Mois: mai 2015

Retour de Grèce, contacts syndicaux

Une importante délégation de solidarité dans le secteur santé s’est rendue en Grèce récemment. Elle était constituée du mouvement Solidarité France Grèce pour la santé (SFGS- voir plus loin son origine et son appel constitutif), mais aussi de syndicalistes, de militants associatifs et de militants politiques : ATTAC, Coordination des comités de défense des maternités et hôpitaux de proximité, CODEGAS, CGT Sanofi, SNESUP-FSU, SUD Santé Sociaux, SMG, USMC/SNCDCS, Ensemble, NPA, PCF, PG. Cette délégation a rencontré, de par son objectif, de nombreux acteurs de la santé en Grèce et des dispensaires sociaux, ainsi que des représentants du gouvernement dirigé par Syriza. Mais elle a également rencontré le syndicat interprofessionnel EKA, membre de la Confédération du secteur privé GSEE. Jean-Claude Chailley, syndicaliste CGT et membre de la Coordination nationale des Hôpitaux et maternités de proximité, a fait un compte rendu de ce voyage et des contacts établis (voire le site Résistance sociale : http://www.resistancesociale.fr) .

 

Compte rendu complet,  cliquez : 15 05 17 art RéSo De retour de délégation en GRECE V2

Lexique partiel des syndicats et courants syndicaux :

GSEE : Confédération générale des travailleurs grecs-secteur privé

ADEDY : Confédération de la fonction publique

PAME : Front militant de tous les travailleurs (depuis 1999), courant syndical du GSEE lié lié au Parti communiste grec (KKE)

PASKE: courant syndical de la GSEE lié au PASOK, ou Mouvement syndical de lutte panhéllénique des travailleurs

META: courant syndical de la GSEE lié à Syriza

EKA : structure interprofessionnelle des syndicats de la GSEE dans la région d’Athènes. EKA comprend aussi les courants décrits ici.

DAK : courant syndical de la  GSEE lié à la droite Nouvelle démocratie.

 

  • Extrait de l’article de Jean-Claude Chailley : RENCONTRE AVEC LE SYNDICAT E.K.A. (GSEE) de la région d’Athènes.
    « En Grèce il y a 2 syndicats : GSEE (confédération générale des travailleurs grecs du privé) et ADEDY (confédé des syndicats des fonctionnaires publics)

Ces syndicats sont composés de courants liés aux partis politiques.
Le CA [de EKA-NDLR] est composé de 9 PAME (PC), 5 PASKE (PASOK), 5 META (SYRIZA), 4 NP (Nouvelle voie, libéral), 3 ENI, 3 DAK (Nouvelle Démocratie, droite), 2 trotskistes.
 Chômage, baisse des pensions, des salaires de 45%, des droits des salariés, de la protection sociale, conditions de travail déplorables, les entreprises font ce qu’elles veulent en licenciements, en horaires de travail, difficulté d’accès des pauvres aux services publics, particulièrement la santé et l’enseignement…
 Tout se discute avec les créanciers. avec la politique de l’Union européenne mise en œuvre sous les gouvernements de droite ou libéraux. Les coupes budgétaires dans les hôpitaux rappellent le tiers monde. La question du « cout du travail « et la situation dans les hôpitaux sont liées
 La difficulté c’est que presque toutes les tendances du syndicat ont été au pouvoir. (Remarque : l’absence d’indépendance syndicale par rapport aux partis semble poser problème ; de même pour la plupart des réponses à nos questions il y avait concertation avant traduction)
 Le plus grave est que ces dernières années les syndicats ont subi une défaite stratégique. Ces 5 dernières années on a fait 40 grèves générales sur les salaires, les pensions, les conventions collectives. L’offensive a été si forte qu’on n’a pu organiser des luttes efficaces. On a 120 000 syndiqués alors qu’il y en avait 180 000 il y a 10 ans. Les jeunes n’adhèrent pas. Les travailleurs se sont dit pourquoi rester au syndicat s’il ne fait rien alors qu’on supprime les conventions collectives, qu’il n’y a pas de hausse des salaires, qu’on supprime les hausses passées ? Il y a eu beaucoup de grèves et manifestement un débat sur la stratégie: Les choix auraient pu être différents s’il y avait eu un autre leadership, il y avait des différences de stratégie.
 Aube dorée a voulu créer des syndicats mais a échoué
 Avec la nouvelle situation en Grèce on est heureux et inquiets car on veut une série de réformes annulant l’austérité
 Nos priorités : rétablissement du SMIC à 751 €, des conventions collectives, protection contre les licenciements massifs, trouver des ressources pour pensions, la Sécurité sociale…
 Crainte d’une augmentation importante de la TVA réclamée par les créanciers
A la question : Faut-il mobiliser ?
 Il y a un engagement du gouvernement on attend qu’il tienne ses promesses. On est attentifs
Remarque : position pas unanime, au minimum les militants santé de META (Syriza), des députés…sont pour la mobilisation
 La solidarité internationale est bienvenue car la troïka ne veut ni des réformes des syndicats, ni celles du gouvernement.

SYRIZA VA-T-IL REUSSIR ?
De forts doutes et craintes s’expriment quant à sa capacité de réussir »

 

  • Congrès de l’UD CGT du Val de Marne : intervention du secrétaire général de ETA le 15 octobre 2014 et porte-parole interntional de META:

meta_15

photoChers collègues

Je voudrais tout d’abord vous saluer au nom des travailleurs grecs. Au nom des travailleurs d’un pays que le gouvernement et la Troïka (UE, BCE et FMI) ont transformé en cobayes et sur lesquels ils testent de nouvelles recettes néolibérales en plus d’appliquer leurs anciennes méthodes.

En Grèce, par le biais des politiques néolibérales appliquées ces 5 dernières années, s’est opérée la redistribution des richesses et des revenus la plus importante jamais enregistrée dans aucun autre pays. Leurs mesures ont été prises au nom de la croissance. Mais nous n’avons pas vu la croissance. Nous avons vu en revanche le chômage atteindre des niveaux avoisinant les 30%. Quant au chômage des jeunes, celui-ci a dépassé le 50%.

Nous avons subi des mesures politiques qui ont drastiquement réduit les salaires et le pouvoir d’achat des salariés, et également le droit du travail. Leurs politiques ont aussi réduit amplement l’accès de millions de grecs aux biens sociaux, à la santé, à l’éducation et à toute une série de services sociaux.

La «success story» de la coalition gouvernementale du parti de la Nouvelle Démocratie et du PASOK a baissé le salaire moyen à 750 / 800 € (brut) alors que celui ci en 2009 était de 1267,51.

La politique gouvernementale de ces 4 dernières années a été un réel cauchemar pour les revenus des travailleurs. Avec une chute des salaires de 18% dans le secteur privé pour la période de 2010-2013, les revenus moyens des salariés tendent à devenir plus bas que les allocations retraites. Ce fait n’est naturellement pas sans conséquences pour l’Institut d’assurances sociales grec (IKA) et pour les autres caisses d’assurance qui subissent les conséquences désastreuses non seulement du chômage mais aussi de la décote des obligations qu’elles détenaient. Et si on compare les salaires depuis 2009 leur diminution est supérieure à 23%.

Quant aux salaires des jeunes de moins de 25 ans, ceux-ci ont subi une diminution supérieure à 32%.

Le pouvoir d’achat des salariés est descendu au niveau qui était le sien en 1980, selon le rapport annuel de l’Institut du Travail de GSEE-ADEDY (Confédération générale des travailleurs grecs-Confédération des syndicats des fonctionnaires publics). 39,3% des travailleurs du secteur privé – soit 629.895 salariés – ont des salaires inférieurs à 750€. En 2012, ce niveau de salaire ne concernait que 31,1% d’entre eux (440.423 salariés), et en 2011: 20,5% (306.861 salariés).

Précisons que les montants dont on parle sont des revenus bruts. Après déduction des retenues des différentes taxes et contributions, quatre salariés sur dix avaient comme revenu net à la fin de l’année 2013 moins de 630 €.

Il faut souligner que ces chiffres ne concernent pas le secteur de la construction, qui est caractérisé par des salaires mensuels encore plus bas et dont naturellement l’évolution a subi des effets analogues.

Il faut également souligner qu’avec l’ «arsenal» des pouvoirs fournis aux entreprises par toute une série de lois votées ces dernières années – sur les relations de travail et qui aboutissent essentiellement à la suppression des conventions collectives – les employeurs disposent de tous les outils tant institutionnels que juridiques pour procéder à de nouvelles réductions des indemnités journalières ou mensuelles du travail. Et rappelons que tous ces nouveaux moyens sont systématiquement utilisés par les entreprises qui prennent la crise pour alibi même si elles n’ont aucun problème financier réel.

Plus de 40 grèves générales qui ont eu lieu en Grèce ces 5 dernières années n’ont pas pu arrêter cette évolution catastrophique dont porte la responsabilité une grande partie des dirigeants du mouvement syndicaliste en Grèce.

Chers collègues

Nous avons pris connaissance des intentions du gouvernement de votre pays qui souhaite des travailleurs sans droits, «dégagés» de leurs acquis sociaux, qui souhaite une «thérapie- choc» pour l’économie et la société. Et ces souhaits ont été exprimés par votre gouvernement un jour de septembre après la rencontre de M. Valls avec ses «homologues» allemands à qui il a confirmé son «amour» pour les entreprises et l’esprit de l’entreprise.

Chers amis ne consentez pas à l’exhortation du Medef qui soutient que la diminution du chômage et le retour à la croissance supposent la suppression de la semaine de 35 heures, l’augmentation de l’âge légal de départ à la retraite et la réduction du salaire minimum.

Nous vous disons que nous sommes surs que les positions du Medef qui a invité indirectement le gouvernement de F. Hollande à adopter ses «propositions» ne vont pas aider la deuxième puissance économique de l’Europe à créer un million de postes dans le prochain quinquennat.

En revanche, nous attestons par notre propre expérience que non seulement le chômage mais encore la précarité des travailleurs vont sûrement augmenter.

De même, la flexibilité du travail n’aidera pas à la réduction du chômage mais elle contribuera à la détérioration de la qualité de vie des travailleurs français et à la réduction de leurs revenus.

La suppression des 35 heures, les détours des employeurs concernant le salaire minimum de 1145€, la suppression de deux des 11 jours fériés, la révision du système des indemnisations de chômage ne fortifieront pas l’économie nationale française. Ces mesures ne feront que fortifier les gains des entreprises, au détriment des travailleurs français qui en ressortiront plus pauvres.

On vous vante aussi l’exploitation du gaz de schiste comme une chance pour l’économie française mais pensez chers collègues aux problèmes environnementaux.

Chers collègues

Nous devons modifier l’agenda politique dans tous les pays européens. Nous devons ramener au centre de la politique européenne le travail, la solidarité, la démocratie.

Nos batailles doivent dépasser les frontières nationales. Nous devons construire un mouvement européen des travailleurs puissant afin de changer la politique européenne. Nous devons revendiquer le changement du rôle de Banque Centrale Européenne qui ne doit pas se limiter à dominer la déflation mais aussi à soutenir l’économie et l’emploi. Nous devons revendiquer la relance des investissements dans tous les pays. Nous devons donc livrer un combat uni à l’échelle européenne.

En vous livrant ces réflexions, je voudrais souhaiter une bonne réussite à votre congrès et surtout à vos combats, aux luttes engagées actuellement dans plusieurs pays de l’Union Européenne. Nous livrons tous le même combat porteur d’une victoire pour tous les travailleurs.

Villejuif 15 Oct 2014

 

*Stathis Trahanatzis

Secrétaire Général de EKA (Organisation régionale des syndicats d’Athènes)

Responsable des Relations Internationales de ΜΕΤΑ (Regroupement de la Gauche Syndicale)

Traduction: Vassiliki Papadaki

  • Qu’est-ce que Le Collectif  Solidarité France-Grèce pour la santé? 

Le Collectif

Notre collectif « Solidarité France-Grèce pour la santé » est né au départ de l’initiative d’un petit groupe de personnes d’origine grecque vivant en France et désirant agir collectivement et concrètement en solidarité avec les Pharmacies et Dispensaires sociaux en Grèce.

Dans un premier temps nous avons essayé de déterminer avec les acteurs des dispensaires le type et la forme de soutien dont ils avaient besoin, et d’étendre le collectif en le portant dans nos milieux personnels, professionnels et/ou militants.

Nous avons ainsi avancé vers la constitution d’un collectif de personnes de tous horizons (associatifs, professionnels, politiques, syndicaux) ayant comme but :

‐ D’informer le plus largement possible sur la crise sociale et sanitaire en Grèce et sur ses origines politiques.

‐ De créer en France les maillons d’une chaîne européenne de solidarité, notamment en collectant et envoyant sur place le matériel médical et pharmaceutique nécessaire

‐ De contribuer aux débats nécessaires sur la santé publique et les soins pour tous et toutes.

‐ D’élargir notre initiative en ouvrant un appel à soutiens par le biais de notre site, et en essayant de nous étendre au delà de la région parisienne.

Le 23 mars 2013, nous avons organisé notre premier débat public en présence du Docteur Giorgos Vichas, représentant du Dispensaire social métropolitain de Hellinikon à Athènes. Le succès de cette soirée et la richesse du débat nous ont confortés dans l’idée de multiplier les occasions d’élargir et de renforcer notre collectif, en organisant d’autres événements, mais aussi en intervenant partout où cela serait possible pour pousser ce débat et en récoltant des fonds et du matériel médical pour les dispensaires.
Dans le cadre de nos orientations initiales, nous nous sommes inscrits à l’Alter-Sommet d’ Athènes (8 et 9 juin 2013) et nous avons organisé, à destination des dispensaires sociaux grecs, le convoi d’un cabinet dentaire complet et d’équipement d’examen pédiatrique.

La rencontre sur place avec les intervenants militants des dispensaires nous a permis d’apprécier en profondeur la situation sanitaire et socio-politique ainsi que les besoins des dispensaires.

Notre première collecte de fonds a rapporté 7000 (sept mille) euros qui ont été dédiés au réseau des dispensaires sociaux.

APPEL

Publié: mai 15, 2013 dans L’appel

A

                                                                   traduction : greece EnglandFlag images

APPEL DU COLLECTIF « SOLIDARITÉ FRANCE-GRÈCE POUR LA SANTÉ »

AUX CITOYEN-NE-S ET AUX ORGANISATIONS FRANÇAISES

Les politiques d’austérité néolibérales imposées par la Troïka avec la complicité des gouvernements en place mènent la Grèce au désastre, mettant en danger la santé et la vie de la population. On assiste ainsi à la recrudescence des dépressions, à la prolifération de pathologies telles que l’hypertension, les maladies cardiaques, le cancer, ainsi qu’à la réapparition de maladies pendant longtemps disparues, comme la tuberculose et le paludisme. Le chômage est aussi cause d’une mortalité accrue. En même temps, de nombreuses catégories de la population, notamment celles qui sont les plus vulnérables : enfants, femmes enceintes, familles monoparentales, malades chroniques, migrants, personnes dépendantes, personnes handicapées… sont en danger, étant privées de soins et de suivi adéquats.

