ajoutant qu’elle n’a pas de partenaire privilégié et qu’elle recherche inlassablement le « rassemblement ». Sans jamais pour autant définir si ce rassemblement est autre chose qu’un front ponctuel (exemple : le rassemblement victorieux contre le CPE en 2006, ou les journées d’action de 2009), ou s’il pourrait devenir plus « organique ».

Vouloir l’unité, c’est vouloir la majorité

Tous les syndicalistes connaissent cela par cœur : pas d’action syndicale efficace si on reste minoritaire. Cela vaut pour la petite revendication jusqu’à des questions de fond, pour les syndicats qui ont pour objectif une « transformation sociale » contre le marché du travail capitaliste, pour la socialisation, etc.
On ne peut donc pas échapper au débat : comment convaincre puis mobiliser la majorité des salarié-es ? Ni le patronat, ni le capitalisme, ne se combattent par d’heureuses surprises. Gagner la majorité, voire bien davantage, est une question-clef. Parfois, un syndicat peut l’obtenir seul dans une entreprise, voire une profession (plus rare). Mais à l’échelle interprofessionnelle, c’est impossible. La CGT a pu croire à son influence propre de confédération hégémonique (bien que déjà autour de 1968 la phase d’unité avec la CFDT a joué un rôle décisif). Elle a pris conscience depuis les années 1990 que cela ne marchait plus. La CGT ne peut afficher son hégémonie que lorsque la masse des salariés est mobilisée (1995, 2003, 2006, 2009, 2010). Dans ces cas-là, elle totalise parfois les deux tiers des manifestations selon les villes. Ce qui lui permet de conforter son identité, sa fierté même (et parfois du sectarisme), et peut-être de stabiliser son recrutement. Mais tout cela ne produit pas de dynamique syndicale cumulative, propre à accrocher en masse le nouveau salariat. Voilà pourquoi la notion de « rassemblement du syndicalisme » est à la fois juste comme démarche, et en même temps sans horizon stratégique : on rassemble parfois, mais finalement rien ne bouge durablement.

Certains estiment, y compris en interne, que la CGT vise en réalité à se rapprocher de la CFDT. Cette analyse mériterait un débat détaillé. Une partie de la CGT, de son appareil, est consciente des faiblesses de la CGT, des difficultés du renouvellement de sa force matérielle mais aussi fascinée par une CFDT qui, bien que « réformiste », se développe, se relève de ses crises, etc. D’où l’idée de copier, de se recentrer sur des logiques syndicalo-syndicales (comme le premier recentrage CFDT des années 1978-1985), et de refuser toute portée politique au syndicalisme (exemple : le traité constitutionnel en 2005). Mais il suffit d’avoir assisté une fois à un congrès CGT pour comprendre qu’un rapprochement stratégique avec la CFDT serait à haut risque. La CGT s’y briserait. Le résultat est que la CGT n’a pas vraiment de stratégie, qu’elle est dans un “entre-deux”, ce qui bien sûr n’arrange pas sa vie interne, ni son développement, ni celui du syndicalisme. Cela produit des oscillations entre des phases de repli identitaire (comme le 6 février 2014) et des phases « unitaires » parfois peu lisibles. D’où la paralysie syndicale.

