Solidaires

Projet syndical et autogestion

Vous lirez ci-dessous une contribution de Catherine Lebrun et Christian Mahieux (de l’Union syndicale Solidaires) à la réflexion sur la dimension alternative d’un projet syndical, notamment dans une perspective autogestionnaire ou d’appropriation sociale de la production économique. Cette réflexion, qui effectue un retour critique sur diverses expériences (et notamment la phase des nationalisations sans changement des normes gestionnaires capitalistes) a été l’objet d’une intervention dans l’Association pour l’Autogestion (ApA), dont nous reproduisons en exergue un bref compte-rendu par Richard Neuville. A bien des égards, cette contribution remet en vigueur, par sa méthode, l’inspiration syndicaliste révolutionnaire du début du 20ème siècle (même si celle-ci n’employait pas le mot « autogestion »).

 

 

Autogestion, syndicalisme et transformation sociale

 

 

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Pour la deuxième année consécutive, l’Union Syndicale Solidaires a consacré une journée au thème de l’ « autogestion et transformation sociale » dans le cadre des Rencontres interprofessionnelles annuelles qui se déroulaient du 6 au 12 octobre à Dunières-sur-Eyrieux en Ardèche 1. Comme l’an passé, deux syndicalistes et membres du Conseil de l’Association pour l’Autogestion (ApA), Catherine Lebrun et Richard Neuville, intervenaient le 11 octobre pour évoquer l’histoire et l’actualité de l’autogestion en France et en ailleurs, comme en Amérique latine et tenter de dégager des perspectives au niveau syndical.

Après avoir quasiment disparu du discours syndical et politique au cours des décennies 80/90, l’autogestion retrouve un certain intérêt auprès des associations, des mouvements collectifs ou coopératifs et des travailleurs en ce début de XXIe siècle. Dans la période de crise structurelle et de destruction massive d’emplois que nous traversons, il y a une certaine acuité pour le mouvement syndical à se réapproprier la question de l’autogestion, de réfléchir à des perspectives de luttes offensives qui posent les questions du contrôle ouvrier, de la gestion ouvrière, des contre-plans alternatifs et de la reconversion écologique de l’industrie.

Ce n’est sans doute pas complètement un hasard que ce soit l’US Solidaires qui amorce ce mouvement car plusieurs syndicats et fédérations membres font référence explicitement à l’autogestion dans leurs statuts et ont participé activement à la foire à l’autogestion en juin 2012 à Paris. De même, les propositions esquissées par cette organisation en réponse au plan de licenciements à PSA, publiées dans un tract en septembre 2012,  témoignent de cette évolution 2 :

« * Un débat doit s’ouvrir avec les salarié-es concernés mais aussi avec l’ensemble de la population sur les questions de la socialisation, du contrôle des salarié-es sur ce qu’ils et elles produisent, sur l’utilisation de la plus-value dégagée, sur les investissements utiles à la société… Ces questions se posent pour la filière automobile comme dans les autres secteurs productifs.

* Les salarié-es doivent être protégés des aléas des restructurations dues aux évolutions de la filière automobile. Pour cela, un fonds financé par le patronat de la branche doit permettre aux salarié-es de garder leur rémunération, leur protection sociale et plus globalement l’ensemble de leurs droits sociaux, pendant le temps nécessaire pour retrouver un emploi comparable, et prendre en charge le financement de leur éventuelle reconversion.

* A l’échelle nationale et européenne, il faut engager un débat démocratique sur l’avenir, la transformation de l’industrie automobile selon des choix technologiques décisifs du point de vue écologique et de l’espace urbain. »

L’ApA ne peut que se féliciter de cette initiative et de cette prise de position de la part de l’U.S. Solidaires en espérant qu’elle soit suivie par d’autres organisations syndicales.

 

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Cliquez pour obtenir le texte complet de Catherine Lebrun et Christian Mahieux : Le droit de propriété en question CL CM
Nationalisation, privatisation, socialisation, autogestion. Le droit de propriété en question – Les cahiers d’alter – http://www.alterce.org – Août 2013
Catherine Lebrun et Christian Mahieux, membres du Secrétariat national de l’Union syndicale Solidaires http://www.solidaires.orgcontact@solidaires.org

Le syndicalisme ne peut pas faire l’économie d’approfondir ces questions car elles sont au coeur de tout projet de transformation sociale radicale. Au-delà des positions de principe de lutte contre le système capitaliste, les réponses et les stratégies alternatives à construire doivent prendre la mesure de l’évolution du capitalisme et des conditions concrètes dans lesquelles se mènent la lutte des classes. Elles reposent sur la nécessaire articulation entre revendications immédiates et changements structurels, entre revendications et construction du rapport de force pour les faire aboutir, entre projet alternatif et formes d’action (démocratie ouvrière, démocratie dans les luttes, grèves de masse, grèves reconductible, autonomie des mouvements sociaux, conséquences politiques concrètes des luttes, etc.)
Le présent texte ne prétend à nulle exhaustivité, il n’entend pas fixer une quelconque ligne politique en dehors des cadres de débats et décisions de notre organisation syndicale. C’est une contribution, dont l’objectif est de relancer la réflexion et les échanges sur ces sujets. Elle est basée sur les acquis historiques1 du mouvement ouvrier, l’analyse de la société dans laquelle nous vivons, la prise en compte des rapports de forces nécessaires à une organisation différente de la société qui passe par une rupture avec le capitalisme. C’est un, très partiel et modeste, outil pour les militant-es qui veulent renouer avec ce nécessaire travail, individuel et collectif, d’élaboration d’une stratégie émancipatrice.
Nationalisation, socialisation, autogestion, ces concepts ont imprégné des années de débats au sein du mouvement syndical. Ce ne sont pas des discussions « dans le vide » ; des expériences ont été menées, des bilans ont été tirés. La gestion des outils de production2 directement par celles et ceux qui travaillent est possible. C’est un premier point important car il rappelle que des alternatives sont possibles, en vrai, pas seulement sous forme de slogans. Réapproprions-nous notre histoire, ne nous laissons pas imposer la vision de la classe dominante dont un des objectifs est de nous conduire à accepter comme fait acquis que « le capitalisme est la fin de l’histoire» !
Dans le cadre du système capitaliste, la gestion directe d’entreprises ou services est possible comme le montrent quelques expérience ; mais pas l’autogestion, car il s’agit là d’un projet de transformation sociale de la société dans son ensemble, avec des modifications fondamentales en termes de pouvoir de décision, de rapports entre classes sociales, de notions de hiérarchie et de responsabilité, etc. Il nous faut donc construire notre réflexion en intégrant cette nécessaire rupture avec le système capitaliste. Là encore, pour que ce soit utile, nous devons retrouver et inventer des revendications, des formes d’action, des organisations, des slogans, des exemples de luttes, qui rendent crédibles aux yeux de nos collègues ces changements fondamentaux.
A travers certaines résistances et luttes sociales actuelles, est parfois posée la question de l’organisation du travail dans toutes ses dimensions : qui décide dans l’entreprise et dans chaque collectif de travail ? Que produire ? Dans quelles conditions ? Quelle utilité sociale ? … Ce ne sont que des interrogations, rarement des tentatives concrètes, nullement un mouvement de fond. Mais n’est-ce pas à nous de créer les conditions pour que celui-ci existe ?

Réponses alternatives, mouvement de masse, changements concrets
Le bilan des politiques de nationalisation et de privatisation menées depuis cinquante ans et les leçons à tirer des luttes pour une appropriation sociale collective, sont autant de repères pour ébaucher des réponses alternatives destinées à construire un mouvement de masse permettant la rupture avec le système capitaliste.
Les crises économiques et financières successives et leurs conséquences sociales dévastatrices ont mis à jour l’impasse du capitalisme financier, phase actuelle de ce système économique. Elles renforcent la nécessité d’une utopie transformatrice. Mais les effets du néo-libéralisme en termes de chômage de masse, de précarisation, d’individualisation de la relation salariale handicapent toute velléité de dynamique d’émancipation, sans oublier le bilan désastreux des expériences du « socialisme » dit réel, par exemple dans les ex-pays de l’est qui pèse encore dans l’inconscient collectif.
Dans ce contexte contradictoire et paradoxal, le syndicalisme ne peut pas se limiter à la défense des intérêts immédiats des travailleurs-euses mais se doit d’élaborer un projet de transformation sociale à la hauteur des bouleversements du capitalisme contemporain et conforme à notre volonté d’émancipation des travailleurs et des travailleuses.
Trop de forces syndicales, hexagonales et mondiales, ont abandonné cette tâche essentielle et ne visent plus qu’à aménager, voire à accompagner les effets du libéralisme. Rien d’étonnant par conséquent que leurs stratégies et leurs revendications ne visent plus à remettre en cause le système ni à esquisser les contours d’une autre organisation sociale.
Créer les conditions de nouveaux rapports de force idéologiques et sociaux implique de se battre sur des orientations syndicales inversant la logique même du système d’exploitation capitaliste et faisant le lien avec la situation et les revendications quotidiennes des salarié-es, chômeurs-ses, jeunes en formation et retraité-es.
Entre autres problématiques auxquelles travaille, encore insuffisamment, l’Union syndicale Solidaires, citons la répartition des richesses, la socialisation des moyens de production, la transition écologique, les inégalités femmes/hommes, les formes d ‘organisation sociales et les processus de décision sur les choix économiques et sociaux que porte notamment la thématique de l’autogestion.
Du passé, avant de faire table rase, tirons les enseignements !
La question de la propriété est toujours révélatrice de l’état des rapports de force entre les classes sociales, et de l’état du débat social et politique du moment. Sans retracer des siècles de débat sur cette question, reprenons quelques périodes charnières, parmi les plus récentes.
Suite à la crise de 1929, le débat sur les nationalisations refait surface en Europe entre les partisans d’une politique de nationalisation des infrastructures et des secteurs clefs de l’économie et ceux préconisant un régime d’économie mixte où le régime de propriété capitaliste reste dominant. En France, un clivage existe dans le mouvement syndical (notamment entre CGT et CGT-U puis dans la CGT réunifiée) entre les « réformistes » et les « syndicalistes révolutionnaires », ces derniers considérant qu’étatiser une partie de l’économie sans rompre avec le régime du profit et les inégalités de classe, est un leurre. La nationalisation des chemins de fer par la création de la SNCF en 1937 illustre cette situation, puisqu’il s’agit avant tout d’éponger les dettes des grands actionnaires des compagnies privées, sans toucher aux profits accumulés depuis des dizaines d’années, et en les indemnisant très généreusement : « socialiser les pertes, privatiser les profits », est une revendication patronale ancienne…
A l’échelle internationale, les collectivisations en Espagne, entre 1936 et 1938, sont une expérience particulièrement intéressante ; sans les mythifier, elles montrent que « c’est possible » à grande échelle, sans recours aux nationalisations étatiques mais en fédérant des initiatives mises en oeuvre à la base. Plusieurs millions de personnes participèrent à des réalisations sans précédent : les collectivités agricoles d’Aragon et la socialisation d’entreprises et des services publics en Catalogne par exemple, se sont faites sans recours à l’Etat. Celles et ceux qui produisaient se sont emparé-es des usines, des bureaux, des champs. Ils et elles ont géré directement la production, sa répartition, les échanges, mais aussi les moyens à mettre en commun pour l’éducation, la santé, etc. Dans certaines collectivités, un salaire unique a été mis en place, dans d’autres l’argent était aboli au profit de bons d’échange, non capitalisables et utiles pour la seule satisfaction des besoins familiaux,… Bien entendu, le contexte politique, économique et social de l’Espagne de 1936 n’est pas celui de notre monde contemporain, mais ces expériences méritent toute notre attention.
Le débat sur le pouvoir, et en fait sur l’autogestion, a traversé le mouvement ouvrier dans tous les pays et dans des périodes bien différentes. On sait ce qu’il advint de la révolution russe de 1917 et ce que furent les régimes autoritaires des pays dits « communistes ». Mais, en Russie, de 1917 au début des années 20, la remise en cause du pouvoir des conseils ouvriers (les soviets) a été contestée y compris au sein du parti bolchevik au pouvoir.
En 1945, après la seconde guerre mondiale, où tout est à reconstruire et afin d’écarter toute velléité de remise en cause du système, nombre de gouvernements européens mettent en place des politiques dites keynésiennes fondées sur un interventionnisme étatique fort. En France, dans le cadre du Conseil national de la résistance (CNR) regroupant les courants politiques de droite et de gauche, le projet était « le retour à la nation de tous les grands moyens de production monopolisée, fruit du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques » ; le préambule de la constitution de 1946 reprend ces principes. Une grande partie du patronat ne s’y oppose pas, non seulement parce que les actionnaires indemnisé-es pourront investir dans des secteurs plus juteux à court terme, mais aussi parce que les lourds investissements assumés par l’Etat seront profitables au développement du capitalisme. De surcroît, la gestion des secteurs nationalisés n’étant pas sous contrôle ouvrier, le changement juridique de la propriété ne remet en cause, ni la logique de rentabilité, ni le pouvoir de décision et de gestion des dirigeant-es. Rien d’étonnant, comme le disait le sociologue Bourdieu, tant la porosité entre « la noblesse d’état » technocratique10 et les pouvoirs économiques, contredit la notion « d’Etat garant de l’intérêt général ».
L’important travail de recherches, de confrontation d’idées, mené au cours des années 60 dans des organisations ouvrières (y compris syndical, notamment dans la CFTC/CFDT) et la dynamique de Mai 68, mettent l’autogestion au centre de nombreux débats. Avec le recul, certains « exemples » d’alors méritent d’être considérablement rediscutés.
C’est dans ce contexte où se mêlent débats théoriques et forte volonté de « changer les choses dès maintenant » que naît le conflit des LIP en 1973 à Besançon. Contre les licenciements, les salarié-es, massivement syndiqué-es, réquisitionnent le stock de montres et s’emparent des plans de fabrication. S’en suit une période novatrice, qui cristallise espoirs et soutien populaire, au cours de laquelle est mis en oeuvre le slogan « c’est possible, on produit, on vend, on se paie ».
Les nationalisations de 1982, sous Mitterrand, représenteront 17 % du PIB, et toucheront plusieurs dizaines de sociétés industrielles (Compagnie générale d’électricité, St Gobain, Pechiney, Rhône Poulenc, Thomson-brandt) et financières, mais elles suivront la même logique que les processus antérieurs, avec 47 milliards de francs d’indemnisations pour les actionnaires. Il n’y avait aucune volonté politique de permettre une remise en cause des choix stratégiques de production, du pouvoir de décision et de gestion des salariés-es dans les entreprises.

