Grèce

Le droit du travail en Grèce, un article de Michel Miné

A la suite de nos articles sur le syndicalisme grec, nous avons reçu un message de Michel Miné, juriste en droit du travail (et collaborateur sur ce plan de la CGT), qui nous alerte sur un article publié dans Médiapart sur le droit du travail en Grèce. Où l’on découvre que la troïka est allée bien plus loin que ce qu’elle était en droit d’imposer en application des traités, notamment des baisses du salaire minimum qui ne font absolument pas partie des compétences de l’Union. Ainsi que des violations du droit de la négociation collective.

 

logo-Mediapart-HD

Renforcer le droit du travail en Grèce

Le gouvernement grec doit respecter les engagements européens et internationaux souscrits par la République hellénique. Et pour ce faire, il lui appartient de réformer le droit du travail et ainsi de réviser des réformes qui ont été imposées par « la Troïka » en application de Mémorandums successifs.

Les institutions européennes ont imposé à l’État grec des réformes législatives du droit du travail. Ce faisant, ces institutions (la Commission, le Conseil et la Banque centrale européenne) sont ici allées au-delà de leurs prérogatives sur plusieurs points.

En effet, la politique sociale et en particulier le droit du travail relève de la compétence des États. L’Union a ici une compétence subsidiaire : elle ne peut que soutenir et compléter l’action des États et ce dans certains domaines limitativement indiqués et uniquement au regard de certains objectifs.

Les domaines sont en droit du travail : l’amélioration, en particulier, du milieu de travail pour protéger la santé et la sécurité des travailleurs; les conditions de travail; la protection des travailleurs en cas de résiliation du contrat de travail; l’information et la consultation des travailleurs; la représentation et la défense collective des intérêts des travailleurs et des employeurs; les conditions d’emploi des ressortissants des pays tiers se trouvant en séjour régulier sur le territoire de l’Union; l’égalité entre les femmes et les hommes en ce qui concerne leurs chances sur le marché du travail et le traitement dans le travail.

Les objectifs des actions menées par l’Union avec les États sont la promotion de l’emploi, l’amélioration des conditions de vie et de travail, permettant leur égalisation dans le progrès, une protection sociale adéquate, le dialogue social, le développement des ressources humaines permettant un niveau d’emploi élevé et durable et la lutte contre les exclusions.

Concernant l’intervention des institutions européennes dans la réforme du droit du travail en Grèce, deux sujets retiennent spécialement l’attention : les rémunérations et le droit de la négociation collective.

En matière de rémunérations, l’Union européenne n’est pas juridiquement compétente pour adopter des mesures s’imposant à un État membre. Cette question des rémunérations est explicitement exclue de la compétence européenne en vertu du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (article 153 § 5). Par conséquent, l’Union à travers ses Décisions du Conseil n’était pas habilitée à imposer une réduction du salaire minimum (de 22 %) et en particulier une réduction aggravée pour les jeunes travailleurs de moins de 25 ans (de 32 %).

En matière de négociation collective, les institutions européennes peuvent uniquement intervenir pour soutenir et compléter l’action des États afin de développer le dialogue social. Or ces institutions ont imposé une transformation du droit de la négociation collective prévoyant la priorité à la négociation d’accords d’entreprises moins favorables que les accords de secteurs, la possibilité de négociation dans les entreprises avec des « associations de personnes » en dehors des syndicats, la réduction de la durée des conventions de secteurs, etc.

Ces réformes mises en œuvre par l’État grec ont été contestées devant les instances de contrôle de l’Organisation internationale du travail et du Conseil de l’Europe de Strasbourg. La Grèce comme les autres États membres de l’Union européenne a ratifié des Conventions de l’O.I.T. et la Charte sociale européenne du Conseil de l’Europe.

En matière de rémunération, au regard du droit à un salaire équitable prévu par la Charte sociale européenne, le Comité européen des droits sociaux du Conseil de l’Europe a relevé la violation par l’État grec de la Charte sur de nombreux points concernant notamment les jeunes. Une illustration emblématique : le salaire minimum des jeunes de moins de 25 ans est inférieur au seuil de pauvreté. Le Comité a conclu à la violation de la Charte sur de nombreux points par l’État grec. Pour le Comité, « la crise économique ne doit pas se traduire par une baisse de la protection des droits reconnus par la Charte. Les gouvernements se doivent dès lors de prendre toutes les mesures nécessaires pour faire en sorte que ces droits soient effectivement garantis au moment où le besoin de protection se fait le plus sentir » (Décisions du Comité de 2012). Le précédent gouvernement grec avait reconnu ses multiples et graves défaillances mais n’avait formulé aucun engagement pour y mettre fin.

En matière de droit de la négociation collective, dans les branches et les entreprises, le Comité d’expert de l’Organisation internationale du travail « constate (…) la présence de nombreuses et sérieuses atteintes à la liberté de négociation collective et au principe de l’inviolabilité des conventions collectives librement conclues (…) ». Pour l’OIT, « le recours répété à des restrictions législatives de la négociation collective ne peut, à long terme, qu’avoir un effet néfaste et déstabilisant sur le climat des relations professionnelles, compte tenu que de telles mesures privent les travailleurs d’un droit fondamental et d’un moyen de promouvoir leurs intérêts économiques et sociaux » (Rapport du Comité de la liberté syndicale de 2012). L’OIT admet des réformes législatives liées à une situation de crise grave mais exige que les règles fondamentales demeurent respectées : en premier lieu, la libre négociation.

L’O.I.T. a formulé une Recommandation au gouvernement : « les autorités publiques devraient promouvoir la libre négociation collective et ne pas empêcher l’application des accords collectifs librement conclus », les partenaires sociaux devant être « pleinement associés » « à toute modification future touchant les aspects fondamentaux des droits de l’homme, de la liberté syndicale et de la négociation collective qui constituent l’essence même de la démocratie et de la paix sociale ».

Ainsi, le gouvernement grec d’hier en appliquant les réformes imposées par les institutions européennes en est arrivé à ne plus respecter ses engagements internationaux en matière de droits de l’Homme dans le travail.

Par conséquent, pour respecter la légalité internationale, le nouveau gouvernement doit réformer le droit du travail appliqué en Grèce pour le mettre en conformité avec ses engagements et répondre ainsi favorablement aux demandes de l’Organisation internationale du travail et du Conseil de l’Europe.