Pôle syndical et visée majoritaire : une dialectique difficile

Cependant, « la majorité » varie selon les contextes. En 1995, la mobilisation n’a été atteinte que parce qu’il y avait un pôle unitaire chez les cheminots (CGT et CFDT), et qu’une intersyndicale nationale incluant la CFDT-Notat existait jusqu’au 25 novembre. Autrement dit : le conflit stratégique avec Notat s’est fait devant les salariés. Il est alors possible de proposer que se pérennise le pôle syndical dont la légitimité majoritaire est évidente dans le pays. D’où l’idée après 1995 d’un pôle syndical CGT, FO, syndicats CFDT critiques, FSU, Solidaire. On sait (voir plus haut) que la CGT l’a refusé, alors qu’existait un rapport de force.
Mais par temps d’atonie des luttes, les choses sont plus complexes. Un pôle CGT, FSU, Solidaires ne fait pas ipso facto bouger les rapports de force sur des exigences interprofessionnelles : ANI, retraites, Pacte de responsabilité, etc. Il serait erroné de reprocher à la CGT de reprendre langue avec la CFDT, même si on sait, plus que jamais, la profondeur des divergences.
La CGT explique que la distinction entre un « syndicalisme radical » et « réformiste » est fausse. Une partie de cette argumentation est juste. Mais elle peut conduire à l’immobilisme. Il faut donc bien cerner le débat.
Le salariat ne cherche pas à priori le radicalisme. Le syndicalisme doit viser de « bonnes réformes », ancrées sur les besoins, la défense et la conquête de droits, sans s’autolimiter. La résistance aux « contre-réformes » peut nourrir un mouvement unitaire. Dans ce mouvement, le débat public sur les stratégies peut se vérifier comme en 1995. Le jugement des syndicats n’est jamais prédéterminé. C’est arrivé à plusieurs reprises dans la CFDT, à condition qu’elle soit présente. Il faut prendre le risque de la confrontation, voire de l’ambiguïté, surtout dans une période très difficile comme aujourd’hui.
La proposition globale pourrait être celle d’un «  Comité national de rassemblement et de débat » ouvert à tous, comme le propose Joel Lecoq dans Nouveau siècle, nouveau syndicalisme, ou comme le proposait la FSU après 1995. Une telle proposition peut se combiner avec un rapprochement plus serré entre syndicats partageant une vision convergente. Cela ferait bouger les lignes externes et internes : un axe CGT, FSU, Solidaire aurait des effets, mais devrait constamment défendre un rassemblement plus large.
La visée d’un syndicalisme unifié nécessite que le débat syndical soit public, avec des lieux d’expression, etc. La CFDT ne voudra jamais ? Certes. Mais si rien n’est proposé, rien ne se passera. La lutte aussi est difficile…
Il ne s’agit plus de « réunifier » (comme en 1948), car les expériences communes sont oubliées, ou n’ont jamais existé. Mais de viser l’unification souple, un processus fédératif, qui tolèrerait les différences de pratiques, en convergence avec d’autres mouvements associatifs. Il ne peut y avoir de syndicalisme majoritaire sans pluralisme accepté. ●
Dominique Mezzi
Coordonnateur du livre Nouveau siècle, nouveau syndicalisme (Editions Syllepse, 8 euros)

 

Toulouse : nouvelle pratique unitaire (suite)

Nous avions évoqué une nouvelle pratique d’unité à Toulouse, impliquant syndicats, associations, forces politiques de gauche. Avec actions de rue et débats publics (un meeting a déjà eu lieu). 

Une manifestation a donc eu lieu samedi 1er mars et nous reproduisons l’article de La Dépêche, transmis par un correspondant.

Quelques miliiers de personnes ont défilé hier en ville à l’appel de trois syndicats (CGT, Solidaires, FSU) rejoints par certains partis de gauche pour «un autre partage des richesses». Prochain rendez-vous le 18 mars pour la défense de la protection sociale.

Les syndicats et la gauche sont de retour… dans la rue à Toulouse. 5 000 personnes selon les organisateurs, 1 200 selon la police, ont défilé hier matin de la place Arnaud-Bernard à la place Esquirol au centre-ville à l’appel de trois syndicats la CGT, Solidaires et la FSU, rejoints par les partis «à gauche de la gauche» rassemblés autour d’un thème d’actualité : «Ensemble, imposons un autre partage des richesses pour gagner le progrès social».Jean-Luc Mélenchon, comme annoncé hier, est venu apporter son soutienà la manifestation avant de la quitter en cours de route pour rejoindre Auch, nouvelle étape de son tour de France. Sur le trajet du cortège déterminé mais tranquille, animé en musique et danses par les jeunes d’Agitprop du Front de gauche, certains observateurs, fort marris de voir la rue occupée récemment par la droite ou l’extrême droite politique ou sociétale, ne cachent pas leur satisfaction : «Mais le terrain, on ne l’a jamais quitté», répond un militant du Front de gauche.