Les équipes dirigeantes resteront les mêmes notamment dans le secteur bancaire où la course à la spéculation aboutira à une facture salée pour les contribuables (cf. les 100 milliards de dette du Crédit Lyonnais). Le gouvernement PS/PCF est loin même du programme commun de la gauche des années 70 qui préconisait la mise en place de conseils d’ateliers et de services pour un contrôle ouvrier des entreprises. Les libéraux comme les sociaux démocrates utilisent la socialisation des pertes comme une transition avant un retour fructueux au secteur privé. A l’instar des politiques ultralibérales anglo-américaines de Thatcher et Reagan dont la doctrine est la restauration de « l’ordre spontané du Marché », le gouvernement « socialiste » opérera le tournant libéral en 1983.
Les privatisations ne vont pas cesser de s’enchaîner sous les gouvernements de droite comme de gauche, notamment sous le gouvernement Jospin (PS/PCF/Verts, de 1997 à 2002). Le drame de la sidérurgie française privatisée en 1996 est un des symboles. D’autres secteurs verront la participation de l’Etat baisser sans cesse et en bout de course circonscrite à l’énergie, les transports, l’audiovisuel public, les télécommunications, la Poste… souvent de plus en plus partiellement d’ailleurs.
Cette contre révolution conservatrice amorcée dans les années 1980, prendra dans les années 1990 des formes nouvelles de domination de la finance sur l’ensemble de la sphère économique dont la recherche de rentabilité maximum et à court terme, conjuguée avec une concentration croissante des entreprises, abouti à l’extension des privatisations et à une offensive brutale contre les services publics.
Force est de constater que le bilan des privatisations est marqué par un coût social élevé. Les Etats ont souvent bradé les entreprises publiques au secteur privé. Ce dernier, guidé par la recherche du profit immédiat, n’a cure des productions nocives écologiquement et désastreuse socialement pour les salariés-es. Et quand, celui-ci est en faillite, les états renflouent, sans contreparties, et font payer la note aux populations, détruisent le secteur public, comme c’est le cas aujourd’hui avec les politiques d’austérité instaurées en Europe dans la foulée de la crise économique et financière de 2008. Ce ne sont pas les quelques mesures de B.Hamon sur l’économie sociale et solidaires, ni le projet de Hollande sur la possibilité de reprise par les salariés-es d’entreprises bénéficiaires, qui modifieront la domination de la loi du marché et la captation des pouvoirs de décision par une oligarchie minoritaire.
Socialisation, autogestion : une autre voie possible
Les questions que nous devons poser sont celles de la répartition des fruits des richesses produites et de l’organisation de la production (ce qui implique celles sur son contenu, son utilité sociale, ses implications écologiques, etc.)
La nationalisation de tel ou tel secteur, où seule la forme juridique de la propriété change en devenant étatique, ne bouleverse pas la logique du système dans son ensemble. A certains moments, elles peuvent permettre de sauvegarder les intérêts des salariés-es ; mais une véritable transformation sociale du système suppose la socialisation de l’ensemble des moyens de production et d’échange donc la remise en cause de la propriété privée, et du pouvoir par les travailleurs-ses, au sein des entreprises mais aussi plus largement pour « l’administration de la société ». Cela implique également un cadre national de planification des besoins sociaux futurs, des ressources allouées pour les satisfaire, en tenant compte des impératifs écologiques. L’articulation de ces orientations, à l’échelle nationale et internationale, avec les besoins locaux, ceux des entreprises et des branches, pose la question de l’ensemble de la « chaine démocratique » pour assurer des choix cohérents au profit de la collectivité dans son ensemble.
Au-delà des mots différents (autogestion, collectivisation, socialisation, …), ce que nous entendons par autogestion c’est que les classes sociales qui produisent la richesse collective13, aujourd’hui sans pouvoir, peuvent gérer l’économie (donc les entreprises, les services, etc.) et plus généralement la société. Ceci suppose l’appropriation collective directe des outils de production et des moyens d’échanges. Nous ne voulons par là décrire un modèle idéal pour « après la révolution », mais d’une part « construire par nos luttes d’aujourd’hui la société de demain », d’autre part créer les conditions pour que des luttes faisant bouger réellement les choses se développent.

Ces principes posés, l’évolution du capitalisme et ses effets sur la structuration du salariat, nous obligent à repenser les termes du débat sur ces thématiques. Nous ne sommes plus dans les années 1970 où nous étions face à un capitalisme encore largement patrimonial, familial, avec un pouvoir de décision unique et identifié. L’internationalisation du capital, les centres de pouvoir opaques et insaisissables, l’interdépendance économique à l’échelle planétaire, la domination des multinationales sur l’ensemble des filières, des PME, et du marché des matières premières, impliquent de redéfinir le contenu des réponses alternatives et les stratégies syndicales et politiques.
La perspective de socialisation des secteurs clefs de l’économie et autogérés par les salariés-es suppose d’anticiper la chaîne de conditions économiques de production et de la repenser au-delà des murs d’une seule entreprise. En d’autres termes, l’autogestion n’est pas concevable en l’organisant entreprise par entreprise, sans prendre en compte les interactions entre de nombreuses entités tout au long de la production d’un produit ou d’un service. C’est sans doute une des raisons qui explique que « l’aventure » autogestionnaire surgisse rarement des luttes d’entreprises, les salariés-es évaluant eux-mêmes les conditions nécessaires à sa réussite. Le caractère outrageusement réformiste de la majorité du mouvement syndical contemporain, que nous évoquions plus haut, est aussi une des explications.
Cela ne veut pas dire que des espaces d’expériences autogestionnaires sont impossibles, même sous des formes inachevées comme les SCOP en France ou plus abouties et plus nombreuses comme par exemple en Argentine (les entreprises « récupérées ») ou la coopératives ouvrière Mondragon au pays basque espagnol, mais dans les tous les cas ce sont dans des secteurs et des créneaux restreints. Le mode d’organisation en SCOP permet des ruptures importantes avec le schéma dominant dans l’économie capitaliste : sur la propriété, la hiérarchie, la répartition des tâches, etc. Dans un autre registre, mais avec la même aspiration, le développement des AMAP (Association pour le maintien dune agriculture paysanne) pose les questions des circuits courts entre paysan-nes et consommateurs-trices, de l’inutilité des grands groupes prédateurs de la distribution mais aussi la qualité de la nourriture produite et du soutien à une agriculture non productiviste.
Quant à « l’économie sociale et solidaire », appelée aussi « tiers secteur », si elle traduit parfois une aspiration à sortir des lois du marché, elle n’est pas exempte de contradictions ; la gestion de ces entités, à l’exemple de nombre de Comités d’Entreprise ou d’associations, étant loin d’être en rupture avec le modèle dominant ! Elle se situe aux marges du système et sans vue d’ensemble, perméable à l’instrumentalisation dans un processus de privatisation des services publics, et à la récupération marchande comme le commerce équitable par les grandes chaînes de distribution.
Les expériences qui peuvent être menées à travers des CE (bien peu !) ou des SCOP, aussi utiles et intéressantes soient-elles, ne sont pas l’autogestion au sens d’un projet d’ensemble qui a des conséquences sur toute la société, et remet en cause les rapports entre classes sociales que nous connaissons. Le projet autogestionnaire dont nous nous revendiquons est nécessairement en rupture avec le système capitaliste.
Un syndicalisme internationaliste, concrètement
Le défi pour le syndicalisme est global : imposer un changement systémique, à l’échelle nationale et internationale. À cet égard, la construction de luttes conjointes entre salariés-es des grands groupes opérant dans plusieurs pays, notamment au niveau européen, doit devenir un objectif prioritaire ; le développement de réseaux syndicaux « lutte de classes » à l’échelle internationale, ou encore la pérennité des forums sociaux européens et mondiaux, sont eux aussi décisifs.
Des outils existent, comme le Réseau syndical international de solidarité et de luttes et les réseaux qui s’organisent dans plusieurs secteurs professionnels ; mais ils ne nous seront utiles pour construire les ruptures politiques et sociales que nous voulons, que si nos collectifs syndicaux de base (syndicats, sections syndicales) se les approprient, les font vivre, les banalisent auprès de la masse des salarié-es. Sinon, ils ne servent qu’à donner une bonne conscience internationaliste, sans effet réel sur la lutte des classes, donc sans conséquence sur les rapports sociaux et le système capitaliste !

Travailleurs-ses, usagers, consommateurs-trices, citoyen-nes…
Un autre défi posé au syndicalisme est celui de la conception du sujet social, acteur de cette perspective de transformation sociale : est-ce la classe ouvrière dans sa vision la plus restrictive ? Est-ce les salarié-es (qu’ils et elles aient un emploi, soient au chômage, en formation ou en retraite) ? Quel sont les rapports avec les paysan-nes ? Avec les artisan-nes ? La grande majorité du syndicalisme est encore imprégnée d’une conception restrictive des bases sociales de la démocratie économique et sociale. Le syndicalisme ne doit plus penser les forces dynamiques de la transformation sociale uniquement à partir du seul rôle de producteurs-trices et du lieu clos de l’entreprise, mais bien appréhender cette question de manière transversale, à la fois dans toute sa dimension interprofessionnelle mais aussi par l’articulation et la jonction entre les moments où nous sommes usagers, salarié-es, citoyen-nes ; ce dernier terme caractérisant ici la place des travailleurs-ses dans « la cité », sans renvoyer à une définition le limitant aux contours de la république bourgeoise héritée de 1789.
La cohérence des choix économiques, des finalités de production de biens communs, nécessite une vision globale qui dépasse les intérêts d’une seule communauté de production ou de service. Transformer l’ensemble des rapports sociaux suppose d’aller au-delà de la question de l’appropriation sociale des moyens de production et de développer une réflexion sur les sujets de la démocratie sociale, la citoyenneté et l’égalité pour sortir de la figure unique du producteur émancipé. De manière, certes modeste et avec toutes leurs insuffisances, les campagnes de boycott des produits (comme Danone en 2001), de « votation citoyenne » contre la privatisation de la Poste, ou encore les luttes syndicales internationales pour le droit à la santé, pour la défense du service public ferroviaire, sont autant d’illustrations d’alliances nécessaires de forces sociales complémentaires.
Plus récemment, la pertinence de la propriété des entreprises a de nouveau été posée. Les syndicats CGT et CGC de Fralib, à Géménos ont un projet de reprise de la production du thé Elephant/Lipton. La multinationale Unilever bloque, refusant de céder la marque Elephant. Au-delà de la volonté de briser le collectif de travailleurs-ses qui luttent contre la décision patronale, l’enjeu pour la multinationale est d’empêcher de vivre un projet qui répond à des questions de fond telles que celles des délocalisations, du développement de la production locale, des méthodes de production, bref, de la transition écologique.
A Florange, c’est une autre multinationale, Arcelor-Mittal, qui a bafoué ses engagements et fait renoncer le gouvernement aussitôt après une timide annonce de possible nationalisation partielle et temporaire…
Concernant PSA, nous écrivions en août 20012 dans un tract national Solidaires : « Un débat doit s’ouvrir avec les salarié-es concernés mais aussi avec l’ensemble de la population sur les questions de la socialisation, du contrôle des salarié-es sur ce qu’ils et elles produisent, sur l’utilisation de la plus-value dégagée, sur les investissements utiles à la société… Ces questions se posent pour la filière automobile comme dans les autres secteurs productifs ». En réalité, les grévistes de PSA n’ont jamais envisagé collectivement une reprise de la production, fut-elle accompagnée d’une reconversion ; une telle démarche suppose un travail syndical préalable, dans la durée.
L’absence de réflexion collective sur une gestion autre, et plus précisément sur une possible autogestion, affaiblit les perspectives émancipatrices des mouvements.
Des contre-pouvoirs à ancrer dans le quotidien
La question des contre-pouvoirs dans l’entreprise, mais pas seulement dans l’entreprise17, est essentielle. C’est un des exercices de « gymnastique révolutionnaire » dont parlaient les syndicalistes révolutionnaires du début du 20ème siècle. Car il ne s’agit pas de se limiter aux contre-pouvoirs mais bien de construire par là, notamment, une dynamique aboutissant à poser concrètement la question du pouvoir, de sa forme, de son exercice, de sa réalité, de son utilité … et nous en revenons au débat sur l’autogestion.

Nos mots d’ordre et nos revendications de redistribution des richesses produites, de diminution massive du temps de travail, de droit de veto des représentant-es des travailleurs-ses dans les Comités d’Entreprises, de réquisition des emplois, d’appropriation collectives des entreprises qui ferment, etc., s’articulent pleinement avec ces réflexions. Applicables à la situation présente, donc dans le cadre du système capitaliste, tout ceci peut être taxé de « réformisme ». Mais c’est le rapport dialectique avec les luttes qui peut leur donner un caractère révolutionnaire. La construction du rapport de forces et de mouvements de masse qui s’opposent frontalement au système en place, donc le renforcement des outils syndicaux qui portent cette dynamique, sont incontournables pour passer des débats abstraits à la pratique concrète.
De même, l’autogestion ne doit pas être une notion qui demeurerait abstraite aux yeux de la majorité des travailleurs-ses. Dans un processus de crédibilisation de nos aspirations autogestionnaires, il serait utile que les collectifs syndicaux travaillent sur ce que ceci pourrait signifier dans leur secteur (comme indiqué par ailleurs, en intégrant qu’il n’est pas question d’autarcie).
Ceci peut se concevoir relativement facilement pour une entreprise mono-activité, même si cela amène à poser des questions importantes comme l’utilité ou non de la hiérarchie, les modalités de décision collective, les rapports entre services, la non-opposition entre autogestion et parfois « commandement » technique, etc. Mais dans des entreprises plus importantes, dans des services en réseau (transports, énergie, etc.), c’est plus complexe ; raison de plus pour y travailler dès maintenant.
Nous ne voulons pas construire « un schéma idéal coupé de toutes réalités » mais apprendre ensemble, construire ensemble, rendre crédible la perspective d’autogestion donc de changement fondamental de l’organisation de la société.
Nous l’avons dit : l’autogestion telle que nous l’entendons ne se résume pas à la gestion directe par les salarié-es de chacun de leur lieu de travail. A contrario, elle doit s’ancrer à ce niveau. Nous sommes « chez nous » dans nos entreprises, nos services, nos lieux de travail ! Cette affirmation peut paraître naïve et apolitique ; elle est loin de l’être. C’est en prenant confiance dans leur « bon droit » (pas au sens du droit légal bourgeois) à décider ensemble de ce qu’ils et elles font au boulot que les travailleurs-ses oseront des actions plus radicales au sens où elles remettront en cause des principes présentés jusque là comme des évidences : la hiérarchie, les différences de rémunération, les directives qui ne correspondent pas au travail réel, etc. Se réapproprier collectivement nos lieux de travail est une action syndicale à première vue réformiste qui a une portée radicale et révolutionnaire.
Autogestion des luttes
La mise en pratique d’une conception autogestionnaire de la société concerne aussi les pratiques syndicales au sein des syndicats et dans les luttes. Toute conception pyramidale des prises de décisions est aux antipodes d’un projet autogestionnaire. Nombre d’organisations syndicales se considèrent comme les états major, les têtes pensantes, auxquelles les acteurs et actrices des mouvements sociaux doivent se soumettre.
Rompre avec cette conception et favoriser les formes de démocratie directe (assemblées générales décisionnaires au plus près des collectifs de travail, comités de grèves, assemblées générales interprofessionnelles, coordinations…), c’est oeuvrer à l’apprentissage de l’autogestion dans une perspective plus globale, c’est aussi choisir la démocratie dans les luttes, favorisant ainsi leur autonomie vis-à-vis de toutes forces extérieures (politiques, étatiques, gouvernementales, …) prétendant les diriger.
L’autogestion des luttes est exigeante : pour que les revendications, les formes et la durée d’une grève, la coordination éventuelle avec d’autres secteurs, le contrôle des négociations, etc., s’inscrivent réellement dans la démocratie ouvrière dont nous nous revendiquons, il faut par exemple que les assemblées générales (ou comités de grève, etc.) soient réellement représentatives des salarié-es en lutte.
S’appuyer sur l’expérience collective, être disponibles à l’inattendu
L’histoire du syndicalisme est traversée par des processus de recomposition à l’épreuve de la lutte des classes et des évènements politiques et sociaux qui la rythme. Ce sont des processus longs mais l’union syndicale Solidaires doit jouer un rôle central dans la recomposition syndicale de demain afin que celle-ci offre à l’ensemble du salariat une alternative au « syndicalisme d’accompagnement ».
Ne plus se concevoir comme un simple contre-pouvoir, mais se poser comme une force porteuse d’un projet de société face au capitalisme est une des conditions pour inverser le rapport de forces et rendre à nouveau possible l’avènement d’un autre monde. L’internationalisme est partie intégrante de ce processus.
En conclusion, si personne ne peut prétendre avoir un modèle clé en main d’un processus de transformation sociale, ni des formes achevées d’une organisation sociale autogestionnaire, commencer à se poser quelques questions fondamentales c’est tenter d’y répondre. Et surtout, l’histoire nous enseigne que les mouvements sociaux produisent eux-mêmes les outils nouveaux de la transformation sociale.
Etre attentifs aux nouvelles formes d’organisation collective et disponibles à l’inattendu, c’est être fidèle au combat de l’émancipation sociale.
Le 30 août 2013, Catherine Lebrun, Christian Mahieux.
Bibliographie (très sommaire…)
 Ouvrage collectif « Autogestion, hier, aujourd’hui, demain » – ed. Syllepse, 2010.
 Pierre Bourdieu « La noblesse d’état. Grandes écoles et esprit de corps » – ed. de Minuit, 1989.
 Contre Temps « Propriété et pouvoirs » – ed.Textuel, 2002.
 Fondation Copernic « L’appropriation sociale » – ed. Syllepse, 2001.
 Franck Mintz « L’autogestion dans l’Espagne révolutionnaire » – ed. Maspéro 1976
 « Moscou 1918, la revue Kommunist » – ed. Smolny, 2011.
 Thomas Coutrot « Démocratie contre capitalisme » – ed. La Dispute, 2005.
Autres bibliographies disponibles (très complètes…)
http://alterautogestion.blogspot.fr/p/bibliographies-autogestion.html

