Mois: décembre 2014

Négociation seuils sociaux : une contribution de Sud commerces et services

La négociation sur les seuils sociaux, commencée cet automne 2014 sur injonction gouvernementale à la suite de la Conférence sociale de juillet dernier, provoque de gros débats. Comme d’habitude, le MEDEF commence par des provocations : fin de la hiérarchie des normes sociales par la mise en place d’un « conseil d’entreprise » (belle formule à l’allemande!) regroupant toutes les Institutions représentatives du personnel (IRP) par « simplification« , et produisant son propre agenda social dérogatoire à la loi.

Les négociateurs sont sensés aussi déterminer des modalités de représentation des salariés dans les très petites entreprises (TPE) de 1 à 10 salariés, ce dont les petits patrons ne veulent pas entendre parler.  Parmi les syndicats de salariés, le débat est également agité, au fur et à mesure que la négociation approche de sa phase conclusive. Les négociateurs CGT sont soupçonnés de mettre en cause les repères revendicatifs confédéraux dans les entreprises de 1 à 10 salariés (nous y reviendrons). La CFDT semble admettre un compromis sur le « conseil d’entreprise« .

Nous publions ci-après une contribution de Laurent Dégousée de la fédération SUD Commerces et services (l’Union syndicale Solidaires est exclue de la négociation), parue dans la revue Les cahiers d’Alter, « revue bimensuelle de décryptage de l’actualité juridique, économique, syndicale et de sociale« , qui travaille en lien avec le Centre d’études et de formation interprofessionnelle (CEFI) de l’Union syndicale Solidaires.

Les Cahiers d’Alter : http://www.lescahiersdalter.fr

Le CEFI : formationsynd@solidaires.fr

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Cliquez ici pour le lien (et les tableaux) : .lcda72_dossier

Ça passe ou ça casse

lundi 1er décembre 2014

Les vives tensions émaillant les négociations qui se déroulent actuellement sur les seuils sociaux et la représentation du personnel dans les entreprises sont à la hauteur des enjeux pour chaque partie. Une chose est certaine, il y aura du changement. C’est le moment de passer en revue les différentes propositions et de rappeler celles de Solidaires. Une contribution de Laurent Degousée, co-délégué de la fédération SUD Commerces et Services-Solidaires.

La négociation interprofessionnelle sur ces thèmes, entre organisations patronales et syndicales représentatives au plan national, initiée en octobre dernier et censée se terminer ce mois-ci, arrive à son tournant.
Revue de détail des propositions sur la table ainsi que d’autres, dont certaines portées par l’Union Syndicale Solidaires qui n’est pas partie prenante à la négociation, pour contribuer (modestement) à la conception de ce que pourrait être une représentation du personnel universelle, progressiste et de proximité.

Dans les entreprises de moins de 11 salariés

Le patronat refuse en bloc toute forme de représentation dans ces sociétés qui regroupent pourtant 20 % du salariat du secteur privé ; les syndicats sont eux unanimement pour.
Pourquoi les conseiller-e-s du salarié, qui ont fait leurs preuves depuis leur création en 1989, ne seraient-ils-elles pas désigné-e-s sur la base des résultats de l’élection TPE prévue en 2017 ? Issus en priorité de ces entreprises, ils se verraient tous doter d’heures de délégation, aurait des prérogatives élargies à celle de pouvoir assister le salarié à tout entretien disciplinaire et plus seulement en cas de rupture, ainsi que mettre en œuvre le droit d’alerte, le tout afin d’assurer le respect effectif du droit du travail là où il est le plus souvent appliqué au rabais. Leur champ d’action serait également élargi aux salarié-e-s du particulier employeur (plus d’un million qui travaillent, pour une écrasante majorité, hors cadre collectif), l’entretien de rupture se déroulant au domicile de l’employeur et, en cas de refus de ce dernier, à la mairie de son domicile.

Dans les entreprises de 11 à 49 salariés

Au prétexte que 66 % d’entre elles en sont dépourvues, le patronat veut en finir avec la cheville ouvrière du syndicalisme que sont les Délégués du Personnel, un acquis de 1936. La CGT elle est prête à les envisager en option et la CFDT à les faire disparaître et ce en échange d’une représentation dès le premier salarié.
Or les nombreux procès-verbaux de carence ne sont pas tant la marque d’un dialogue social « naturel » propre à ces sociétés mais s’expliquent avant tout par les manœuvres mises en œuvre par les employeurs pour ne pas mettre en place de Délégués.

Solidaires se prononce pour le maintien de cette instance car l’action syndicale, placée sous le contrôle direct des travailleur-euse-s, sera toujours plus efficace au quotidien que hors les murs de l’entreprise.

