Nouvelle revue du travail

Lu dans la Nouvelle revue du travail (NRT)

La Nouvelle revue du travail publie dans son numéro 4 d’avril 2014 un commentaire (voir ci-dessous) du livre Nouveau siècle, nouveau syndicalisme (Paris, Syllepse, 2013, 189 p., 8 €) sous la plume de Georges Ubbiali (sociologue), Centre Georges Chevrier, UMR 5605, Université de Bourgogne. A cette occasion, nous faisons connaitre aussi cette nouvelle revue  (http://nrt.revues.org) par sa présentation juste après.

  • Le commentaire de Georges Ubbiali :

Il ne fallait pas moins que ce livre patchwork (pas moins de quatorze contributeurs et contributrices) pour dessiner le portrait du syndicalisme du XXIe siècle ! Le statut des auteurs est lui aussi varié, mélangeant syndicalistes et chercheurs. Le propos s’articule autour de deux grandes parties. Dans un premier temps, il s’agit de dresser les principaux diagnostics du syndicalisme, avant de formuler, dans une seconde partie, quelques propositions. Après un rappel du fait que l’objectif de l’ouvrage se situe dans une perspective d’analyse du syndicalisme comme mouvement social (D. Mezzi), vs agence sociale, il revient à J.-M. Pernot de pointer le problème essentiel auquel fait face le mouvement syndical : sa rétractation autour de ses missions de défense des salariés, c’est-à-dire une érosion de sa fonction de représentation autour de la régulation sociale. L’enjeu est simple : soit le syndicalisme sera en mesure de rénover ses pratiques dans la même mesure où il avait su le faire au début du XXe siècle, en passant d’un syndicalisme de métiers à un syndicalisme industriel, soit l’acteur syndical demeurera un rouage d’un système institutionnel qui lui réserve une place reléguée. Changeant d’optique, S. Béroud et K. Yon se propose de répondre et de clarifier les notions de bureaucratisation et d’institutionnalisation du syndicalisme. Si la bureaucratisation (au sens webero-michelsien) est à combattre, les deux auteurs, envisagent la dimension de l’institutionnalisation dans une approche dialectique, proposant un dépassement des (nombreuses et répétitives) lectures binaires de ce phénomène. En une thèse hardie, ils avancent que les institutions peuvent également servir de supports pour l’action – dans la même veine, même si l’argument n’est pas développé dans leur contribution – que peut l’être le droit. C. Gobin et K. Crochemore invitent le lecteur à sortir du cadre hexagonal pour envisager les formes mondiales et plus spécifiquement européennes d’internationalisation du syndicalisme. Forts des critiques sur le développement de la CES, à partir de l’exemple du secteur du transport, ils montrent les potentialités qui existent pourtant pour que syndicalisme et émancipation puissent se conjuguer en parallèle. René Mouriaux ouvre une section consacrée à quelques organisations syndicales françaises (manque quand même FO dans le tableau, le cas de la CGT est abordée dans la seconde partie). Son texte, comme souvent, est marqué par une grande rigueur et une éblouissante érudition. Il tombe néanmoins à côté du sujet, du fait de l’option avant tout historique qu’il a choisie. Résultat d’une contribution tournée vers le passé, l’évolution de la centrale depuis la déconfessionnalisation (1964-2014) est traitée en moins d’une page. R. Szajnfeld, qui fut le principal animateur du courant Unité et Action (UA) au sein de la FEN s’intéresse au passage de la FEN à la FSU, à partir d’une question tout à fait pertinente. Qu’est ce qui permet d’expliquer le succès de la FSU, qui devient après la scission de la FEN, l’organisation majoritaire au sein de la fonction publique d’Etat ? Pour stimulante que soit sa communication, qui permet d’éclairer un pan de l’histoire récente mais mal connue du syndicalisme, le format est trop court pour pouvoir aborder de manière satisfaisante les dimensions proprement sociologiques de la création de la FSU. Enfin, J.-M. Denis, dans le prolongement de ses travaux et sur la base d’une enquête demeurée à ce jour au purgatoire de la littérature grise (cf. Béroud S. et alii, Les militants de l’Union syndicale Solidaires : profits, pratiques et valeurs, Triangle-Université de Lyon II, 2011, disponible en ligne), replace l’évolution de cette composante très minoritaire, mais combattive et dynamique, dans la continuité de l’autonomie. Après ce premier temps du diagnostic, vient le moment des propositions. La contribution la plus hétérodoxe de D. Mezzi ouvre le bal en avançant l’idée de dépasser la Charte d’Amiens, document fondateur du syndicalisme en France. Sans entrer dans le détail de ce texte, court, mais suggestif, l’auteur évoque l’idée de créer un nouveau rapport à la politique en rompant avec les modèles soit d’assujettissement à la sphère politique (le PCF et la CGT), soit d’évanescence du politique (la CFDT et son recentrage), soit encore de hiérarchisation (FO et la défense de l’intérêt particulier) qui ont marqué l’histoire du syndicalisme hexagonal. En conséquence, l’auteur conclut son article par un amendement, visant à définir un syndicalisme assumant pleinement sa dimension politique anticapitaliste, tout en rejetant la soumission aux partis politiques, débouchant sur la création d’une chambre sociale, aux côtés de la représentation élue au suffrage universel. Ces propositions, assez iconoclastes en une période où le mouvement syndical se limite à faire admettre sa légitimité dans le système de relations industrielles, aurait mérité d’être rapportée aux débats historiques, en particulier ceux menés au sein de la CGT à partir du Cartel des gauches, débouchant sur la reconnaissance légale en 1936 du Conseil National Economique, tant l’histoire sociale n’est pas vierge de toutes expériences en la matière. Autour du thème de l’unité et de l’unification, quatre responsables syndicaux sont invités à développer leurs analyses (G. Aschiéri pour la FSU, M. Dumas pour la CGT, J. le Coq pour la CFDT, A. Coupé pour l’Union syndicale Solidaires). S. Béroud et K. Yon développent ensuite une critique très serrée de la nouvelle loi sur la représentativité, reprochant à cette dernière de concevoir la représentation syndicale sur le mode de la démocratie électorale et, par ce biais, de vider toute forme de représentation de dimension collective. Fortement argumentée, leur démonstration hésite cependant entre la critique de la loi et l’absence de droits plus étendus pour les salariés, comme si la loi était responsable de ce fait. T. Fraquelli, cheminot cégétiste, offre ensuite une très bonne contribution sur ce que la prise en compte de l’analyse du travail ouvre comme possibilité pour rénover les pratiques syndicales. Il en oublie d’ailleurs au passage, d’évoquer l’antériorité de la CFDT en ce domaine, dont l’apport aurait mérité d’être également analysé. Il n’en reste pas moins que le lecteur découvre l’ampleur à la fois des blocages syndicaux (la logique de la compensation financière plutôt que celle de la modification du travail) et les perspectives ouvertes en termes de revitalisation du tissu syndical et de rénovation du militantisme. Enfin, il revient à D. Mezzi et R. Mouriaux de conclure sur les défis auxquels la principale centrale, la CGT, doit faire face en ce début de XXIe siècle pour continuer à occuper une place centrale dans le syndicalisme, aussi bien en France qu’au niveau international. On l’aura compris au fil de ce compte rendu, ce petit livre contient de nombreuses idées stimulantes, croise les points de vue, toujours avec un haut niveau d’exigence, développe plusieurs et riches perspectives, Mais, hélas, dans un format qui ne permet pas vraiment leur déploiement. Malgré ses qualités, Nouveau siècle, nouveau syndicalisme, soulève plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Cela n’enlève rien à sa qualité, mais laisse un lecteur plutôt frustré des nécessaires démonstrations.