«Etat providence pour le patronat»

Gisèle Vidallet, secrétaire départementale de la CGT, en tête du cortège syndical, confirme néanmoins : «Nous montrons qu’il n’y a pas que les forces réactionnaires qui occupent la rue. Et nos manifs sont responsables contrairement à celles des fachos. La violence, elle est du côté des réacs et du patronat, pas des salariés qui défendent leur travail». De travail, justement, il en était question tout au long du cortège, avec les représentants syndicaux et ceux des salariés en première ligne sur le front social haut-garonnais, Mory Ducros, La Poste, EADS, Sanofi, Thalès, Logista… Une liste malheureusement non exhaustive, symbolisée par la banderole très stylisée des intermittents du spectacle. «Le Medef nous veut la peau» tranchait Lalou, comédien, et porte-parole. Gisèle Vidallet, quant à elle, seule oratrice de la manif, s’est fait le porte-voix de tous ceux «à qui on impose des salaires et des pensions de misère, une précarité sans précédent alors que les dividendes des grandes entreprises flambent. 1 000 milliards d’euros de dividendes versés dans le monde, 50 milliards en France !»

Pour la secrétaire départementale de la CGT, le Pacte de responsabilité entre l’Etat et les entreprises est une provocation : «L’Etat redistributeur et social s’est transformé en Etat providence pour le patronat. Aux salariés de relever la tête pour s’opposer à la feuille de route du Medef». Sur ce point, Annick Coupet, responsable nationale de Solidaires, a souligné l’importance des plateformes communes : «On y travaille» relève Gisèle Vidallet : «Le 18 mars, FO rejoindra notre mouvement contre la remise en cause de la protection sociale».

Daniel Hourquebie

PHOTO : Lod’c Graule

Toulouse : nouvelle forme d’unité d’action

Après Marseille, une nouvelle façon de pratiquer l’unité d’action, et plus généralement un front social élargi aux partis politiques, est en train de s’expérimenter à Toulouse. Un appel à l’action est lancé pour le 1er mars 2014, sous la responsabilité de CGT, FSU, Solidaires; mais il est également soutenu explicitement dans les tracts d’appel par les partis politiques : EELV, Front de gauche, NPA, LO, et des associations.

A Marseille, un dispositif comparable avait abouti à une manifestation réussie en janvier, doublée ici d’un réseau d’entreprises coordonnées (dont Fralib, SNCM…), qui se pérennise. Ces deux expériences innovent sur la manière d’associer de manière complémentaire mobilisations sociales et nécessaire action des forces politiques, tout en gardant son indépendance réciproque, plutôt qu’observer depuis des décennies soit une hiérarchie malencontreuse (jusque vers les années 1980-90), ou une prise de distance appauvrissante. A suivre.

Cliquez pour visionner l’appel officiel : Manif 1er mars

Ensemble, imposons un autre partage des richesses
pour gagner le progrès social
Alors que les dividendes des grandes entreprises flambent, les politiques d’austérité font rage dans la Haute Garonne. Le taux de chômage (10,6%) est catastrophique, les plans de restructuration, de délocalisation et d’abandon d’activité se succèdent : Mory Ducros, la Poste, EADS, SANOFI, Thalès, Logista, Stéria, SNCF, FNAC, Air France,…
Sous prétexte de concurrence économique, on nous impose des salaires et pensions de misère, un pouvoir d’achat en berne, une précarité sans précédent (8,7 millions de personnes vivent en France en dessous du seuil de pauvreté, 11% en Haute Garonne), la casse des services publics et de notre industrie et la
dégradation de l’environnement. Vivre à Toulouse induit un important coût de la vie, des difficultés à se loger d’autant plus que les inégalités de revenus sont les plus fortes de Midi Pyrénées.
L’austérité s’amplifie
Les politiques d’austérité présentées par F. Hollande en ce début d’année au nom d’une très libérale « politique de l’offre » vont accroître la misère et saigner encore un peu plus les salariés.
Sur la période 2014-17, les économies publiques annoncées réduisent les dépenses socialement utiles à hauteur de 65 milliards d’euros soit l’équivalent du budget de l’éducation nationale, du jamais vu !
Le rôle social et « redistributeur » de l’Etat s’amoindrit, les services publics subissent de nouvelles coupes claires et la fiscalité est mise au service exclusif des intérêts du capital.
Le patronat se frotte les mains !