Cette augmentation considérable des besoins se heurte à un système public de santé qui s’effondre et se trouve incapable d’y répondre. La réduction brutale des dépenses publiques de santé et de protection sociale à un moment où la fréquentation des hôpitaux publics ne cesse d’augmenter crée un problème sanitaire qui frôle la catastrophe humanitaire.

Le nombre des personnes n’ayant plus accès à l’assurance maladie (plus d’un tiers de la population) et de celles qui, tout en bénéficiant d’une couverture sociale, n’ont plus les moyens de payer les tickets modérateurs et les médicaments nécessaires augmente à un rythme alarmant.

Des politiques du même type se développent en France et dans d’autres pays d’Europe, du Sud en particulier, car les gouvernements poursuivent le démantèlement des services publics. Nous voulons le rétablissement d’un service de santé public, gratuit, universel et de qualité partout en Europe.

Devant une telle situation, l’heure est au rassemblement et à la solidarité en France et en Grèce. En Grèce, des réponses populaires se développent sous forme de pharmacies et dispensaires sociaux autogérés. Mais les besoins qu’ils sont appelés à couvrir dépassent considérablement les moyens dont ils disposent.

Nous voulons apporter tout notre soutien à ces réseaux solidaires grecs, et inscrire cette solidarité à l’échelle européenne :

– en collectant et en envoyant des dons financiers, du matériel médical et pharmaceutique nécessaire aux pharmacies et dispensaires sociaux ;

– en informant sur la crise sanitaire et sociale en Grèce comme sur les politiques qui en sont les causes ;

– en facilitant les contacts directs entre structures de santé, associations et collectifs français et les dispensaires sociaux autogérés, en vue de jumelages éventuels ;

– en créant en France une chaîne européenne de solidarité impliquant les acteurs associatifs, professionnels, politiques, syndicaux.

Nous voulons une Grèce sans Mémorandum où tous et toutes aient accès à l’emploi, à l’éducation, à la santé, à la dignité. Nous nous inscrirons dans toutes les initiatives porteuses d’une telle ambition et nous saisirons l’occasion de l’Alter-Sommet qui aura lieu les 8 et 9 juin à Athènes pour organiser un convoi solidaire à destination des dispensaires sociaux grecs.

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Interview Jean-Marie Pernot : « l’habit d’Arlequin » du syndicalisme en France

Dans une interview à Médiapart (mardi 26 mai 2015), Jean-Marie Pernot, chercheur à l’IRES, parcourt un grand nombre de questions aigües sur le syndicalisme : crise de la démocratie sociale comme productrice  de « compromis » positifs (autre échec de Hollande), crise du rapport au salariat, description du MEDEF comme organisation patronale archaïque en Europe, analyse des stratégies syndicales (la CFDT dans « l’impasse« ,  la CGT en risque « d’effritement continu« ), et constat d’une division effrénée (« habit d’Arlequin« ). Il salue néanmoins les facteurs de renouveau : changements de direction dans certaines fédérations CGT (santé), expérience du Collectif de liaison intersyndicale du commerce parisien (CLIC-P), poussée des jeunes générations qui inventent « leurs formes d’organisation collective » . Il en appelle aussi à une meilleure compréhension mutuelle entre CFDT et « le reste du mouvement syndical« , « partenaires obligés« .

Cliquez pour le texte complet : entretien

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Coups d’oeil :

  • le patronat : « …le Medef est redevenu la caricature de lui-même, il renvoie à cette réalité profonde qui est que le patronat français ne sait pas, n’a jamais su, ce qu’était un compromis social. Il n’y a pour lui que des accords ponctuels, tactiques, il fait ses courses dans le mouvement syndical et chaque fois qu’il peut reprendre par derrière ce qu’il a fait mine de concéder, il le fait ».
  • bureaucratie : « La bureaucratie, c’est aussi ce qui sert à perdurer, à passer des moments difficiles, ça peut contribuer à la continuité de la puissance. L’important pour que les
    organisations syndicales vivent, c’est qu’il y ait en leur sein et dans leur rapport à la société suffisamment de tensions pour éviter que la bureaucratie ne les transforme en mouvement qui n’a de souci que sa propre préservation. Or aujourd’hui, on a le sentiment que persévérer dans leur être a pris le pas sur la redéfinition de leur raison d’être. La crise de direction à la CGT a révélé un pan de cette situation » […] »J’ai dit ailleurs que ce que la chute du mur de Berlin n’a pas fait à la CGT, la CGT peut se le faire toute seule aujourd’hui. Il y a un vrai risque, non pas d’effondrement mais d’effritement continu et de marginalisation ».
  • CFDT : Question Médiapart : En étant l’alliée du gouvernement dans ses réformes, la CFDT ne se dirige-t-elle pas dans une impasse ?
    Réponse : On peut discuter de sa stratégie. Moi je trouve qu’elle part d’une bonne idée. La société française manque d’un espace propre au social. On a un État qui organise tout à l’image de la nouvelle carte des régions dessinée dans le bureau du président en un week-end. Il en va ainsi pour le social. Donc, créer de l’espace, certes, mais la constitution d’un partenariat est un objet de lutte quand on a un patronat qui n’a pas cette stratégie. La voie de la sur-institutionnalisation, des accords privilégiés avec le patronat pour gérer l’Unedic, la CNAM ou le contrat de travail, cela n’a rien produit car la précarité n’a cessé de croître. De ce fait, en 20 ans, la CFDT n’a ringardisé personne si ce n’est qu’elle court le risque de se ringardiser elle-même et le fait qu’elle est le soutien affiché de tous les « modernisateurs » n’y changera rien ! Il faudra qu’elle se résolve un jour à comprendre que ses partenaires obligés sont d’abord dans le reste du mouvement syndical et pas du côté du patronat ou du gouvernement, quelle que soit la couleur de celui-ci. Ce jour-là, elle essaiera de leur faire partager un certain nombre d’idées ou de démarches intéressantes dont elle est par ailleurs porteuse.
  • Jeunesse : « Les jeunes générations ne se reconnaissent pas dans les syndicats actuels, elles sont en train de se construire une expérience sociale différente de celle de leurs
    aînés et dans bien des domaines plus difficiles, en particulier en matière de précarité de l’emploi. Ils sauront, tôt ou tard, traduire cette expérience en formes de résistance et celles-ci trouveront leurs formes d’organisation collective. À ce moment-là, il y aura des syndicats capables d’être des réceptacles de ces engagements et il y en aura d’autres qui ne sauront pas et qui disparaîtront de la scène ».

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Services publics : syndicats, associations, forces politiques se rassemblent à Guéret les 13 et 14 juin 2015

Le 5 mars 2005, la ville de Guéret (Creuse) était choisie comme lieu symbolique d’une manifestation nationale en défense des services publics. Le rassemblement faisait suite à la démission, le 23 octobre 2004, de 263 élus creusois pour protester contre la disparition des services publics territoriaux . Cette année 2015, les 13 et 14 juin prochains, une nouvelle manifestation nationale est prévue, non pas comme un anniversaire, mais comme un appel à redoubler de mobilisation. Depuis Guéret 2005, une convergence d’action originale est née, la Convergence nationale de défense des services publics, regroupant syndicats, associations, élus et forces politiques. Il est donc possible de faire fonctionner un tel « tryptique« , comme il est d’usage de le dire à la Convergence, qui a multiplié depuis des collectifs locaux agissant pour défendre les bureaux de poste, les gares et les lignes de chemin de fer (en lien avec la Convergence Rail), les hôpitaux (en lien avec la Fédération nationale de défense des hôpitaux de proximité), les antennes locales des services publics d’Etat (impôts, tribunaux…).

La plupart des fédérations syndicales nationales des services publics et fonction publique de la CGT, de Solidaires, de la FSU, sont partie prenante. La Confédération CGT appelle également.

Nous publions : une vidéo de Michel Jallamion (sur le site du Collectif 3A), président de la Convergence, l’accès à l’Appel national, le compte rendu de la Conférence de presse, l’accès à la carte de France des départs vers Guéret.

Liens pratiques : facebook : Convergence Services Publics
inscriptions Guéret 2015 : cliquez ici
07 81 58 32 16

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AGGOUNE Fatah (Trésorier de l’Association de Financement de Guéret 2015), BESANCENOT Olivier (NPA), BUCAS-FRANCAIS Anne (membre du Conseil d’Administration de l’UNRPA), COME Pierron (NPA), COQUEREL Eric (SN PG), CORMAND David (SN adjoint EELV), DEFAIX Bernard (Secrétaire de la Convergence), FLATREAUD Vivianne (CGT Serv Pub), FOUCAUD Edouard (Nouvelle Donne), GALEPIDES Nicolas (SG Sud PTT), HALLINGER Patrick (Convergence Tours), HOANG NOC Liem (fondateur des Socialistes atterrés), JALLAMION Michel (Président de la Convergence), LAADJ Nicolas (Sud Santé Sociaux), LANGLARD Laurent (porte-parole FNME-CGT), LARROUTUROU Pierre (co-fondateur Nouvelle Donne), LAURENT Pierre (SN PCF), LEMAIRE Arlette (SN FSU), LUXI Pascale (Solidaires Assemblée nationale), MARTET Michel (Ensemble), MATHURIN Isabelle (PCF), MENARD Pierre (Président Convergence Nationale Rail), NAY Françoise (Présidente Coord hôpitaux&maternité de proximité), N’GUYEN Christian (Convergence Creuse), PARIS Jean-Jacques (SG de l’ANECR), PARROT Evelyne (UGFF-CGT), PELISSIER Jean-François (co-porte-parole d’Ensemble), PETRIARTE Patrice (Solidaires Assemblée nationale), PIERREL Christian (porte-parole du PCOF), SULTAN Philippe (Copernic), TALBOT Baptiste (SG CGT Services Publics), THIBERVILLLE Marc (CGT Cheminots),THOMAS Denis (FSU), TURBET-DELOF Denis (SN Union Syndicale Solidaires).

L’ensemble des forces syndicales, associatives et politiques présentes ont confirmé leur volonté de mettre pleinement leurs forces en convergence pour mener la bataille pour des services publics pour toutes et tous sur l’ensemble du territoire, des services publics de qualités, accessibles, démocratisés. Elles souhaitent réussir à impliquer les citoyens dans la lutte pour la défense et le développement des services publics, les impliquer dans la définition de leurs besoins et dans la manière de pouvoir y répondre.

Ce rassemblement d’une diversité et d’une surface inédite est possible car nous nous trouvons au carrefour d’un choix de société à effectuer :

d’un côté le chacun pour soi, le marché libre et non faussé, le repli identitaire, le mépris des peuples et des salariés qui cache celui de la démocratie, la recherche du profit comme seul moteur,

de l’autre celui de l’égalité, de la solidarité, de la République, du partage des richesses, de l’internationalisme.

Les forces présentes appellent à une grande manifestation militante, populaire et festive à portée nationale à Guéret le 13 juin 2015.

Elles attendent 10 000 personnes de toute la France : citoyens-usagers, professionnels élus ! Tous sont les bienvenus pour réussir cette mobilisation. De nombreux transports collectifs sont d’ores et déjà prévus au départ de : Angoulême, Ruffec, Sarlat, Quimper, Lille, Paris, Toulouse, Montaigu, Luçon, Nice, Lure, Bordeaux, Tarbes, Tours, Les Combrailles, etc. Une très forte mobilisation des habitantes et habitants du Limousin est attendue et a déjà commencé.

Cette grande mobilisation sera aussi pour nous l’occasion de débattre tout au long de la journée, de se réunir, de comparer les expériences, de créer des zones de rencontre et de partage entre militants et citoyens souhaitant se mobiliser pour LEUR service public, de prendre des renseignements, de rencontrer des délégations d’autres pays (Grèce, Espagne, Allemagne, etc.), mais aussi de faire la fête : un grand concert est prévu jusque tard dans la nuit.

Cette manifestation n’est pas un point d’orgue mais le commencement d’une mobilisation qui est appelée à prospérer. C’est pourquoi les militants des services publics poseront dès le lendemain dimanche 14 juin les jalons pour lancer les assises du service public du XXIe siècle sur l’ensemble du territoire qui permettront d’aboutir à la rédaction d’un nouveau manifeste en juin 2016 à Paris.

La reconquête de notre bien commun, le Service Public, ça commence le 13 juin à Guéret !

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Unité syndicale : une conférence de René Mouriaux

René Mouriaux, spécialiste et historien du syndicalisme (notamment comme chercheur au Centre d’études de la vie politique française-CEVIPOF), a donné le 12 mai dernier une conférence sur les problèmes  de l’unité syndicale, hier et aujourd’hui. Il répondait à l’invitation de Ensemble! (Mouvement pour une alternative de gauche écologique et solidaire), composante du Front de gauche. Il a mis son exposé par écrit. Tant mieux s’il suscite des débats, notamment lorsqu’il dit : « Entre la CGT, la FSU et Solidaires, un Comité de liaison unitaire syndicaliste ( CLUS) travaillerait à des propositions communes et à la construction d’une entente unificatrice »!

Accès fichier : Unité syndicale, XXIe siècle

 

 

12mai 2015vignette_clr_ensemblemagesfdg__0
René Mouriaux
L’unité syndicale en France au début du XXIe siècle

Sept grandes thématiques traversent l’histoire du syndicalisme : l’implantation et l’organisation, la démocratie interne, l’indépendance, le projet, la stratégie, l’internationalisme et l’unité. Cette dernière dimension, particulièrement sensible en France où le pluralisme syndical est proclamé dans le Préambule de la Constitution – « tout homme peut défendre ses droits et ses intérêts par l’action syndicale et adhérer au syndicat de son choix » – comporte deux modalités de règlement, l’unité d’action et l’unification organique.
Le 1er Mai 2015 a provoqué des commentaires très critiques sur le morcellement du champ syndical français. Michel Noblecourt dans Le Monde (28 avril 2015) titre son article écrit au vitriol : « Un 1er Mai syndical en trompe-l’œil ». Le champ syndical en France est structuré, en réalité, de manière assez visible. D’un côté, se trouve le pôle « réformateur », revendiqué comme tel sous l’appellation « réformiste ». Il comprend la CFDT, la CFTC, la CFE-CGC et ordinairement l’UNSA. A l’opposé, le pôle de « transformation sociale » rassemble la CGT, la FSU et Solidaires. FO selon les circonstances s’associe au premier groupe ou au second, en raison de la dualité de sa composition. Les syndicats FO du privé privilégient l’entente avec le patronat, à l’instar de la métallurgie. Les syndicats de la fonction publique, socialistes et parfois lambertistes, s’opposent aux politiques d’austérité qu’elles soient de droite ou de gauche.
Pour comprendre la complexité française, un détour par l’histoire s’impose.