Cliquer pour accéder à bibliographie-20120523.pdf

Sites :
 Association pour l’autogestion : http://www.autogestion.asso.fr
 Foire à l’autogestion : http://www.foire-autogestion.org
 Alter autogestion : http://alterautogestion.blogspot.fr
 Autogestion.coop : http://www.autogestion.coop

Solidaires propose une réunion intersyndicale

 Après la grande marche populaire du 11 janvier,   face au très grande nombre de questions  posées, une des réponses est de poursuivre la lutte contre la dégradation sociale. Et notamment la loi Macron.  L’Union syndicale Solidaires écrit à toutes organisations, le jour où la CGT tente de résoudre sa crise de direction par la réunion de son Comité confédéral national, réunissant les unions départementales et les fédérations professionnelles.
Une réunion intersyndicale est proposée le vendredi 16 janvier à 10h.
Le fichier PDF : LettreOs_12_01_2015
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Le 12 janvier 2015
Lettre de l’Union syndicale Solidaires à CFE-CGC, CFDT, CFTC, CGT, FSU, FO, UNSA
Cher-es camarades,
Des événements dramatiques ont secoué et mobilisé les salarié-es et rassemblé nos organisations syndicales dans des préoccupations communes. Aujourd’hui, la situation du monde du travail, le maintien d’une situation économique dépressive, rendent nécessaire la discussion de toutes les organisations pour échanger sur l’état des lieux et agir ensemble.
Des mobilisations existent dans le privé comme dans le public, des intersyndicales locales et sectorielles se mobilisent, contre la politique d’austérité.
La loi dite Macron, comme la plupart des mesures précédentes, ne fera qu’aggraver la situation sociale de la grande majorité des salarié-es. Les menaces pèsent sur les retraites complémentaires,
sur les droits des salarié-es dans les entreprises, sur les 35 heures. Les coupes budgétaires se poursuivent alors que la lutte contre les 60 milliards que coûte la fraude fiscale n’est pas menée sérieusement. La politique de compétitivité profite principalement au patronat et alimente la récession économique, comme dans nombre de pays européens.
– La contestation et les résistances s’organisent, en Belgique, Espagne, Grèce… qu’attendons-nous pour faire de même ?
– Combien de temps encore allons-nous tolérer que nos droits fondamentaux : emploi, salaire, protection sociale, santé, éducation, logement, soient détruits d’année en année, de loi en loi ?!
– Combien de temps allons-nous accepter que les dividendes explosent, plus 30 % en 2014, pendant que les salaires stagnent ?
– Combien de temps allons-nous laisser dilapider l’argent public au profit des banques, des entreprises, sans aucun effet sur l’emploi ?
– Combien de temps allons-nous laisser détruire nos biens communs que sont les services publics pour toujours plus de privatisation ?
Les raisons d’agir toutes et tous ensemble ne manquent pas. L’urgence est à l’action collective pour imposer la satisfaction des besoins sociaux du plus grand nombre.
L’union syndicale Solidaires vous invite à une intersyndicale nationale dans nos locaux le vendredi 16 janvier à 10 h 00 afin de construire une riposte à la hauteur des enjeux.
Solidairement, le secrétariat national de Solidaires.
Union syndicale Solidaires – 144 bd de la Villette – 75 019 Paris
tél : 01 58 39 30 20 – Fax : 01 43 67 62 14
contact@solidaires.orghttp://www.solidaires.org

 

 

Négociation seuils sociaux : une contribution de Sud commerces et services

La négociation sur les seuils sociaux, commencée cet automne 2014 sur injonction gouvernementale à la suite de la Conférence sociale de juillet dernier, provoque de gros débats. Comme d’habitude, le MEDEF commence par des provocations : fin de la hiérarchie des normes sociales par la mise en place d’un « conseil d’entreprise » (belle formule à l’allemande!) regroupant toutes les Institutions représentatives du personnel (IRP) par « simplification« , et produisant son propre agenda social dérogatoire à la loi.

Les négociateurs sont sensés aussi déterminer des modalités de représentation des salariés dans les très petites entreprises (TPE) de 1 à 10 salariés, ce dont les petits patrons ne veulent pas entendre parler.  Parmi les syndicats de salariés, le débat est également agité, au fur et à mesure que la négociation approche de sa phase conclusive. Les négociateurs CGT sont soupçonnés de mettre en cause les repères revendicatifs confédéraux dans les entreprises de 1 à 10 salariés (nous y reviendrons). La CFDT semble admettre un compromis sur le « conseil d’entreprise« .

Nous publions ci-après une contribution de Laurent Dégousée de la fédération SUD Commerces et services (l’Union syndicale Solidaires est exclue de la négociation), parue dans la revue Les cahiers d’Alter, « revue bimensuelle de décryptage de l’actualité juridique, économique, syndicale et de sociale« , qui travaille en lien avec le Centre d’études et de formation interprofessionnelle (CEFI) de l’Union syndicale Solidaires.

Les Cahiers d’Alter : http://www.lescahiersdalter.fr

Le CEFI : formationsynd@solidaires.fr

abonnement aux cahiers d'alter 

Cliquez ici pour le lien (et les tableaux) : .lcda72_dossier

Ça passe ou ça casse

lundi 1er décembre 2014

Les vives tensions émaillant les négociations qui se déroulent actuellement sur les seuils sociaux et la représentation du personnel dans les entreprises sont à la hauteur des enjeux pour chaque partie. Une chose est certaine, il y aura du changement. C’est le moment de passer en revue les différentes propositions et de rappeler celles de Solidaires. Une contribution de Laurent Degousée, co-délégué de la fédération SUD Commerces et Services-Solidaires.

La négociation interprofessionnelle sur ces thèmes, entre organisations patronales et syndicales représentatives au plan national, initiée en octobre dernier et censée se terminer ce mois-ci, arrive à son tournant.
Revue de détail des propositions sur la table ainsi que d’autres, dont certaines portées par l’Union Syndicale Solidaires qui n’est pas partie prenante à la négociation, pour contribuer (modestement) à la conception de ce que pourrait être une représentation du personnel universelle, progressiste et de proximité.

Dans les entreprises de moins de 11 salariés

Le patronat refuse en bloc toute forme de représentation dans ces sociétés qui regroupent pourtant 20 % du salariat du secteur privé ; les syndicats sont eux unanimement pour.
Pourquoi les conseiller-e-s du salarié, qui ont fait leurs preuves depuis leur création en 1989, ne seraient-ils-elles pas désigné-e-s sur la base des résultats de l’élection TPE prévue en 2017 ? Issus en priorité de ces entreprises, ils se verraient tous doter d’heures de délégation, aurait des prérogatives élargies à celle de pouvoir assister le salarié à tout entretien disciplinaire et plus seulement en cas de rupture, ainsi que mettre en œuvre le droit d’alerte, le tout afin d’assurer le respect effectif du droit du travail là où il est le plus souvent appliqué au rabais. Leur champ d’action serait également élargi aux salarié-e-s du particulier employeur (plus d’un million qui travaillent, pour une écrasante majorité, hors cadre collectif), l’entretien de rupture se déroulant au domicile de l’employeur et, en cas de refus de ce dernier, à la mairie de son domicile.

Dans les entreprises de 11 à 49 salariés

Au prétexte que 66 % d’entre elles en sont dépourvues, le patronat veut en finir avec la cheville ouvrière du syndicalisme que sont les Délégués du Personnel, un acquis de 1936. La CGT elle est prête à les envisager en option et la CFDT à les faire disparaître et ce en échange d’une représentation dès le premier salarié.
Or les nombreux procès-verbaux de carence ne sont pas tant la marque d’un dialogue social « naturel » propre à ces sociétés mais s’expliquent avant tout par les manœuvres mises en œuvre par les employeurs pour ne pas mettre en place de Délégués.

Solidaires se prononce pour le maintien de cette instance car l’action syndicale, placée sous le contrôle direct des travailleur-euse-s, sera toujours plus efficace au quotidien que hors les murs de l’entreprise.

Dans les entreprises de plus de 50 salariés

Le MEDEF propose la mise en place d’une instance unique dès 11 salariés qui regrouperait les délégué-e-s élu-e-s ainsi que mandaté-e-s ; la CFDT est prête à ouvrir cette possibilité par voie d’accord majoritaire. Il serait également permis de négocier directement avec ce conseil d’entreprise dans celles de moins de 50 (il y a cependant unanimité syndicale en faveur du maintien du monopole en matière de négociation collective).
Devant sa montée en puissance, beaucoup rêve de renvoyer le Comité d’Hygiène et de Sécurité des Conditions de Travail au rang de simple commission du Comité d’Entreprise, ce qui était le cas avant 1982.
Force est de constater le peu de succès de la Délégation Unique du Personnel, instaurée en 1993, qui n’existe que dans un tiers des entreprises concernées.

Solidaires exige le maintien d’instances distinctes, y compris du fait que le nombre de sièges limite le cumul des mandats et permet d’assurer le pluralisme syndical.
Au contraire, le CHSCT doit voir sa légitimité renforcée via son élection directe ; il sera conféré au Représentant Syndical au CHSCT le statut de salarié-e protégé-e, qui sera aussi doté d’heures de délégation à l’instar des élus.
Chaque Comité d’Entreprise doit obligatoirement avoir un budget pour les Activités Sociales et Culturelles ; la possibilité doit être donnée de verser le reliquat du budget de fonctionnement sur ce dernier.
Le personnel des entreprises sous-traitantes (c’est le cas pour 80 % des sociétés) dont l’effectif est inférieur à 50 doit aussi pouvoir participer à l’élection du CE de la société de son principal donneur d’ordre et être couvert par les prérogatives sociales et économiques de ce dernier.
Sur les sujets intéressants ces deux instances, il pourra être organisé, pour une meilleure synergie, une information-consultation commune, chaque instance conservant ses possibilités d’expertise et de recours en justice.
Le droit aux expertises sera lui rétabli dans sa version antérieure à la loi du 14 juin 2013 dite de « sécurisation de l’emploi » et leur financement restera intégralement à la charge de l’entreprise, contrairement à la conception défendue par les patrons à la négociation.
Dans le champ de leurs prérogatives, CE, CHSCT et syndicats (pour ces derniers, selon la règle de l’accord majoritaire) se verraient doter d’un droit de veto : l’employeur sera alors contraint de saisir le TGI qui se prononcera sur le bien-fondé de la mesure envisagée par ce dernier.

Assurer l’effectivité de l’exercice du droit syndical

Le MEDEF veut ajouter comme condition de désignation du Délégué Syndical son élection dans une instance.
Le Représentant de Section Syndicale, qui exerce les mêmes missions que le Délégué Syndical à l’exception de celle de négocier, aura autant d’heures de délégation que le DS car comment prétendre exercer ce mandat avec seulement 4 h de délégation, que l’on soit dans une entreprise de 50 comme de 20.000 salariés ? Et, par homogénéité, le mandat de RSS Central sera mis en place dans les entreprises à établissements multiples.

Face à la répression antisyndicale trop souvent répandue, la règle couperet empêchant la redésignation du même RSS en cas d’absence d’acquisition de la représentativité sera abrogée et le choix du DS doit revenir à l’organisation syndicale, indépendamment de la participation ou pas de ce dernier aux élections.
La première façon de valoriser l’expérience syndicale serait d’abord de permettre pleinement la poursuite d’une activité professionnelle tout en remplissant son mandat : cela peut passer par le remplacement du délégué lors de ses absences pour réunions et délégation.
Enfin, la sanction pénale liée au délit d’entrave, que le gouvernement veut supprimer pour le remplacer par un renchérissement des amendes, doit être maintenue car sinon violer les prérogatives d’une instance ou d’un délégué ne sera qu’une question de coût.

Pour la reconnaissance du fait syndical et de son caractère interprofessionnel

Face aux montages plus ou moins sophistiqués mis en place par les patrons pour échapper à la mise en place des instances représentatives du personnel, la reconnaissance de l’UES doit être possible via la voie administrative tout comme l’intégration des franchises dans les instances représentatives du personnel des sociétés ou enseignes donneuses d’ordre. Il convient de clarifier la situation des locaux syndicaux mis à disposition par les collectivités locales.
Face à la barbarie capitaliste mondialisée et à la guerre sociale menée contre les salarié-e-s, il faut un syndicalisme puissant, par et pour les travailleurs, qui fait preuve de son efficacité pour les petites comme pour les grandes choses et véritablement interprofessionnel. Maintenant, ne rêvons pas : ces mandats sont les fruits de périodes où le rapport de force, sur le plan social et/ou politique, est favorable au monde du travail donc ne nous lamentons pas, organisons-nous !