  • La Nouvelle revue du travail :
La NRT

Le développement des recherches en sociologie du travail de langue française, n’a pas entraîné un accroissement des espaces de publication, en particulier pour les sociologies critiques. La Nouvelle Revue du Travail s’offre comme un nouveau lieu d’accueil. Publiée uniquement en ligne en accès ouvert, elle comble en partie le retard des publications numériques en France. La revue adhère à revues.org, et peut être consultée sur http://nrt.revues.org. L’ISSN qui lui a été attribué par la Bibliothèque nationale de France est : 2263-8989. Le premier numéro a paru le 10 décembre 2012.

La Nouvelle Revue du Travail est une revue scientifique dont les auteurs, chercheurs ou praticiens, s’inscrivent dans le respect des démarches scientifiques des sciences de l’homme et de la société. Le travail est pensé comme une notion transversale au carrefour de différents courants de la sociologie des organisations, des institutions, des relations professionnelles, des professions, de l’emploi, du genre, de la clinique, de l’innovation, du management, etc. Parmi les centres d’intérêts de La Nouvelle Revue du Travail figurent les rapports sociaux de domination, de pouvoir et d’exploitation renouvelés par la globalisation du capitalisme financier.

La Nouvelle Revue du Travail se propose d’être un lieu de débat théorique et épistémologique plutôt qu’un support à l’exposé d’applications de telle théorie à un nouveau terrain. Elle privilégie les articles qui organisent le double va-et-vient entre le terrain et la théorie d’une part et entre les niveaux micro et macro sociologiques d’autre part.

La tension entre production des connaissances et action est un élément dynamique pour développer une collaboration entre le monde du travail et le monde de la recherche. L’un des objectifs de la revue est de s’adresser, au-delà du public académique, à un public de praticiens dans les entreprises et dans les administrations publiques, en particulier à un moment où l’enseignement supérieur forme plus d’intervenants que de chercheurs. Elle vise aussi à s’adresser au monde syndical et associatif qui souhaite trouver, du côté des sciences sociales, des éléments d’analyses et de compréhension du monde du travail moderne pour soutenir ou accompagner son action. Plutôt que de méconnaître ou de sous-estimer la tension entre production des connaissances et actions, il s’agit d’en faire un objet de recherche.

La complexité de la question du travail met par ailleurs en cause les cloisonnements disciplinaires. Elle conduit à favoriser les lectures plurielles, issues des différentes disciplines, en particulier l’histoire, la psychanalyse, la psychologie, l’économie, la gestion, la philosophie, le droit, l’ergonomie, la linguistique sociale… Enfin, à l’ère de la globalisation, La Nouvelle Revue du Travail traite des questions du travail à l’échelle internationale ou plus spécifiquement dans l’un ou l’autre pays ; elle encourage le bilinguisme en diffusant des articles publiés à la fois dans une des grandes langues internationales et en français.

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