Mouriaux
I. L’héritage des trois clivages français
Dans le présent, il reste toujours du passé (le « encore là »), même si le « ne plus » a disparu. L’ouvrage collectif 21e siècle. Syndicalisme : cinq défis à relever. Unissons-nous ! (Syllepse 2015) a raison de relever que « les raisons historiques de la division en plusieurs organisations syndicales sont pour certaines obsolètes » (p. 33). Les trois grands facteurs du pluralisme français conservent cependant une réelle actualité.
Tout d’abord, le clivage partidaire. La scission SFIO/PCF a été longtemps structurante – CGT et CGTU, CGT – FO et CGT par la suite ; sans oublier l’exclusion des communistes en 1939. L’effondrement de l’URSS en 1991 et la disparition de l’antagonisme Est/Ouest dessinait un nouvel horizon. La poignée de mains entre Marc Blondel et Louis Viannet en décembre 1995 illustre ce bouleversement. Le désaccord entre social-démocratie et gauche de la gauche prend la relève. La scission entre la CFDT et les forces qui composent Solidaires provient de cet affrontement comme celle de la FEN et de la FSU.
Le deuxième principe de fragmentation syndicale provient de la concurrence entre confessionnels et laïques. La CFDT se déconfessionnalise en 1964 et la CFTC a refusé l’abandon « du C ». Cette dernière a inscrit dans ses statuts l’obligation de l’unanimité pour modifier les caractères fondamentaux de la centrale. La CFTC restera durablement séparée des autres forces syndicales.
La sécularisation de la société française n’empêche pas le maintien de cultures différentes. Le rapprochement FO/CFDT envisagé en 1986 a achoppé sur la spécificité des mentalités et des réseaux. Marc Blondel a incarné le refus de fusionner que Claude Pitous contestait, convaincu qu’il était de défendre une tradition de laïcité véritable et d’autonomie ouvrière.
Enfin, le champ syndical français est morcelé sous l’effet de distinctions sociologiques. De nombreux cadres ne s’assimilent pas aux salariés qu’ils commandent. La CGC fut fondée en 1944 sur cette base catégorielle. Elle a refusé de devenir inter-catégorielle en s’ouvrant seulement un peu plus aux agents de maîtrise, d’où la nouvelle dénomination CFE-CGC. Par deux fois, elle a écarté la jonction avec l’UNSA.
La distinction entre fonctionnaires et salariés du privé intervient aussi pour favoriser l’existence d’organisations autonomes. Le fait que la loi de 1884 a été réservée au privé a joué dans ce sens. La circulaire Chautemps de 1924 a reconnu de facto le syndicalisme fonctionnaire qui ne s’est jamais totalement confédéralisé. Aujourd’hui encore, le séparatisme se manifeste. La FGAF a quitté l’UNSA et une FAFP s’est constituée en 2008.
II. L’échec du remembrement syndical par la loi
L’idéologie du dialogue social se diffuse en France avec une nouvelle intensité dans les années 2000. La nécessité de disposer d’interlocuteurs représentatifs (et « ouverts ») est admise. L’apparition de la FSU, de l’UNSA, de Solidaires, jette une suspicion sur la légitimité du Club des cinq et de la « présomption irréfragable de représentativité ». Comment promouvoir de façon crédible les accords contractuels par préférence à la loi, si ceux-ci sont signés par des forces minoritaires ?
Dans le prolongement de la refondation sociale, le MEDEF propose un remaniement des règles de la représentativité que la CFDT approuve et auquel la CGT se rallie. La position commune du 9 avril 2008 est transposée en loi pour le privé le 20 août 2008 et après les accords de Bercy dans la fonction publique, par la loi du 10 juillet 2010.
En modifiant les règles, les signataires de la position commune espéraient des reclassements en faveur des deux grandes forces CFDT et CGT. Les effets de la loi de 2008 ne se sont pas conformés aux attentes de ses promoteurs. Peu de rapprochements ont abouti. Le plus important concerne la SNCF. La FGAAC a rejoint la CFDT démantelée par le départ de Sud Rail. Localement de rares associations « alimentaires » selon l’adjectif d’Annick Coupé, se sont produites. Comme l’a établi une enquête de l’IRES « La représentation des salariés et la loi de 2008 sur la représentativité syndicale » (2014), les équipes syndicales condamnées par le seuil des 10% ont disparu sans rejoindre un autre partenaire.
La loi de 2008 n’a pas modifié le paysage syndical. En plaçant la représentativité sur une base électorale, elle a consacré la rivalité intersyndicale. La mesure de l’audience syndicale établie en mars 2013 confirme la représentativité interprofessionnelle des cinq centrales traditionnelles, CGT, CFDT, FO, CFE-CGC, CFTC. Flagrant, l’échec se comprend aisément. Le seuil de 8 % est trop bas pour entraîner la mise à mort de qui que ce soit. Le remembrement syndical ne saurait vraiment se produire sans un projet syndical qui donne sens à un rassemblement et domine à la fois les hostilités et les intérêts d’appareil.
III Des pistes pour sortir de l’éparpillement syndical
La division syndicale entraîne un triple coup. La faiblesse de la syndicalisation, la possibilité offerte au patronat ou aux gouvernements de multiplier les manœuvres, une incapacité ordinaire de peser dans la vie économique et sociale.
L’aspiration au « tous ensemble » existe chez les salariés et cette attente peut faciliter la sortie du statu quo que deux ouvrages récents envisagent, 21e siècle. Syndicalisme : cinq défis à relever, déjà cité, et Nouveau siècle, nouveau syndicalisme (Syllepse, 2013) coordonné par Dominique Mezzi. L’objectif de l’unité syndicale réclame un vaste débat et toute initiative pour le lancer est à appuyer. Il semble judicieux d’envisager une stratégie à deux versants. En premier lieu, l’unité d’action concerne l’ensemble des forces syndicales existantes. Joël Le Coq dans Nouveau siècle, nouveau syndicalisme propose la mise en place d’un Conseil permanent du syndicalisme français. L’idée qui se heurte à une double opposition, celle de la CFDT hostile à toute concertation avec les « ringards » de la contestation et de FO, allergique à toute entente avec Belleville la liquidatrice, n’en mérite pas moins d’être soutenue pour l’ambition qu’elle exprime d’une concertation intersyndicale durable.
En second lieu, il convient d’envisager aussi un processus de rapprochement organique des forces syndicales de transformation sociale. Entre la CGT, la FSU et Solidaires, un Comité de liaison unitaire syndicaliste ( CLUS) travaillerait à des propositions communes et à la construction d’une entente unificatrice. Les formes à trouver pour établir la confiance et surmonter les obstacles pratiques prendraient en compte les expériences de la CGT dans son accueil des cédétistes en 2003, du fonctionnement de la FSU en tendances et de Solidaires en décisions par consensus. Il ne s’agit pas de répéter 1936 ou 1943 mais d’innover, en procédant par étapes, en combinant pratiques communes (par exemple campagne partagée de syndicalisation) et de débats pour établir un projet collectif. Évidemment, cette démarche serait favorisée si la gauche de la gauche dépassait ses limites.
Sortir le syndicalisme français de sa faiblesse représente un enjeu considérable. L’immobilisme conduit à son aggravation. Inversement, une dynamique semble possible avec l’objectif d’une « CGT unitaire » et solidaire. Plus aisé à dire qu’à réaliser.

Unité syndicale : tiens, ça bouge?

Pour une surprise, c’est une surprise! Alors que le Premier mai a fait étalage d’une division syndicale peu de temps après la journée plutôt réussie du 9 avril- mais l’arc de forces syndicales mobilisable dans l’une ou l’autre journée n’était pas le même, ce qui a beaucoup compliqué la situation- et alors que la dernière intersyndicale CGT, FO, FSU, Solidaires réunie le 12 mai n’a pas donné lieu à de nouvelles perspectives communes avant l’été (une nouvelle rencontre est néanmoins prévue le 8 juin), l’hebdomadaire Marianne met autour d’une table Laurent Berger (CFDT) et Philippe Martinez (CGT). S’en suit une longue conversation où chacun semble avoir le coeur de trouver des rapprochements possible. Mais comme ils le disent l’un et l’autre en conclusion, un cheminement s’est produit discrètement, et pas seulement entre CFDT et CGT,  depuis le 11 janvier dernier, qui devrait bientôt faire apparaitre une déclaration commune très large. Le coup de semonce du Front national, les tensions racistes persistantes, les débats de société (laïcité…), poussent les directions syndicales à rechercher les points de valeurs communes. C’est une bonne chose, surtout si cela pousse aussi à débattre d’un cadre revendicatif convergent. Mais là, nous n’en sommes qu’aux balbutiements.

Cliquez pour lire la conversation croisée : Marianne_Martinez_Berger

 

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 » Ce que nous pouvons faire ensemble »

 

(Extraits)

Laurent Berger (à propos du Pacte de responsabilité) :  « Nous avons fait ce choix sans penser qu’il s’agissait d’une solution miracle. Nous ne le regrettons pas, même s’il y a un manque de mobilisation dans certaines branches […]. la CFDT s’est battue pour que la trajectoire du pacte de responsabilité soit annoncée… mais pour que les aides 2016 et 2017 ne soient pas inscrites dans la loi ! Je le martèle : les aides potentielles de 2016 ne devront être versées qu’aux branches et entreprises qui ont investi, formé, créé de l’emploi ».

Laurent Berger, secrétaire national à l'emploi et probable futur secrétaire général de la CFDT, pose dans les locaux de son syndicat. Paris le 06/04/2012 Photo François Bouchon / Le Figaro

Philippe Martinez (sur la portée de l’unité d’action) : « J’en suis convaincu : tant que nous ne rapprocherons pas nos positions sur des sujets majeurs, nous ne décanterons pas la situation dans ce pays ! A la CGT, on a un débat sur le coût du capital (versus celui travail) qui – quel’on soit d’accord ou pas – mériterait un travail en commun avec les salariés. En se posant la question : y a-t-il de l’argent ou pas en France, en Europe ? »

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Sur les accords  négociés:  P.Martinez : « Entre ce que la CGT voudrait et la réalité, il y a aussi des différences. J’accepte tout à fait que mon organisation paraphe un accord qu’elle a critiqué lorsque les salariés l’ont décidé parce que certaines dispositions améliorent leur situation concrète. Ce n’est pas partagé par tous dans mon organisation, c’est cependant notre conception de la démocratie en entreprise. »
L.Berger  : « Sur ce point, nos approches peuvent être similaires ».

Sur les chômeurs : L. Berger : « Je te propose de travailler ensemble sur un vrai sujet : le chômage de longue durée. Car, si l’économie repart, des gens resteront scotchés parce qu’il n’y a pas de formations d’accompagnement disponibles. Nous devrons dégager des moyens supplémentaires ».

P.Martinez : « On ne peut pas faire reposer l’absence de reprise de l’emploi sur les droits acquis des salariés. Il faut lutter contre cette idée. Quel que soit le dessein du gouvernement, nous refuserons une flexibilisation des contrats de travail ! »
L.Berger : « Sur ce point aussi, nous sommes d’accord ».

 

 

 

Construire le syndicalisme sur le terrain : une étude sociologique

 Le texte publié ci-dessous est une intervention faite dans un séminaire du groupe de recherche SYMETT (SYndicalisme, Méthodes, Théories, Terrains), unissant sociologues, politologues, etc. Charles Berthonneau, sociologue (Laboratoire d’Economie et  Sociologie du Travail-LEST) présente une étude de terrain sur les modalités de la construction syndicale dans des secteurs très peu syndicalisés, où le travail est surexploité et hyper surveillé (commerce notamment). La méthode sociologique est au départ explicitée dans son langage propre, mais l’enquête de « terrain » rend compte d’un savoir-faire syndical alternant conduites dites  « viriles » (braver la hiérarchie, affronter, oublier la peur) et conduites de « care » (prendre soin, aider, écouter, recherche des conduites « d’empathie » pour les collègues) devant les salarié-es, afin de produire une confiance, un collectif solidaire. Au bout du compte, quelques dizaines de syndiqué-es. On découvre que la présence humaine et la création d' »occasions favorables » pour déployer un début de syndicalisme est décisive, bien plus qu’une soit-disant perte  de « dispositions protestataires » dans le salariat. Leçons pour une syndicalisation de masse?

Accès au fichier : ST17-Berthonneau

Présentation du SYMETT :

 SYMETT SYndicalisme : Méthodes Théories Terrains

SYMETT est un groupe de recherche basé à Lyon qui vise à réunir des doctorants, des enseignants-chercheurs et des chercheurs (voir la liste des membres) partageant la préoccupation commune de mettre en œuvre une sociologie politique du syndicalisme. L’objectif consiste à questionner les outils conceptuels, ainsi que les démarches méthodologiques, qui sont mobilisés dans différents travaux portant sur le mouvement syndical. Il s’agit moins de faire le point sur l’état des travaux sur telle ou telle organisation que de proposer une démarche réflexive sur les façons d’étudier le syndicalisme dans ses différentes dimensions. SYMETT relève du Pôle « politisation et participation » du laboratoire CNRS Triangle, mais ses activités sont ouvertes à toutes les personnes intéressées.

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Section thématique n° 17
6e Congrès international des associations francophones de science politique
La sociologie politique à l’épreuve des relations professionnelles

 

Action syndicale et modes de politisation des classes populaires :
trajectoires et socialisations militantes de travailleurs précaires à la CGT

 

BERTHONNEAU Charles
charles.berthonneau@univ-amu.fr

Doctorant en Sociologie au LEST (Laboratoire d’Économie et Sociologie du Travail), 35 Avenue Jules Ferry, 13626 Aix-en-Provence, France.

Alors que les formes légitimes et instituées de participation politique ou de militantisme mobilisent avant tout les classes moyennes-supérieures fortement dotées en capital culturel, la CGT se distingue de par sa composition sociologique, dominée par une écrasante majorité d’employés et d’ouvriers. Il est vrai que l’essentiel de ses forces motrices sont implantées au sein de secteurs de l’emploi public ou anciennement nationalisés (transports ferroviaires, EDF etc) où travaillent les fractions stabilisées de classes populaires les plus proches des classes moyennes. Cependant, les travaux sociologiques récents sur les formes d’action collective à la marge de ces lieux d’implantation historique montrent l’investissement dans les structures syndicales de la CGT de fractions plus précaires de classes populaires travaillant dans des entreprises de services non-qualifiés (grande distribution, restauration rapide, services à la personne, propreté etc) . Il s’agit pour la plupart de membres de classes populaires plus largement dominés, invisibilisés, voire stigmatisés dans l’espace social (femmes, immigrés et enfants d’immigrés, habitants des cités populaires) qui ont tous en commun de s’être stabilisé dans des secteurs socioprofessionnels cumulant précarité de l’emploi (temps partiels, faibles rémunérations etc), du travail (mauvaises conditions de travail, problèmes de santé etc) et des droits sociaux (surreprésentation de petits et moyens établissements démunis d’institutions représentatives du personnel, faible taux de syndicalisation etc).