Dans les entreprises de plus de 50 salariés

Le MEDEF propose la mise en place d’une instance unique dès 11 salariés qui regrouperait les délégué-e-s élu-e-s ainsi que mandaté-e-s ; la CFDT est prête à ouvrir cette possibilité par voie d’accord majoritaire. Il serait également permis de négocier directement avec ce conseil d’entreprise dans celles de moins de 50 (il y a cependant unanimité syndicale en faveur du maintien du monopole en matière de négociation collective).
Devant sa montée en puissance, beaucoup rêve de renvoyer le Comité d’Hygiène et de Sécurité des Conditions de Travail au rang de simple commission du Comité d’Entreprise, ce qui était le cas avant 1982.
Force est de constater le peu de succès de la Délégation Unique du Personnel, instaurée en 1993, qui n’existe que dans un tiers des entreprises concernées.

Solidaires exige le maintien d’instances distinctes, y compris du fait que le nombre de sièges limite le cumul des mandats et permet d’assurer le pluralisme syndical.
Au contraire, le CHSCT doit voir sa légitimité renforcée via son élection directe ; il sera conféré au Représentant Syndical au CHSCT le statut de salarié-e protégé-e, qui sera aussi doté d’heures de délégation à l’instar des élus.
Chaque Comité d’Entreprise doit obligatoirement avoir un budget pour les Activités Sociales et Culturelles ; la possibilité doit être donnée de verser le reliquat du budget de fonctionnement sur ce dernier.
Le personnel des entreprises sous-traitantes (c’est le cas pour 80 % des sociétés) dont l’effectif est inférieur à 50 doit aussi pouvoir participer à l’élection du CE de la société de son principal donneur d’ordre et être couvert par les prérogatives sociales et économiques de ce dernier.
Sur les sujets intéressants ces deux instances, il pourra être organisé, pour une meilleure synergie, une information-consultation commune, chaque instance conservant ses possibilités d’expertise et de recours en justice.
Le droit aux expertises sera lui rétabli dans sa version antérieure à la loi du 14 juin 2013 dite de « sécurisation de l’emploi » et leur financement restera intégralement à la charge de l’entreprise, contrairement à la conception défendue par les patrons à la négociation.
Dans le champ de leurs prérogatives, CE, CHSCT et syndicats (pour ces derniers, selon la règle de l’accord majoritaire) se verraient doter d’un droit de veto : l’employeur sera alors contraint de saisir le TGI qui se prononcera sur le bien-fondé de la mesure envisagée par ce dernier.

Assurer l’effectivité de l’exercice du droit syndical

Le MEDEF veut ajouter comme condition de désignation du Délégué Syndical son élection dans une instance.
Le Représentant de Section Syndicale, qui exerce les mêmes missions que le Délégué Syndical à l’exception de celle de négocier, aura autant d’heures de délégation que le DS car comment prétendre exercer ce mandat avec seulement 4 h de délégation, que l’on soit dans une entreprise de 50 comme de 20.000 salariés ? Et, par homogénéité, le mandat de RSS Central sera mis en place dans les entreprises à établissements multiples.

Face à la répression antisyndicale trop souvent répandue, la règle couperet empêchant la redésignation du même RSS en cas d’absence d’acquisition de la représentativité sera abrogée et le choix du DS doit revenir à l’organisation syndicale, indépendamment de la participation ou pas de ce dernier aux élections.
La première façon de valoriser l’expérience syndicale serait d’abord de permettre pleinement la poursuite d’une activité professionnelle tout en remplissant son mandat : cela peut passer par le remplacement du délégué lors de ses absences pour réunions et délégation.
Enfin, la sanction pénale liée au délit d’entrave, que le gouvernement veut supprimer pour le remplacer par un renchérissement des amendes, doit être maintenue car sinon violer les prérogatives d’une instance ou d’un délégué ne sera qu’une question de coût.

Pour la reconnaissance du fait syndical et de son caractère interprofessionnel

Face aux montages plus ou moins sophistiqués mis en place par les patrons pour échapper à la mise en place des instances représentatives du personnel, la reconnaissance de l’UES doit être possible via la voie administrative tout comme l’intégration des franchises dans les instances représentatives du personnel des sociétés ou enseignes donneuses d’ordre. Il convient de clarifier la situation des locaux syndicaux mis à disposition par les collectivités locales.
Face à la barbarie capitaliste mondialisée et à la guerre sociale menée contre les salarié-e-s, il faut un syndicalisme puissant, par et pour les travailleurs, qui fait preuve de son efficacité pour les petites comme pour les grandes choses et véritablement interprofessionnel. Maintenant, ne rêvons pas : ces mandats sont les fruits de périodes où le rapport de force, sur le plan social et/ou politique, est favorable au monde du travail donc ne nous lamentons pas, organisons-nous !