***

Une négociation difficile

Après l’annulation par le MEDEF de la troisième séance de négociation le 13 novembre dernier, date où la CGT avait sorti de son chapeau des propositions pour le moins déroutantes (cf. Cahiers n°71), une nouvelle réunion a eu lieu le 21 novembre, au cours de laquelle le MEDEF a présenté une copie certes un peu moins provocatrice, mais loin de faire l’unanimité, y compris du côté de la CGPME et de l’UPA.
La principale pierre d’achoppement reste la représentation du personnel dans les entreprises de moins de 11 salarié-e-s, que Gattaz entend purement et simplement supprimer, ainsi que le pouvoir de négociation des délégués syndicaux.
Sachant que le gouvernement met la pression pour qu’un accord soit trouvé avant la fin de l’année afin de l’inclure dans le projet de loi Macron, le calendrier devient serré et devrait être jalonné de 2 autres séances les 11 et 18 décembre, voire une prolongation le 19. Les syndicats ont cependant indiqué ne pas être pressés et ne pas vouloir un accord à n’importe quel prix. Espérons que ce prix ne sera pas trop élevé pour les travailleur-euse-s. Si accord il y a, il fera bien entendu l’objet d’un examen par la rédaction des Cahiers.

Laurent Dégousée

Manifestation 15 novembre : la fédération chimie CGT s’engage, l’appel unitaire CGT, FSU, Solidaires de Nantes

Parmi les structures syndicales qui s’engagent le 15 novembre, certaines reproduisent les documents du Collectif Alternative à l’Austérité (AAA) dans leur réseau, mais d’autres élaborent leur propre matériel et leurs propres argumentations pour se joindre à cette action. Nous reproduisons ici les documents de la fédération chimie CGT. A Nantes, il faut noter un appel unitaire CGT, FSU, Solidaires.

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LES SALARIE-ES DES TPE NE SONT PAS DE LA CHAIR A PATRON !

Dans le sillage des réflexions déjà relayées sur ce blog et dans l’esprit de Syndicollectif d’être un espace de débat intersyndical, nous publions aujourd’hui une contribution de Laurent Degousée, animateur de Sud Commerce et services.

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LES SALARIE-ES DES TPE NE SONT PAS DE LA CHAIR A PATRON !

PSA, Sanofi, Virgin, etc. hier ; Chapitre, Goodyear, Mory Ducros, etc. aujourd’hui : ces mal-nommés Plans de Sauvegarde de l’Emploi, qui font régulièrement la une de l’actualité et donnent lieu à des résistances de la part des salarié-es concernés, ne doivent pas faire oublier la masse des licenciements quotidiens dans les Très Petites Entreprises, que ce soit pour motif personnel ou via une rupture conventionnelle, la plus souvent contrainte.

Un salariat éclaté

En 2008, on comptait un million d’entreprises de moins de 11 salarié-es, soit 85 % des sociétés du secteur concurrentiel et 20 % du salariat 1, ce qui représente 4,6 millions de salarié-es, dont 1,6 million pour le seul particulier-employeur.

Plus encore, la détérioration du marché du travail depuis 30 ans 2, qui se traduit par une hausse ininterrompue du travail à temps partiel, des contrats précaires et du chômage, se ressent plus fortement dans les TPE où, par ailleurs, le salaire moyen est inférieur de 20 % aux entreprises de taille plus importante et se concentre… la moitié des smicards ! Pourtant, selon deux études récentes, la présence syndicale est facteur, d’une part, de baisse du contentieux 3 et, d’autre part, d’augmentation des salaires via le jeu de la négociation collective 4. On retrouve aussi une majorité de ces sociétés, sous-traitantes pour l’essentiel, dans la liste des défaillances d’entreprises qui ont atteint, en 2013, un niveau supérieur à celui de 2008, début de la crise actuelle.

Pour se soustraire aux seuils sociaux et externaliser les contraintes salariales, se développe également, depuis plusieurs années, un capitalisme de la franchise dans des secteurs tels que la grande distribution, la restauration rapide ou les services. Enfin, le management dans les TPE oscille, au mieux, entre le paternalisme et, au pire, les Thénardier : exercer des droits élémentaires tels que se faire payer, prendre ses congés, etc., relève alors du parcours du combattant.

L’interprofessionnel en première ligne

Face à cet angle mort du syndicalisme, nombre d’organisations mettent en œuvre des réponses telles que la présence d’Unions Locales pour mener une action syndicale de proximité (la CGT a construit historiquement le réseau le plus dense, Solidaires commence à la développer), la création de syndicats de sites 5 ou le développement dans les secteurs les plus précaires (le nettoyage par la CNT-SO, les services à la personne, les associations via ASSO, etc.).

De notre côté, nous nous efforçons, à travers notre permanence juridique qui existe depuis 2010, de conseiller, voir de défendre devant la juridiction prud’homale ces travailleurs/euses en majorité, souvent d’origine étrangère et/ou avec un faible niveau d’instruction, parfois non déclarés et en butte à des employeurs de plus en plus arrogants, car c’est à travers le respect des droits élémentaires que la prise de conscience de l’exploitation se construit.

Mettre à mal la subordination

Plutôt que de chercher à augmenter les seuils sociaux, des revendications existent, qui permettraient de changer le rapport de force dans les TPE et au-delà :

  • abolir le seuil de moins de 11 salarié-es (et des 2 ans d’ancienneté) en matière de réparation prud’homale,

  • l’abrogation de la rupture conventionnelle qui constitue trop souvent des licenciements déguisés 6,

  • permettre la reconnaissance, par la voie administrative, des Unités Economiques et Sociales pour contrecarrer plus aisément la mise en franchise (une mesure refusée par le gouvernement lors du récent débat parlementaire sur la réforme de l’Inspection du travail…),

  • les Conseillers du salarié, qui interviennent pour assister les salarié-es convoqués à un entretien de licenciement dans les entreprises dépourvues de représentation du personnel, doivent voir leur prérogatives élargies, voire être issus de ces mêmes boîtes à l’occasion de l’élection de représentativité dans les TPE de 2017, ce qui donnerait à cette dernière une vraie légitimité (seulement 10 % de participation en 2012 pour un scrutin sur sigle),

  • la réintégration, seul moyen de réparer intégralement le préjudice subi suite à la perte d’emploi, doit être de droit pour tout salarié dont le licenciement a été reconnu dénué de cause réelle et sérieuse, contrebalançant ainsi l’autorité patronale.

Il y a urgence car se répand, dans les petites entreprises, un infra-salariat soumis au bon vouloir du patron et, dans celles plus importantes, un droit du travail négocié à coups de reculs sociaux, dans la logique de la loi dite de « sécurisation » de l’emploi de juin 2013, par un syndicalisme le plus souvent enkysté.

Unifier le salariat, lui faire prendre conscience de sa force et développer ainsi la conscience de classe : c’est par des pratiques syndicales renouvelées et par nos luttes qu’on y contribuera !

Laurent Degousée, animateur de SUD Commerce

 

 

 


  1. DARES Analyses N°065, août 2011. 
  2. Dépêche AFP du 29 janvier 2014. 
  3. Le 4 pages du CEE, mars 2014, numéro 111. 
  4. DARES Analyses N°067, septembre 2014. 
  5. Eric Dupin, « Nouvelles structures syndicales pour nouveaux salariés », Le Monde Diplomatique, décembre 2010. 
  6. DARES Analyses N°064, octobre 2013. 

Automne 2014 : panne d’unité syndicale dans un contexte grave

 

L’automne 2014 est jugé gravissime dans le syndicalisme par le contexte politique, social, idéologique, moral. Le gouvernement de « gauche » est totalement discrédité, mais « droit dans ses bottes ». La crise continue et prend une tournure extrêmement inquiétante : une enquête du CREDOC montre que de plus en plus de Français sont tentés par la désolidarisation avec les plus pauvres d’entre eux, et notamment les chômeurs. Le MEDEF, totalement légitimé par le Premier ministre, en rajoute naturellement sur la casse du SMIC (pas supprimé mais concurrencé par un sous-SMIC des salariés les plus éloignés de l’emploi), des 35 heures (pas supprimées, mais concurrencées par de nouvelles dérogations dans les entreprises), des jours fériés (cette fois supprimés, mais pas tous!), etc. Le gouvernement se prépare à traduire son Pacte de responsabilité dans deux lois budgétaires en octobre : la loi de Finances  et la loi de financement de la Sécurité sociale. Au menu : 50 milliards d’économies pour financer les cadeaux aux entreprises, la destruction de pans entiers de la Sécurité sociale, l’asphyxie des hôpitaux.

Dans ce contexte, plusieurs dates d’actions sont annoncées, mais dans un contexte de division syndicale particulièrement aigüe. Une « Convergence des hôpitaux en lutte contre l’Hôstérité » a vu le jour depuis le printemps, soutenue par 80 syndicats hospitaliers, dont la Fédération SUD santé-sociaux, mais pas par la fédération CGT santé-social, dont un grand nombre de syndicats s’implique dans cette Convergence.

La CGT annonce une date de mobilisation le 16 octobre prochain, au moment du débat budgétaire, pour « une reconquête de la sécurité sociale », sous la forme de  rassemblements régionaux, dont un en Ile-de-France et dans les départements limitrophes. Cette date du 16 octobre est issue d’une initiative des fédérations CGT des organismes sociaux (personnels de la sécurité sociale) et de la santé. Mais tout en annonçant rechercher depuis fin août le moyen de l’unité syndicale, la confédération CGT se refuse à proposer une réunion intersyndicale, notamment devant le refus de la CFDT d’accepter d’agir sur les budgets, tout occupée qu’elle est à soutenir de fait les grandes orientations du gouvernement, et notamment le Pacte de responsabilité. La CGT suggère des rencontres bilatérales.

La FSU souhaitait depuis début septembre s’inscrire dans une démarche intersyndicale, mais accepte le cadre CGT des bilatérales.

L’Union syndicale Solidaires s’adresse à toutes les organisations pour proposer « une dynamique unitaire de mobilisation » et donc une rencontre intersyndicale, mais refuse de se rendre à des réunions bilatérales.

Force ouvrière ne fait pas entendre (à cette date, le 25 septembre) de propositions nationales.

Seules les organisations syndicales de retraités organisent une manifestation dans l’unité la plus large le 30 septembre.

Nous mettons à disposition ci-dessous des documents syndicaux permettant la réflexion, et, il faut l’espérer, un rebond.

La Convergence de 80 hôpitaux en lutte : manifestation de 1500 personnes le 23 septembre à Paris :

Pour télécharger le tract cliquez ici

L’appel au 16 octobre des deux fédérations CGT des personnels de sécurité sociale et de la santé :

Les 4 tracts pour l’action du 16 octobre 2014, tous en grève et manifestation

 Campagne « + d’argent pour la SECU ! »

Pour une journée d’action et de manifestation le 16 octobre 2014 à l’occasion du débat sur le PLFSS

Articulation de la campagne « + d’argent pour la SECU ! » des fédérations des organismes sociaux et de la santé action sociale :
- Le tract n°1 de juillet : « Le pacte de responsabilité… »,
- Le tract n°2 d’août : « Emplois supprimés… »,
- Le tracts n°3 de septembre « Salaires bloqués » et Le n°4 « Personnels méprisés »

- Une carte postale pétition éditée à 500 000 exemplaires à destination du président Hollande,
- Une affiche A3 tirée à 30 000 exemplaires,
(ce matériel sera disponible dans les UD aux environs du 20 août).

De plus, 4 meetings en région seront organisés avec la présence des deux Secrétaires Généraux des fédérations CGT des organismes sociaux et santé action sociale.

Dates prévues
- Le 22 septembre 2014 à Lyon,
- Le 29 septembre 2014 à Marseille
- Le 9 octobre 2014 à Paris
- Date à confirmer en Midi-Pyrénées

Les éléments de cette campagne ont pour objectif à réussir le 16 octobre 2014 journée d’action et de manifestation à l’occasion du débat sur le PLFSS


 

L’appel de la CGT : A la reconquête de la Sécurité sociale

A la reconquête de la Sécurité sociale

Cet automne, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2015 entre en discussion à l’Assemblée. Ce débat parlementaire nous concerne tous, car chaque salarié participe au financement de la Sécurité sociale pour permettre à tous d’avoir des droits pour bien vivre, bien se soigner, bien travailler, bien vieillir. C’est cette solidarité qu’il faut défendre, et reconquérir. C’est ce qui la différencie des assurances privées et donc du chacun pour soi !

La CGT a mis deux dates à l’agenda social sur le thème de la protection sociale. D’abord le 30 septembre prochain avec son Union Confédérale des Retraités , la CGT mobilise retraités et actifs pour exiger une revalorisation de toutes les retraites, revalorisation basée sur l’évolution du salaire moyen. Elle appelle, avec neuf autres organisations de retraités, à des rassemblements dans tous les départements le 30 septembre prochain.

Ensuite le 16 octobre, elle appelle les salariés une journée nationale de mobilisations coordonnées en amont de l’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2015 (PLFSS) par l’Assemblée nationale. Cette initiative s’inscrit dans la campagne de reconquête de la Sécurité sociale, tant sur les questions de son financement que de la réponse aux besoins des salariés. Elle est un des versants de la campagne engagée depuis plusieurs mois par la CGT sur le coût du capital. La CGT entend donc articuler les questions des salaires, de l’emploi et du travail avec cette ambition de reconquérir la Sécurité sociale.
Cette journée sera marquée par un rassemblement national à Paris suivi d’une prise de parole avec la participation notamment de syndicats de la Santé et de l’action sociale et des Organismes sociaux. Dans les départements de province, les organisations de la CGT interpelleront les préfectures, les agences régionales de Santé, parlementaires, sous forme de motions, rassemblements et manifestations et la tenue de conférences de presse.


Lettre de l’Union syndicale Solidaires :

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Pour une dynamique unitaire de mobilisation

En Juillet dernier, une partie des organisations syndicales avaient décidé, sans se concerter, de boycotter la Conférence sociale 2014 organisée par le gouvernement, pour réaffirmer un désaccord profond avec la politique menée au service du patronat et l’absence totale d’écoute des organisations syndicales. Ce boycott, qui nous a semblé indispensable, n’est cependant pas suffisant pour faire cesser les attaques contre les salarié-es, retraité-es et les chômeurs/ses. Depuis la conférence sociale, la situation ne s’est pas améliorée, bien au contraire : licenciements, précarité, chômage, salaires bas, gel des salaires dans la fonction publique et des pensions, les attaques se poursuivent et s’amplifient… pendant que le gouvernement offre des dizaines de milliards d’euros au patronat sans aucune contrepartie et aucun contrôle des aides publiques. Chaque nouvelle intervention du patronat, de Hollande ou d’un des ministres en charge des questions sociales nous montre l’importance d’organiser des actions nationales, dans les entreprises et les territoires le plus rapidement possible. C’est pourquoi nous pensons que la responsabilité de nos organisations syndicales en la période est très importante et que nous nous devons d’organiser un cadre vraiment unitaire pour des actions fortes et coordonnées.