L’étude de ces formes d’action syndicale permet de rompre avec une vision manichéenne selon laquelle le militantisme à la CGT serait le domaine réservé de travailleurs à statut ou d’un monde ouvrier sur le déclin, exclusivement blanc et masculin. Ainsi, les formes d’engagement à la CGT apparaissent aussi comme une entrée privilégiée pour approcher les modes de politisation des groupes subalternes de classes populaires caractérisés par la fragilité des dispositions favorables à l’action collective (faiblesse de capital culturel, de capital militant, précarité économique, des collectifs de travail etc). Sur quel mode peut donc se constituer l’attachement de ces salariés à une organisation militante comme la CGT ? En quoi ces formes d’adhésion expriment-elles un sens politique du travail pour ces groupes subalternes ? L’objectif est ici de retracer les voies qui amènent des travailleurs non-qualifiés (caissière, manutentionnaire, aide-soignante, ouvrier etc) à se syndiquer à la CGT, voire à prendre des responsabilités militantes par le biais de l’activité de délégué syndical dans leur entreprise.

A travers l’exploration de ces problématiques, nous voulons montrer en quoi l’entrée par les relations professionnelles et le syndicalisme peut être féconde pour combler un angle mort de la sociologie politique qui peine à sortir d’une « approche légitimiste du politique » pour prendre en compte les formes de rapport ordinaire à la politique parmi les classes populaires . En effet, il s’agit ici, par l’enquête ethnographique, de « réencastrer la politisation dans des formes « réelles » d’échanges sociaux », à savoir dans ce cas précis dans les relations de travail quotidiennes propres au monde de l’emploi non-qualifié, mais aussi dans celles qui se constituent à travers l’accomplissement du travail militant . Pour cela, nous mobilisons les outils conceptuels de l’interactionnisme symbolique qui ont participé au renouvellement de la sociologie politique française des mouvement sociaux (carrière militante, dimension processuelle de l’engagement, façonnage organisationnel, effets de l’engagement etc) , – renouveau au sein duquel le syndicalisme demeure quelque peu délaissé -, en recourant à une méthode faite d’entretiens biographiques et d’observation participante dans les Unions locales CGT (structures chargées de coordonner l’activité syndicale au niveau interprofessionnel, à l’échelle d’un territoire). Il s’agira ainsi de faire remarquer en quoi ce cadre méthodologique peut participer à renouveler l’étude des relations professionnelles qui tend parfois à réduire le syndicalisme à une activité institutionnalisée et déconnectée des rapports sociaux produisant le sens de l’engagement syndical

En appréhendant le syndicalisme à travers les aspects pratiques et relationnels du travail militant, nous expliquerons dans un premier temps en quoi la spécificité de l’offre militante de la CGT, en tant que sens pratique mobilisé dans les rapport de domination au travail favorise l’adhésion de travailleurs précaires distants des modes de politisation à dominante scolaire propres aux membres de classes supérieures. Ensuite, nous montrerons en quoi les dispositions acquises par les usages de la virilité et du caring en milieu populaire fournissent des support de l’engagement et de la politisation par le syndicalisme pour ces salariés. Enfin, il s’agira de questionner le rapport que ces syndiqués entretiennent avec l’ensemble des tâches militantes propres au syndicalisme visant à construire l’action collective et représenter les salariés au sein des institutions représentatives du personnel. Nous analyserons en quoi le caractère technique de l’activité de délégué et la discrimination anti-syndicale viennent entraver les trajectoires militantes de salariés démunis des ressources nécessaires pour véritablement s’imposer comme délégué.

Expérience du travail subalterne et syndicalisation : « ne pas rester seul » pour « ne pas se laisser faire »
Si le monde de l’emploi non-qualifié est très hétérogène en termes de professions, celles-ci ont toutes en commun de reposer sur un travail d’exécution contraint, fortement dépendant de la hiérarchie et pour lequel il n’existe presque aucune possibilité d’évolution . Surtout, les salariés travaillant dans ces secteurs faiblement syndicalisés sont plus exposés aux différentes formes d’abus patronaux (non-paiement d’heures supplémentaires, congés non respectées, rupture abusive de contrat etc) et de sanctions disciplinaires (avertissement, mise-à-pied voire licenciement) , pour des motifs propres à l’évaluation du travail, mais qui peuvent aussi servir à évincer les salariés se montrant trop contestataires, ou qui entendent se rapprocher d’un syndicat. Cette violence des rapports sociaux au travail est façonnée par les rapports de domination sexués et racisés propres à ces secteurs ; en plus d’être cantonnés à un travail non qualifié et faiblement rémunéré, les salariés doivent aussi se confronter à un encadrement blanc et masculin pouvant se livrer à des humiliations ou marques de mépris à caractère raciste ou sexiste, renforçant leur assignation à un statut subalterne.

Le sentiment d’injustice naît de l »ensemble de ces rapports sociaux et fournit un terreau propice à la syndicalisation. Mais les formes de résistances que peuvent emprunter les salariés sont largement bridées par les rapports de dominations dans lesquels ils sont pris. D’une part, en raison de l’organisation du travail qui fragilise la constitution de collectifs autonomes, les salariés sont démunis de conditions propices à l’impulsion de conflits collectifs. L’entrée à la CGT n’a donc que peu de chances de se réaliser dans la dynamique de la participation à une action collective. Elle prend plutôt son sens dans le quotidien des relations de travail où les salariés tentent de faire valoir leurs droits face à l’encadrement et la direction. Dans ces relations, les formes de résistances s’expriment par l’adoption d’un sens pratique qui démontre qu’on est prêt à « ne pas se laisser faire » : refuser de faire des heures supplémentaires, de venir travailler le dimanche alors qu’on est prévenu au dernier moment, de faire des tâches qui ne sont pas prévues dans sa fiche de poste etc Toutes ces pratiques nécessitent d’une part, une certaines connaissance du droit du travail, mais aussi un certain niveau de capital culturel pour renverser la violence symbolique imposée par la hiérarchie. En effet, « ne pas se laisser faire », c’est savoir « trouver les bon mots » pour défendre son cas face à l’encadrement, ou encore par exemple savoir écrire une lettre pour contester un avertissement.

Dès lors, si ces salariés se tournent vers la CGT, ce n’est pas parce que l’organisation leur propose une offre de participation reconnue comme « politique », mais bien plutôt parce qu’elle dispose de militants « compétents » à qui on peut s’en remettre pour se défendre au travail, que ce soit dans les relations informelles face à l’encadrement, ou au sein des institutions représentatives du personnel face à l’employeur. On recourt ainsi à un délégué pour « ne pas rester seul », comme lorsqu’il s’agit de se faire accompagner dans le bureau du directeur suite à une convocation, ou pour servir d’intermédiaire face à un membre de l’encadrement qui harcèle ses subordonnés, pour se faire aider à écrire une lettre à la direction pour contester un avertissement, ou encore par exemple pour se faire aider à lire sa fiche de paie. « Ne pas rester seul » en se syndiquant à la CGT relève donc d’un sens pratique d’autodéfense et de résistance dans des rapports de domination au travail qui assignent ces salariés à un statut subalterne.

Il convient de distinguer deux modes d’adhésion à la CGT : dans les cas où le syndicat est présent sur le lieu de travail, « prendre la carte » représente une reconnaissance du travail de soutien apporté par le délégué. Lorsque le syndicat est absent, se tourner vers la CGT représente une nécessité pratique pour se protéger et lutter contre les abus de la direction (licenciement abusifs, non respect du code du travail etc). C’est ici que les Unions locales de la CGT jouent un rôle décisif puisqu’elles constituent le premier contact avec l’organisation pour ces salariés isolés. Ils y trouvent des militants expérimentés qui viennent assurer des permanences sur leurs temps libre (l’UL fait ainsi partie des lieux de reconversion pour des militants à la retraite) ou grâce aux heures de délégation obtenues par un mandat dans leur entreprise. Ces militants apportent ainsi les ressources nécessaires (en temps et en capital militant) pour résister à l’employeur, en accompagnant ces nouveaux délégués isolés dans l’exercice de leur mandat (veiller à l’application de la convention collective, s’assurer du bon fonctionnement des institutions représentatives de personnel, protéger les délégués contre les tentatives de répression anti-syndicale etc). Ces cas de syndicalisation demeurent limités au niveau quantitatif et apparaissent dans les configurations socio-professionnelles les moins défavorables à la rencontre entre salariés et acteur syndical. Il s’agit ainsi d’établissement de taille moyenne (supérieure à 20 salariés) appartenant à des grands groupes au sein desquels il est possible de consolider une implantation militante en s’appuyant sur les moyens conférés par les institutions représentatives du personnel (hypermarché de grande distribution, établissement de maison de retraite, usines sous-traitantes, entrepôts de distribution etc) .

Selon la logique de l’économie des pratiques de ces adhérents, la CGT est donc moins reconnue comme une offre militante (c’est-à-dire une opportunité d’entamer une nouvelle « carrière » en s’investissant dans des tâches plus valorisantes) que comme une structure faisant partie du champ des dispositifs institutionnels susceptible d’être mobilisé pour « défendre ses droits » (conseillère juridique, écrivain public, assistante sociale, inspection ou médecine du travail etc). En d’autres termes, la CGT n’entre pas ici en concurrence avec d’autres organisations militantes (on choisit de s’investir dans un syndicat plutôt que dans une association ou dans un parti, pour défendre une cause de son choix) mais avec ces autres types de dispositifs institutionnels auquel on se rend pour obtenir de l’aide (on se rend à la CGT plutôt que d’aller voir une conseillère juridique). Mais si pour ces salariés, l’adhésion à la CGT n’est pas reconnue comme un acte « politique » en tant que tel, elle est tout de même sous-tendue par une vision politisée des relations sociales en entreprise dans le sens où celle-ci repose sur une opposition entre employeur et salariés ; derrière le besoin de se protéger, de se défendre, il y a l’idée qu’on ne peut pas faire confiance à la direction, que celle-ci dispose du pouvoir dans l’entreprise et qu’elle n’hésitera pas à en profiter pour servir ses intérêts contre ceux des salariés : « ils font trop les malins, mais quand t’es syndiqué, tu réponds dans le droit, c’est tout » nous expliquait un jeune manutentionnaire syndiqué depuis cette année. Dans le cadre de cette opposition, le rapport de délégation (« se faire accompagner ») se voit mobilisé pour contrer les effets des rapports de domination qui s’expriment par les difficultés à faire soi-même valoir ses droits au travail.

Cette logique de l’adhésion à la CGT est soutenue par des représentations opposant les « petits » contre les « gros » qui renvoient à un modèle classique de subjectivation parmi les classes populaires au contact des classes supérieures : « c’est toujours les faibles qui prennent et eux de leur côté, de toutes façons ils disent que la direction a toujours raison » déclarait ainsi une caissière lorsqu’elle se trouvait à l’UL pour demander à un militant de lui écrire une lettre afin de contester sa mise-à-pied. Selon ces représentations, l’image combative que renvoie la CGT la range du côté de ceux qui prennent partie pour les « faibles ». On peut comprendre aussi à la lumière de ces explications le rôle décisif des garanties que confère l’institutionnalisation de la CGT pour ces salariés exposés à l’arbitraire de leur employeur ; se syndiquer à la CGT répond aussi à une volonté de se rapprocher d’une organisation (que l’on pense) capable de contraindre l’employeur à respecter le droit. Le délégué syndical d’un hypermarché où la CGT est fortement implantée défendait cet aspect pratique auquel répond la syndicalisation : « les gens adhèrent parce qu’ils savent que ça leur sert !», ce qui illustre une manière de concevoir l’action militante bien différente de celle des catégories plus fortement dotées en capital culturel qui avanceront et défendront quant à eux une approche désintéressée. On peut remarquer ainsi en quoi ces logiques de l’adhésion exprimant un rapport populaire au militantisme et au politique permettent à la CGT de capter des salariés que rien ne disposaient à entrer dans une organisation militante. Ces liens pratiques de solidarité constituent la bases des relations sur lesquelles peuvent se construire des engagements plus actifs à travers l’activité de délégué.
Se faire délégué en milieu précaire : oser s’affirmer et parler pour les autres
Les structures de la CGT se donnent pour objectif de politiser ce sens pratique de résistance au travail en lui imprimant une dynamique d’action collective censée être impulsée par les délégués dans l’entreprise. Dans cette perspective, la grève représente en quelque sorte un idéal mais qui est loin d’être considéré comme incontournable ou indispensable. En raison de l’institutionnalisation du dialogue social en entreprise, ce rapport de force peut être largement entretenu par des moyens légaux et techniques conférés par les institutions représentatives du personnel (IRP) qui permettent parfois d’obtenir des acquis sans passer par le conflit ouvert. Cependant, il est indéniable que la professionnalisation des relations sociales en entreprise n’empêche pas la volonté de promouvoir un militantisme d’action collective selon lequel le travail de délégué doit être au service de la construction d’un rapport de force cherchant à investir les salariés pour s’opposer à l’employeur. Cette approche est imprégnée d’un ethos militant fortement marqué par les usages agonistiques de la virilité en milieu populaire. Ce registre agonistique de l’action syndicale promu à la CGT passe en effet par la valorisation de tout en ensemble de pratiques démontrant que les délégués sont prêt à « taper du poing sur le table » ; cela signifie autant assumer fermement une opposition frontale face à la direction au sein des IRP que de savoir s’imposer dans les collectif de travail, avec les collègues, face à l’encadrement. Les qualités que procurent la virilité (le « franc-parler », le sens du défi etc) trouvent dans le syndicalisme un terrain pour se reconvertir en compétences militantes très prisées à la CGT, permettant de s’imposer comme délégué (« avoir le sens de la bagarre »)

Par conséquent, les salariés les plus proches des valeurs de virilité trouvent dans la CGT une offre militante ajustée à leur manière de se concevoir le rôle d’un délégué. S’il n’est pas surprenant de les rencontrer dans les univers ouvriers et masculins de la métallurgie ou du bâtiment, nous avons observé que ces profils militants apparaissent aussi clairement dans des secteurs féminins comme la santé, les services à la personne, le nettoyage ou le commerce, incarnés par des femmes partageant exactement les mêmes dispositions et trajectoires que celles que rencontre Christelle Avril au cours d’une enquête ethnographique dans une association d’aide à domicile . Elle remarque ainsi la présence de femmes partageant en commun des manières viriles de construire un sens à leur travail, c’est-à-dire en valorisant les tâches physique, l’endurance, en n’hésitant pas à « gueuler » pour s’imposer dans les relations de travail (notamment face à la direction de l’association). Elle remarque d’ailleurs que c’est parmi ce groupe d’aide à domicile qu’on l’on trouve logiquement celles qui seront sollicitées pour se présenter sur la liste CGT des déléguées de personnel. Avec une entrée différente (le syndicat, et non le travail), nos observations corroborent ces analyses qui montrent comment cette « virilité au féminin » fournit des ressources dans lesquelles on va puiser pour contre-balancer l’absence de capital culturel et ainsi oser s’opposer à la direction.