***

Une négociation difficile

Après l’annulation par le MEDEF de la troisième séance de négociation le 13 novembre dernier, date où la CGT avait sorti de son chapeau des propositions pour le moins déroutantes (cf. Cahiers n°71), une nouvelle réunion a eu lieu le 21 novembre, au cours de laquelle le MEDEF a présenté une copie certes un peu moins provocatrice, mais loin de faire l’unanimité, y compris du côté de la CGPME et de l’UPA.
La principale pierre d’achoppement reste la représentation du personnel dans les entreprises de moins de 11 salarié-e-s, que Gattaz entend purement et simplement supprimer, ainsi que le pouvoir de négociation des délégués syndicaux.
Sachant que le gouvernement met la pression pour qu’un accord soit trouvé avant la fin de l’année afin de l’inclure dans le projet de loi Macron, le calendrier devient serré et devrait être jalonné de 2 autres séances les 11 et 18 décembre, voire une prolongation le 19. Les syndicats ont cependant indiqué ne pas être pressés et ne pas vouloir un accord à n’importe quel prix. Espérons que ce prix ne sera pas trop élevé pour les travailleur-euse-s. Si accord il y a, il fera bien entendu l’objet d’un examen par la rédaction des Cahiers.

Laurent Dégousée

Encore sur le livre Syndicalisme : cinq défis à relever, unissons-nous!

Nous avions commenté le livre coordonné par Jean-Claude Branchereau et Patrick Brody : Syndicalisme, cinq défis à relever Unissons-nous! Nous publions ici le commentaire de Didier Epsztajn, paru sur le blog : entreleslignesentrelesmots.wordpress.com

 

 

 

Le syndicalisme n’a pas à s’auto-limiter dans son projet

couvCet ouvrage collectif, coordonné par Jean-Claude Branchereau et Patrick Brody, avec la participation de Michel Angot, Gérard Billon, Alain Bonnet, Antoine Cathelineau, Gilles Desseigne, Elisabeth Labaye, Hervé le Fiblec, Thomas Petit, Jean-Marie Roux. Joel Le Coq, Pierre Héritier, Gérard Aschieri, Christophe Delecourt, Jean Dunois est divisé en deux parties. La première est consacrée aux « Cinq défis à relever » : revendicatif, unité, démocratie, indépendance, avenir ; la seconde regroupant des contributions plus individuelles.

J’indique que manque, à ce collectif, des syndicalistes de Solidaires et de Force Ouvrière et qu’une seule femme y contribue. Ces deux éléments expliquent probablement, en partie, des « creux » dans les analyses.

Le syndicalisme est un outil d’organisation permanent de toutes et tous les salarié-e-s. Il « répond » à la situation de subordination engendré dans/par le rapport salarial. J’indique, sans m’y étendre, que les formes de ce rapport salarial de même que celles empruntées par le syndicalisme ne sauraient être abordées hors de la construction des institutions étatiques, du marché du travail, des protections de « la liberté d’entreprise » et des droits obtenus par les luttes sociales et politiques..

Par ailleurs, le rapport salarial ne peut être approché hors de l’analyse de l’ensemble des rapports sociaux dans et hors du travail salarié (rapports sociaux de genre, travail domestique assigné aux unes, racialisation et stigmatisation des un-e-s et invisibilisation des pratiques des communautés majoritaires des autres, préférence nationale dominante dans la fonction publique, etc.)…

Qui dit rapport salarial dit aussi travail. Le travail concret et le travail comme rapport social. Et quitte à me répéter, sauf à négliger les conditions réelles des femmes, le travail salarié ne peut-être abordé en abstraction du travail domestique (Voir, par exemple Danielle Kergoat : Se battre disent-elles…, Travailleuse n’est pas le féminin de travailleur).

La même démarche s’impose pour les travailleurs et les travailleuses « immigré-e-s ». Les dimensions de stigmatisation/domination en tant immigré-e-s (ou considéré-e-s en tant que tel-les) ne sont pas neutres dans le rapport salarial. La situation est encore plus « tendue » pour les travailleurs et travailleuses sans-papier-e-s.

Plus généralement le travail doit être questionné, non seulement dans son organisation, mais aussi dans ses dimensions d’exploitation et de libération, « Travailler la question du travail » comme l’écrit un des contributeurs.

J’en reviens aux deux termes : la « permanence » de l’organisation des salarié-e-s, au delà des temporalités d’engagement individuel, des actions ou des situations ; la « totalité » car la fonction même du syndicalisme est de « représenter »/organiser l’ensemble des salarié-e-s. Ou, pour le dire autrement, le syndicalisme est une des formes d’auto-organisation des salarié-es pour défendre leurs intérêts individuels et collectifs et pour modifier le rapport salarial lui-même. Le syndicalisme pour faire sens doit donc entreprendre le présent et le futur, poser les questions de l’émancipation, des émancipations, « une vocation de transformation sociale et de défense quotidienne des salarié·». Ce qui implique, entre autres, de débattre et d’agir, au présent, dans le domaine de l’appropriation sociale.

Je n’aborde que certains points du livre.