Les institutions de l’Union européenne (la Commission, le Conseil et par conséquent les États membres) doivent se montrer respectueux de la lettre et de l’esprit des Traités de l’Union européenne en matière de droits de l’Homme dans les domaines économiques et sociaux ainsi que des traités internationaux ratifiés par ces États.

L’ensemble des acteurs pourraient utilement relire la Déclaration de Philadelphie, de l’O.I.T., rédigée en 1944 au lendemain de la seconde guerre mondiale : la « paix ne peut être fondée que sur la base de la justice sociale », « il existe des conditions de travail impliquant pour un grand nombre de personnes l’injustice, la misère et les privations, ce qui engendre un tel mécontentement que la paix et l’harmonie universelles sont mises en danger, et (…) il est urgent d’améliorer ces conditions (…) ».

Les droits de l’Homme doivent être garantis par les États en particulier au moment où les personnes sont le plus en difficulté. Les droits de l’Homme ne sont pas un luxe pour les périodes de prospérité.

Bien entendu, des réformes sont nécessaires en Grèce, notamment pour que ce beau pays se dote d’un État plus efficace dans de nombreux domaines (fiscalité, éducation, santé, etc.). Ces réformes nécessaires doivent être élaborées et conduites dans le respect des engagements internationaux et européens de la Grèce.

Michel Miné, professeur de droit du travail au Conservatoire national des Arts et Métiers, Le droit social international et européen en pratique, 2013, 2ème éd., Eyrolles, et « Brefs propos concernant la situation de la République hellénique », Revue de droit comparé du travail et de la sécurité sociale, n° 2014/1.

 

A nouveau sur le syndicalisme grec et son rapport aux partis politiques

Nous reproduisons ici une note de l’Espace international confédéral CGT, adressée au réseau militant. Outre des informations sur la formation du gouvernement SYRIZA depuis le 25 janvier (pour les résultats électoraux, tapez sur le lien direct), on y trouve surtout une description étonnante, au vu des débats « français » à ce sujet, du syndicalisme grec et son rapport aux forces politiques. On y verra que le syndicalisme est traversé de courants ( » fractions » !) ayant des « correspondants » politiques, et que même les organes de direction reproduisent ces courants, ce qui serait en France impensable sous cette forme.  La deuxième partie de la note est un texte de Michel Vakaloulis, maître de conférences en sciences politiques à l’Université Paris VIII, qui travaille régulièrement sur le syndicalisme et notamment avec la CGT. Ce texte analyse plus en détail les projets stratégiques des forces en présence en Grèce.

En complément, nous mettons aussi un lien direct vers un modèle de tract publié par l’Union départementale CGT de Haute- Garonne (31) sur la solidarité syndicale avec le peuple grec.

Lien direct avec la note complète : 20150204_note_CCN_Grece_complet

Lien direct avec le tract UD CGT 31 : Solidarité Europetract ud31

É l e c t i o n s G r è c e
Note de l’Espace International Confédéral 3 février 2015

siteon0-dc90f
PRÉSENTATION
Les élections grecques du 25 janvier ont laissé plus d’un bouché bée : les Grecs ont osé !
Face aux interprétations et récupérations dont le succès de Syriza fera sans doute l’objet dans les jours et semaines à venir, nous proposons dans ce qui suit quelques clés de lecture : premièrement, une analyse du parti Syriza, son lien avec le mouvement syndical grec (la CGT grecque, GSEE) et les articulations avec le mouvement Podemos en Espagne.
Dans une deuxième partie, nous proposons une lecture de la stratégie sous-jacente que Tsípras semble mettre en oeuvre, notamment à travers l’alliance avec ANEL, qui à prime abord peut en effet surprendre.
La victoire de Syriza peut nous inspirer de l’espoir : effectivement, il y a un autre choix possible, et c’est bien le peuple qui vote aux élections. Plus personne ne peut le contester depuis le 25 janvier. La politique du « il n’y a pas d’alternative » ne saura plus convaincre. Mais, de l’autre côté, Syriza nous montre aussi que la victoire, c’est du travail en amont : le travail de terrain, la proximité et le dialogue avec les travailleurs est gage de l’encrage dans le quotidien.
Savoir répondre aux premières préoccupations des populations permet de gagner des voix dans les urnes. Peut-être finalement, une petite leçon, et pas des moindres que la victoire de Syriza nous donne : cet ancrage dans le vécu quotidien n’implique en rien de tomber dans le populisme primaire ! Syriza ne stigmatise aucun groupe de la population, ne propage pas le repli sur soi national, et ne propose pas la sortie de l’Union Européenne. Tout au contraire : Syriza compte peser de tout son poids dans l’Europe, et de faire entendre sa voix à Bruxelles.
Et si c’était ça, la matière dont l’espoir Syriza est tissé ?
Bonne lecture à tous.
Wolf Jäcklein

 

syriza-logo-gia-ekdhloseis (1)
LE PARTI SORTI VAINQUEUR DES URNES
SYRIZA (en français : le parti de la gauche radicale), a remporté une victoire historique le 25 janvier 2015 aux élections législatives. Avec 36,34% des voix, il conquiert 149 sièges. Un gouvernement de coalition « anti-austérité » a été formé avec le parti des Grecs indépendants (Anexártiti Éllines AN.EL – droite souverainiste). Et le 26 janvier Aléxis Tsípras est devenu le Premier ministre.
Les Grecs Indépendants ANEL ont remporté 13 sièges dans le nouveau parlement. Les deux formations cumuleront une majorité de 162 sièges sur 300. Le parti ANEL diffère de Syriza sur des sujets de société, comme l’immigration ou les liens entre l’État et l’Église orthodoxe. Il se retrouve cependant sur la même ligne dans son rejet des contreparties liées aux plans d’aide accordés à la Grèce par ses partenaires internationaux.