Mais étudier l’action syndicale dans ces secteurs professionnels où cette logique de rapport de force promue à la CGT est difficile à impulser permet de mettre en lumière d’autres dimensions culturelles qui soutiennent ces formes d’engagement syndical et de politisation. En effet, comme nous l’avons déjà souligné, en raison de la fragilité économique et de la faiblesse de capital culturel des salariés dans ces secteurs, la prise de parole est difficile. La violence symbolique des rapports de domination et l’encadrement répressif condamne généralement à vivre l’injustice dans le silence. Dès lors, les salariés qui obtiennent une certaine légitimité en tant que délégué dans les collectifs de travail ne sont pas seulement ceux qui « tapent du poing sur la table » quand le besoin s’en fait ressentir mais aussi ceux qui savent montrer qu’ils prêtent attention à leur collègues et incarner une personne de confiance à qui ils peuvent confier leurs « problèmes ». En effet, la grande majorité du travail syndical de délégué ne consiste pas à organiser des actions collectives mais bien plutôt à prendre en compte les soucis que rencontrent les salariés au travail et à agir pour eux, à leur place, en les représentant face à la direction. Par conséquent, ce travail suppose des qualités qui renvoient plutôt à un pôle féminin de pratiques de caring comme prise en charge de personnes « dépendantes » (dans ce cas précis, concernant la capacité à défendre ses droits au travail).

Cette forme de capital culturel propre aux femmes de classes populaires représente un ressort de l’engagement et de la politisation par l’activité de déléguée. C’est notamment le cas dans un secteur presque exclusivement féminin comme celui des maisons de retraite. Amina a 47 ans et travaille depuis la fin des années 1990 en maison de retraite comme agent de service hospitalier (ASH). Elle évolue depuis 2007 dans le même établissement de plus d’une cinquantaine de salariées où elle est déléguée du personnel. Avant de travailler en maison de retraite et de se syndiquer à la CGT, Amina avait déjà milité dans le secteur associatif. Dans sa cité, elle a longtemps été bénévole à la Confédération Syndicale des Familles, structure chargée d’aider les locataires à défendre leurs droits face aux bailleurs. Elle s’est aussi engagée à la FCPE quand ses filles étaient à l’école, et elle a participé à une autre association pour aider les jeunes de la cité à trouver des emplois, partir en vacances etc : « Moi je suis une battante, je supporte pas l’injustice. J’ai toujours fait du bénévolat, je me suis toujours investie par rapport aux autres ». Ses différents engagements se construisent ainsi à partir d’une position où elle se charge d’aider des personnes en situation de fragilité économique et sociale (les locataires en difficultés de sa cité, les enfants de l’école, les jeunes du quartier sans qualification etc).

Les dispositions qu’elle a acquises dans ces activités lui sont très utiles dans le secteur des maisons de retraite qui embauche massivement une main d’œuvre précaire, majoritairement constituée par des femmes immigrées et/ou non-qualifiées. La CGT était présente dans la première maison de retraite et elle intègre l’organisation au moment où les déléguées viennent la voir pour lui proposer de se présenter sur les listes aux élections professionnelles. Au cours de cette première expérience syndicale dans cette maison de retraite où elle restera travailler pendant dix ans, Amina n’a participé à aucun conflit collectif. Elle retient surtout le travail qu’elle faisait pour aider « les salariés en situation de faiblesse » (notamment le personnel immigré qui « se laissait faire » par la direction) : « on avait toujours une surcharge de travail, elle (la directrice) enlevait aux uns, elle en mettait à nous, ceci, cela. Bon moi je me battais toujours avec elle parce que je lui disais : non, la vaisselle c’est pas à nous de le faire, c’est le plongeur. Et je travaillais avec beaucoup de comoriennes, elles avaient peur, je leur disais : « n’ayez pas peur, ayez confiance ; vous leur dites : c’est Amina qui a dit qu’on faisait pas la vaisselle », et on a réussi à obtenir des choses comme ça ! ».

Je rencontre Amina la première fois à l’UL de son secteur ; elle est venu accompagner quatre de ses collègues qui sont (ou ont été) victimes de harcèlement depuis l’arrivée d’un nouveau directeur l’année dernière. Trois de ces collègues sont en arrêt de travail, dont deux suite à une dépression liée au harcèlement qu’ils subissent (avertissements, mise-à-pied) ; le dernier a fini par démissionner suite aux pressions de la direction. Amina les a amené à l’UL pour rencontrer Céline, une militante à la retraite expérimentée qui a fait toute sa carrière dans l’action sociale. L’objectif est de voir avec la CGT ce qui serait possible de faire pour protéger ses collègues et faire cesser le harcèlement (les réponses apportées consisteront dans un premier temps à alerter l’inspection du travail et à solliciter un rendez-vous avec la direction). Lors d’un entretien quelque jour après cette rencontre, Amina me raconte comment elle en est venue à solliciter l’aide de Céline :

« Moi je les voyais, je voyais leur mal-être. Je voyais Christine (sa collègue) dans l’état qu’elle était : elle venait au travail avec la boule au ventre, elle pleurait, je me suis dit : (ton grave) « je peux pas laisser passer ça, j’y arrive pas (…) Je lui ai dit : (prenant un ton posé et grave) Christine, je vais t’aider, mais faut pas que tu aies peur, ne t’inquiète pas. Faut pas que tu aies peur hein ! Je suis là, je vais morfler, mais ça fait rien. On appelle la CGT et on fonce. Elle m’a dit : « mais tu vas morfler », je lui ai répondu : (ton ferme), « c’est pas grave. Ils (la direction) me font pas peur. Ils me regardent de travers, je les regarde de travers. S’ils m’embêtent trop, il y a des journalistes et tout. Moi ils me font pas peur ». Et heureusement qu’il y a un groupe d’aide-soignante qui est avec moi, parce que je les ai aidé. Elles me disent : « on est avec toi, ne t’inquiète pas. On est avec toi parce que même nous ils nous harcèlent, même si c’est d’une autre manière. On sait que si tu agis pour eux, tu agiras pour nous »

Dans sa manière d’expliquer cette action militante qui consiste à accompagner ses collègues à l’UL, il est intéressant de remarquer comment la posture oppositionnelle – voire sacrificielle – de Amina (défendre ses collègues sans se laisser intimider par le fait que cela suppose de se confronter à la direction) se voit motivée par l’empathie qu’elle entretient pour ses collègues. Le travail de Amina consiste autant à « aller au front » que de rassurer ses collègues les plus démunis lorsqu’il s’agit de se défendre ou simplement s’exprimer. Au cours de l’entretien avec Céline, Christine ne décrochera presque pas un mot, visiblement assommée par la situation (elle prend des médicaments à cause de sa dépression), et c’est Amina qui devra parler à sa place pour expliquer ce qu’elle endure. Tout au long de la réunion, Amina tâchera de mettre en confiance ses collègues, en se tournant vers eux avec un sourire pour les inviter à parler, tout en prenant le soin d’adopter un ton calme et posé : « allez vas-y, raconte ton histoire toi aussi ». Ainsi, au-delà la nécessité de répondre à une situation d’urgence, Amina a aussi convoqué cette réunion pour offrir un cadre plus favorable et protecteur à ses collègues afin qu’ils puissent s’exprimer sur ce qui les touche personnellement. Cette initiative est appréciée par ses collègues ; une d’entre elles lance au cours de la réunion : « c’est clair, quand on est tout seul, on ose pas parler, dire ce qui va pas. Mais là, dès qu’on est à plusieurs, c’est plus facile, ça fait du bien ».

Si les valeurs de virilité peuvent être des ressorts de l’engagement à la CGT, l’observation de l’activité syndicale dans ces secteurs précaires et féminins fait ressortir une autre facette du répertoire d’action propre à la CGT, plutôt motivé par le soucis d’aider ses collègues, de s’occuper de leurs problèmes. Dans ces secteurs où il est difficile d’impulser l’action collective, l’attention aux autres (montrer qu’on est là pour les collègues), le souci de les mettre en confiance deviennent des ressources fondamentales pour construire des liens de solidarité sur lesquels peut s’appuyer l’action syndicale. Le caring peut ainsi être reconverti comme capital militant et nourrit des valeurs à partir desquelles s’opère la politisation, comme un prisme à travers lequel est saisi l’injustice et l’arbitraire des relations de travail (« je peux pas laisser passer ça, j’y arrive pas »).
Des engagements bridés : répression anti-syndicale et fragilité du capital militant
Nous avons jusqu’ici expliqué quelles sont les dimensions culturelles fondamentales qui servent de matrice de l’engagement et de la politisation pour ces travailleurs précaires. Cependant, les conditions pratiques dans lesquelles doit se développer l’action syndicale dans ces secteurs ont pour effet de brider leur engagement. La CGT, en tant qu’organisation militante désireuse de développer l’action collective sur les lieux de travail, invite ses nouveaux adhérents à sans cesse entretenir le liens entre délégués, syndiqués et salariés, afin d’investir le maximum de salariés dans les enjeux propres aux négociations avec la direction. Un militant chargé de la formation syndicale dans son UL répondait ainsi à un délégué récemment élu et soucieux de savoir comment « convaincre » la direction en réunion : « Ce qui est important, c’est pas la prestation du délégué ! Le délégué, c’est une vitre. Le patron quand il te parle, il regarde pas la vitre, il regarde ce qu’il y a derrière ; et si derrière, il voit personne, tu peux parler pendant longtemps, ça changera pas grand chose. Par contre, si derrière la vitre, il voit des salariés qui sont prêts à bouger, t’inquiète pas que là, il va t’écouter ! ». Mais cette volonté de faire de l’action syndicale un outil au service de la participation des salariés doit se heurter à la discrimination anti-syndicale qui touche particulièrement ces secteurs de l’emploi privé démunis d’implantation syndicale historique.

En effet, tandis qu’au sein des grands établissements où la légitimité des syndicats est bien assise, les relations professionnelles sont plus formalisées et protectrices, les salariés travaillant dans le monde de l’emploi non-qualifié désireux de se syndiquer à la CGT sont plus exposés aux représailles de la direction (harcèlement, sanction, licenciement etc). Par conséquent, le travail de délégué visant à développer l’action syndicale doit se heurter à la « peur » des salariés de s’investir dans un registre d’action collective, ou tout simplement de se rapprocher des délégués CGT. L’observation du travail syndical montre bien en quoi ce paramètre contraint fortement le champ de possibles militants pour les délégués travaillant dans ces établissements. Cela apparaît clairement dans ces notes prises au cours d’une réunion pour préparer les négociations annuelles obligatoires (NAO) dans un hypermarché de 200 salariés appartenant à un des groupes leaders de la grande distribution. Cette réunion se tient à l’UL, entre deux déléguées travaillant dans le magasin (Delphine et Allison) et un militant cheminot à la retraite (Alain) qui représente en quelque sorte leur « référent » à la CGT pour les accompagner dans l’exercice de leur mandat. En effet, la CGT n’existe que depuis l’année dernière dans le magasin et les déléguées élues n’ont aucune expérience syndicale antérieure. Delphine et Allison sont venues pour demander de l’aide à Alain afin d’écrire un tract pour prévenir les salariés de la tenue des NAO. Le but est de les inviter à se rapprocher des déléguées CGT pour donner leur avis sur les revendications à donner :

Notes de terrain, réunion de préparation des NAO du magasin Hypermag, à l’Union locale de X., décembre 2014 :
A partir des discussions, Alain se charge d’écrire rapidement le tract en reprenant un modèle déjà existant pour répondre à ce genre de situation (prévenir les salariés des NAO). Il le sort à l’imprimante et le fait relire à Delphine et Allison qui se montrent satisfaites et n’ont rien à redire. Mais comme le tract conclut en invitant les salariés à exprimer leurs revendications aux déléguées (« Les militantes CGT vont venir à votre rencontre dans les jours qui viennent. Prenez toute votre place dans la construction de votre avenir, donnez votre avis sur les revendications que présentera la CGT’ »), se pose la question cruciale du procédé à mettre en place pour susciter la participation des salariés dans cette négociation. Alain leur propose de recevoir les salariés dans le local syndical mais Delphine lui rappelle que la direction ne leur a toujours pas donné de salle réservée à cet effet. Elle demande s’il ne serait pas possible de mettre une boite au lettre pour permettre au salariés d’écrire anonymement leurs revendications pour leur garantir une certaine sécurité. Je demande naïvement s’il ne serait pas possible d’organiser une réunion ouverte à tout le personnel pour parler de ces sujets. Delphine me rit un peu au nez : « non mais personne ne voudra venir ! Il y aura forcément des chefs, personne n’osera être vu à une réunion qu’on organise ». Alain demande si en salle de pause, ce n’est pas possible de pouvoir entretenir des échanges mais là encore, Delphine mentionne qu’il y a toujours de chefs présents, ce qui dissuade les salariés de parler. Rien que pour simplement récolter l’avis des salariés (on ne parle même pas de l’éventualité d’organiser un débrayage visant à mettre la pression sur la direction dans la négociation) c’est déjà la croix et la bannière ! Cette situation agace clairement Alain : « non mais attends, il y a un moment, il va falloir que ça cesse ces histoires, il est temps de sortir de la clandestinité ! ». Finalement, il sera retenu, dans un premier temps, de créer une adresse mail destinée spécialement aux NAO, à laquelle les salariés pourront envoyer leurs revendications.

On voit bien ici comment la discrimination anti-syndicale (ou du moins son appréhension) vient entraver le travail des délégués en les amenant à évoluer dans une situations de quasi-clandestinité. Dans ce magasin, malgré ce climat de « peur », la CGT a tout de même réussi à obtenir de bon résultats aux élections qui lui permettent d’être en mesure de mandater une déléguée syndical. La section syndicale compte un peu moins de 10 adhérents, mais hormis les deux déléguées, les salariés tiennent à ce que personne (et surtout pas la direction) ne sachent qu’ils sont à la CGT. Dans un autre magasin de grande distribution rattaché à cette UL, un délégué récemment élu et confronté exactement aux mêmes problèmes nous résumait la situation en ces termes :« Les gens ils ont peur ! Tu peux pas sortir comme ça à plein, avec les drapeaux…non il faut que ça reste en cachette !». Les salariés qui assument le rôle de délégué dans ces établissements se retrouvent donc bien souvent isolés, condamnées à devoir défendre des collègues (« morfler à leur place », pour reprendre les termes de Amina) sachant très bien que ceux-ci ne s’aventureront pas à franchir le pas de la syndicalisation, ou alors seulement « en cachette ». La discrimination anti-syndicale tient à distance les salariés de l’engagement et limite donc les chances de se familiariser à l’organisation d’actions collectives.