La conception de la finance développée par les auteur-e-s sous-estime la fonctionnalité de celle-ci dans la valorisation et l’accumulation du capital (Voir par exemple, sur ce sujet : Michel Husson : Un pur capitalisme, la-crise-est-certaine-mais-la-catastrophe-ne-lest-pas/). La « financiarisation néolibérale » est une forme historique du mode de production capitaliste. Cela n’enlève rien à la nécessité que les actionnaires doivent rendre compte « Les détenteurs de capitaux doivent avoir, pour le moins, des obligations vis-à-vis des entreprises et groupes industriels ». Ni au fait que l’organisation des groupes implique de « développer des stratégies syndicales de groupes », groupe pris au sens le plus large, incluant les chaines de sous-traitants ou les organisations commerciales.

Les auteur-e-s soulignent la chaine « revendiquer, résister, proposer, agir, négocier », discutent de la place des revendications, de l’existence de compromis, des pratiques syndicales, « faire confiance aux salarié·s qui sont les experts de leur travail ».

Elle et ils développent sur l’unité nécessaire du mouvement syndical. Unité qui ne saurait se limiter à la conjonction de forces syndicales, divisées organiquement, ni à au mouvement syndical au sens strict, « Ainsi, construire des collectifs dans un cadre local, d’entreprise, sectoriel ou national intégrant syndicats et associations peut permettre de faire avancer des objectifs concrets locaux ou nationaux, accessibles à la compréhension du plus grand nombre. C’est un moyen de construire l’unité ». Construire l’unité en permanence nécessite à la fois de prendre en compte les divisons sociales et les dominations internes au salariat (voir plus haut), les orientations divergentes (la démocratie relève de la dispute et non du consensus), les temporalités en tension et les intérêts matériels contradictoires… Les exemples de Clip P dans le commerce, du collectif pour un pôle financier public, du collectif « pas de bébé à la consigne » sont révélateurs des possibles unitaires.

Unifier exige aussi de définir des formes d’organisation adéquates, un fédéralisme rénové et raisonnable (j’y reviendrai).

La question de la démocratie « ouvrière » et syndicale est donc centrale tant dans la « reconstruction du mouvement syndical » que dans son unification, que dans la capacité de mobilisation des salarié-e-s. Il convient donc de traiter cette double dimension de la démocratie.

Pour ce qu’il en est de la démocratie syndicale dont parlent les auteur-e-s, « La démocratie syndicale doit donner le pouvoir à un collectif dans lequel chacun·e exerce de façon éclairée son pouvoir d’appréciation et de décision », elle ne peut qu’être organisée, en garantissant à chaque collectif son « pouvoir d’appréciation et de décision », Ce qui pose le problème d’un fédéralisme rénové et raisonnable qui ne saurait être limité par la phrase très discutable « de discipline dans l’application des décisions ». Ce nouveau fédéralisme à construire ne résoudra pas toutes les tensions et les contradictions générées par les rapports sociaux, mais peut-être un gage de processus de démocratisation des décisions et des actions…

Et démocratie « ouvrière » car « les salarié·es se prononcent en dernier lieu ».

Se pose la question des formes d’organisations syndicales adéquates tant à cette dimension qu’aux cadres imposés par la structuration réelle du pouvoir dans les entreprises. Je rappelle que le mouvement syndical reste structuré en syndicat de métier, en syndicat d’entreprise, en syndicat de site, etc. Des débats incontournables…

Les auteur-e-s parlent de « subordination au politique, à l’Etat, à une Eglise », de « garder la maîtrise de sa réflexion et de son action ». Curieusement l’indépendance par rapport au patronat, à l’organisation des entreprises n’est pas soulevé, ni celui du patriotisme d’entreprise, ni celui de la préférence nationale (comme dans la fonction publique), ni de l’alignement de certain-e-s avec leur patronat dans la concurrence inter-entreprise… Comme écrit dans une contribution de la seconde partie du livre « C’est l’esprit initial du syndicalisme qui voulait qu’un syndicat défende tous les travailleurs et pas seulement ceux d’une entreprise ou d’un pays ».

Syndicalisme et politique, Charte d’Amiens, les débats méritent d’être approfondis. Si les retours sur l’histoire sont nécessaires, des apports du syndicalisme révolutionnaire, du mouvement féministe ou de l’histoire anti-coloniale méritent d’être pris en compte.

La première partie se termine sur les dimensions européennes.

Des contributions pour des débats à approfondir.