Le gouvernement nouvellement formé n’a pas tardé à mettre en oeuvre les engagements de Syriza qui devraient indisposer la troïka : l’arrêt de la privatisation du port du Pirée a ainsi été confirmé, ainsi que l’arrêt de celle de la compagnie nationale d’électricité, DEI. Le gouvernement Tsipras a également l’intention de faire passer très vite une loi destinée à améliorer le niveau de vie des grecs, notamment en relevant le salaire minimum et en mettant fin à l’obligation de mobilité dans les services publics imposée par la troïka des créanciers du pays (UE, BCE, FMI). Mesure symbolique, il a annoncé la réintégration des femmes de ménage de l’administration des Finances du pays, mises en disponibilité il y a un an et demi et qui, depuis, avaient installé un campement devant le ministère à Athènes.
Sur Syriza en bref : SYRIZA qui était à l’origine une coalition de la gauche radicale est devenu un parti de la gauche radicale en juillet 2013 en vue des élections à venir. Ce parti comprend différents courants idéologiques et cultures de gauche avec une identité construite sur une synthèse des valeurs du mouvement du travail avec celles des nouveaux mouvements sociaux écologiques, féministes et autres. Il se compose des formations suivantes : Synaspismos, héritier du Parti communiste grec de l’intérieur (eurocommuniste), ainsi que plusieurs autres formations de moindre ampleur [outre Synaspismos, il y a la Gauche ouvriériste internationaliste (Diethistiki Ergatiki Aristera, DEA, DEA (Gauche ouvrière internationaliste « trotskiste ») et Organisation communiste de Grèce (Kommounistiki Organosi Elladas, KOE, maoïste), et autres petites formations].

Le 7 janvier 2015, SYRIZA a finalisé ses listes et ses alliances en vue des élections avec les représentants des Verts écologistes. 22 candidats écologistes ont intégré les listes de Syriza. D’ailleurs le Parti communiste « KKE », qui a quitté le Parti de la gauche européenne (PGE), a rejeté toute perspective de coopération avec SYRIZA, refusant de faire partie de la majorité. Au contraire il a appelé les électeurs à voter contre « les illusions d’un changement politique dans le cadre de l’UE et du capitalisme».

Syriza bénéficie certes du groupe parlementaire le plus important au parlement grec. Cependant, sa composition n’est pas homogène vu que ce parti est né de l’agglomération de plusieurs formations, écologistes ou anciennement communistes tels que Synaspismos. Avec la crise, de nombreux déçus du Pasok ont aussi rejoint les rangs de Syriza.
Les élections anticipées ayant été déclenchées suite à l’incapacité du Parlement sortant d’élire un nouveau Président grec à la majorité requise en décembre 2014 : le premier tour de l’élection présidentielle en Grèce pourrait donc se tenir à nouveau le 7 février prochain.
Syndicats et Parti communiste
Le syndicalisme grec est traditionnellement très politisé, les principaux partis politiques étant représentés directement dans les organisations par le biais de fractions organisées.
Le Parti communiste grec, relativement marginalisé par les mouvements sociaux, est toujours puissant dans les syndicats. En particulier au sein des principaux syndicats par les fractions suivantes : le Front militant de tous les travailleurs (Panergatiko Agonistiko Metopo, PAME), et le Mouvement socialiste panhellénique (PASOK)
Entre un cinquième et un quart des travailleurs grecs sont membres d’un syndicat, mais la situation est très différente dans le secteur public, qui compte de nombreux affiliés, et dans le secteur privé, où l’influence des syndicats est assez faible. Il existe seulement deux grandes confédérations : l’ADEDY qui représente les employés du secteur public (enseignants, employés des ministères ou des administrations locales) et la GSEE (Confédération générale des travailleurs grecs, fondée en 1938) qui regroupe les salariés du secteur privé. Elles comprennent des tendances syndicales liées aux différentes organisations politiques.
Par exemple au sein de la GSEE, les 45 membres de la direction sont élus lors du congrès sur la base des blocs politiques. Aussi, la direction élue lors du 35e congrès en mars 2013 compte (selon la GSEE) :
* 16 membres PASKE, la tendance syndicale liée au PASOK (Parti socialiste panhellénique) contre les 22 qu’elle détenait lors du précédent congrès (2010).
* 11 membres DAKE, liée à la Nouvelle Démocratie (droite conservateurs) et qui maintient son nombre de sièges.
* 10 membres PAME, Front militant de tous les travailleurs (Panergatiko Agonistiko Metopo). PAME est la tendance syndicale du KKE (Parti Communiste de Grèce). Augmentation de son influence d’un siège (passant de 9 à 10).
* 5 membres INTERVENTION AUTONOME, apparentée au parti de gauche SYRIZA. Augmentation de son influence avec 5 sièges contre 3 auparavant.
* 3 membres EMEIS (dissidents de PASKE) parmi les gagnants avec 3 sièges.
La GSEE est :
* Membre au CESE (-Comité économique et social européen) dont le Président du Groupe des travailleurs, Georges DASSIS, est un membre de sa direction.
* Affiliée à la CES, à la CSI et à la FSM dont le secrétaire général de la FSM, George Mavrikos, est membre de la GSEE (PAME), a été réélu pour 5 ans au 16ème Congrès de la FSM (April 6-10, 2011) Athènes et dont le siège se trouve à Athènes.
PARALLÈLES ET DIFFÉRENCES
Podemos (Espagne) et Syriza
Des relations fortes existent entre ces deux partis. Pablo Iglesias, de Podemos, en Espagne, s’est félicité de la victoire d’Alexis Tsipras. « L’année du changement en Europe commence en Grèce et se poursuivra en Espagne en 2015 », a-t-il pronostiqué.
Création le 17 janvier 2014 d’un nouveau parti « Podemos » qui signifie « nous pouvons » et qui, quatre mois plus tard, lors des élections européennes est devenue la quatrième force politique du pays. Les affaires de corruption éclaboussant toute la classe politique, à commencer par le Parti populaire conservateur (PP, droite) et le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE- gauche) expliquent en partie le succès foudroyant de Podemos, ce nouveau parti d’extrême gauche issue du mouvement des« indignados (les « indignés ») a élu ce 15 novembre, Pablo Iglesias secrétaire général avec plus de 95 000 voix, soit 88,6 % des suffrages. Objectif déclaré de Podemos, crédité de 22,5 % à 27,7 % des intentions de vote : gagner les législatives de 2015 et, plus largement, changer la donne politique en Espagne.
Podemos est aussi à l’origine de nouvelles initiatives bouleversant le monde syndical avec la création de Circulo Podemos Sindicalistas (Cercle nous pouvons syndicalistes), Somos Sindicalistas (nous sommes syndicalistes) et Ganemos CCOO (Gagnons CCOO).
Circulo Podemos Sindicalistas compte déjà plus de 2000 membres, militants ou anciens militants en désaccord, issus des deux centrales UGT comme de CCOO, comme du syndicat des fonctionnaires, CSIF, du syndicat indépendant USO ou du syndicat d’extrême gauche CGT et anarchiste CNT.