La loi de «sécurisation de l’emploi» a déjà limité considérablement les droits des salariés par le chantage à l’emploi. La dernière « réforme » des retraites a amplifié les méfaits des précédentes et paupérisera un peu plus les retraités.
C’est au nom d’un soi-disant «coût du travail» trop élevé que le patronat s’en prend à nouveau aux cotisations de la Sécurité Sociale dénoncées
comme des «charges insupportables ». Et le gouvernement le suit !
Le cadeau de 30 milliards d’euros, pris sur la branche famille, octroyé au patronat serait intégralement financé en 2017 par les salariés.
Le coût du capital détruit l’emploi, les salaires, les services publics, la protection sociale
Il y a nécessité de tourner le dos à ce modèle économique et financier qui privilégie les actionnaires au détriment de l’humain, de l’investissement, de la solidarité et de l’environnement.
Nous avons besoin, pour reconquérir nos droits et en gagner de nouveaux comme la nécessaire égalité entre hommes et femmes et entre français et immigrés, de rebâtir des cadres collectifs et solidaires.

Samedi 1er mars manifestation interprofessionnelle unitaire
10h30 place Arnaud-Bernard
LES MOYENS EXISTENT! POUR UNE AUTRE REPARTITION DES RICHESSES.

EXIGEONS :
 Des augmentations des salaires, des pensions et des minima sociaux,
 un SMIC à 1 700 € dès la première embauche sans qualification,
 des garanties collectives pour le maintien et la création d’emplois pérennes,
 une protection sociale solidaire renforcée assise sur les cotisations sociales.
 le développement de services publics de qualité
 l’arrêt des licenciements « boursiers », des plans sociaux, des délocalisations

Organisations soutenant la manifestation : EELV, Front de gauche (Ensemble, GU, PCF, PCOF, PG), NPA, LO, Université Populaire de Toulouse, Mutuelle Mutami, Unef, RESF 31, Copernic…

18 mars : la FSU appelle

Nous avons publié divers documents de préparation d’actions syndicales convergentes ou de documents de réflexions, entre autre pour le 18 mars 2014, mis en avant par FO le jour d’une action unitaire déjà prévue par les personnels de la sécurité sociale.

Nous publions ce jour la décision de la FSU.

Des rencontres intersyndicales interprofessionnelles sont prévues dans les jours prochains pour préciser les choses.

La FSU appelle à la grève unitaire pour l’emploi, les salaires et la protection sociale le 18 mars

Emploi, pouvoir d’achat et salaires, accès aux services publics, protection sociale… la situation économique et sociale continue de se dégrader. Les salariés du public comme du privé, mais aussi les jeunes, les chômeurs et les retraités ne l’acceptent pas.

Le pacte de responsabilité proposé par le gouvernement est conditionné à une nouvelle et importante réduction des dépenses publiques. Or cette politique est déjà responsable depuis des années, de la baisse des salaires des agents de la Fonction publique, d’une réduction considérable des emplois et d’une dégradation des services publics à la charge de l’Etat et des collectivités territoriales. La fin de la contribution des entreprises à la branche famille à l’horizon 2017 va constituer un manque à gagner pour la protection sociale et risque d’entraîner sa fiscalisation.

Notre modèle social est ainsi fragilisé alors qu’il avait été reconnu comme un amortisseur de la crise.