Lire une autre approche sur ce livre : Dominique Mezzi : https://syndicollectif.wordpress.com/2014/11/30/syndicalisme-debattons-cest-urgent/

En complément possible :

Les cahiers de l’émancipation. Dominique Mezzi (coordination) : Nouveau siècle – Nouveau syndicalisme, ne-pas-tracer-de-limites-a-priori-a-laction-syndicale/

Annick Coupé : Déclin du syndicalisme, impuissance des partis politiques et montée des populismes : quel débouché politique pour la contestation sociale ?, declin-du-syndicalisme-impuissance-des-partis-politiques-et-montee-des-populismes-quel-debouche-politique-pour-la-contestation-sociale/

Hélène Adam et Louis-Marie Barnier : La santé n’a pas de prix. Voyage au cœur des Comités Hygiène Sécurité et Conditions de Travail, retrouver-les-chemins-de-la-remise-en-cause-de-la-societe-entiere/

Travail, genre et sociétés : Genre, féminisme et syndicalisme, mettre-en-place-des-processus-sociaux-continus-pour-construire-legalite-entre-femmes-et-hommes/

David Camfield : La crise du syndicalisme au Canada et au Québec. Réinventer le mouvement ouvrier, laction-collective-donne-aux-salariees-la-perception-de-leur-pouvoir/

Fondation Copernic : Répression et discriminations syndicales, bien-que-legitime-par-le-droit-le-fait-syndical-est-remis-en-cause-dans-les-pratiques-et-devalorise-dans-les-discours/

Jean-Claude Branchereau, Patrick Brody (coord.) : 21e siècle. Syndicalisme : cinq défis à relever

Unissons-nous !

Editions Syllepse, Paris 2014, 140 pages, 10 euros

Didier Epsztajn

Entre les lignes entre les mots

couvCet ouvrage collectif, coordonné par Jean-Claude Branchereau et Patrick Brody, avec la participation de Michel Angot, Gérard Billon, Alain Bonnet, Antoine Cathelineau, Gilles Desseigne, Elisabeth Labaye, Hervé le Fiblec, Thomas Petit, Jean-Marie Roux. Joel Le Coq, Pierre Héritier, Gérard Aschieri, Christophe Delecourt, Jean Dunois est divisé en deux parties. La première est consacrée aux « Cinq défis à relever » : revendicatif, unité, démocratie, indépendance, avenir ; la seconde regroupant des contributions plus individuelles.

J’indique que manque, à ce collectif, des syndicalistes de Solidaires et de Force Ouvrière et qu’une seule femme y contribue. Ces deux éléments expliquent probablement, en partie, des « creux » dans les analyses.

Le syndicalisme est un outil d’organisation permanent de toutes et tous les salarié-e-s. Il « répond » à la situation de subordination engendré dans/par le rapport salarial. J’indique, sans m’y étendre, que les formes de ce rapport salarial de même que celles empruntées par le syndicalisme ne sauraient…

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Crise CGT : articles et commentaires

La crise de direction qui fait rage dans la CGT suscite une avalanche d’articles de presse, certains malintentionnés, d’autres soucieux d’exactitude des faits. Mais elle provoque aussi un nombre très important de prises de positions d’instances de la CGT, probablement plus intense encore qu’avant février 2005, au moment du débat sur le Traité constitutionnel européen, qui avait provoqué une très grave crise dans la CGT et un débat contradictoire au sein du Comité confédéral national (les fédérations et les unions départementales).

Nous publions d’abord une tribune de René Mouriaux parue dans l’Humanité dimanche du 13 décembre 2014. Ainsi que celle de Jean-louis Moynot, ancien secrétaire confédéral de la CGT, parue dans Le Monde du 19 décembre 2014.

La FILPAC CGT (fédération du livre CGT ) fait également sur son site une recension des articles parus, ou de prises de positions syndicales.

RENE MOURIAUX, POLITOLOGUE (1)

« Les “affaires” sorties dans la presse ne relèvent pas de malversations. Il n’y a rien de scandaleux à rénover les locaux de Montreuil ou à effectuer des réparations un peu coûteuses. Néanmoins, leur multiplication choque l’opinion et génère un climat délétère qui nuit considérablement à la CGT. À l’évidence, ceux qui ont allumé la mèche ont provoqué des dégâts plus importants qu’ils ne le soupçonnaient.

La crise affectant l’organisation est réelle, mais elle ne date pas d’aujourd’hui. Thierry Lepaon a été élu sur fond de tensions internes, malgré son absence de pratique du bureau fédéral et de connaissance des instances de direction.
Controversé depuis le début, il n’a pas su créer les conditions pour se faire accepter et bâtir un consensus.

Au sein de la CGT, il n’y a pas de dissensions politiques majeures. En revanche, il y a des luttes entre “écuries” concurrentes. Ces tensions me paraissent liées à la présidentialisation de la direction, qui a débuté dès le mandat de Louis Viannet (1992-1999).

À trop se diviser, le syndicat risque de perdre de vue l’intérêt commun de la CGT. Il faut une réaction suffisamment forte pour que le prochain congrès se déroule dans une ambiance de compréhension mutuelle. Les défis ne sont pas minces. Il s’agit de constituer une direction vraiment représentative de l’ensemble des forces qui composent la CGT, plus proche de la base qu’elle ne l’est aujourd’hui.
Il faut ensuite dégager un cap clair

Sous Bernard Thibault, la CGT s’est distinguée du Parti communiste mais sans pour autant clarifier la relation inévitable entre syndicalisme et politique. Il ne faut cependant pas isoler la crise de la CGT de la crise affectant l’ensemble des organisations politiques en général. L’UMP et le PS sont ou ont été au bord de l’implosion, tandis que le mouvement syndical traverse des difficultés compréhensibles. Il y a urgence à les surmonter, dans un contexte d’offensive patronale. »

(1) Auteur notamment du « Syndicalisme en France depuis 1945 », La Découverte, 2013.