Les effets démobilisateurs que produisent la répression et l’isolement sur les délégués sont redoublés par la fragilité du capital culturel et militant sur lesquels ils peuvent compter. Les tâches militantes visant à organiser l’action collective nécessite en effet l’acquisition d’un ensemble de savoir-faire à dominante scolaire, notamment en raison de l’institutionnalisation des relations professionnelles en entreprise. Ainsi, donner du contenu au « travail de terrain » auprès des salariés afin de les investir dans une démarche revendicative s’appuie sur un usage avisé des moyens que procurent les IRP et par conséquent, un recours systématique à l’écrit : faire remonter les problèmes des salariés en réunion des délégués du personnel et leur faire le compte-rendu des réponses de la direction, obtenir par le biais du CE des données sur le chiffre d’affaire pour motiver une revendication d’augmentation de salaires, se familiariser avec la convention collective de sa branche pour contrôler et s’opposer aux abus de la direction etc. En devenant délégué, il faut donc se confronter au monde de l’écrit et affronter des représentants de classes supérieures qui maîtrisent parfaitement le travail oral d’argumentation. Si cette forme de promotion par le militantisme a toujours représenté un ressort fondamental de l’engagement syndical chez les classes populaires, il peut au contraire exercer un effet repoussoir pour des salariés démunis des moyens de s’approprier ces nouvelles responsabilités : « des fois on se sent bête !», nous confiait une aide-soignante malienne non-diplômée, au sujet de ses échanges face au directeur pendant les réunions de délégués, « on l’écoute parler, on voit qu’il nous mène en bateau, mais on sait pas quoi répondre »

Par conséquent, en dépit de la progression de l’implantation syndicale dans ces secteurs de l’emploi privé et non-qualifié, les délégués animant ces nouvelles bases sont largement démunis des moyens pour entretenir une véritable activité militante sur leur lieu de travail. Même si la CGT organise des stages de formation adressés à tous ces adhérents, l’apprentissage de ces savoir-faire suppose une certain niveau de capital scolaire afin d’être en mesure de se former « sur le tas », de manière autonome, comme par exemple en allant chercher soi-même sur Internet les textes du code du travail ou de la convention collective qui permettront de contrer la direction. Par conséquent, l’appui que sollicitent ces nouveaux délégués aux militants de l’UL chargés de les accompagner consiste essentiellement à leur demander de faire pour eux ce travail à caractère scolaire. Cependant, en-dehors des « moments chauds » (NAO, élections professionnelles, plan de licenciement etc), rares sont les occasions d’entretenir ces relations de travail militant. Pour ces nouveaux délégués, l’UL peine à représenter un lieu quotidien et familier de socialisation militante. Il s’agit plutôt d’un lieu où se rend lorsqu’on rencontre un problème ; on y va pour s’adresser au militant que l’on connaît, qui fait office de manière informelle de « référent » (comme c’est le cas de Alain pour l’hypermarché où travaillent Delphine et Allison) et on repart aussitôt le problème pris en charge par l’UL, ce qui rapproche plus l’échange d’une relation de guichet que d’une relation militante. La dynamique de ces relations est entretenue par la nature inégalitaire du rapport que ces délégués entretiennent avec les militants aguerris de l’UL, qui quant à eux, sont fortement dotés en capital militant. Ces inégalités favorisent des processus de délégation qui voient ces nouveaux syndiqués s’en remettre totalement aux militants expérimentés concernant l’aspect technique de l’activité syndicale, ce qui limite clairement la capacité d’auto-organisation des bases qui émergent dans ces secteurs professionnels.
Conclusion
Aborder l’étude de l’action syndicale par le biais d’une approche ethnographique recourant aux outils conceptuels de la sociologie politique offre donc une autre compréhension de l’état des relations professionnelles dans le monde de l’emploi non-qualifié. On peut ainsi donner d’autres élément d’explication au faible taux de syndicalisation et de conflictualité dans ces secteurs : la fragilité du capital militant, la « peur » de la discrimination et de la répression anti-syndicale sont des éléments indispensables à prendre en compte si on veut comprendre les difficultés à impulser des actions collectives. Mais nous pouvons aussi affirmer dans le même temps qu’un faible niveau de conflictualité et de syndicalisation ne signifie pas pour autant absence d’activité syndicale. Dans ces secteurs, la CGT n’existe pas tant en raison de son pouvoir d’impulser l’action collective mais plutôt par sa capacité à construire des liens de solidarité qui permettent à certains de « ne pas se laisser faire », de tenir au travail ; il s’agit en quelque sorte de liens qui peuvent être activés quand le besoin s’en fait ressentir, comme cela peut être le cas à l’occasion du harcèlement d’un salarié.

Enfin, l’étude des conditions pratiques à travers lesquelles s’opèrent l’entrée dans le syndicalisme pour ces salariés permet de réinvestir les recherches sur la politisation des fractions précaires de classes populaires. Si ces groupes sociaux restent marginalisés au sein des organisations clairement étiquetées comme « politiques », nous avons vu qu’il sont pourtant loin d’être démunis des grilles de lectures et de dispositions favorables à l’engagement. Celles-ci peuvent trouver à s’exprimer dans l’action syndicale telle qu’elle est proposée à la CGT. À ce titre, on peut souligner ici le rôle classique du syndicalisme comme structure pouvant « contribuer à la socialisation et à l‘autorisation politiques de [ses] membres et compenser, pour certains d‘entre eux, les effets d‘exclusion des processus de politisation à dominante scolaire ». Cette relative efficacité du travail de politisation remet en question certains préjugés du sens commun militant (voire sociologique) qui expliquent le faible niveau d’action collective par la montée de l’individualisme ou la disparition de la «conscience de classe ». En réalité, si la CGT mobilise aussi peu ces franges du salariat, c’est moins en raison de leur absence de rapport politisé au travail ou de leur refus de se voir assigner à une identité de classe, mais bien plutôt à cause de l’incapacité de l’organisation à créer les occasions favorables à la rencontre entre ses structures et les dispositions protestataires des travailleurs précaires.
Bibliographie

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Une interview du président du DGB d’Allemagne : « Il faut en finir avec la légende du Grec paresseux »

Par son interview dans l’Humanité et ses voyages en Grèce, le président de la Confédération allemande des syndicats DGB, Reiner Hoffmann, confirme que le syndicalisme d’Allemagne est un des plus actifs en Europe pour soutenir le  peuple grec dans le bras de fer qui l’oppose à l’Eurogroupe.
Ci-dessous le texte complet de l’interview et la vidéo sur le site de l’Humanité.

Vidéos

La FILPAC CGT soutient l’idée d’un Manifeste revendicatif

Le 51ème congrès de la CGT entre dans sa phase préparatoire active en ce mois de mai 2015, où de premiers  cadrages devraient être présentés dans les instances confédérales. La Fédération CGT des travailleurs des Industries du Livre, du Papier et de la Communication (FILPAC) publie le 44ème numéro de son bulletin 7 jours FILPAC CGT par la proposition d’un Manifeste revendicatif de la CGT, dont elle esquisse le contenu.

Accès au fichier original :  7 Jours n°44

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Défendre les salariés
Manifeste revendicatif de la CGT

 

Colère, amertume, ressentiment, aigreur… La matière sociale qui s’accumule est explosive tant les coups pleuvent sur le seul salariat. Il s’agit de la transformer en mouvements collectifs et unitaires. Sur qui compter pour défendre les salariés, sur quelle solidarité, quelle direction prendre pour se battre efficacement ? La CGT, au lieu de virer à l’orange CFDT, doit retrouver la couleur du mouvement ouvrier. L’heure est à répondre aux attentes et besoins des salariés, pas à se noyer dans des négociations truquées ou à éviter d’affronter la réalité.

Le patronat et ses différents gouvernements ont réussi à fractionner le salariat grâce à l’arme atomique, le chômage de masse. Hollande et Valls sont obsédés par le record de sans-emploi. 6 millions, score officiel. Grâce à quoi, chaque famille de salariés connaît au moins un de ses membres au chômage et dans la précarité durable. La peur du chômage est pour l’heure le seul argument de suprématie du libéralisme. C’est à ce fait social majeur que la CGT doit répondre. C’est sa tâche principale.

En mai, le gouvernement fait ce qu’il lui plaît. La loi Macron détruit le Code du travail, en offrant au patronat les moyens de le contourner, comme la loi sur la rupture dite conventionnelle l’avait annoncé. La loi Rebsamen torpille la représentation syndicale. Elle introduit en lieu et place du syndicalisme indépendant un « conseil régional » commun aux patrons et aux syndicats. Pour les TPE, dans un premier temps… Valls et Hollande guident la pseudo négociation Agirc Arrco menée par le Medef vers le recul de l’âge de la retraite, la baisse des pensions et la transformation du système solidaire. La CGT doit exprimer son opposition irréductible a programme de l’Union européenne appliqué par Valls et Macron, faire connaître ses revendications, les soumettre aux salariés.

Valls épouse la stratégie libérale du patronat : les décisions stratégiques sont globales, la négociation est locale et seulement sur la réduction de la masse salariale. L’égoïsme d’entreprise ne mène qu’au plan de licenciement. Défendre les salariés, organiser la convergence des actions vers des objectifs revendicatifs communs, tel est l’objectif. Il ne s’agit pas de remplir l’agenda de rassemblements symboliques « pour le communiqué », mais bien de commencer l’ascension vers l’inversion du rapport des forces.

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Manifeste pour l’emploi

Sur le marché du Travail, il n’y aura pas de retour à la normale, comme c’était avant, par la météo économique, reprise ou pas reprise… La reprise des affaires peut se dérouler sans la moindre création d’emplois ou par la multiplication des CDD d’un mois. La destruction du chômage est incontournable, la CGT doit contribuer à rendre leur dignité aux chômeurs stigmatisés comme responsables de leur chômage.
– arrêt immédiat des plans de licenciement permanents, sauvegarde automatique du contrat de travail
– ouverture des entreprises aux jeunes, par la réduction du temps de travail
– requalification des contrats précaires en CDI
– interdiction des discriminations raciales à l’embauche
– application du droit constitutionnel à l’emploi, un vrai travail décent pas un mini-job
– doit de recours suspensif du comité d’entreprise contre les licenciements et les fermetures

Manifeste pour la Solidarité

Celles et ceux d’Arjowiggins et de Chapelle Darblay UPM et tant d’autres, connaissent la difficulté de déclencher la solidarité réelle. Les nombreux militants frappés par la répression syndicale butent sur le même obstacle. La Solidarité CGT se construit comme un contrat syndical passé avec toutes et tous. La défense est mutuelle, garantie et comprise dans les cotisations. Les organes de presse CGT doivent parler de toutes les luttes, de tous les conflits, sans tri occulte, pour promouvoir la solidarité. Le ciment de l’organisation CGT est la Solidarité. L’édifice ne reconstruira pas en un jour. Mais c’est aujourd’hui qu’il faut commencer. En adhérant à la CGT, chacune et chacun doivent compter sur les autres… et réciproquement.

Manifeste pour l’accueil de tous les salariés, précaires et chômeurs

La CGT, constatant la concentration des coups portés contre ses locaux régionaux, en déduit ceci : le patronat redoute la construction l’animation de lieux d’accueil fraternel, de réconfort et d’entraide que sont les Bourses du Travail. Elle opte pour la multiplication, l’animation de tels endroits ouverts en particulier aux salariés isolés par la précarité, soumis à un climat patronal antisyndical, à l’isolement dû au piège de la précarité. En lieu et place de « conseils régionaux » patronat-syndicats, la CGT puise dans son héritage et son savoir-faire pour promouvoir le rassemblement des salariés dans les Bourses du Travail.

Manifeste pour la convergence des luttes et des mobilisations

L’étalement des journées d’action par catégorie et filière n’amène que recul et démobilisation. Tous ensemble, ce cri garde toute sa valeur à la condition de joindre le geste à la parole. La CGT, tirant le bila de l’échec de la mobilisation contre la loi Fillon de 2010 sur les retraites, doit construire l’unité des salariés en établissant avec eux des objectifs revendicatifs communs.

Il est hautement probable que la première des revendications communes est la hausse des salaires qui, sans aucune exception, ont baissé en France, comme le montre la dernière étude de l’INSEE en la matière.
– augmentation générale des salaires par prélèvement sur les dividendes et les transactions financières
– augmentation de la part patronale dans le salaire social (la Sécu…) par la remise en cause des exonérations qui filent dans les poches des actionnaires
– application sans délai de la loi sur l’égalité salariale homme=femmes
– protection des régimes de Sécurité sociale par l’augmentation de la part du PIB

Manifeste pour la reconstruction du droit social

La décomposition du droit social attient son plus haut niveau historique : le Code du Travail est jeté en pâture au patronat, les Prud’hommes sont muselés avant disparition programmée, les accords minoritaires Medef-Gouvernement-CFDT couvrent d’un vernis social l’entreprise de destruction de la République sociale, telle que définie par la Constitution. C’est à l’Europe d’unifier le droit social par la somme des droits les plus avantageux, pas aux acquis sociaux de s’aligner sur le néant social de l’Union européenne.

La CGT lance donc une campagne pour l’abrogation de la loi Macron, pour l’extension du droit syndical dans toutes les entreprises, pour la libre circulation des travailleurs immigrés, pour la sauvegarde et le développement du droit prud’homal. Le présent Manifeste, sans négliger ni mépriser le recours aux pétitions, préconise de faire de la reconstruction du droit social un drapeau identitaire du syndical de transformation sociale qui est celui statutaire de la CGT.

Manifeste pour un débat dans toute la CGT

Commémorer les 120 ans, c’est tirer de l’héritage historique le meilleur pour aider à se diriger dans le chaos libéral actuel. C’est imposer sur la scène tant nationale qu’internationale la place de la question sociale. Les militants de la CGT ont hautement conscience des risques de marginalisation, voire de disparition de leur organisation syndicale. C’est par le débat, la confrontation fraternelle autour des objectifs communs que la paralysie actuelle sera dépassée.

La Filpac CGT y prendra sa part.

Le Comité régional CGT Pays de Loire ne soutient pas l’aéroport de Notre Dame des Landes

Au terme d’une longue discussion associant dans un « collectif de travail » plusieurs instances syndicales départementales et régionales,  ainsi que la confédération dans des « journées d’études« , après consultation de la Fédération des transports et de l’Union interfédérale des transports (rail, aérien, route), le Comité régional CGT de la région Pays de Loire a produit début avril 2015 un document argumenté qui ne soutient pas le projet de création d’un nouvel aéroport à Notre Dame des Landes. Une décision qui dénote une clarification importante sur le sens que ce Comité régional attribue à la notion confédérale de « développement humain durable« , apparue justement au 49ème congrès confédéral de Nantes en 2009.

Nous publions le document de prise de position du Comité régional, ainsi que l’accès à un document confédéral sur la notion de développement humain durable.

Accès au document du Comité régional : Avis NDDL validé UDCGT 44 et Comité PDL

Accès au document confédéral (par Daniel Geneste, conseiller confédéral) sur le « développement humain durable » : Developpement_Humain_Durable_Nantes_D_Geneste_5-03-13

 

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Dossier NDDL : la démarche CGT.