S’il est nécessaire de prendre des mesures pour relancer l’emploi, cela ne doit pas se faire au détriment des services publics, de la fonction publique et de ses agents pour compenser de nouvelles aides aux entreprises, sans contrôle. D’autant que la politique de réduction des cotisations sociales et des aides diverses aux entreprises, n’a pas fait la preuve de son efficacité.

La FSU exige, avec d’autres organisations syndicales, la généralisation de la conditionnalité des aides et exonérations fiscales aux entreprises à la mise en œuvre d’objectifs d’investissements économiques et sociaux (emploi, salaires, qualification…). Pour la FSU, les conditions de la reprise de l’activité passent par une réforme fiscale, réhabilitant l’impôt et organisant une redistribution des richesses tout en luttant contre l’évasion et la fraude fiscales. Il faut sortir des politiques d’austérité qui nous enferment dans une spirale récessive.

Pour la FSU, la fonction publique et les services publics sont créateurs de richesse et participent au développement de l’activité et de l’attractivité de notre pays. Ils ont donc besoin d’être soutenus ou développés, et c’est particulièrement vrai en période de crise. Et réformer la Fonction publique nécessite des moyens.

Les agents de la fonction publique, qui n’ont pas non plus été épargnés ces dernières années (suppressions massives d’emplois, gel du point d’indice, retraites, précarité…), ne peuvent plus attendre. Si le premier ministre a apporté le démenti que nos fédérations de fonctionnaires demandaient  concernant la baisse de pouvoir d’achat et le gel des avancements, il confirme néanmoins que la fonction publique participera à la baisse de la dépense publique, ce qui apparaît comme une vraie contradiction… Or, la reconnaissance du travail des fonctionnaires appelle la fin du gel du point d’indice et l’ouverture de négociations pour la revalorisation de tous.

Pour réorienter les choix économiques, sociaux et environnementaux, les organisations syndicales ont la responsabilité de proposer des alternatives et d’organiser le rassemblement et les  mobilisations nécessaires des salariés du public et du privé. 

 

La FSU juge indispensable une journée nationale d’action interprofessionnelle et unitaire pour l’augmentation des salaires et des pensions, l’emploi, la protection sociale, le développement des services publics et contre une nouvelle réduction des dépenses publiques.

C’est pourquoi la FSU appelle tous les agents de la fonction publique à la grève le 18 mars.

Elle souhaite que d’autres organisations de la fonction publique se joignent à cette action et leur proposera un appel commun à la grève.

La FSU participera à la rencontre interprofessionnelle du 21 février afin d’inscrire ses revendications pour la fonction publique et ses agents avec celles des salariés du privé et préciser les modalités d’actions de cette journée. 

La FSU s’engage également pleinement dans la manifestation du 4 avril à Bruxelles organisée par la Confédération Européenne des Syndicats en faveur d’un plan européen pour l’investissement, une croissance durable et des emplois de qualité.

Les Lilas le 18 février 2014

syndicalisme fonction publique : rudes défis

Paru dans la revue de l’Ecole émancipée, courant de la FSU (18% au congrès de 2013), cet article interroge les difficultés du syndicalisme dans « les » fonctions publiques (Etat, territoires, hôpitaux) face aux restructurations, et dans ce cadre ses capacités à relever les défis. Il aborde le débat sur le  « rapprochement » entre FSU et CGT, entamé depuis 2009, mais dont on peine à suivre la trajectoire dans le débat public. Il pose la question : « satellisation » autour de la CGT, elle-même en difficultés, ou vrai projet interprofessionnel incluant aussi l’Union syndicale Solidaires?

Le syndicalisme de la Fonction Publique a-t-il un avenir ?

Des dizaines de milliers de postes disparus, une MAP-RGPP qui déstructure, un gel du point d’indice qui perdure… La situation des Services Publics et de ceux qui les font fonctionner n’a cessé de s’aggraver sans générer pour autant de puissantes mobilisations spécifiques. Et le poids des fonctionnaires dans les mobilisations plus globales (retraites, pouvoir d’achat) ne paraît plus aussi déterminant en ces temps de divisions exacerbées des grandes centrales syndicales. Dur, dur pour la FSU qui s’était construite sur une « autonomie unifiante » d’un syndicalisme spécifique à la Fonction publique.