JEAN-LOUIS MOYNOT, ANCIEN SECRETAIRE CONFEDERAL DE LA CGT, MEMBRE DE LA CE CONFEDERALE DE JUIN 1967 A JUIN 1982

 

« POURQUOI THIERRY LEPAON DOIT DÉMISSIONNER »

 

« Au-delà du nécessaire départ de son secrétaire général, le syndicat doit vite s’interroger sur ses rendez-vous manqués et la crise démocratique profonde qui obère son avenir.

La crise profonde que traverse la CGT a un caractère historique pour deux raisons.

  • La première est qu’elle est sans précédent.

  • La seconde raison, beaucoup plus fondamentale, est que, derrière la « guerre des chefs » et les fautes graves commises par l’actuel secrétaire général, il y a une accumulation historique de questions stratégiques non résolues parce qu’elles n’ont pas été débattues au grand jour.

Le résultat de cette carence de démocratie est que la CGT reste enfermée sur elle-même, dans des structures et des idées qui datent de périodes révolues, qu’elle se fractionne de manière presque illisible, qu’elle ne parvient pas à produire une analyse des principaux traits du capitalisme contemporain et qu’elle a été incapable jusqu’à présent d’élaborer une stratégie syndicale unique, cohérente, efficace et susceptible de converger avec les efforts du syndicalisme européen et mondial dans le même sens.

Il faut bien sûr faire la part de la crise que provoquent la mondialisation sous domination des multinationales, la financiarisation du capital, la spéculation et le pouvoir des banques, l’incapacité des Etats et des instances internationales à répondre aux enjeux écologiques et à parer aux dangers qu’ils comportent. La complexité de cette transformation du capitalisme et des sociétés humaines n’est que faiblement comprise et intégrée, et cela entraîne un mouvement général de déclin du syndicalisme mondial.

On doit malheureusement reconnaître que la CGT est dans le peloton de tête des syndicats en déclin, en tout cas en Europe. Elle perd à nouveau de l’influence et des adhérents, parce que ses mots d’ordre ne répondent pas assez à la structure actuelle du salariat, non plus qu’aux problèmes et aux attentes des salariés. Je ne cherche nullement à alourdir les difficultés de la CGT. J’ai décidé de me syndiquer à la CGT au tout début de mes études.

J’ai fait mes armes syndicales à l’UNEF, et politiques contre la guerre d’Algérie. Le sens principal de ma vie est mon engagement syndical à la CGT, qui s’est notamment concrétisé par quinze ans à la direction de la confédération. J’ai pris ma première carte le 1er mai 1962 au Syndicat des métaux de La Ciotat, et les suivantes au SNCIM (Syndicat national des cadres et ingénieurs de la métallurgie). Cela fait cinquante-deux ans que je suis adhérent et militant de la CGT. C’est à ce monde que j’appartiens.

Démocratie de masse

Ce qui m’importe est que la CGT ouvre ses portes et ses fenêtres pour engager tous les débats nécessaires. Tout cela (et bien d’autres sujets d’importance majeure) s’est inscrit dans un mouvement qui, de 1968 à 1978, avec des avancées, des blocages et quelques hésitations, est allé dans le sens du développement d’une démocratie de masse concernant à la fois les organisations confédérées, la représentation syndicale dans les entreprises (conquise en 1968), les syndiqués, les salariés, les institutions où siègent les syndicats et la représentativité nationale.

Cela a été le grand combat de Georges Séguy, à partir du rétablissement de la CGT dans ses droits en mai 1968, combat dont l’apogée a été le 40e congrès (Grenoble 1978) et auquel j’ai pleinement adhéré. Mais l’orientation du congrès, résolument démocratique et unitaire, a été rapidement stoppée et refoulée.

L’important est de savoir que la CGT a connu de ce fait une période de plus de dix ans d’isolement, d’affaiblissement, de perte sévère d’effectifs et de stagnation de son influence.

Inversement, la période suivante a été marquée par l’ouverture de débats, voulus par Louis Viannet, qui ont conduit à l’entrée de la CGT dans la Confédération européenne des syndicats où elle tient une place et joue un rôle très importants. Cette période a aussi été celle d’une remontée de l’influence et d’une amélioration de l’image de la CGT, ainsi que des syndicats en général. Nouvelles preuves que l’ouverture des grands débats produit des évolutions effectives du mouvement syndical, qui vont à la rencontre des préoccupations des salariés.

Les choses sont devenues plus compliquées par la suite. Le débat sur le projet de traité constitutionnel s’est déroulé plutôt dans le pays (les entreprises, les familles et amis) qu’au sein de la CGT.