En cette rentrée, nous avons pris connaissance, dans les médias, d’une journée d’action annoncée par la CGT le 16 octobre sans qu’au préalable la perspective d’une initiative commune soit proposée entre organisations syndicales. Sans unité syndicale et sans préparation collective sur le fond comme sur la forme, ce type de journée n’empêchera malheureusement pas le gouvernement et le patronat d’avancer, et ne permettra pas non plus d’enclencher une dynamique positive de travail en commun et dans la durée sur le terrain. Voilà pourquoi nous insistons pour que les organisations qui partagent des éléments essentiels d’appréciation sur la gravité des attaques actuelles contre le salariat, agissent ensemble. Nous savons que la division actuelle du mouvement syndical est un affaiblissement de tous, mais nous savons aussi qu’une partie de celui-ci partage une même volonté d’action. Nous ne pouvons nous contenter de rencontres bilatérales entre organisations, comme l’ont proposé la FSU et la CGT, parce que ce type de réunion ne permettrait pas de construire des actions unitaires et ne peut en aucun cas remplacer une véritable intersyndicale. Nous ne pouvons fonctionner ainsi et nous ne participerons pas à celles qui sont actuellement proposées, ce qui ne constitue pas un refus de discuter à l’avenir évidemment.

Aujourd’hui, c’est tous et toutes ensemble, autour d’une même table, que nous pouvons et devons construire les mobilisations à venir. Ce n’est pas ce qui se passe concernant la journée de mobilisation du 16 octobre, ce que nous déplorons. Nous osons espérer qu’à l’avenir nous pourrons nous rencontrer sur de meilleures bases, nous réaffirmons notre attachement à la constitution d’un front syndical de luttes et continuerons à agir dans ce sens.

Solidairement,

Paris, le 22 septembre 2014

144 Bd de la Villette 75 019 Paris
Téléphone : 01 58 39 30 20 Télécopie : 01 43 67 62 14
contact@solidaires.org http://www.solidaires.org
Lettre de l’Union syndicale Solidaires à : CGT, FSU, FO, CFDT, CFTC, UNSA, CGC

 

Suites du 12 avril : une initiative le 21 juin à ne pas manquer


www.fondation-copernic.org

Nous avons besoin de votre soutien : Adhérez !


Nous vous l’annoncions, la marche du 12 avril n’est pas restée sans suite et, depuis cette date, les réunions unitaires se sont succédé, chaque semaine, pour donner corps au large collectif constitué pour coordonner une résistance et des alternatives communes à l’austérité. Nouvelle étape du processus : une première rencontre nationale, ouverte à tou-tes, est organisée le 21 juin pour élaborer ensemble.

 


Chère amie, cher ami,

Nous étions plus de 200, divers-es par nos engagements, personnalités morales, du monde de la culture et des arts, responsables syndicaux, associatifs, politiques, à avoir lancé un appel pour dire le 12 avril : « Maintenant ça suffit, marchons contre l’austérité, pour l’égalité et le partage des richesses ! ».

Par le nombre des participantes et participants, la diversité de ses couleurs, son caractère inédit, sa combativité, la marche du 12 avril a dépassé nos propres espérances et marqué bien des observateurs. Elle a mis un peu de neuf et d’espoir dans le paysage désolant de la séquence électorale qui a vu la poussée de la droite et de l’extrême droite.

Nous avions dit : « Cette marche ne restera pas sans lendemain ». Nous voulons écrire ce lendemain ensemble.

Nous voulions éviter la précipitation et surtout, nous sommes, pour la plupart, engagé-es dans diverses actions. Pour assurer le succès de l’entreprise, le respect de toutes et tous a imposé et impose de tenir compte d’un riche calendrier syndical, social et associatif.

C’est pourquoi nous avons proposé de nous retrouver, toutes et tous le samedi 21 juin pour une journée de travail au cours de laquelle nous déciderons comment continuer.

L’austérité qu’impose le gouvernement Valls va accélérer la casse de la protection sociale et des services publics, accroître le chômage, renforcer les inégalités de revenus, de retraites, entre les territoires, et les inégalités à l’encontre des femmes.

Dans l’esprit du 12 avril – porteur de colères contre le « Pacte de responsabilité », la politique répressive envers les étrangers et les militants syndicaux et associatifs, la montée de l’extrême droite…, mais aussi d’espoir dans des alternatives à l’austérité, pour le droit au logement, l’égalité des droits, la transition énergétique… –, quelques propositions ont déjà été émises :

  • Travail d’élaboration collectif, au plus près des citoyennes et des citoyens, dans le monde du travail, pour des mesures alternatives à l’austérité et à la régression sociale (sorte de « plan ORSEC contre l’austérité »)
  • Votation citoyenne pour se prononcer sur ces mesures
  • Luttes et actions de solidarité
  • Marche nationale ou journée de marches régionales à l’automne.

Ce ne sont là que de premières pistes, et il est essentiel de travailler pour que d’autres émergent et nous permettent de décider ensemble le 21 juin. Toutes les suggestions et contributions sont dès lors les bienvenues.

En espérant donc nous retrouver toutes et tous le :

SAMEDI 21 JUIN DE 9H30 À 17H À LA BOURSE DU TRAVAIL DE PARIS 3, rue du Château d’Eau

Paris 10e – M° République


Cette lettre est destinée à circuler le plus largement possible, n’hésitez pas à la relayer !

Programme de la journée :

RENCONTRE DU 21 JUIN 2014SORTIR DE L’AUSTÉRITÉ, COMBATTRE LES INÉGALITÉS, RÉINVENTER LA DÉMOCRATIE

Cette réunion du 21 juin, dans l’esprit de la manifestation du 12 avril et face à la montée confirmée de l’extrême-droite, poursuivra trois objectifs principaux :

  • Travailler à l’élaboration de mesures d’urgence et de propositions alternatives aux politiques d’austérité
  • Impulser un processus d’actions inscrit dans la durée, sous les formes les plus diverses (dont manifestations, luttes et actions de solidarité, votation citoyenne…) pour résister, proposer et mobiliser
  • Développer dans les territoires des collectifs associant citoyen-nes, personnalités, salarié-es, chômeur-ses, retraité-es, jeunes, représentant-es et militant-es d’associations, d’organisations syndicales, de partis politiques.

9h30 : ACCUEIL

10h- 10h15 : INTRODUCTION

Trois introductions de 5mn des trois composantes syndicaliste, associative et politique.

  • Retour sur le succès de la marche du 12 avril ; rappel de la dimension et du caractère inédits de la marche du 12 avril : co-construction de la marche, travail en commun entre des personnalités, des militant-es d’associations, d’organisations syndicales, de partis politiques…
  • Volonté, conformément au texte d’appel à la marche, de poursuivre en s’organisant dans les territoires, en proposant des mesures d’urgence et des mesures alternatives, en se mobilisant sous des formes variées, multiples, tant au niveau national que dans les territoires, au plus près et avec les citoyen-nes et les salarié-es
  • Les objectifs : sortir de l’austérité, combattre les inégalités, réinventer la démocratie.

10h15- 11h : INTERVENTIONS DE MILITANT-E-S DE SECTEURS EN LUTTE

Fralib, Cheminots, Coordination des hôpitaux (maternité des Lilas),Alstom, Logement, Précaires, Notre-Dame-des-Landes, Sans-papiers, Sanofi, Intermittent-es.

11h–13h : TRAVAIL EN ATELIERS

Atelier n°1  : « Salarié-es, chômeur-ses, retraité-es : sortons de la précarité »

Atelier n°2 : « Reconquérir et développer la Sécurité sociale et les droits sociaux »

Atelier n°3 : « S’attaquer à la finance (banque, finances, dettes fiscalité…) »

Atelier n°4 : « Reconquérir et refonder l’action publique de l’État et des Collectivités territoriales au service de toutes et tous »

Atelier n°5 : « Donner le pouvoir aux travailleurs, aux citoyens dans la cité, les entreprises, les services publics »

Atelier n°6 : « Promouvoir la transition écologique et un nouveau développement industriel »

Atelier n°7 : « Défendre et développer les droits, les libertés »

Atelier n°8 : « Imposer le droit à l’’emploi »

L’animation des ateliers sera basée sur la règle des trois composantes : trois représentant-es pour assurer l’introduction (10 mn), la présidence, l’animation, le compte-rendu oral et écrit.

13h–14h : PAUSE DÉJEUNER

14h : TRAVAUX EN SÉANCE PLÉNIÈRE

Présidence et animation : assurées par trois représentant-es des trois composantes

14h– 14h45 : RESTITUTION DES TRAVAUX DES ATELIERS AVEC DES PROPOSITIONS

14h45–16h : DÉBATS EN SÉANCE PLÉNIÈRE

16h–16h30 : CONCLUSIONS présentées par des représentant-es des trois composantes

Cette rencontre est ouverte à tou-tes, venez donc nombreuses et nombreux vous exprimer et participer à ce grand mouvement unitaire.

Retrouvez le texte de l’Appel et les signataires du 12 avril.

ORGANISATIONS EN SOUTIEN

Formations politiques :

  • Parti communiste français
  • Parti de Gauche
  • Ensemble
  • Gauche Unitaire
  • PCOF
  • République et Socialisme
  • NPA
  • Alternative Libertaire
  • Mouvement jeunes communistes

Associations :

  • Acrimed
  • Amicale Carmagnole-Liberté des anciens FTP-MOI
  • Association pour l’emploi et la formation des chômeurs et des précaires (APEIS)
  • Association pour la Taxation des Transactions financières et pour l’Action Citoyenne (Attac)
  • Association Nationale des Élus Communistes et Républicains (Anecr)
  • Collectif des Associations Citoyennes
  • Collectif Maternité Lilas
  • Coordination des Associations pour le Droit à l’Avortement et à la Contraception (CADAC)
  • Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde (CADTM-France)
  • Collectif national pour les droits des femmes (CNDF)
  • Collectif 37 notre santé en danger
  • Convergence nationale de défense et développement des services publics
  • Coordination des hôpitaux et maternité de proximité
  • Droit au Logement (DAL)
  • Faire front à gauche, Amis de l’Usine (FFG – ADU)
  • Fédération des associations de travailleurs et de jeunes
  • Femmes Égalité
  • Fondation Copernic
  • Initiative pour un autre monde (IPAM)
  • Mrap 93 (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples)
  • Réseau éducation sans Frontière (RESF)
  • Résistance sociale
  • Sortir du colonialisme
  • L’Union des Familles Laïques (UFAL)
  • Union Nationale des Retraités et des Personnes âgées (UNRPA)

Syndicats :

  • CGT Caisse des dépôts et consignations
  • Ecole Emancipée FSU
  • Fédération CGT de l’Agroalimentaire
  • Fédération CGT Equipement Environnement
  • Fédération CGT des Industries Chimiques
  • Fédération CGT des Organismes sociaux
  • Fédération CGT Services publics
  • Fédération CGT des Ports et Docks
  • Fédération des Finances CGT
  • Fédération CGT des travailleurs des industries du livre, du papier et de la communication (FILPAC)
  • Sections Départementales FSU 75, 77, 78, 93, 94
  • Sections académiques du SNES FSU Paris, Versailles
  • Sud Énergie
  • Syndicat Français des Artistes Interprètes (SFA CGT)
  • Syndicat national des journalistes (SNJ CGT)
  • Syndicat national de l’enseignement supérieur (SNESUP FSU)
  • Syndicat national FSU territoriaux SNUCLIAS
  • Syndicat ASSO-Solidaires (Action des Salariés du Secteur Associatif)
  • Syndicat national de la Météorologie – CGT
  • Syndicat national FSU de la caisse des dépôts SNUP-CDC FSU
  • Syndicat national FSU territoires agriculture et de la mer SNUITAM
  • Syndicat national FSU personnels de l’éducation et du social SNPES PJJ
  • Unef – AGE de Clermont
  • Unions départementales CGT 31, 37, 51,56, 66, 75, 77, 78, 82, 91, 92, 93, 94, 95
  • Union générale des Fédérations Fonctionnaires CGT
  • Union régionale d’Île-de-France CGT
  • Union syndicale Solidaires
  • Union Locale CGT du Havre
  • Union nationale des syndicats de l’Éducation nationale (UNSEN CGT)
  • Union syndicale de l’Intérim USI CGT

Européennes, FN, syndicalisme : alerte !

Le résultat des élections européennes et le score du FN provoque une série de réactions syndicales, notamment chez les organisations qui s’étaient rassemblées en janvier 2014 pour lutter contre l’extrême-droite (CGT, FSU, Solidaires). Nous les publions ci-dessous : CE confédérale CGT, un tract de Solidaires et une « alerte » du syndicat CGT du bassin minier du Pas-de-Calais.

La CGT, qui se prononce « pour un changement radical de politique« ,  appelle à une journée nationale de mobilisation avec grève et manifestation le 26 juin. Mais rien n’indique à cette heure qu’elle propose de co-organiser cette journée avec d’autres organisations.

  • La Cgt appelle à un changement radical de politiquesiteon0-dc90f

Déclaration de la Commission exécutive confédérale (mardi 27 mai 2014)

Les résultats des élections européennes en France font apparaitre plusieurs éléments extrêmement inquiétants pour la démocratie et le vivre ensemble au niveau national et européen.

Tout d’abord, il convient de noter, à nouveau, une forte abstention puisque 6 électeurs sur 10 ne se sont pas déplacés. Cela confirme, s’il le fallait, le rejet grandissant de la population pour cette Europe des marchés financiers qui conduit à toujours plus d’austérité pour les salariés, les retraités et les privés d’emploi.

Pour la première fois depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, un parti d’extrême droite, le front national, arrive en tête d’une élection. Pour la CGT, ce vote est une impasse. Ce parti utilise la misère sociale, la montée des inégalités et la hausse du chômage pour diffuser, par ses idéaux, le racisme, la discrimination et ne propose que le repli sur soi.

Ce vote de l’extrême, dans de nombreux pays européens, caractérise pourtant la défiance envers les politiques européennes d’austérité qui ne répondent en rien aux aspirations des populations pour un véritable projet européen.

Enfin, par son faible résultat, le parti au pouvoir en place est, une nouvelle fois, désavoué dans ses choix gouvernementaux. Au lendemain des élections municipales, d’un remaniement ministériel, celui-ci a décidé de poursuivre, d’accélérer ses réformes, menaçant l’avenir des jeunes, des retraités, des plus pauvres et octroyant toujours plus de cadeaux au patronat.

Nous sommes devant une crise démocratique grave et profonde qui nécessite de changer totalement les orientations actuelles en matière économique, industrielle et sociale. La CGT, avec la Confédération Européenne des Syndicats, porte un projet européen qui constitue une véritable alternative de sortie de crise et de progrès social.

Ce projet permettrait la création de 11 millions d’emplois en relançant l’économie par un effort important d’investissement de l’ordre de 260 milliards d’euros par an pendant dix ans. Cette somme équivaut à 2 % du PIB européen soit deux fois le budget annuel de l’Union européenne.