De pétitions en semaines d’action diluées, il ne reste pas grand-chose de la force de frappe historique de la Fonction publique face à des gouvernements qui ont su tous jouer des divisions entre corporatismes et d’un isolement grandissant des fonctionnaires dans un monde du travail précarisé. Même la Fonction publique d’État a perdu de sa superbe (et de ses capacités de grèves majoritaires), étirée entre les intérêts divergents de l’encadrement et ceux de personnels pressurés. Le rapport de l’INSEE de juillet 2013 a mis en évidence une dépréciation des carrières et un tassement des grilles qui ont atteint des niveaux insupportables…

Trois versants non réellement unifiés

Les fonctionnaires d’État, des hôpitaux et des collectivités territoriales le savent bien : au-delà de l’image d’un statut unifié, les conditions de carrière, de rémunération ou de recrutement n’ont jamais été réellement unifiées. L’éclatement des conditions d’exercice des métiers de la Fonction Publique complique les possibilités de réelles mobilisations transversales. On l’avait vu avec les infirmières, c’est encore visible avec les personnels sociaux ou les personnels impactés par la question des rythmes scolaires.

Dans certains secteurs professionnels, la précarité et les temps partiels s’avèrent chaque année plus pénalisants : les bas salaires se multiplient et les déroulements de carrière sont souvent inexistants. La CDIsation de contractuels, si elle peut les rassurer provisoirement, participe de cet éclatement.

Moins d’État,  moins de Fonction publique

Cela a été et reste le leitmotiv des gouvernements néolibéraux, qui se succèdent, indépendamment et sous couvert des alternances politiques.

Ce qui avait fait la force du syndicalisme dans la Fonction publique, notamment d’État, c’était d’abord la force de la Fonction publique elle-même : une structuration « jacobine » appuyée sur des ministères pyramidaux, des statuts forts, des personnels en augmentation régulière pour faire face aux missions qui s’élargissaient. Face à cet appareil d’État, un syndicalisme puissant s’était développé, ancré sur le paritarisme, le contrôle de la gestion des personnels.

Or, les politiques publiques se sont affaiblies, l’État déléguant volontairement une partie de ses missions aux collectivités territoriales, au monde associatif, voire au secteur privé. Le recours de plus en plus important à des contractuels ou des emplois aidés brouille les revendications et les batailles pour les droits de tous.

Dans l’Éducation, le privé confessionnel s’est vu ainsi investi, sans grande contestation, de missions de service public. Les personnels de Jeunesse et Sports, ceux de la Culture sont confrontés aux réductions de postes et de crédits d’État et se retrouvent en difficulté pour peser suffisamment sur les mobilisations de secteurs fortement précarisés (voir ces dernières années celles des intermittents du spectacle, de l’archéologie préventive…). Dans l’environnement, les personnels de la Fonction publique pèsent bien peu face aux problématiques globales et aux batailles du marché de l’énergie ou de l’eau.

Les fonctionnaires pourraient (devraient) être la force motrice, la colonne vertébrale des luttes pour défendre leur secteur professionnel. Ils sont de plus en plus à la peine pour le faire. C’est une des difficultés récurrentes pour impulser des mobilisations conséquentes pour la défense et le développement des services publics en général, malgré des initiatives importantes ces dernières années, comme la coordination Eau, la coordination santé, les EGSP (états généraux du service public) ou la Convergence des Services publics.

Un syndicalisme spécifique malmené

La Réorganisation territoriale de l’État (RéATE) a déjà modifié en profondeur les structures de l’État, opérant un rapprochement contre-nature avec les modes de gestion et de management de l’entreprise. On a pu le voir à travers les mises en place des nouvelles structures interministérielles, le renforcement de nouveaux échelons de pilotage (DDI, directions régionales…). Les changements d’interlocuteurs, de niveaux d’interventions, ont déstabilisé des organisations syndicales qui ne s’y étaient pas préparées. Leurs échelons territoriaux, leurs contours même, sont de moins en moins en phase avec la réalité. Sans compter l’irruption d’une précarité de masse, la difficulté à réagir à la hauteur des injonctions managériales et une politique gouvernementale de communication systématisée pour court-circuiter les délégués du personnel.