Ganemos CCOO a diffusé en octobre 2014 le manifeste « Gagnons CCOO pour les travailleurs ! » et en quelques semaines, plus de 700 militants issus de toutes les fédérations et secteurs ont signé le manifeste pour défendre « un syndicat d’assemblées, démocratique, combattif et de classe ». Ce mouvement espère provoquer un débat interne et appeler un changement de direction, avant le prochain congrès de CCOO prévu en 2017. Il s’est donné rendez-vous pour deux jours de débats, les 6 et 7 décembre prochains, avec l’objectif de constituer la plateforme qui devrait réclamer la démission des dirigeants CCOO et l’ouverture de débats internes depuis la base. Joëlle Schnitzer
Sources : sites des Syriza, GSEE, FSM, ETUI et presse française

CONTACTS Espace International : tél. 01 55 82 82 90
E-mail : europinter@cgt.fr

PARTIE II : STRATÉGIE

(note de travail sollicitée par la direction confédérale de la CGT)

 

vakaloulis21

Par Michel Vakaloulis
Vaincre dans un contexte de crise

La victoire de Syriza aux élections législatives anticipées du 25 janvier 2015 bouleverse l’échiquier politique grec et interpelle l’Europe. On pourrait qualifier cette victoire d’historique, à cette précision près que les conséquences différées de l’onde de choc qui vient de se produire nous échappent largement. L’effet Syriza est incontestable. C’est d’abord un message d’espoir qui ouvre des perspectives inédites. C’est la délégitimation en acte des politiques d’austérité et l’affirmation de la possibilité de faire une autre politique tout en faisant de la politique autrement. La consécration de la gauche radicale en Grèce atteste que les élites dirigeantes ne sont pas invincibles. Quand il prend conscience de ses intérêts et agit avec détermination, un petit peuple peut avoir une grande voix.
Loin d’être un simple phénomène d’alternance dû à l’impopularité de la politique du gouvernement de Antonis Samaras, le succès de Syriza inaugure un nouveau cycle politique. Il brise plus de quarante ans de bipartisme où le Mouvement socialiste grec, le PASOK, et le parti de droite, la Nouvelle Démocratie, se partageaient tour à tour les rênes du pouvoir et recueillaient entre 80 et 85 % de l’électorat. La constitution accordant un pouvoir très étendu au Premier ministre, celui-ci usait et abusait de la nomination de ses subordonnés dans les appareils de l’État et les entreprises publiques. Sur cette base s’est constitué un système clientéliste de masse reposant sur la domination de grandes familles emblématiques, les Caramanlis et les Mitsotakis pour la Nouvelle Démocratie, les Papandréou pour le PASOK. Ce système a ainsi généré une corruption endémique minant l’autorité de l’État. Clientélisme politique et favoritisme partisan, les maîtres maux. Médiocratie au lieu de méritocratie.
La crise de ce bipartisme s’est brusquement aggravée quand, en 2011, sur fond de crise de la dette et d’austérité renforcée, le PASOK s’est allié, en position minoritaire, à la Nouvelle Démocratie. Le PASOK a alors cautionné une politique d’austérité conçue par la troïka formée par les représentants de l’Union Européenne, du Fonds monétaire international et de la Banque centrale européenne. Le bilan en est désastreux : diminution du produit intérieur brut de plus de 25 % en six ans, taux de chômage multiplié par trois sur la même période, dette publique passée de 105,4 % du PIB en 2007 à 175 % en 2014. L’aggravation de la dette souveraine a été utilisée comme une redoutable arme pour déconstruire l’État social, d’ailleurs faible et limité en Grèce. La dérégulation du marché du travail a conduit à une précarisation massive de la société. Par exemple, les conventions collectives ont été brutalement remises en cause, le salaire minimum a été abaissé de 22 % – 32 % pour les jeunes de moins de 25 ans. Les politiques d’austérité ont provoqué une spectaculaire dévaluation interne du pays qui a fini par laminer les classes moyennes et enfoncer dans la misère les couches populaires. Le pays s’est installé dans la troisième plus grande récession au niveau mondial au cours des 100 dernières années et la première en durée, dépassant même la grande crise de 1929 aux États-Unis.
Ce système inhumain implique la destruction d’une grande partie de la société. La crise a pris d’assaut la population, provoquant une anxiété diffuse, une démoralisation des individus, une perte de repères et de la capacité à se projeter dans l’avenir. La montée de la violence, la généralisation de l’insécurité dans toutes ses formes, le renforcement des crispations réactionnaires, comme l’illustre la percée électorale du parti néonazi Aube dorée aux élections de 2012, sont devenus des phénomènes endémiques et inquiétants. Paradoxalement, nous constatons le succès des objectifs inavouables des politiques du Mémorandum qui ont réussi à faire baisser la valeur de la force de travail et à aggraver les inégalités sociales. Les limites historiquement déterminées des besoins sociaux ont largement reculé, accentuant la polarisation de classe de la société grecque. En revanche, tous les objectifs déclarés de l’agenda néo-libéral ont échoué, à commencer par la soutenabilité de la dette.
Les raisons d’une victoire
La première raison de la victoire de Syriza tient au rejet de quarante ans d’un bipartisme suscitant d’autant plus la colère que les responsables de la corruption, des fraudes et des évasions fiscales massives n’ont jamais, à de rares exceptions près, été inquiétés par la justice. La seconde raison ne tient pas à l’adhésion à une idéologie anticapitaliste mais, comme le dit son leader Alexis Tsipras, à un vote motivé par « le besoin». En effet, l’application des mesures de la troïka a jeté dans la misère plus d’un tiers de la population. Cela se traduit par une sousalimentation, l’impossibilité de se chauffer, la menace de saisie des habitations par les banques. Et surtout, le départ de 200 000 jeunes diplômés à l’étranger pour trouver un meilleur sort. Face à cette situation préoccupante, Syriza propose des mesures d’urgence humanitaire telles que le rétablissement de l’alimentation électrique pour impayés d’énergie, un salaire minimum au même niveau qu’en 2009 (à 751 €), la couverture sociale pour les chômeurs en fin de droits. Syriza ne s’est
donc pas contenté, comme c’est souvent le cas en France, de critiquer le gouvernement en place mais a répondu concrètement aux attentes populaires. Il a érigé la lutte pour la survie de la population la plus précarisée en enjeu majeur de la confrontation électorale.
Le troisième facteur du succès de Syriza tient à une nouvelle manière de pratiquer la démocratie en y impliquant une jeune génération exempte des pratiques corruptrices des élites. L’équipe d’Alexis Tsipras, qui n’a que 40 ans, a amorcé un travail de fond sur les boites noires de la conquête de l’opinion et de l’alternative politique. Sous la pression du réel, Syriza a subi un processus de « maturation violente » selon la formule de Giannis Dragasakis, vice-Président du gouvernement actuel. L’enjeu était de dépasser une conception de la gauche comme addition de composantes et de regroupements contestataires en marges du jeu
politique pour construire un nouveau parti unifié à vocation hégémonique. Un parti qui n’entend pas jouer le rôle d’une force supplétive mais revendique ouvertement son droit de devenir protagoniste de la vie politique. Un parti de confrontation démocratique d’idées et non pas un système fermé de micro-pouvoirs qui fonctionne dans une cacophonie invraisemblable. Et surtout, un parti capable de construire ses rapports à la société non pas avec une logique de courroie de transmission mais à travers un travail patient et multifront de mise en réseaux avec des mouvements, des initiatives citoyennes, de mobilisations collectives.
Ce nouveau parti a été mis en chantier lors du congrès fondateur de Syriza en juillet 2013. Du reste, les Grecs se sont sentis humiliés par la pratique politique d’une troïka étroitement liée aux élites au pouvoir. Ils n’ont plus supporté que l’on gouverne leurs pays par mails et en coulisse. Le vote pour Syriza est pour eux un moyen de restaurer une forme de dignité patriotique et de réhabiliter la démocratie. Cette aspiration correspond à la modernisation de l’État que veut engager Alexis Tsipras, afin qu’il puisse entre autre lutter contre la corruption, l’évasion et la fraude fiscales. La démocratisation passe aussi par laréouverture de la radio-télévision publique fermée de manière autoritaire pour des raisons politiques.
Le paysage post-électoral