Le projet de transfert de l’aéroport de Nantes Atlantique (N-A) vers Notre Dame Des Landes (NDDL) a suscité de nombreux débats dans la CGT. En tant qu’organisation syndicale de salarié(e)s, la CGT entend peser dans le débat démocratique et contribuer à la réflexion.
L’État (préfecture), les collectivités locales, et même certains partis politiques auraient souhaité un soutien de la CGT à ce projet. Ils nous l’ont demandé au prétexte que ce projet serait créateur d’emplois alors que la situation de l’emploi est si catastrophique et qu’il serait un vecteur de développement qui placerait notre région dans le concert des grandes régions européennes.
Quelle preuve à ses assertions, quelles garanties apportées par le concessionnaire et par l’Etat, et quel emplois quels statues. La CGT juge sur pièce et n’apporte foi à aucune promesse
En outre les modèles d’aménagement du territoire et de développement économiques ne peuvent être occultés par la seule question de l’emploi.
C’est pourquoi la CGT a choisi de travailler la question de ce projet d’aéroport de façon large du point de vue revendicatif.

Un groupe de travail interprofessionnel dont l’Union Départementale 44, l’Union Locale Sud Loire, le Comité Régional Pays de la Loire, la confédération et des professions, s’est constitué en décembre 2011 suite à la décision de la Commission Exécutive de l’Union Départementale 44 de travailler à l’implantation et à la syndicalisation de la CGT dans le cadre d’un éventuel chantier. Cette réflexion s’est évidemment vite élargie.
Parallèlement à ce travail, l’UIT (Union Interfédérale des Transports CGT) et la Fédération des Transports ont lancé un travail de réflexion pour mieux comprendre les évolutions à l’œuvre dans le transport aérien.
Pour permettre l’appropriation des enjeux de ce projet, par nos militants, au regard de nos repères revendicatifs et orientations de congrès, le collectif a décidé d’organiser des journées d’études, sans à priori concernant la réalisation ou l’abandon du projet.
Prenant en compte l’évolution du monde et de notre société, ont été abordées entre autres, les thématiques suivantes :

• Quelle utilité de l’aéroport de Notre dame des Landes dans le cadre d’un développement humain durable ?
• Quelle pertinence ou non de Notre Dame des Landes dans le cadre du droit à l’accès au transport pour tous (accessibilité, inter modalité, évolution du trafic)?
• Quels engagements de l’État dans le cadre de l’aménagement du territoire ?
• Quelles Conséquences du Partenariat Public Privé pour les finances publiques et les contribuables ?
• Quel financement des compagnies « Low-Cost » et leur implantation sur notre territoire ?
• Quel avenir des salariés de la plate-forme de Nantes Atlantique (pérennité des emplois, conditions d’un éventuel transfert)
• Quel avenir économique et social du sud Loire en cas de transfert ? Quid du maintien d’une piste à vocation industrielle pour la pérennité du site Airbus ? Quel équilibre des territoires ? Quelle organisation du déplacement quotidien des salarié(e)s ?…
• Quelles conditions de travail et qualité des emplois (statuts, rémunération, formation, reconversion) dans le cadre du chantier, si le projet aboutit ?

Ces exigences revendicatives nous ont incité à participer aux réunions officielles (comité de suivi des engagements de l’État) mais aussi à des rendez-vous bi latéraux entre notre organisation et le sous-préfet chargé du dossier. Il s’agissait d’assurer les droits des salariés du site aéroportuaire actuel en cas de transfert vers le site de Notre dame des Landes mais aussi de veiller aux conditions sociales pour les salariés qui seraient recrutés sur l’éventuel chantier.

Les journées d’étude ont permis aux militants de la CGT d’appréhender le dossier dans sa complexité loin des raccourcis et du tumulte que suscitent le dossier.
Notre organisation en sort plus riche en termes de repères revendicatifs sur les thématiques environnementales, d’aménagement du territoire, d’organisation des transports et de financements publics.

Le congrès de l’Union Départementale avait donné pour mission au groupe de travail d’élaborer un avis sur le dossier à la lumière des thèmes étudiés et des débats qui s’en sont suivi.
C’est donc cet avis argumenté que nous avons voulu synthétiser dans ce document.

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La notion CGT d’un Développement Humain Durable (DHD)

Depuis son 49ème congrès, la CGT place au cœur de sa démarche la notion de « développement humain durable » qui suppose de rompre avec les logiques de rentabilité financière et d’opérer une meilleure répartition des richesses par de profondes transformations économiques, sociales, environnementales et culturelles. Elle milite ainsi pour la mise en œuvre de nouvelles politiques de développement fondées sur la revalorisation du travail et la préservation de l’environnement.
La notion de développement humain durable portée par la CGT s’oppose tant aux idées tendant vers la décroissance qu’à celles refusant d’interroger le contenu et les finalités de la croissance telles que définies dans l’économie capitaliste. La crise est la conséquence de la faillite d’un modèle injuste du point de vue social, insoutenable du point de vue environnemental et inefficace du point de vue économique.
Une véritable transformation des politiques économiques, au service d’une nouveau type de croissance, économe en ressources naturelles, non polluante pour la planète et préservant les conditions de vie des générations futures, est indispensable pour répondre aux besoins sociaux, en France et dans le monde. Repenser la relation de l’homme à l’environnement fait partie de l’ambition CGT de transformation de la société. Il ne peut y avoir d’avenir pour l’environnement dans une société qui se base sur la compétitivité et le dogme du coût du travail, plaçant les salariés en concurrence, développant la logique du bas coût pour tout. La CGT a notamment rappelé lors de la 3ème conférence environnementale son exigence de politiques publiques sur les socles universels de protection sociale, car c’est un levier incontournable à la réussite de toute action en faveur de l’environnement.
Aussi, notre conception de développement humain durable interroge les contenus, le sens, les finalités et les organisations du travail. La notion de travail décent est un élément à part entière des trois piliers qui doivent être traités à égalité pour une transition juste vers une économie bas carbone respectueuse des besoins des populations et de l’environnement économique, social et environnemental.

En ce sens, il est de la responsabilité des États de renforcer leurs engagements internationaux et de fixer des règles aux entreprises dans le cadre de leur responsabilité sociale et environnementale. Il y a urgence à lutter contre les délocalisations et à relocaliser les industries dans les territoires au plus près des lieux de consommation et d’exploitation des activités pour le maintien et le développement de l’emploi et la diminution des kms parcourus dans le transport des marchandises et le déplacement des populations. Les délocalisations, outre le fait qu’elles entraînent des effets négatifs sur l’emploi et les conditions de travail et de vie des salariés et de leurs familles, sur la situation économique d’un territoire ont de lourdes conséquences en matière environnementale.
Pour la CGT le rôle de l’État stratège en matière d’aménagement équilibré du territoire doit être renforcé notamment dans les domaines des transports, de l’agriculture et de l’alimentation, de l’eau et de l’énergie, de l’éducation, de la santé, d’information et de communication, de culture L’accès de tous aux biens et services publics mondiaux est un droit et doit être garanti. Ils doivent être soustraits aux logiques marchandes, maîtrisée et gérés au service de l’intérêt général dans le cadre du service public.par la puissance publique. La CGT revendique une maîtrise publique pour toutes nouvelles infrastructures structurantes d’un territoire. La question de gouvernance, de la décision à la mise en œuvre, doit être sous contrôle démocratique.
EN RESUME, le développement humain durable est un cadre de référence revendicatif ambitieux pour exiger un nouveau modèle économique répondant aux besoins sociaux, économiques et environnementaux.

Financement et coût du projet NDDL : investissements publics – privés, bénéfices privés

 

Le projet de construction d’un aéroport à NDDL s’appuie sur un PPP (Partenariat Public Privé) qui ne dit pas son nom. En réalité, le contrat de concession pour 55 ans du « futur nouvel » aéroport est un contrat gagnant-gagnant pour Vinci uniquement, principal actionnaire d’AGO (Aéroport du Grand Ouest) avec 85 % des parts (La CCI de Nantes ayant 10 % des parts et le groupe ETPO, filiale de Vinci, 5 %). Le coût initial du projet s’établit à 561 millions d’€, l’investissement en lui même s’élevant à 446 millions d’€ uniquement pour les nouvelles installations aéroportuaires. Sur ce total, AGO supportera 315 millions d’€, 130 millions d’€ seront financés par l’État (dont la tour de contrôle) et 115,5 millions d’€ pour les collectivités locales (englobant le rachat des terrains et les infrastructures routières d’accès au nouvel aéroport). Mais le financement est en réalité majoritairement public (46 % annoncés mais 52 % si on retire les frais de montage financier de la part de Vinci), de plus VINCI finance sa quote part principalement par l’emprunt et les revenus des concessions des aéroports existant de de Nantes et Saint-Nazaire. Pas mal pour une infrastructure « privée »…
Le contrat de concession prévoit que les terrains préemptés et rachetés par le Conseil Général depuis plus de 40 ans seront mis à disposition d’AGO contre une redevance annuelle sur le chiffre d’affaires annuel de 8,5 % à partir de la mise en service de NDDL. Le concessionnaire versera aussi une redevance domaniale de 6 € par hectare concédé + une part variable allant de 0,10 à 0,25 % des recettes tirés de l’occupation du domaine concédé. Mais ces reversements aux collectivités locales, qui ne viendraient que rembourser leurs participations à l’investissement, sont conditionnés à l’existence de bénéfices (clause de retour à meilleure fortune) qui restent très hypothétiques tant le « business model » de NDDL a été surévalué. En effet, la valorisation des « gains économiques » engendrés par la nouvelle structure comparée à l’ancienne sont très contestés. De plus, certains artifices comptables permettent aisément de présenter des bilans comptables déficitaires… sans parler d’optimisations en tous genres. Bref Vinci n’investit quasiment aucun fond propre, le montage financier de l’opération repose principalement sur l’argent public avec de très maigres chances d’un retour financier positif pour les finances publiques. Par contre le montage financier prévoit une rémunération des actionnaires de Vinci à 12% !

 

De nombreuses questions en suspens sur les coûts et le financement du projet

 

La desserte ferroviaire du projet NDDL est souvent évoquée mais aujourd’hui il n’y a aucune réserve financière pour un tel projet. Or la cohérence d’ensemble du projet NDDL voudrait que soit construite une liaison ferroviaire entre Rennes et Nantes, passant par NDDL. Cela alourdirait considérablement la facture globale du projet, de plusieurs centaines de millions d’€.
Autre question, en cas de transfert à NDDL, il faudra néanmoins maintenir une piste à Nantes Atlantique pour l’activité d’Airbus. Qui prendra en charge les frais de fonctionnement ?
Et bien sûr, l’expérience montre que la maîtrise des dépenses sur les grandes infrastructures n’est jamais au rendez vous, alors qui paiera l’addition si la facture finale de NDDL est multipliée par 2 ou par 3 (la moyenne européenne est de 40 % de dépassement), Vinci ou l’argent public ou les usagers ?

Et si NDDL ne se faisait pas, qui paierait ?

Le contrat de concession évoque une éventuelle rupture. Il y est stipulé que Vinci devra être remboursé pour l’intégralité du préjudice, soit les sommes engagées, les frais d’avocats, de procédure, (estimation basse, entre 30 et 60 millions d’€), en tenant compte de la notion de « frais raisonnables et justifiés ». Le maintien de l’aéroport actuel, même accompagné d’investissements nécessaires et urgents de rénovation, serait sans doute un moindre mal pour les finances publiques. La fourchette des travaux oscillerait entre 192 millions et 825 millions d’€ selon les scénarii, et surtout selon l’accroissement ou non du nombre de passagers.

Ce projet engage lourdement les finances publiques, dans un contexte de restrictions budgétaires importantes, ce qui ne manquera pas d’obérer d’autres projets publics d’investissements, notamment en termes d’infrastructures. De plus, l’argent public est investi sans espoir réel d’un retour direct dans les caisses de l’État ou des collectivités, et donc au seul bénéfice de Vinci par l’intermédiaire d’AGO.

Infrastructures et transports répondent ils aux besoins ?

L’approche CGT sur les infrastructures s’appuie sur la réponse aux besoins de déplacements des populations, sur une maîtrise publique des transports et s’articule autour de 4 niveaux de réflexions:
• Une politique de complémentarité des modes de transports (multimodale) et des infrastructures.
• Une maîtrise publique totale de ces infrastructures pour garantir cette complémentarité en faveur de l’aménagement du territoire et éviter une mise en concurrence incompatible avec les obligations de développement durable.
• Une gestion publique en rupture avec le modèle actuel de socialisation des dépenses/pertes et une privatisation des bénéfices. Les montages financiers du type PPP « partenariats-publics-privés » assurent principalement les revenus pour le privé et font supporter les pertes au public (Ecomouv, MMA Arena Le Mans).
• Un financement qui repose sur une fiscalité juste, sur des contributions de ceux qui, réellement, profitent financièrement du transport, sur des emprunts et fonds d’investissements du type « grands travaux ».
Le projet de transfert de l’aéroport répond-il aux besoins de transport collectifs de notre territoire (bassin de vie, département, région) ?
L’absence d’engagement de création d’infrastructures ferroviaires dans les documents du projet de Notre Dame des landes ne répond pas à un fonctionnement multimodal de transport correspondant aux besoins de la population. Cette absence marque un désaccord profond de la CGT avec le projet financier présenté, estimé sans le ferroviaire à 561millions d’€ en 2013.
En effet, la place du tout routier est assurée alors qu’il faudrait ajouter le coût de réalisation de plusieurs milliards d’euros pour un accès au réseau ferré national ainsi qu’un accès péri urbain ferroviaire vers Nantes. Ce qui change fondamentalement l’enjeu financier.
Les différents scénarii présentés par RFF (Réseau Ferré de France) en septembre 2014, dans le cadre du débat public sur la création de Liaisons Nouvelles Ouest Bretagne Pays de Loire (LNOBPL) à l’horizon 2030, viennent confirmer qu’une ligne nouvelle entre Nantes et Rennes desservant un hypothétique aéroport pourrait voir le jour.
Le cout exprimé dans une expertise indépendante de novembre 2014 peut aller de 1 milliard à 1,8 milliard pour ce trajet en passant par Redon selon les variantes. Indépendamment du projet NDDL, la CGT porte des propositions dans un cahier d’acteur présenté pendant les 4 mois du débat public visant l’amélioration de l’axe Nantes Rennes y compris en passant par Châteaubriant. (en savoir plus : http://www. lacgt44.fr /spip.php?article606)
Le projet est-il porteur de développement social des personnels de l’aérien ou répond-il aux intérêts financiers ?
Ce qui rapporte reviendrait à VINCI (construction, gestion parking) et ce qui coute serait supporté par les collectivités territoriales (ferroviaire, etc.).
Le transport aérien subit depuis plusieurs années déjà une révolution de son modèle économique au détriment des intérêts des salariés. Sous le prétexte de la démocratisation de ce mode de transport se cache en réalité une offensive sans précédent qui sert de boussole à de nombreux secteurs.
Les entreprises dites « historiques », confrontées à des distorsions de concurrence et poussées par l’appétit de leurs actionnaires, avec la bienveillance de l’Etat dans le cas d’Air France ou d’Aéroports de Paris(ADP), transforment leur propre modèle économique pour officiellement faire face à cette concurrence en taillant allègrement dans les acquis sociaux.
Les conditions sociales sont mises à mal à travers des plans à l’image de TRANSFORM 2015 à Air France ou CIEL UNIQUE pour les aiguilleurs du ciel européen.
Dans le cadre de la réponse aux besoins de déplacements, la CGT propose de construire un nouveau modèle durable dans le transport aérien, ce qui suppose plusieurs évolutions dont l’arrêt des subventions publiques aux Low Cost, une réglementation qui mette les salariés à l’abri des stratégies financières des compagnies, un Etat stratège en France qui, dans le cadre d’une politique de complémentarité des modes de transports, reprenne la main sur cette activité.
En ce sens, la fédération CGT des transports revendique par exemple une nouvelle nationalisation d’Air France.
Une politique nationale des transports doit assurer un aménagement du territoire et un développement économique équilibrés et répondre aux besoins de tous ordres. Elle doit être pensée en cohérence avec la politique industrielle, l’emploi, le cadre de vie et l’urbanisme.
Cela suppose :
• un développement des transports collectifs sur tout le territoire en déterminant au cas par cas le mode le plus pertinent, notamment en ce qui concerne les critères de développement durable ;
• une amélioration de la qualité des services et une politique tarifaire qui rende l’ensemble des transports accessible à toutes et à tous ;
• la création d’un pôle public de transport englobant l’ensemble des opérateurs de transports publics ;
• la maîtrise publique de l’organisation des lignes aériennes sur le territoire national.
Enfin, la CGT revendique la création d’un pôle public financier en capacité de développer les projets structurants et répondant aux besoins des populations. Ce pôle financier public reposerait sur la mise en réseau d’un ensemble d’institutions financières de statut public et semi-public exerçant des missions d’intérêt général.