Les évolutions rapides et brutales des structures (télécoms, Pôle emploi…), les privatisations ou l’ouverture à la concurrence, ont profondément affecté le secteur public ces dernières années… sans que les principales organisations, et notamment la FSU, n’en aient tiré de conséquences concrètes sur les mutations internes à accomplir.

Ainsi, l’irruption de la nécessaire défense de personnels relevant du droit privé, les mutations de statut de personnels ont profondément bouleversé les acquis historiques d’une Fonction publique de carrière.

Problématiques public/privé de plus en plus imbriquées

On l’avait vécu dès 1995 sur les retraites, les mouvements suivants n’ont fait que le confirmer. Les grands dossiers sociaux percutent tous de plein fouet la Fonction publique, ses revendications spécifiques.

Les évolutions du salariat, dans une économie mondialisée, pèsent de plus en plus fort sur l’ensemble des salariés « d’exécution », tendant à gommer leurs spécificités. C’est vrai dans le cas du syndicalisme dans les grandes entreprises confrontées aux sous-traitants (comme à Total, Turboméca…), c’est vrai aussi entre secteur privé et secteur public.

Les campagnes gouvernementales de désinformation, le poids des représentants du patronat ne sont pas suffisamment contrebalancés dans l’opinion publique par les analyses des “économistes atterrés” ou du mouvement altermondialiste.

La subordination du fonctionnement et des règles de la Fonction publique aux grands dossiers sociaux est devenue la règle. On a pu encore le constater au cours des dernières « conférences sociales » du gouvernement Hollande avec une priorité assumée aux partenaires sociaux institutionnels (MEDEF et confédérations).

Dans ce contexte difficile (où la crise financière sert encore de prétexte à des reculs généralisés des droits des salariés), l’isolement du syndicalisme Fonction publique pèse de plus en plus lourd.

Pourtant, tous les grands dossiers sont concernés, limitant de fait la capacité de la seule Fonction publique à intervenir sur son devenir : décote et âge de départ en retraite, augmentation de la TVA, journée de carence, financement de l’apprentissage ou encore dernièrement accord national interprofessionnel sur la formation professionnelle.

Et maintenant

Il y a tout juste un an, le congrès de Poitiers de la FSU affirmait la nécessité de construire un nouvel outil syndical de transformation sociale pour essayer de surmonter la crise et la division du syndicalisme français. CGT et Solidaires sont bien sûr les principaux concernés compte tenu des orientations assumées d’accompagnement des politiques néolibérales par la CFDT et son allié UNSA.

Les prochaines élections professionnelles de 2014 vont être un enjeu très important pour la FSU dans la Fonction publique : il s’agit de re-conforter sa place dans la Fonction publique d’Etat, de la développer et la concrétiser dans la Fonction publique territoriale, mais pour en faire quoi ?

Sa force d’organisation au sein de la fonction publique est aussi aujourd’hui sa faiblesse, faiblesse à anticiper les évolutions du monde salarial dans sa globalité, faiblesse dans ses capacités d’intervention. Faute de liens étroits d’élaboration des orientations et de construction de mobilisations avec les salariés du privé, le risque est grand d’une simple satellisation autour d’une CGT, elle-même en difficulté. Certes, ni Solidaires, ni la CGT n’offrent chacun aujourd’hui des perspectives évidentes mais l’autonomie structurelle n’est plus, elle non plus, un gage d’efficacité syndicale. Tourner la FSU vers des logiques et un avenir interprofessionnel semble pourtant incontournable pour les prochaines années.

Isabelle Sargeni-Chetaud (FSU)

Revue de l’Ecole émancipée : http://www.ecoleemancipée.org