Pendant la campagne électorale, Syriza demandaient aux citoyens Grecs de lui donner les moyens pour mener jusqu’au bout son programme politique. Il réclamait notamment une « large et nette » majorité parlementaire non pas par arrogance partisane ou volonté de puissance mais pour qu’il puisse rompre avec le « vieux et usé système » sans les entraves d’une alliance instable ou compromettante. Au vu du mode de scrutin proportionnel qui accorde un bonus de 50 sièges au premier parti et en considérant que sept ou huit partis allaient entrer au Parlement (en dépassant la barre fatidique de 3 % des voix exprimées), le seuil de la majorité absolue (151 sur 300 sièges) pouvait être atteint avec un pourcentage entre 36 et 38% des voix.

Aux élections du 25 janvier 2015, Syriza a remporté une victoire de grande ampleur en obtenant 36,3 % et 149 sièges, battant son principal adversaire, la Nouvelle Démocratie (droite) avec un écart de 8,5%. Pourtant, la droite ne s’est pas effondrée, malgré une baisse d’environ 2 % par rapport aux élections législatives de juin 2012. Avec son chef de file et plusieurs de ses députés en prison depuis un an et demi inculpés d’« appartenance à une organisation criminelle », Aube Dorée arrive à la troisième place avec 6,3% des voix, juste au-dessus des « centristes » de La Rivière (« To Potami », 6,05%). Après son étiage historique de 2012, le Parti Communiste Grec (KKE) s’établit à 5,5 % (+1%), tout en restant intraitable dans son isolationnisme. Les Grecs indépendants (ANEL), formation de droite souverainiste conservatrice sur le plan sociétal mais anti-austérité sur le plan socio-économique, se trouvant dans la ligne de mire des médias systémiques qui pronostiquaient leur échec, résistent et entrent à la Vouli (Parlement) avec 13 députés (4,75 %). Vestige d’un passé révolu, le PASOK (socialistes), obtient 4,7 %, bien loin des 12,3 % de 2012, voire des 43,8 % de 2009. Sa déchéance électorale est directement proportionnelle au véritable travail de démolition de la société grecque qu’il a effectué pendant ces années de crise en étroite collaboration avec la droite.
L’alliance gouvernementale de Syriza avec les Grecs Indépendants
En l’absence d’une majorité parlementaire absolue, le choix de Syriza s’est porté rapidement vers une alliance avec les Grecs indépendants. C’est un choix dicté par le besoin étant donné que le KKE a récusé d’emblée toute idée de coalition, y compris sur un programme minimal de sortie de crise. Quant à La Rivière, formation libérale hétéroclite issue de la décomposition du PASOK, elle est préoccupée bien plus de défendre l’orientation « européenne » du pays dans le « respect de ses partenaires et des accords signés » plutôt que de tracer de nouvelles perspectives au-delà des politiques d’austérité qui ont conduit le pays dans l’impasse de la récession auto-alimentée. Il n’est guère étonnant que Martin Schulz, président social-démocrate du Parlement européen, s’est empressé de fustiger l’union entre la gauche radicale et les Grecs indépendants tout en recommandant avec insistance à Alexis Tsipras de « désarmer sur le plan verbal » (sic) et de cesser ses attaques contre Angela Merkel arguant que la rhétorique anti-allemande était de «courtevue».
Est-ce pour autant dire que cette alliance est « contre-nature », voire qu’elle entérine une coalition « rouge-brun » comme le présument certains critiques de Syriza ? Le jugement est inexact et biaisé pour plusieurs raisons. D’abord, ANEL n’est pas un parti d’extrême droite et n’a jamais flirté avec l’Aube dorée, comme l’ont déjà fait des collaborateurs proches de l’ancien Premier ministre Antonis Samaras. Issu d’une scission de la Nouvelle Démocratie en 2012 après le refus de soutenir le gouvernement de Loukas Papadimos qui appliquait la politique du Mémorandum, ce parti revendique la renégociation de la dette grecque, la restauration de la souveraineté nationale confisquée par la troïka, la traduction en justice de tous les responsables politiques, haut fonctionnaires et hommes d’affaires qui ont conduit le pays à la catastrophe. Loin d’être exempts de critiques, les Grecs indépendants se remarquent aussi par des relents « complotistes » du fait qu’ils se déclarent opposés au « Nouvel ordre mondial », par le rejet du multiculturalisme et le soutien à l’Eglise Orthodoxe. En revanche, il est impossible de les incriminer de racisme ou d’antisémitisme. Ensuite, l’équilibre de forces entre les deux formations est incontestablement en faveur de Syriza dont le programme économique est accepté en bloc par les ANEL. La gauche radicale n’est pas « l’otage » des Grecs indépendants dont l’influence est limitée. Si leur chef de file, Panos Kammenos, devient le nouveau ministre de la Défense, cette participation permet à Alexis Tsipras de composer un gouvernement qui déborde largement le périmètre de son propre parti mais aussi de disposer d’un interlocuteur crédible aux yeux des militaires. En revanche, les questions délicates de l’immigration sont confiées à la sous-Ministre Tassia Chirstodoulopoulou, avocate, militante de longue haleine en faveur des droits des immigrés.
Enfin, la coalition avec les ANEL envoie un message de fermeté aux tenants de l’austérité dans toute l’Europe. C’est le signal que Syriza respectera les promesses tenues devant ses électeurs, quitte à se heurter aux institutions européennes. La question sociale est clairement identifié comme prioritaire. « Nous sommes avant tout un gouvernement de salut social, avec projet, volonté politique et la force d’un mandat populaire», dit Alexis Tsipras.