Pour la CGT, une autre Europe est possible. La solution pour l’Europe ne réside pas dans les replis nationaux, mais passe par un socle social commun avec un haut niveau de protection sociale, un égal accès à des services publics de qualité, une politique industrielle ambitieuse au service de la croissance, de l’emploi et des salaires.

La CGT oppose à la logique de dumping social faisant du travail un coût, une juste répartition des richesses et pose clairement le problème du coût du capital.

La CGT, avec les salariés, les retraités et les privés d’emploi, s’emploiera à créer les conditions du rapport de force et développera les luttes sociales pour les salaires, l’emploi, les conditions de travail, le service public, la politique industrielle et la protection sociale, car elles sont autant de motifs d’espoir et porteuses d’une transformation sociale.

Les luttes sont nombreuses, c’est quand les salariés s’y engagent, avec la CGT, qu’ils se donnent les meilleurs moyens de les gagner, comme les salariés de SAM technologie en Aveyron ou ceux des Fralib.

La semaine d’action et de mobilisation du 23 au 27 juin sera l’occasion de se déployer sur les lieux de travail, d’aller à la rencontre des salariés sur leurs préoccupations et de mettre en débat nos propositions, avec une journée forte de manifestation et de grève le 26 juin.

Montreuil, le 27 mai 2014

  • Union syndicale Solidaires

La démocratie, c’est prendre nos affaires en mains !
Ainsi, nous ferons reculer efficacement les idées d’extrême-droite
Le récent scrutin pour l’élection au Parlement européen donne lieu à nombre de déclarations, dont beaucoup tiennent plus du commentaire sportif que de l’analyse politique. Le taux de non-participation aux élections politiques est un élément dont il faut tirer des enseignements. Plutôt que de fustiger celles et ceux qui « votent mal » ou qui ne votent pas mieux vaut comprendre pourquoi la dérive vers l’extrême-droite se renforce depuis des années. Le Front National est un parti dirigé par des riches et pour les riches et en défense d’un système capitaliste fût-il national ; il ne fera pas le bonheur des salarié-es, des chômeurs-ses, des retraité-es, des jeunes en formation ; mais de cela, nous devons convaincre nos collègues, nos voisin-es, nos proches…
Des élections, mais combien d’électeurs et d’électrices ?
Une majorité de la population française (57,57% des personnes inscrites sur les listes électorales) n’a pas pris part à l’élection des député-es au Parlement européen1.
En réalité, les pourcentages sont encore plus bas car il faut ajouter celles et ceux qui ne se sont pas inscrit-es sur les listes électorales et les personnes qui résident en France mais ne sont pas d’une nationalité européenne et n’ont pas le droit de vote.
Le mode d’élection aux institutions n’est pas un exemple de démocratie

  •   Les élu-es sont choisi-es par une minorité de la population.
  •   Il n’existe aucun contrôle de leur mandat.
  •   Ils et elles n’ont de compte à rendre que tous les 5 ou 6 ans.
  •   Les institutions en place ne sont pas neutres et servent les intérêts de ceux et celles qui exploitent la majorité de la population.

Quelques explications du désintérêt grandissant pour ces élections :

 

  •   L’affligeant spectacle offert par les multiples scandales financiers qui touchent des responsables politiques.
  •   Les illusions et déceptions renouvelées face à ceux qui se présentent comme candidat-es de gauche et font la même politique que la droite quand ils sont élu-es.

Le Front National recueille les voix de 10,12% des inscrit-es, l’UMP 8,47%, le PS 5,69%, MODEM-UDI 4,04%,EELV 3,64%, Front de gauche 2,58%

  • Le sentiment, porté par les élu-es politiques eux-mêmes, que « ça se décide ailleurs » (selon les moments et les forces politiques : l’Europe, les banques, des « élites » non identifiées, etc.)
  • Le constat qu’élections après élections « rien ne change » si ce n’est en pire dans la vie quotidienne, en matière de chômage, de précarité, de pauvreté, d’inégalités sociales, …

Les politiques gouvernementales successives ont généré une aggravation du chômage, un développement des inégalités sociales, de la précarité, de la pauvreté et de l’exclusion qui n’a fait qu’accroître la désespérance sociale sur laquelle l’extrême droite2 et notamment le FN prospère en surfant sur les peurs et l’anxiété face à l’avenir.
Changeons le système, au lieu de s’en prendre aux électeurs-trices !
Les commentateurs professionnels qui squattent les plateaux de télévision mais aussi la plupart des responsables politiques ont une fâcheuse tendance à limiter leurs analyses électorales à la stigmatisation des électeurs-trices : contre les abstentionnistes, contre celles et ceux qui ont « mal voté »,…
Les résultats électoraux montrent une importante crise du système de représentation. Parce que nous voulons une transformation sociale, une rupture avec le système économique et politique actuel, nous devons inventer la démocratie que nous voulons pour demain.
L’autogestion que nous voulons mettre en oeuvre dans les entreprises et les services ne peut se concevoir sans lien avec la vie de la commune. C’est à partir de celle-ci que doit s’articuler la démocratie, à l’inverse de ce qui se fait aujourd’hui où sont privilégiés les centres de décision éloignés de la population : Commission européenne, état centralisé, métropoles, mégapoles, …
Ne nous enfermons pas dans la défense d’un système qui n’est pas le nôtre mais celui mis en place par la bourgeoisie pour assoir son pouvoir économique et politique ; aujourd’hui, combattre pour la démocratie et donc contre l’extrême-droite qui en est l’antithèse, c’est agir pour un changement profond, y compris du mode de représentation, de la répartition des pouvoirs ou encore de la redistribution des richesses que nous produisons et du choix de celles-ci.
Cela ne doit pas se limiter à des incantations ; il nous faut construire les rapports de force permettant ces ruptures. Ceci passe, à la fois par la prise en compte des questions auxquelles la majorité de la population est quotidiennement confrontée (ce que nous appelons le « syndicalisme de terrain ») et par une présence dès aujourd’hui du syndicalisme sur l’ensemble du champ politique, ce qui est la meilleure garantie d’une véritable autonomie vis-à-vis des partis.
Avec 10,12% des voix des inscrit-es, le Front National arrive en tête

  •   Le Front National progresse par rapport aux élections européennes de 2009.
  • Il n’y a pas de « coup de tonnerre « , mais un résultat prévisible compte tenu :
  • de l’appui aux idées d’extrême-droite apporté depuis des années par une partie importante des représentant-es de la Droite dite « classique »,
  • de l’acharnement du Parti Socialiste à reprendre des thèmes imposés par l’extrême-droite (l’immigration, la sécurité…), à appliquer les politiques d’austérité et de cadeaux au patronat,
  •   du choix de la plupart des forces de Gauche de se positionner en référence au FN au lieu de construire de véritables alternatives.
  • du désarroi des populations laissées dans la misère et l’abandon,
  • de notre incapacité à proposer des alternatives sociales, anticapitalistes, autogestionnaires, écologiques, … crédibles.
  •   Même s’il a plus mobilisé ses électeurs-trices que les autres partis, le Front National recueille un tiers de voix de moins lors de ces élections que pour les Présidentielles de 2012. 2 L’extrême-droite représente un spectre large allant des groupuscules fasciste aux réseaux antisémites Dieudonné et Soral, en passant par le Front National.

Le Front National se fout du Parlement européen !
Le bilan des précédents député-es européen-nes du Front National est lamentable. Mais les dirigeant-es du FN se moquent éperdument du Parlement européen ; la progression du nombre de leurs élu-es (qui serait moindre avec une représentation proportionnelle) leur servira avant tout à toucher plus d’argent et à s’incruster dans les différentes strates du pouvoir à commencer par les « grands médias » où il distillera encore plus ses idées.
Quand l’extrême-droite se lâche…
Le 5 juin 2013, Clément Méric, militant syndicaliste et antifasciste, était assassiné par des militants néonazis à Paris. Odieux et inacceptable en lui-même, ce meurtre, a dépassé le drame individuel. Agressions contre les lesbiennes, bi-es, gays et les personnes trans, contre les immigré-es et les personnes issu-es de l’immigration, les musulman-es, actes antisémites, violences envers des militant-es antifascistes et des organisations progressistes, se sont multipliées ces dernières années et ces derniers mois, dans toute la France comme à travers toute l’Europe, alors que l’extrême droite était banalisée.
Les mobilisations massives contre le droit au mariage pour tous, commencées en 2012, ont été l’occasion de voir se mêler droite et extrême droite dans les cortèges, où les slogans haineux et homophobes contredisaient l’image joyeuse que voulaient donner les organisateurs. Dans le prolongement de ce combat, divers groupes ou mouvements ont vu le jour ou ont pris de l’ampleur (réseaux catholiques traditionnalistes, groupes de jeunes radicaux d’extrême droite, mouvance antisémite et complotiste Dieudonné-Soral…), fers de lance de l’offensive réactionnaire se caractérisant par une occupation de la rue et un activisme idéologique offensif. Un sommet a sans doute été atteint le 26 janvier dernier avec Jour de colère, où on a pu entendre dans les rues de Paris des cortèges qui ne regroupaient pas que des groupuscules néo-nazis crier « juifs hors de France ».
Les responsabilités du syndicalisme dans ce contexte
Il y a un véritable enjeu de formation et d’information pour les organisations syndicales. C’est le sens des débats que nous organisons sur ce thème lors des réunions du Bureau national de Solidaires, qui réunit les représentant-es des syndicats et fédérations de notre Union syndicale. Une formation nationale spécifiquement consacrée à la « galaxie Dieudonné » a aussi été organisée en début d’année. Des initiatives communes CGT/Solidaires/FSU sont organisées (formations, débats, tracts, livres). Mieux armer nos militant-es pour répondre au discours de l’extrême droite qui se répand et se banalise autour de nous, dans les entreprises et les bureaux, lors des tournées syndicales, est une nécessité.
Auprès de salarié-es, nous devons affirmer, sans concession, notre antifascisme, parce qu’il est partie intégrante de notre identité et de notre projet syndical. Sur bien d’autres sujets, nous savons bien que nous devons aussi lutter contre le discours dominant, faire preuve de pédagogie, expliquer sans cesse, et nous le faisons. Alors, il est normal de le faire aussi sur la question de la lutte contre l’extrême-droite.
Notre activité internationaliste est essentielle. Les rencontres européennes des divers réseaux antifascistes sont un cadre de la mise en oeuvre de la solidarité internationale et d’une riposte antifasciste contre la montée des extrêmes droites en Europe. C’est aussi un des axes de travail du réseau syndical international de solidarité et de luttes3. Au plan international aussi, l’antifascisme est partie intégrante de notre syndicalisme !
Il nous faut, aussi et surtout, démontrer aussi que le syndicalisme peut être porteur d’un projet de transformation sociale à la fois utopiste et crédible, que l’unité et la maîtrise des luttes par les salarié-e
sont une force. Le Front National, l’extrême-droite, ne sont jamais à l’aise en période de fort mouvement social et leurs prises de position peuvent alors varier d’un jour à l’autre … Par contre, ils savent que chaque défaite du mouvement social, comme chaque lutte non menée, leur ramèneront de nouveaux électeurs-trices.
Leurs avancées sont faites de nos reculs !

La lutte contre le fascisme ne se limite pas aux enjeux électoraux. Nous avons plus lutté contre la progression de l’extrême-droite et du fascisme en agissant depuis des années au quotidien pour l’égalité des droits, contre l’injustice, pour la sécurité au travail, etc., que ne l’ont fait ceux qui par leurs pratiques décrédibilisent toute action politique au sens large du terme. Et c’est cela que nous devons continuer. C’est là que se mène l’essentiel de la lutte contre l’extrême droite. Au quotidien ; dans la fraternité des luttes où se retrouvent côte à côte français-es et immigré-es, dans le respect du débat démocratique qui s’oppose aux « coups de gueule » et à « la loi du plus fort », dans la prise en charge des problèmes (y compris d’insécurité) pour éviter que leur non-résolution ne tourne au fantasme, etc.
Combattons le sectarisme ! Le syndicat est l’organisation spécifique des travailleurs et des travailleuses. Pour qu’ils et elles reprennent confiance en cet outil, organisons des permanences intersyndicales dans les quartiers, mettons en commun nos moyens pour avoir une présence syndicale forte dans les zones que nous avons abandonné, organisons des réquisitions d’emplois pour montrer qu’il y a des emplois vacants, du travail pour tous et toutes, répondons aux besoins de sécurité, de protection sociale, d’échanges, d’entre-aide, de solidarité… Unifions les collectifs syndicaux de lutte pour être plus fort. Travaillons aux convergences avec les différents mouvements sociaux pour construire des rapports de forces, en France comme en Europe, permettant de gagner contre ces politiques d’austérité au service du patronat et des multinationales. Le combat contre le Grand marché transatlantique (TAFTA, inventé pour les seuls intérêts des multinationales américaines et européennes), peut être gagné sur la base de la défense des droits sociaux et environnementaux, et de solidarité entre les peuples, et contre la concurrence généralisée !
La présence et l’activité syndicales au plus près des travailleurs et des travailleuses (quotidiennement sur les lieux de travail), la reconstruction d’un tissu syndical interprofessionnel de proximité sont des actes antifascistes concrets. Mais pour cela, il faut réellement adapter nos pratiques syndicales à nos ambitions : refuser la multiplication des réunions que les directions inventent pour nous empêcher de faire du syndicalisme, donner plus de temps pour les activités interprofessionnelles, prendre en charge les problèmes de chaque salarié-e, etc.
C’est parce que nous mènerons des luttes victorieuses sur le terrain des droits sociaux et économiques que nous pourrons faire reculer durablement le FN. Partisan d’un syndicalisme de transformation sociale, nous pensons que ce système doit être combattu et radicalement modifié, qu’un autre partage des richesses est une nécessité absolue ! C’est, pour nous, une des façons les plus sûres pour faire redescendre le poids de l’extrême droite au niveau groupusculaire.