Le climat au cours du Comité confédéral national appelé à se prononcer a été bien trop tendu au regard d’un enjeu limité (donner une consigne de vote). Comme s’il y avait là un règlement de comptes ! Preuve, sans doute, que nous n’avions pas assez largement travaillé le sujet, mais sans doute aussi qu’il y avait des sujets de débats « cadavérisés » accumulés dans les placards.

C’est, sans doute, à travers les fâcheux épisodes vécus depuis plus de deux ans, ce qui a fait ressortir des questions propres à la CGT elle-même.
Nous ferions bien d’en débattre, en particulier de la démocratie, car nous en avons peut-être beaucoup parlé, mais nous n’avons guère avancé dans la pratique

.

Le monde change de plus en plus rapidement et violemment. Toute période d’attente dans notre tentative de comprendre ce changement nous éloigne de la réalité qui devient pour nous fuyante.

Lorsque j’ai quitté la direction confédérale, je crois avoir dit ce qu’il fallait pour laisser une trace publique et positive dans l’histoire de la CGT. Puis je me suis réjoui, des années plus tard, des avancées indéniables qui se sont produites dans l’esprit de cet article. Mais, aujourd’hui, je me reproche d’avoir été trop optimiste.

Les avancées en question sont parties du sommet de l’organisation, et la plus grande partie des structures de la CGT n’a pas bougé dans sa culture, dans ses idées et ses pratiques. Pour en donner un exemple, en 2008-2009, la « commission ad hoc » sur les structures de la CGT a fait un excellent travail.

Mais personne n’en a parlé au 49e congrès qui a suivi, et rien n’a changé depuis dans les structures de la CGT. Il est grand temps de réagir. Car la CGT va continuer à s’éloigner de ce qui est sa base par vocation. Pensons par exemple à la question du nucléaire chez les jeunes. Si la CGT décrochait de sa base, la fin de son histoire pointerait à l’horizon.
Thierry Lepaon doit démissionner.

L’élu du 50e congrès de la CGT a perdu sa légitimité pour rester à la tête de celle-ci. Les fautes qu’il a commises, graves et contraires à l’éthique du mouvement syndical et ouvrier, lui rendent impossible de conduire l’évolution culturelle de la CGT. »

Jean-Louis Moynot (Ancien secrétaire confédéral et membre de la Commission exécutive confédérale de la CGT (de juin 1967 à juin 1982)

Le Monde du 19 décembre 2014

 

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Fédération des travailleurs des Industries du Livre, du Papier et de la Communication Cgt

                                                                                      RECENSION d’ARTICLES et PRISES de POSITION
lundi 22 décembre 2014

Le Figaro
Thierry Lepaon contre-attaque
Le secrétaire général de la CGT cherche à provoquer la démission de l’ensemble du bureau confédéral.

Resté quasiment silencieux dans les médias depuis le début de l’affaire, Thierry Lepaon a finalement changé son fusil d’épaule. Bien décidé à rester à la tête de la CGT, il a contre-attaqué en répondant aux questions, coup sur coup, de France 3 Basse-Normandie, jeudi soir, puis de France Info et du Parisien vendredi. Avec, à chaque fois, la même défense en trois points.

« Quand je lis ici ou là Thierry Lepaon bling-bling, c’est l’image qu’on a collée à Nicolas Sarkozy », a ainsi déploré le patron de la CGT, avant d’assurer : « Tous ceux qui me connaissent savent que je vis modestement. »

Pour garantir que des dérapages comme ceux des travaux de son appartement (105 000 euros) et de son bureau (65 000 euros) ne se reproduiront plus, toute dépense supérieure à 10 000 euros sera d’ailleurs désormais débattue en bureau confédéral.
Vient ensuite l’argument du complot.

« Quelqu’un dans la maison confédérale, ou un groupe de personnes (…) a décidé de porter atteinte à l’honnêteté de Thierry Le-paon », a-t-il affirmé.

Puis faisant référence aux fédérations, comme celle des services publics, qui ont réclamé sa démission, il s’est même demandé, faussement naïf, pourquoi ces organisations « ont pris leur décision avant même d’avoir tous les éléments pour se forger une opinion. C’est étrange… » E nfin, Thierry Lepaon, tout en soulignant son sens des responsabilités et l’absence démontrée de tout enrichissement personnel, a agité le risque d’une crise interne en cas de départ.

« Mon but est de rassembler la CGT. Si je n’y arrive pas, j’en tirerai les conséquences… », a-t-il expliqué vendredi, quelques heures après avoir déjà promis qu’il ne serait pas « le rat qui quitte le navire ». Et pour ceux qui n’auraient pas bien compris, il a assuré que son « départ ne réglera pas les questions politiques qui se posent aujourd’hui à la CGT ».
En agissant de la sorte, Thierry Lepaon cherche avant tout à obtenir une démission de tout le bureau confédéral…

et d’être le seul au final à en réchapper. S’il est responsable individuellement, les fautes commises sont collectives. Impossible de savoir aujourd’hui s’il peut réussir. Certes, le 15 décembre, lors de la réunion informelle des membres du comité confédéral national (CCN, le parlement de la CGT), la majorité des représentants ont demandé la démission du secrétaire général, qui a luimême déclaré envisager cette possibilité.