Et maintenant ?
Comment gérer la victoire électorale ? Dans l’esprit de Syriza, la réponse à la crise humanitaire qui frappe la Grèce et la réforme de l’État doivent être menées de pair avec la transformation d’un modèle économique trop dépendant du tourisme et des importations. Ce qui à long terme suppose de réindustrialiser le pays. Ce programme a-t-il des chances de réussir ? Une bonne partie de la réponse tient à la renégociation de la dette qui atteint 321 milliards d’euros et dont le remboursement des intérêts empêche toute marge de manoeuvre. Cela suppose donc que les créanciers de la Grèce acceptent de renoncer à une partie de leurs créances plutôt que de tout perdre. C’est leur intérêt car la mise au ban du travail de millions de personnes en Grèce et plus largement en Europe est un immense gâchis qui gangrène toutes les sociétés.
Le programme de Syriza n’est certes pas révolutionnaire. Mais dans le contexte actuel marqué par la dénégation de la réalité, il apporte une rupture structurelle avec les politiques régressives menées au nom du « bon sens économique » qui plongent le continent européen dans la récession et confisquent la démocratie. Par une ruse de la dialectique de l’histoire, en raison même de ses spécificités en tant que laboratoire à ciel ouvert pour tester des politiques effroyables, la Grèce parle aujourd’hui la langue de l’universel. Elle nous dit que la thérapie de choc appliquée pour sortir de la crise est un échec retentissant. Catastrophique économiquement, inique socialement. Que l’explosion de la dette souveraine suite aux politiques punitives qui s’abattent avec férocité sur les peuples sous prétexte d’absoudre un crime imaginaire subvertit les fondements de la souveraineté populaire et répand l’euroscepticisme. « On ne peut pas continuer à pressurer des pays qui sont en pleine récession » affirme le Président des États-Unis Barack Obama.
La victoire de Syriza est un pari qui permet de décloisonner le regard sur le monde, d’élargir l’horizon d’attente, de repenser l’action collective. A condition de ne pas succomber aux simplifications enthousiastes de la rhétorique partisane qui font l’impasse sur l’état calamiteux de la gauche institutionnelle et les rudes tâches de la recomposition politique qui restent à faire.
Restaurer la confiance à l’alternative ne sera guère une mince affaire. Le cas de Syriza n’est pas forcément exemplaire et ses chances de réussite demeurent incertaines. L’avenir n’est pas à prophétiser mais à construire, de manière intempestive, en incarnant un imaginaire de progrès, de transformation, de justice sociale.
Néanmoins, le nom de Syriza incite à déborder le pessimisme de l’intelligence pour renouer avec l’optimisme de la volonté. « Le printemps est précoce en Grèce et peut-être c’est l’annonce d’un printemps européen » (Georges Corraface à l’émission A’Live de Pascale Clark, France Inter, 2 février 2015)
L’auteur :
Michel VAKALOULIS, économiste de formation, docteur en philosophie, diplômé en sciences politiques, est maître de conférences en sciences politiques à l’Université Paris VIII. Auteur d’une quinzaine d’ouvrages sur la sociologie du salariat et l’action collective, nombre de ses travaux ont été traduits en plusieurs langues.
Pour aller plus loin :
 Site personnel : http://vakaloulis.wordpress.com

Syndicalisme en Grèce : une description par l’Institut européen du travail (ETUI)

L’Institut syndical européen (European Trade Union Institute, ETUI) est le centre indépendant de recherche et de formation de la Confédération européenne des syndicats (CES), qui regroupe elle-même les organisations syndicales d’Europe. L’ETUI met ses compétences – acquises notamment dans le cadre de ses réseaux académiques, universitaires et d’experts – au service de la défense des intérêts des travailleurs au niveau européen et au renforcement du volet social de l’Union européenne.

etui_baseline

logo-numerique-ces-etuc


Les syndicats en Grèce

Entre un cinquième et un quart des travailleurs grecs sont membres d’un syndicat, mais la situation est très différente dans le secteur public, qui compte de nombreux affiliés, et dans le secteur privé, où l’influence des syndicats est assez faible. Il existe seulement deux grandes confédérations : l’ADEDY, qui représente les fonctionnaires, et la GSEE, qui regroupe les travailleurs des autres secteurs. Les structures syndicales inférieures sont toutefois très fragmentées.