 

 

 

  • Déclaration de l’union de luttes des syndicats CGT du Bassin Minier Ouest du Pas-de-Calais
  • Le résultat des élections européennes dans le Bassin Minier Ouest, dans le Pas-de-Calais, dans la Région et en France, est extrêmement inquiétant pour la démocratie et la vie sociale, c’est une alerte.Nous ne pouvons ignorer la forte abstention de ce 25 mai, mais les chiffres comparatifs entre 2009 et 2014 nous montrent que dans la région, le FN a progressé en triplant son nombre de voix. Du rouge, le Bassin Minier, terre historique des luttes de la classe ouvrière, est passé au bleu marine.Bien sûr il y a les bouc-émissaires les plus fragiles, les immigrés et les bénéficiaires des minima sociaux, mais le chômage, la baisse du pouvoir d’achat et l’inquiétude quant aux lendemains difficiles… font le terreau de cette montée inquiétante du FN qui a fait du Pas-de-Calais son laboratoire national.En 2011, notre union de luttes des syndicats CGT du Bassin Minier Ouest avait pourtant sonné l’alerte, c’était à Auchel où l’extrême-droite radicale s’était implantée sous le couvert d’une association. Même si cette alerte antifasciste de 2011 n’a pas eu l’écho nécessaire auprès des élus et partis politiques, enfermés dans un carcan électoraliste, nous avons milité contre les idées nationales-chauvines, xénophobes et racistes de ce parti qui n’est ni démocratique ni républicain ni ordinaire.Le chômage est un fléau et les politiques gouvernementales ne font rien pour le combattre à la racine, refusant catégoriquement des prendre des mesures contraignantes pour le patronat, bien au contraire puisqu’ils font allégeance aux exigences de Bruxelles et au dogme capitaliste européen.Il y a 60 ans, Monnet le banquier et Schumann le réactionnaire, nous promettaient une Europe de la Paix et de la Prospérité, mais avec technocrate Barroso et bientôt avec son successeur Juncker, nous avons hérité d’une Europe de la guerre sociale, du chômage et de l’ultralibéralisme, qui est rejetée par 70% du peuple de France.Le résultat des élections européennes démontre ce rejet massif de l’Europe créée par le grand capital et qui donc ne sera jamais sociale… mentir au Peuple ne sert à rien car il vit la réalité de cette Europe antisociale.Le Bassin Minier Ouest est fortement impacté par le chômage et la misère qui atteint des seuils jusqu’à 60% dans certains quartiers populaires de nos villes. Dans le Nord-Pas-de-Calais, d’où est partie la révolution industrielle qui allait faire de la France la 5ème puissance économique mondiale, 1 million de pauvres, 25% de la population, 370 000 chômeurs soit près de 20% de la population active, et ces chiffres grimpent encore.

    Si ces chiffres étaient étendus au niveau du territoire national, il y a aurait 8.5 millions de chômeurs inscrits à pôle-emploi et 17 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, c’est-à-dire 40% de précaires… terrible dans la 5ème puissance économique du monde avec un CAC 40 qui grimpe chaque jour !

    Mais la région compte aussi le plus grand nombre de grandes fortunes, et c’est un paradoxe car nous vivons la même situation de la Ruhr en Allemagne au début des années 1930 qui fût la terre fertile de la montée du nazisme sur fond de corruption, de malversations et de chômage de masse, mais aussi la terre de la résistance organisée contre le nazisme.

    Aujourd’hui, des pans entiers de l’industrie sont menacés dans le Bassin Minier Ouest du Pas-de-Calais, des dizaines de milliers d’emplois sont menacés à très court terme. Cela induit, que nous devons imposer une autre politique et contraindre le patronat, que nous devons par nos luttes et l’unité la plus large, réussir à inverser la courbe du chômage et de la misère, puisque cette alerte du 25 mai est une grave menace sur les prochaines échéances électorales, au niveau du département et de la région, mais aussi pour la présidentielle de 2017.

    Pour la première fois depuis la défaite des pétainistes en 1944 et des nazis en 1945 un parti d’extrême droite arrive en tête d’une élection. Il ne suffit pas de dénoncer, de s’émouvoir ou d’être indignés, il faut résister et faire reculer ce parti qui utilise la misère sociale, les inégalités, le chômage, pour diffuser ses idéaux que sont le racisme, la discrimination, la xénophobie, le nationalisme chauvin qui amènent de fait à l’individualisme et au repli sur soi.

    Pourtant, le président, le 1er ministre, les chefs des partis qui se succèdent au pouvoir depuis trop d’années, bien que désavoués par cette élection, n’entendent pas modifier cette politique d’austérité imposée par l’Europe, ni imposer des lois contraignantes pour empêcher les licenciements.

    Cela veut dire qu’ils acceptent, au nom de la concurrence libre et non faussée et de la réduction d’une dette créée par les cadeaux en centaines de milliards accordés aux capitalistes, la dégradation des conditions sociales et démocratiques, et la montée de la misère et du chômage qui sont le terreau fertile du FN et de l’extrême-droite radicale.

    Nous vivons donc une grave crise démocratique et sociale qui se transforme en une crise de civilisation, ceci impose un changement radical en termes économique, industriel et social… la situation ne peut plus durer ainsi, l’alerte a retenti.

    L’union de luttes des syndicats CGT du Bassin Minier ouest du Pas-de-Calais, appelle les syndicats, les partis progressistes, les associations antiracistes et sociales, les citoyens à s’organiser partout, sans sectarisme ni dogmatisme, contre cette inquiétante montée du F-haine.

    Dans les prochaines semaines, nous convoquerons les syndicats, les partis progressistes, les associations antiracistes et sociales de notre territoire du Bassin Minier ouest du Pas-de-Calais, a une réunion pour organiser collectivement cette résistance au fascisme déguisé, qui est le bras armé du capitalisme… le fascisme ne passera pas ni ici ni ailleurs.

    Réunis à Béthune le 27 mai 2014

    Union de luttes des syndicats CGT du Bassin Minier Ouest du Pas-de-Calais (Auchel-Bruay-Béthune-Lillers-Isbergues)
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Annick Coupé : Syndicalisme et perspectives politiques

logo_solidaires_grand L’article ci-dessous a été publié dans la revue de l’Institut de recherche internationale et stratégique (IRIS) en mars 2014. Il est pleinement d’actualité au moment où le syndicalisme se pose la question de son rapport aux perspectives politiques, et même plus précisément aux partis politiques.

Cet article aborde le contexte international et les limites du syndicalisme pour se ressourcer face à de nouvelles attentes. Il passe en revue les nouveaux mouvements sociaux apparus ces dernières années : altermondialisme, indignés, montrant comment  ils répondent à des questions que le syndicalisme a du mal à résoudre, même si ces expériences ont aussi leurs limites. L’article aborde aussi la montée des « populismes » et de leurs succès (par exemple le mouvement des « bonnets rouges ») , leurs brouillages politiques et parfois leur lien avec les droites politiques. Il critique les conceptions de soumission du « social » au « politique » et sa prétention parfois exclusive à la généralisation,  et il se termine par une relecture de la Charte d’Amiens en ouvrant la perspective d’un dialogue nécessaire avec les forces politiques.

 

Lien vers la publication originale  : IRIS-janv2014

 Déclin du syndicalisme, impuissance des partis politiques et montée des populismes : quel débouché politique pour la contestation sociale ?

Un déclin du syndicalisme indéniable

C’est un fait : le syndicalisme français est faible numériquement et divisé. Ce constat est mis en avant depuis longtemps pour montrer que la situation est inverse dans d’autres pays. Pour autant, ces derniers sont également concernés par ce « déclin » du syndicalisme, ce qui suppose que ces difficultés touchent à d’autres raisons, qui ne sont pas spécifiquement françaises.

Les évolutions du salariat ont un impact évident sur les capacités d’organisation collective, et donc sur des formes de structuration syndicale qui, pour l’essentiel, ont été pensées dans des périodes de plus grande stabilité du salariat et d’entreprises de tailles plus importantes. L’existence d’un chômage de masse durable, le développement des différentes formes de précarité et d’instabilité ne favorisent pas l’engagement syndical.

Largement présentes sur le marché du travail, les femmes, pour leur part, n’ont pas encore pris la place qui leur revient dans le syndicalisme, qui reste encore trop marqué par une vision traditionnelle de la place des hommes – la sphère publique, le monde du travail – et de celle des femmes – la sphère privée, familiale –, et qui n’échappe pas au système de domination patriarcale à l’œuvre dans notre société. Il y a là un défi pour le syndicalisme qui, s’il ne le relève pas, se prive d’une possibilité de renouvellement et d’élargissement de son influence, notamment dans des secteurs d’activité où les femmes sont largement présentes, comme celui des services.

En outre, le fonctionnement actuel du capitalisme financier vise avant tout la rentabilité financière pour satisfaire des actionnaires qui n’ont pas de visage et sont abrités par des fonds de pension qui se déplacent en permanence sur différents marchés financiers à travers la planète. Les salarié-es manquent ainsi d’interlocuteurs lorsqu’il s’agit de demander des comptes. Au sein des multinationales, les responsabilités sont diluées dans des montages complexes, entre société-mére, filiales, sous-traitants, entreprises franchisées, holding, etc., tout cela permettant notamment d’échapper aux réglementations nationales, quand elles existent encore, en matière de fiscalité et de droits sociaux. La mondialisation, toujours plus importante, vise à développer sans cesse plus la concurrence exacerbée entre pays, entre régions, entre travailleurs, d’un bout à l’autre de la planète.

Face à ces évolutions qui déstabilisent les fondements traditionnels du syndicalisme et ses structures, les réponses n’ont pas été suffisantes. À ces éléments « extérieurs » au syndicalisme, il faut ajouter des éléments intrinsèques au syndicalisme lui-même. Ainsi, en France, le débat sur la nécessaire indépendance du syndicalisme n’est toujours pas réglé. La réforme des retraites réalisée par le gouvernement de François Hollande en 2013 avec l’appui de certaines syndicats, alors même qu’elle s’inscrivait dans la droite ligne de celle menée par Nicolas Sarkozy en 2010, contre laquelle l’ensemble des syndicats français étaient descendus dans la rue à de nombreuses reprises en 2010, en là pour en témoigner.

L’idée de transformation sociale est de moins en moins portée et une partie du mouvement syndical se situe davantage dans une logique d’accompagnement. Cela a des conséquences très concrètes sur les positionnements des uns et des autres : il suffit de voir les désaccords qui se sont faits jour en 2013 sur le dossier des retraites ou sur la loi dite de « sécurisation de l’emploi ». L’absence de perspective globale, de vision politique – non pas au sens partidaire, mais bien d’enjeu de société – affaiblit la dynamique syndicale, même s’il ne s’agit pas de revenir à des visions figées qui pouvaient être présentes au sein du mouvement syndical et social dans les années 1970. Il ne s’agit pas de décréter un projet de société « clé en main », mais de poser des jalons importants, comme la question du partage des richesses et du travail, de l’accès pour toutes et tous aux droits fondamentaux, de l’éradication des discriminations, de la prise en compte des contraintes écologiques, de l’organisation de la société, de la place des services publics, de qui décide pour produire quoi, etc.

Un contexte de crise systémique

Si ces questions sont propres au syndicalisme et le concernent spécifiquement, elles touchent aussi plus globalement les mouvements sociaux, dans un contexte de crise systémique qui perdure depuis l’irruption de la crise financière, en 2008. Cette dernière a révélé au grand jour la catastrophe que représente le fonctionnement actuel du capitalisme, la déréglementation financière généralisée intervenue depuis un quart de siècle, la toute-puissance des marchés financiers, à qui les gouvernements et les institutions politiques internationales ont lâché la bride depuis trop longtemps. Le TINA (« There is no alternative ») de Margaret Thatcher des années 80 s’est ainsi généralisé. Si la crise a révélé la fragilité même du système actuel et lui a retiré de sa crédibilité, les rapports de forces établis par les mouvements sociaux n’ont pas permis pour l’instant d’imposer d’autres choix, malgré l’ampleur de ceux-ci dans certains pays. En Europe, au contraire, les politiques d’austérité généralisées se poursuivent, en dépit de leur inefficacité économique et de leurs répercussions sociales. À l’image de la France, les alternances politiques ne changent quasiment rien sur les logiques de fond, les gouvernements successifs poursuivant trop souvent les mêmes choix économiques, à coup de déréglementation, de réduction à marche forcée des déficits publics, d’absence de volonté réelle d’engager la nécessaire transition écologique ou une véritable réforme d’ampleur pour plus de justice fiscale. Et lorsqu’un candidat fait campagne sur le changement et la nécessité d’affronter la finance, et que son action depuis son arrivée au pouvoir tourne le dos à ces engagements, cela ne peut nourrir qu’une certaine méfiance vis-à-vis du « politique ». Quand cela se double d’un scandale financier de taille impliquant un ministre du Budget censé organiser la lutte contre la fraude fiscale, dans laquelle il est lui-même impliqué, cela rajoute une dose de rejet d’un monde politique qui apparaît de plus en plus lié au monde des affaires…

Dans le même temps, les inégalités et les précarités gagnent du terrain. Les zones de relégation sociale se multiplient, que ce soit dans les quartiers populaires aux portes des grandes villes ou dans des zones rurales ou semi rurales : les citoyen-nes s’y sentent abandonnés.

Tous ces éléments nourrissent une crise démocratique forte : la classe politique est discréditée, elle n’est plus représentative de la population, et semble vivre dans un autre monde. Les institutions républicaines deviennent des lieux vides de sens et de tout débat politique digne de ce nom, à quelques exceptions prés. Le syndicalisme est aussi touché par ces distanciations, dans la mesure où il apparaît, lui aussi, comme une institution éloigné du terrain.

Différents mouvements sociaux ont émergé dans le monde ces dernières années, à côté des organisations syndicales. Si en France, des mouvements comme celui des « Indignés » sont restés quasi-inexistants, un certain nombre de luttes « spécifiques » existent en dehors du mouvement syndical depuis des années. Des mouvements comme ceux des sans-papiers, pour le droit au logement se sont d’abord construits en dehors du syndicalisme, même si quelques jonctions se sont faites (voir les mouvements de grève des sans-papiers en 2009/2010). C’était déjà le cas des mouvements de chômeurs dans les années 90. Le mouvement altermondialiste a posé, lui, des questions plus globales sur le type de société, les enjeux écologiques, les rapports Nord-Sud, le poids de la finance, la démocratie directe mais aussi la remise en cause des fonctionnements pyramidaux des organisations « classiques », partis ou syndicats. Ces mouvements posent des questions sur des sujets non-pris (ou mal-pris) en charge par le syndicalisme en général et par l’affaiblissement de son contenu contenu politique. Ces différents mouvements sont porteurs pour les uns de revendications thématiques limitées et précises (le droit au logement, la régularisation des sans-papiers…) pour les autres, de remises en cause globales de l’ordre néo-libéral. Ils ont pour particularité de se développer, d’exister en dehors du milieu de travail. Doit-on en conclure que l’avenir sera fait de ces seuls « nouveaux » mouvements sociaux qui à eux seuls seraient capables d’embrasser les différents aspects de la question sociale, les différentes revendications ? La réponse est sans doute en partie dans la capacité du syndicalisme à comprendre de quoi sont porteurs ces mouvements, à reprendre des questions interprofessionnelles plus globales de société qui ont été portées à d’autres époques dans le mouvement ouvrier, des questions de transformation sociale dans un contexte de crise systémique au XXIe siècle.

C’est dans ce contexte que nous assistons à une montée des « populismes », en France comme en Europe. Derrière ce terme, on retrouve l’expression de colères qui se côtoient les unes à côté des autres, sans avoir nécessairement d’intérêts communs, comme le mouvement des « bonnets rouges » fin 2013 en Bretagne : des salariés et des patrons, des petits producteurs ruinés par des logiques productivistes et des représentants de l’agro-alimentaire qui ont porté cette logique, soudés par une défense d’un pseudo intérêt régional commun. En France, comme en Europe, le débat politique pour l’instant est marqué par une montée de la droite extrême, un Front national (FN) « décomplexé » et relooké autour de Marine Le Pen, dont l’objectif est désormais la conquête du pouvoir.