 

 

Comparatif
Projet NDDL

 

1/ DIMENSIONNEMENT
Aérogare : dimensionnement inférieur à Nantes Atlantique
Capacité : le projet initial prévoyait beaucoup plus de parkings avions qu’a NA. Celui, revu à la baisse n’en prévoit plus que 22 comme à Nantes Atlantique. Où est le grand projet permettant plus de mouvements d’avions ? Le scénario du développement des gros porteurs est contredit par les commandes des compagnies au niveau mondial (A350, plutôt qu’A380). C’est donc bien par une hausse des mouvements que le trafic augmentera. Deux pistes à axes sécants (similaire à l’aéroport d’Orly) qui permettent des décollages et atterrissages un peu plus séquencés et dans le sens du vent, n’offre pas une révolution et a surtout l’intérêt de ne pas survoler trop d’espaces urbanisés…pour le moment. De plus, la réduction des taxiways initialement prévus aura des conséquences sur le rythmes des mouvements et donc des capacités de l’équipement.
Stationnements automobiles : Avec le choix d’une construction « à plat » (et non en sillo) le risque d’un agrandissement des surfaces de parkings est réel d’autant que les parkings sont un élément de rentabilité très important. En outre, a CGT craint de voir le concessionnaire Vinci séparer l’activité stationnement de celle de l’exploitation de l’aéroport via une filiale. Ainsi la rentabilité de l’aéroport serait fortement minorée ouvrant droit à des compensations comme prévu dans le contrat de concession.
2/SECURITE:
L’installation de deux ILS * serait un plus incontestable pour les approches quelles que soient les conditions météorologiques. C’est, pour la CGT, l’élément le plus légitime du projet. Le positionnement à 27 kms de Nantes est aussi de nature à limiter les risques pour les populations. Enfin, la tour de contrôle moderne joue en faveur du projet (car les équipements sur N-A n’ont pas été modernisés). Mais d’autres éléments n’ont pas été pris en compte : l’approvisionnement en carburant se fait par la seule voie d’accès prévue. Le risque d’accident d’une citerne au milieu des passagers en accès sur une route sans échappatoire est posé. Il aurait été plus simple de se connecter au pipeline reliant Donges qui passe relativement près.
3/ACCCES à L’AEROPORT:
Un des gros points noirs du projet : les liaisons multimodales oublient le rail et favorisent le routier et les parkings, même si les déclarations politiques envisagent des liaisons tram train et TGV mais sans garantie financière.
4/EMPLOI
La réalisation de l’aéroport du Grand Ouest devrait générer 5,4 millions d’heures de travail, dont : 4,5 millions d’heures pour la plate-forme aéroportuaire, 700 000 heures pour la desserte routière, 200 000 heures pour la tour de contrôle. Sont aussi prévues, près de 150 000 heures consacrées à l’insertion, 4% des effectifs répondant au dispositif d’alternance pour la partie exploitation de l’aéroport du Grand Ouest. 2 500 emplois sur site sont estimés avec un trafic de 4,5 millions de passagers à horizon 2020 pour l’exploitation de NDDL, contre 2000 emplois à l’heure actuelle pour 4 millions de passagers en 2014 à Nantes Atlantique : il s’agit donc essentiellement d’un transfert de salariés et non de créations d’emplois.
Ensuite, les porteurs du projet annoncent près de 1 000 emplois supplémentaires à NDDL à horizon 2025 par rapport à 2012 dans l’hypothèse d’une hausse du trafic.
A Nantes Atlantique, ce sont 5000 emplois qui pourraient être accueillis à l’IRT Jules Verne, sans compter le pole composite.
Un pôle de sous-traitance de rang 1 verrait le jour autour d’Airbus grâce au foncier dégagé par le transfert, avec comme argument pour Airbus, la réduction des coûts de transports avec ses sous-traitants.
A contrario, le transfert induirait la délocalisation ou suppression de plusieurs centaines d’emplois agricoles directs et induits. Enfin les salariés de Nantes atlantique verraient se dégrader leur temps et coût de transports pour se rendre sur leur nouveau lieu de travail
Cependant la CGT ne peut se contenter de chiffres et de promesses. Il est nécessaire d’obtenir des garanties pour les emplois actuels sur l’aéroport Nantes Atlantique en cas de transfert. De même les conditions sociales sur un chantier de ce type font craindre des « montages exotiques » où les sous-traitants embauchant travailleurs détachés, pourront profiter de l’aubaine de législations défavorables aux salariés. (Exemple du chantier de l’EPR à Flammanville). Nos revendications sur cet aspect ont été portées publiquement auprès des pouvoirs publics (CHSCT de site, présence sur site…).

5/ENVIRONNEMENT
Le projet va détruire de vastes zones humides qui jouent un rôle important dans la régulation et l’épuration des eaux à l’heure des épisodes d’inondation à répétition. Les compensations prévues dans le projet ne visent qu’à contourner les directives européennes sans répondre aux enjeux environnementaux.
L’approvisionnement en eau d’un vaste secteur du nord ouest de la Loire atlantique est aussi un enjeu majeur : les effets du changement climatique global ne doivent pas être accentués par la destruction des ressources de qualité là où elles existent.

La plate-forme aéroportuaire Nantes Atlantique

 

1/DIMENSIONNEMENT
Une piste de 2900 m qui autorise de 35 à 50 mouvements d’avions par heure par beau temps. La moyenne d’utilisation aujourd’hui étant de 120 par jour.
22 parkings avions.
5000 places de parking voitures.
Le dimensionnement de l’aéroport Nantes Atlantique semble correspondre aux besoins de trafic actuel. Preuve en est que le dimensionnement prévu sur NDDL est plus petit pour la mise en service. Des possibilités d’extension de l’aérogare sur l’emplacement de l’actuel aéroclub et des parkings en silo ou au nord de la piste sont envisageables.

2/ SECURITE
ILS : pas de système d’atterrissage tous temps hormis sur la piste 3 lors de l’atterrissage par le nord/est.

Radar : absence de radar local (le plus proche étant à Brest, cela pose des problèmes de fiabilité et de délai).

Survol de la ville : les zones de concentration de population sont en théorie interdites de survol à basse altitude (> 1700m). L’axe d’arrivée se retrouve donc décalé de 13° par rapport à la piste et au décollage, cela implique un virage immédiat en piste 3. Les dangers sont essentiellement liés à l’absence d’échappatoire en cas de panne totale moteur.

Survol du lac de Grand Lieu
Le péril animalier (aviaire) représente 15% des incidents

La CGT a voulu analyser la faisabilité d’une piste remodelée à Nantes atlantique, piste évoquée par certains pour répondre aux évolutions du trafic,
Piste transversale (Nord/ouest- sud/est) en forme de T décalé vers le seuil 03 (plus près du lac que de la ville Nantes)
Avantages : survol de zones habitées moins denses. Dégagement rapide taxiway (bretelles de dégagement de la piste qui seraient arrondies au lieu de perpendiculaires). Cela permettra d’augmenter la fréquence d’atterrissage (fluidité des mouvements). Piste plus plate et plus horizontale, renforcement pour les gros porteurs (ex. : A380)
Inconvénients : pour une piste de 3 kms, une surface de foncier de 4.5 kms de long sur 500m de large est nécessaire au minimum. Cela peut impliquer des terrains déjà bâtis et/ou en zone humide. Ces travaux d’aménagement d’interrompraient l’exploitation commerciale pendant plusieurs mois, les vols pouvant être reportés sur les aéroports voisins (Angers, Rennes…).
De toute évidence aucune enquête publique ne pourrait entériner le survol de zones épargnées jusqu’alors dans l’agglo, surtout que les mesures compensatoires du plan d’exposition au bruit (PEB) sont closes pour Nantes atlantique (isolation des habitations notamment)
Enfin, on peut raisonnablement penser que des associations de riverains ou environnementales verraient d’un très mauvais œil la création d’une autre piste, et engageraient des procédures comme c’est le cas à NDDL.

3/ACCES
L’aéroport Nantes Atlantique est relativement accessible depuis le centre-ville et l’extérieur (périphérique, tramway, navette). Cet accès pourrait être largement renforcé par l’amélioration et/ou l’extension d’infrastructures déjà existantes : prolongement du tram ligne 2, réhabilitation de l’ancienne voie ferrée près de l’aérogare…

4/ EMPLOI
Le déséquilibre entre le Nord et le Sud de l’agglomération nantaise est significatif. Sur les quelques 310 000 emplois de l’agglo, les 2 tiers se situent au Nord Loire, avec des déplacements de milliers de véhicules par jour. A ce jour environ 80 entreprises travaillent directement ou indirectement pour la plate-forme aéroportuaire. Cela représente 2000 salariés environ. Leur transfert serait induit par le transfert d’aéroport et contribuerait à approfondir le déséquilibre géographique existant. Parallèlement, à ce jour, aucune compensation (mobilité, logement…) n’est prévue pour les salariés dont l’emploi serait transféré. Aujourd’hui, quasiment 80% des salariés habitent en sud Loire. Un transfert obligerait à passer la Loire et à ajouter 50 kms de trajet. In fine l’obligation d’un déménagement compromettrait les conditions de vie et donc la possibilité d’un transfert pour de nombreux salariés.

A l’avenir, en cas de maintien de Nantes Atlantique, comme pour NNDL, des créations d’emploi seraient possibles dans l’hypothèse de l’accroissement du trafic. Le site d’Airbus Bouguenais, qui compte plus de 2000 salariés, serait fragilisé si la piste n’était pas maintenue, ce qui n’est actuellement pas à l’ordre du jour. Néanmoins, il reste la question du financement de ce maintien, qui n’est aujourd’hui pas réglé !

5/ENVIRONNEMENT
Lac de grand lieu, zone Natura 2000 :L’aéroport ne menace néanmoins pas le lac (selon le chercheur au CNRS et ancien directeur de la réserve Naturelle de Grand lieu, Loïc MARION).
Plan d’exposition au bruit (PEB) : le dispositif de mise en place de mesures compensatoires prévues dans le PEB autour de Nantes-Atlantique est finalisé. Cela permet aux habitants dans le cône d’approche et de décollage de bénéficier d’aménagements subventionnés pour lutter contre les nuisances sonores. L’investissement conséquent réalisé serait à reproduire dans le cas d’un transfert même si, dans un premier, temps les zones habitées survolées seraient plus restreintes.
Questions et revendications :
Quel est exactement le « projet aéronautique » : est-ce qu’il s’agit de regrouper des aéroports existants et donc d’en fermer certains pour recentrer le trafic sur NDDL ? Est-ce qu’il s’agit de spécialiser les aéroports ? (entre trafic international, charters, low-cost, fret aérien …) ? Ces questions doivent trouver réponse. En attendant, et quelle que soit la conclusion du dossier, la CGT revendique

  • Création d’un CHSCT de site (à N-A et NDDL le cas échéant)
  • Création d’emplois de qualité (et imposer le droit français si le chantier NDDL se concrétise pour lutter contre le dumping social)
  • Mise à disposition d’un Local syndical interprofessionnel pour le syndicat de site AGO (à N-A ou NDDL) : Vinci ne reconnaît pas la CGT sur la plate-forme actuelle
  • Prise en compte dans le chiffrage de NDDL du coût des éventuels licenciements, des prises en charges liées à la mobilité professionnelle, …)
  • Prise en compte des problèmes pour les salariés et leur famille en termes de logements, écoles, (infrastructures qui ne seront pas ou peu présentes au départ sur NDDL)
  • Idem pour le problème en terme de logement : l’achat et vente (vente aux salariés habitant sur le sud moins cher voire à perte et essayer de racheter un bien qui sera plus cher du fait que l’offre sera inférieure à la demande. Et donc endettement, ….)
  • Garantie d’effectifs pour la navigation aérienne (contrôle et maintenance) mais aussi pour certification / vérification des avions et des équipages et des météorologues sur place
  • Mise en place sans délai d’équipements techniques correctement dimensionnés (ILS, satellite, radar…) car la sécurité ne peut attendre.
  • Rénovation des équipements vétustes à Nantes atlantique sans délai (aérogare, tour de contrôle)
  • En cas de transfert, maintien d’une piste spécialisée à vocation industrielle avec les financements suffisants pour garantir la sécurité de l’outil, financements supportés majoritairement par les utilisateurs.
    Au regard des éléments et analyses contenus dans ce dossier, le maintien de l’aéroport sur le site actuel avec toutes les améliorations nécessaires en terme de sécurité, de condition de travail, d’accès et d’usage, présente davantage d’atouts que la construction d’un nouvel aéroport sur le site de NDDL.
    Les arguments contenus dans ce document d’analyses, d’interrogations et de propositions servent de points d’appui aux militants et mandatés par les structures interprofessionnelles.