Les statistiques sur le nombre de personnes syndiquées en Grèce sont variables, mais les chiffres fournis par les syndicats donnent à penser qu’elles sont au nombre de 800 000 environ. En tenant compte des affiliés qui ne sont pas travailleurs, on peut évaluer le taux de syndicalisation à 22 % de la population active. Selon un rapport publié en 2001 par la confédération syndicale majoritaire, la GSEE, reposant sur une enquête menée auprès de la population adulte, 30 % des travailleurs étaient affiliés à un syndicat. Cependant, la base de données des syndicats ICTWSS a chiffré le taux de syndicalisation en Grèce à 25,4 % en 20111 .

Le mouvement syndical grec se compose de deux grandes confédérations syndicales : la GSEE (Geniki Synomospondia Ergaton Ellados, Confédération générale du travail de Grèce), qui regroupe les travailleurs du secteur privé et les travailleurs employés dans les entreprises et les secteurs sous contrôle public (comme les banques, les transports ou les services tels que la distribution d’électricité et d’eau); l’ADEDY (Anotati Diikisis Enoseon Dimosion Ypallilon, Confédération des syndicats des fonctionnaires publics), qui représente uniquement les fonctionnaires (enseignants, employés des ministères ou des administrations locales).´

Lors de son congrès de 2007, la GSEE a déclaré 472 000 affiliés. L’ADEDY revendique environ 311 000 membres3 .

Dans le passé, les deux confédérations ont exprimé le souhait de travailler main dans la main en vue d’une éventuelle fusion. Bien qu’un certain nombre d’organismes sont d’ores et déjà dirigés conjointement par les deux confédérations, par exemple l’institut de recherche INE/GSEE-ADEDY, il y a eu peu d’avancées dans ce sens au cours de la période récente.

La législation grecque prévoit trois niveaux d’organisation des syndicats. À la base, on trouve les syndicats de premier niveau, qui étaient au nombre de 3 400 en 2007. Ils sont dotés d’une autonomie juridique et leur activité est encadrée par la loi. Dans le passé, les syndicats de premier niveau étaient principalement organisés par profession et souvent actifs dans une zone géographique restreinte. Aujourd’hui, beaucoup sont regroupés par entreprise ou sont des antennes d’organisations régionales ou nationales plus importantes. En conséquence, plusieurs syndicats peuvent, en théorie, être présents sur un même lieu de travail. Mais cela est moins fréquent que dans le passé.

Viennent ensuite les organisations de deuxième niveau. Il s’agit soit de fédérations sectorielles ou professionnelles, soit d’organisations régionales, appelées centres de travail. Chaque syndicat de premier niveau s’affilie à la structure de deuxième niveau de son choix, ce qui détermine les modalités d’affectation de ses délégués lors du congrès national de la GSEE, par l’intermédiaire des fédérations sectorielles/professionnelles ou des centres de travail régionaux.

Enfin, les structures de troisième niveau sont les confédérations, comme la GSEE, composées d’organisations de deuxième niveau. La GSEE se compose d’environ 150 organisations de deuxième niveau (75 fédérations sectorielles/professionnelles et 70 centres de travail régionaux). L’ADEDY est essentiellement organisée par ministère et est présente dans 52 fédérations4 .

Il en résulte une grande fragmentation organisationnelle. Bien que les confédérations se soient efforcées de réduire la fragmentation organisationnelle du mouvement syndical, en encourageant par exemple la coopération entre les fédérations sectorielles, les progrès ont été lents jusqu’à présent.

L’une des raisons est sans doute que les pressions financières qui ont conduit à des fusions dans d’autres pays sont moins fortes en Grèce, car les syndicats (de deuxième et troisième niveau) ne dépendent pas entièrement des cotisations directes de leurs affiliés. Une grande partie de leurs ressources provient en effet de l’État par le biais d’un fonds auquel contribuent tous les travailleurs, qu’ils soient syndiqués ou non. Ce fonds sert à couvrir les coûts d’équipement et de personnel, ainsi que certains frais généraux, comme les frais d’affranchissement et de communication. Mais depuis la crise, cette source de financement est menacée. En novembre 2012, les contributions à ce fonds ont été réduites de 50 % et l’OEE, l’organisme qui a notamment la mission de fournir un financement aux syndicats, a été dissous. Reste à savoir comment les syndicats seront financés à l’avenir.

Le syndicalisme grec est traditionnellement très politisé, les principaux partis politiques étant représentés directement dans les organisations par le biais de fractions organisées. Les 45 membres du conseil exécutif de la GSEE sont élus lors du congrès sur la base des blocs politiques. Le conseil exécutif élu lors du congrès de mars 2010 compte 22 membres apparentés aux sociaux-démocrates du PASOK, 11 membres de la fraction proche du parti conservateur de la Nouvelle Démocratie, 9 membres liés au parti communiste et 3 membres d’une fraction autonome, apparentée au parti de gauche SYRIZA. Ces blocs étaient auparavant représentés dans la direction de la GSEE : son président est issu de la fraction liée au PASOK et son secrétaire de la fraction proche du parti de la Nouvelle démocratie. La crise que traverse actuellement le pays a cependant remodelé les positionnements politiques.

En l’absence de statistiques précises, il est difficile d’étudier en détail l’évolution des effectifs syndicaux. Les tendances à long terme semblent toutefois claires, marquant une ligne de partage entre le secteur public et le secteur privé. Alors que le taux de syndicalisation dans le secteur privé est aujourd’hui deux fois moins élevé qu’au milieu des années 80, il a progressé de 50 % dans la fonction publique en 20 ans. Au total, le taux de syndicalisation a reculé d’un tiers. On observe par conséquent des différences substantielles dans les niveaux d’organisation des branches de l’économie. Si le taux de syndicalisation est élevé dans le secteur public et les secteurs sous contrôle public ou récemment privatisés, comme dans la compagnie publique d’électricité DEH ou chez l’opérateur national des télécommunications OTE (que le gouvernement a privatisé en vendant une partie importante de son capital à la société allemande Deutsche Telecom), il est faible dans l’ensemble du secteur privé, dominé par les très petites entreprises5 .