Quel « débouché politique » pour la contestation sociale ?

La situation actuelle est marquée par cette contradiction. D’un côté, il existe des colères sociales importantes, qui restent toutefois isolées et ne pèsent pas, pour l’instant, sur les choix politiques et économiques. De l’autre, l’extrême-droite progresse et ses idées se développent par capillarité dans toute la société. Dans ce contexte, la question du « débouché politique » est posée.

Longtemps, pour les mouvements sociaux et le syndicalisme en particulier, la réponse était assez simple : il suffisait de s’en remettre aux partis politiques de gauche et de se caler sur les échéances électorales, en donnant plus ou moins ouvertement des consignes de vote. Cela ne peut plus fonctionner aujourd’hui. À la base de cette « répartition des tâches » existait l’idée plus ou moins implicite de subordination du social au politique et de partage des rôles : aux partis politiques la vision globale, aux mouvements sociaux et aux syndicats les revendications immédiates. Cette conception a quelque peu fait faillite. La hiérarchie entre le social et le politique a été remise en cause par les mouvements sociaux, par des associations comme Attac ou une organisation syndicale comme Solidaires. Même les confédérations traditionnelles qui ont été historiquement porteuses de cette conception l’ont progressivement abandonnée, au moins dans les textes.

L’expérience de la gauche au pouvoir (avec l’arrivée de François Mitterrand en 1981, ou la période 1997-2002 avec Lionel Jospin comme Premier ministre) a refroidi les ardeurs de ceux et celles qui pensaient qu’il suffisait d’une alternance politique pour que cela débouche sur une alternative politique.

Qui plus est, la séparation entre social et politique est de moins en moins pertinente. Par exemple la question des retraites ne peut être traitée sous le seul angle démographique ; il s’agit bien d’un choix de société : quelle place, dans la répartition des richesses, attribuer à la prise en charge des personnes retraitées ? Ou la place et l’avenir des services publics comme une seule question comptable, découlant d’économies à tout prix dans les dépenses publiques, sans en faire un débat citoyen sur les besoins fondamentaux des populations, urbaines ou rurales ? Ou encore le débat sur le soi-disant « coût du travail » qui devient une évidence alors même que la question du rapport capital/travail n’est pas mise sur la table. En fait, tout débat « social » est nécessairement un débat politique, un débat citoyen : en ce sens, il ne peut y avoir un « partage des tâches » sur ces sujets entre ce qui relèverait strictement du rôle des partis ou de celui des syndicats.
Cela ne signifie pas que partis et syndicats ont la même place ou la même fonction dans la société : les syndicats n’ont pas vocation à accéder au pouvoir, mais au contraire d’assumer la fonction de contre-pouvoir. Mais il y a une même responsabilité à construire les rapports de forces pour changer les choses, du moins pour ceux qui s’inscrivent dans la transformation sociale.

L’émergence de « nouveaux » mouvements sociaux règle t’elle la tension entre le champ politique et le champ syndical et permet t’elle de dépasser cette contradiction ? Ces mouvements sont critiques sur ce qui ne fonctionnent pas ou plus dans les institutions politiques, et au-delà sur les mouvements sociaux « anciens ». Ces critiques sont en partie fondées et pose la capacité du syndicalisme à se refonder, à se ré-inventer face aux nombreux défis auxquels il est confronté. Soit, il se fige sur ses structures et son fonctionnement soit il se remet en cause, cherche les réponses en tâtonnant, expérimentant, en acceptant de s’ouvrir et de travailler avec des mouvements qui fonctionnent davantage en réseaux horizontaux. Des coopérations peuvent se faire : dans la lutte de Notre-Dame-des-Landes, à côté de la Confédération paysanne, Solidaires est impliqué pas seulement en terme de solidarité mais en lien avec sa volonté d’affronter la nécessaire articulations entre urgences écologiques et urgences sociales. Les Forums sociaux permettent aussi ces coopérations, qui supposent d’accepter la confrontation qui peut parfois être difficile, mais indispensable pour qui veut construire des alliances et des rapports de forces…

Donner du contenu à la question du débouché politique

Personne ne peut prétendre disposer d’un modèle définitif d’un processus de transformation sociale, ni de formes achevées d’une nouvelle organisation sociale. Quelques questions pourraient néanmoins être mises en chantier dès à présent. Il est, en effet, nécessaire de porter des revendications qui cassent la logique de la concurrence de « tous contre tous », et donc de défendre les droits collectifs ou le système de protection sociale qui garantit chacun-e contre les aléas de la vie, c’est-à-dire tout ce qui est aujourd’hui mis en cause par les politiques néolibérales. Tout en continuant de penser le droit à l’emploi et le temps de travail, il faut reprendre la réflexion sur la division du travail et la hiérarchie des revenus : comment mettre en œuvre la rotation des tâches, la polyvalence, tout cela supposant des politiques de formation dans ce sens. La division du travail pose notamment la question de la hiérarchie des salaires, mais également la remise en cause de tout ce qui a contribué à l’individualisation (intéressement, participation, stock option…) et à affaiblir le financement de la protection sociale. Si la défense du « pouvoir d’achat » reste une nécessité au vu du partage de plus en plus inégal des richesses produites, à l’explosion des dividendes versées à une minorité, on ne peut en rester-là. Cette question du niveau et de la hiérarchie des salaires doit aussi être comprise comme un élément pour freiner la consommation des plus favorisés et des actionnaires, avec un mode de vie qui tire la société toute entière vers un consumérisme exacerbé. En ce sens, il y a des convergences à construire dans la réflexion et la mobilisation avec ceux qui dénoncent la concentration des richesses (et des pouvoirs) par une minorité.

La question de l’information est également un enjeu important pour connaître et maîtriser ce qui se passe dans les entreprises, les multinationales, les donneurs d’ordre et les sous-traitants. Les multinationales se donnent les moyens de rendre opaques leurs comptes, leurs choix d’investissement, de stratégie financière, de restructuration… afin d’empêcher les salarié-es de regarder tout cela de près. Les droits existants (CE, CCE, Comité de groupe) sont insuffisants pour faire face à cette stratégie de la dissimulation : il faut donc les renforcer et en créer de nouveaux. Là aussi, cet enjeu de l’information ne se joue pas uniquement dans l’entreprise mais bien aussi d’un point de vue général : c’est un enjeu démocratique en tant que tel pour toute la société.

La réappropriation du travail et de son organisation doivent être à l’ordre du jour. Les horaires décalés, l’éclatement des collectifs de travail et des statuts au sein d’une même entreprise, les restructurations permanentes des entreprises, la production à flux tendu, la perte de sens y compris dans les services publics… tout cela engendre stress, désintérêt, souffrance au travail. Cela doit devenir un enjeu de luttes collectives pour sortir du mal-être au travail et pour se réapproprier ensemble les enjeux d’organisation du travail en lien avec les finalités de la production.

Les grandes questions ouvertes dans les années 1960 autour des idées d’autogestion, de contrôle ouvrier restent d’actualité pour ceux et celles qui ont toujours comme objectif l’émancipation individuelle et collective. Les conditions de travail doivent être favorables à l’exercice de l’intelligence critique des individus. Plus les travailleurs/travailleuses sont autonomes dans le choix des buts et des moyens de leur travail, plus ils/elles peuvent participer à une vraie démocratie, à la délibération dans tous les aspects des choix politiques, économiques et citoyens. D’une certaine façon, ces questions ressurgissent, sous d’autres formes, dans les mouvements sociaux de ces dernières années : le besoin de démocratie directe, transversale, s’est exprimé largement dans les mouvements comme celui des Indignés, ou dans des luttes comme celle des Fralib…

Les richesses produites n’ont jamais été aussi grandes, mais cela s’inscrit dans une logique productiviste, consumériste, totalement contradictoire avec les besoins de transition écologique. Il faut donc repenser la production de richesses en fonction des besoins sociaux, mais en articulant cela avec la nécessaire transition écologique.

La question du niveau de décision reste ouverte : comment reprendre la question du plan, de la planification, en la liant avec la question démocratique, ce qu’on appelait la « planification démocratique ». Celle-ci ne peut pas reposer sur les seuls salarié-es au sein des entreprises et des services publics : il faut imaginer des espaces (assemblées de citoyens/citoyennes par exemple) où s’élaborent les besoins (en tenant compte des impératifs écologiques) de la population dans sa diversité et au plus prés d’elle. Et il faut construire les outils d’une articulation régionale, nationale, européenne.

Les nouvelles technologies et leur fonctionnement horizontal sont des outils utiles pour les mobilisations et peuvent favoriser la démocratie, à condition que cela aide à la confrontation des points de vue pour bâtir du collectif et non pour conforter l’addition de points de vue individuels.

Reste bien sûr la question centrale de la propriété des moyens de production : nationalisation, socialisation, appropriation des moyens de production et d’échanges. Tous ces termes apparaissent aujourd’hui « d’un autre temps » et pourtant au vu de l’impasse dans laquelle nous met et nous mène le capitalisme financier, il faut sans nul doute les reprendre, les retravailler dans le sens d’une utopie transformatrice même si nous n’avons pas/plus de schéma global pré-déterminé.

Comment faire ce chemin ? Inscrire ces idées dans les combats d’aujourd’hui et notamment autour de l’idée de ne plus laisser la finance, le marché décider de nos vies. Il nous faut appuyer toutes les expérimentations sociales concrètes qui montrent qu’il est possible de fonctionner autrement.

Alors la question du débouché politique en résumé ?

La question du débouché politique est donc avant tout une question de débat citoyen sur les contenus des politiques à mettre en œuvre, immédiatement et à plus long terme.

La bataille des idées est un élément essentiel dans la construction d’un rapport de forces. Sans celle- ci, sans la conviction largement partagée qu’un autre monde est possible et nécessaire, qui passe par des réorientations des politiques, voire de vraies ruptures et des orientations stratégiques alternatives, on ne pourra avancer dans la transformation sociale. Dès aujourd’hui, il s’agit bien pour le syndicalisme de faire vivre au XXIe siècle la « double besogne » définie dans la Charte d’Amiens lors du congrès de la CGT en 1906 : organiser les résistances aux politiques néolibérales et mettre en avant des revendications immédiates permettant d’améliorer les conditions de vie du plus grand nombre, salarié-es, chômeurs et retraité-es, jeunes en formation, tout en mettant en avant la nécessité du dépassement du capitalisme, des politiques néo-libérales actuelles, etc. Ces propositions doivent permettre une mise en débat citoyenne dans lequel il y a place pour un échange avec les partis politiques. Il s’agit bien de trouver le moyen de se confronter et de coopérer avec les partis politiques qui s’inscrivent dans la perspective de transformation sociale, tout en évitant la confiscation représentative qui peut encore tenter certains (même inconsciemment…) ; il s’agit de travailler à dépasser la simple démocratie représentative qui est aujourd’hui à bout de souffle et d’ouvrir le débat, et les pratiques, sur la démocratie directe à tous les niveaux. Et cette question concerne aussi le syndicalisme lui-même !

Au bout du compte, il s’agit pour les mouvements sociaux et pour le syndicalisme de préserver une autonomie en évitant deux impasses : s’en remettre aux partis politiques pour la transformation sociale ou refuser toute coopération, toute confrontation avec eux, alors même qu’ils sont une partie de la réalité dans laquelle nous agissons. Il est donc possible de construire des alliances, des convergences pour la transformation sociale en s’appuyant sur des luttes, des initiatives citoyennes, des expérimentations sociales, sans être dépendants du calendrier électoral. C’est bien s’il y a mobilisation sociale, au sens large du terme, que des changements politiques existeront, au-delà des seuls rendez-vous électoraux.

Annick Coupé
Porte-parole de l’Union syndicale Solidaires

Toulouse : nouvelle pratique unitaire (suite)

Nous avions évoqué une nouvelle pratique d’unité à Toulouse, impliquant syndicats, associations, forces politiques de gauche. Avec actions de rue et débats publics (un meeting a déjà eu lieu). 

Une manifestation a donc eu lieu samedi 1er mars et nous reproduisons l’article de La Dépêche, transmis par un correspondant.

Quelques miliiers de personnes ont défilé hier en ville à l’appel de trois syndicats (CGT, Solidaires, FSU) rejoints par certains partis de gauche pour «un autre partage des richesses». Prochain rendez-vous le 18 mars pour la défense de la protection sociale.

Les syndicats et la gauche sont de retour… dans la rue à Toulouse. 5 000 personnes selon les organisateurs, 1 200 selon la police, ont défilé hier matin de la place Arnaud-Bernard à la place Esquirol au centre-ville à l’appel de trois syndicats la CGT, Solidaires et la FSU, rejoints par les partis «à gauche de la gauche» rassemblés autour d’un thème d’actualité : «Ensemble, imposons un autre partage des richesses pour gagner le progrès social».Jean-Luc Mélenchon, comme annoncé hier, est venu apporter son soutienà la manifestation avant de la quitter en cours de route pour rejoindre Auch, nouvelle étape de son tour de France. Sur le trajet du cortège déterminé mais tranquille, animé en musique et danses par les jeunes d’Agitprop du Front de gauche, certains observateurs, fort marris de voir la rue occupée récemment par la droite ou l’extrême droite politique ou sociétale, ne cachent pas leur satisfaction : «Mais le terrain, on ne l’a jamais quitté», répond un militant du Front de gauche.

«Etat providence pour le patronat»

Gisèle Vidallet, secrétaire départementale de la CGT, en tête du cortège syndical, confirme néanmoins : «Nous montrons qu’il n’y a pas que les forces réactionnaires qui occupent la rue. Et nos manifs sont responsables contrairement à celles des fachos. La violence, elle est du côté des réacs et du patronat, pas des salariés qui défendent leur travail». De travail, justement, il en était question tout au long du cortège, avec les représentants syndicaux et ceux des salariés en première ligne sur le front social haut-garonnais, Mory Ducros, La Poste, EADS, Sanofi, Thalès, Logista… Une liste malheureusement non exhaustive, symbolisée par la banderole très stylisée des intermittents du spectacle. «Le Medef nous veut la peau» tranchait Lalou, comédien, et porte-parole. Gisèle Vidallet, quant à elle, seule oratrice de la manif, s’est fait le porte-voix de tous ceux «à qui on impose des salaires et des pensions de misère, une précarité sans précédent alors que les dividendes des grandes entreprises flambent. 1 000 milliards d’euros de dividendes versés dans le monde, 50 milliards en France !»

Pour la secrétaire départementale de la CGT, le Pacte de responsabilité entre l’Etat et les entreprises est une provocation : «L’Etat redistributeur et social s’est transformé en Etat providence pour le patronat. Aux salariés de relever la tête pour s’opposer à la feuille de route du Medef». Sur ce point, Annick Coupet, responsable nationale de Solidaires, a souligné l’importance des plateformes communes : «On y travaille» relève Gisèle Vidallet : «Le 18 mars, FO rejoindra notre mouvement contre la remise en cause de la protection sociale».

Daniel Hourquebie

PHOTO : Lod’c Graule