L. Fulton (2013) La représentation des travailleurs en Europe. Labour Research Department et ETUI. Réalisé avec l’aide du Réseau SEEurope, publication en ligne, disponible sur : http://fr.worker-participation.eu/Systemes-nationaux

1. ICTWSS Database: Database on Institutional Characteristics of Trade Unions, Wage Setting, State Intervention and Social Pacts, in 34 countries between 1960 and 2012. Créée par Jelle Visser, Amsterdam Institute for Advanced Labour Studies (AIAS), Université d’Amsterdam, version 4, avril 2013 (voir http://www.uva-aias.net/207). [2]
3. Voir EIRO, Greece: Industrial relations profile, 2009 : http://www.eurofound.europa.eu/eiro/country/greece.htm.
4. Ibid.
5. Pour de plus amples informations sur les tendances et les structures du taux de syndicalisation, voir Christos A Ioannou, From Divided “Quangos” to Fragmented “Social Partners”: The Lack of Trade Union Mergers in Greece, dans Jeremy Waddington (dir.), Restructuring Representation, The Merger Process and Trade Union Structural Development in Ten Countries, p. 139-164, P.I.E-Peter Lang, Bruxelles, 2005.

Une pétition de syndicalistes allemands en soutien au peuple grec

 Alors que l’Allemagne de Angela Merkel apparait comme l’opposante frontale au gouvernement Syriza, une voix s’élève dans ce pays pour soutenir la Grèce : des syndicalistes DGB, Verdi, IG Metall!
Elle vaut la peine d’être connue et soutenue.
 
Pétition signée par les principaux dirigeants syndicaux allemands (DGB, Ver.di, IG Mettall…).

La Grèce au lendemain des élections – une chance pour l’Europe, non une menace

Le séisme politique qui a eu lieu en Grèce est une chance non seulement pour ce pays, qui est frappé de plein fouet par la crise, mais aussi pour repenser et corriger dans ses fondements les politiques sociales et économiques de l’UE.

Nous mettons en exergue ici de nouveau une critique à maintes reprises formulée ces dernières années par les syndicats : dès le début, les conditions déterminantes, sous lesquelles les aides financières ont été accordées à la Grèce, ne méritaient pas le qualificatif de « réforme ». Les milliards, qui ont été injectés en Grèce, ont été utilisés avant tout pour stabiliser le secteur de la finance. Dans le même temps, à cause de la brutalité des politiques d’austérité menées, le pays a été plongé dans la plus profonde récession qui puisse être et parallèlement a accumulé la dette publique la plus élevée de l’UE. Cela a eu pour conséquence de déclencher une crise humanitaire et sociale sans précédent en Europe : un tiers de la population vit dans la pauvreté, la couverture sociale a été massivement fragilisée, le salaire minimum a été abaissé de 22 %, le système de convention collective ainsi que d’autres droits protégeant ceux qui sont encore employés ont été démantelés. Enfin, ce sont précisément les catégories à faibles revenus qui font l’objet de pression fiscale supplémentaire. Le chômage est actuellement à 27 % et atteint même 58 % chez les jeunes. Nombreux sont ceux qui n’ont pas les moyens suffisants pour payer nourriture, électricité, chauffage et loyer. Une part importante de la population ne souscrit plus à une assurance maladie et a accès aux soins médicaux seulement dans les cas d’urgence. Ainsi, les résultats électoraux constituent un réquisitoire définitif contre ces politiques qui ont échoué.

Ces dernières n’ont rien à voir avec le concept de réforme. Elles sont dans les faits à l’origine des difficultés rencontrées par la Grèce. Aucun des problèmes structurels du pays n’a été résolu, mais au contraire de nouveaux ont été générés. Ces politiques ont été des politiques pour démanteler et non pour construire. Des réformes structurelles dignes de ce nom ouvrent au contraire de nouveaux horizons au pays afin que celui-ci renoue avec la croissance économique, au lieu de chasser toute une génération de jeunes hautement qualifiés vers l’étranger. De véritables réformes structurelles s’attaquent sans détour à la fraude et l’évasion fiscales. De véritables réformes structurelles luttent contre les politiques clientélistes et la corruption sur les marchés publics. Le nouveau gouvernement grec doit relever de nombreux défis : mener un projet de reconstruction et de développement, qui devra faire partie d’un « plan d’investissement européen », comme le demandent depuis longtemps les syndicats. Aussi, il devra créer les conditions nécessaires pour que de tels projets aboutissent.

Il faut réellement négocier avec le gouvernement grec sans chercher à faire pression, afin de dépasser les politiques d’austérité et d’ouvrir des perspectives sociales et économiques au pays. Ceci s’applique en particulier aux conditions dévastatrices acceptées par le gouvernement précédent, maintenant désavoué par les urnes, en vue d’obtenir des emprunts internationaux. L’Europe ne doit pas s’obstiner dans la poursuite d’une politique aux dépens des peuples, une politique qui a été rejetée sans équivoque par la majorité des électeurs et électrices. Dire « ça ne fait rien, on continue » n’est pas une option !

Le désaveu des responsables des politiques menées jusqu’à maintenant en Grèce est une décision démocratique, qui doit être respectée au niveau européen. Il faut laisser sa chance au nouveau gouvernement. Ceux qui réclament la poursuite des soi-disantes réformes en cours contestent de facto au peuple grec le droit à mener dans son pays une politique de réorientation légitimée démocratiquement. S’il s’avérait qu’une telle politique de réorientation ne serait possible que dans le cas où d’une sortie de la Grèce de l’Union monétaire européenne, alors ceci prouverait l’incompatibilité des institutions européenne avec les décisions démocratiques prises au sein des États membres. C’est ce qui permet aux courants nationalistes, actuellement en plein essor en Europe, d’avoir d’autant plus le vent en poupe.

Le déficit de légitimation démocratique au niveau européen, régulièrement déploré, et qui reste toujours non résorbé, ne doit pas venir aggraver les carences démocratiques que connaissent les États membres. La démocratie au niveau de l’Union européenne doit être renforcée, si l’on veut donner une nouvelle crédibilité au projet européen, comme nombre d’entre nous l’avaient mis en avant en 2015 dans le cadre de l’appel « Fonder une nouvelle Europe ! ». Ce n’est pas le diktat de l’austérité qui fortifiera le projet européen, mais seulement l’initiative démocratie impulsée par le bas en vue d’instaurer la reconstruction économique et plus de justice sociale.

Cette initiative doit être soutenue maintenant au nom de l’intérêt du peuple grec, qui donne aussi une nouvelle impulsion en faveur d’une réorientation politique en Europe. La percée politique en Grèce doit être vue comme une chance pour établir une Europe à la fois sociale et démocratique !