Et, cette semaine, deux dirigeants historiques – Georges Séguy, secrétaire général de 1967 à 1982, et Jean-Louis Moynot, secrétaire confédéral à la même période – se sont exprimés contre lui, de façon plus ou moins explicite.

Thierry Lepaon a au moins réussi à obtenir un sursis : le 16 décembre, la commission exécutive (le gouvernement de la CGT) a décidé de renvoyer le sujet de son départ à une prochaine réunion, fixée les 6 et 7 janvier. Entre-temps, il pourra essayer de renforcer ses soutiens et de renverser la tendance.

Et ainsi espérer une issue positive à la commission exécutive. De quoi arriver en position de force le 13 janvier face à un CCN qui a, seul, le pouvoir de le destituer.

« La CGT étant légitimiste, il peut tout aussi bien s’en sortir », estime un observateur des questions sociales.

Bref, la messe n’est peut-être pas tout à fait dite. ■

par Cécile Crouzel £@ccrouzel


LA TRIBUNE
« Je n’ai pas un train de vie différent de celui des salariés dans notre pays » (Lepaon)

Affaibli par les révélations sur les frais de rénovation de son appartement de fonction et de son bureau, ainsi que sur des indemnités touchées, le numéro 1 de la CGT a assuré vivre modestement, vendredi sur France Info. Il estime que son départ ne règlerait pas les problèmes politiques à la CGT.

« Tous ceux qui me connaissent savent que je vis modestement, je n’ai pas un train de vie différent de celui des salariés dans notre pays, pas d’oeuvre d’art chez moi, pas de voiture de luxe, pas de bateau. »

Sorti de son silence médiatique après un mois et demi de polémiques, Thierry Lepaon, le secrétaire général de la CGT, s’est exprimé sur France Info, vendredi 19 décembre. Il a réfuté les attaques concernant son train de vie depuis les révélations sur les frais de rénovation de son appartement de fonction et de son bureau, ainsi que sur des indemnités touchées lors de son départ de la CGT Normandie, estimées à 26.000 euros Si le numéro un de la CGT a reconnu des travaux « trop onéreux » pour son appartement de fonction et son bureau, il a soutenu en avoir appris le montant dans la presse.
Le bling-bling, « c’est l’image qu’on a collée à Nicolas Sarkozy »

« Je ne supporte pas quand on parle des ’affaires’ de Thierry Lepaon, du ’train de vie’ de Thierry Lepaon », a ajouté le patron de la CGT. « Quand je lis ici ou là Thierry Lepaon bling-bling, c’est l’image qu’on a collée à Nicolas Sarkozy. Je vis modestement ». Si le numéro un de la CGT a reconnu des travaux « trop onéreux » pour son appartement de fonction et son bureau, il a soutenu en avoir appris le montant dans la presse.
Le numéro 1 de la CGT est sur la sellette.

Une réunion extraordinaire du Comité confédéral national (CCN), « parlement » de la confédération, seule instance habilitée à révoquer le secrétaire général, a été convoquée pour le 13 janvier. Mais le leader de la CGT n’est pas résigné :

« Mon départ ne règlerait pas les questions politiques qui se posent aujourd’hui à la CGT [..] J’ai choisi de ne rien laisser sous le tapis. »


L’HUMANITÉ
Thierry Lepaon exprime sa volonté de « rassembler la CGT »

Thierry Lepaon s’est expliqué publiquement, jeudi et vendredi, sur les attaques dont il fait l’objet et les débats qui secouent la CGT, sur France 3, France Info et dans le Parisien. Il revient notamment sur la question de son avenir à la tête de la centrale.

« C’est normal, quand on subit une avalanche médiatique, quand votre honnêteté est remise en cause, de se demander si on est le mieux à même d’animer une équipe. Et si je me réserve jusqu’au 6 janvier (date de la prochaine commission exécutive NDLR), ce n’est pas pour gagner du temps, mais pour respecter les procédures internes. Mon but est de rassembler la CGT. Si je n’y arrive pas, j’en tirerai les conséquences », déclare-t-il dans le Parisien de vendredi.

En attendant, Thierry Lepaon dit faire « confiance à (s)on organisation. Je ne suis pas en train de compter mes soutiens, je continue à assurer mon rôle de secrétaire général, je ne lâcherai pas mon organisation », conclut-il.

S. C. ■


LE PARISIEN
Lepaon, son plan caché pour garder la main

Une trêve, mais pas de vacances pour le numéro un de la centrale syndicale. Il manoeuvre pour sauver les meubles.

Montreuil (Seine-Saint-Denis), jeudi. Quels que soient les scénarios, le sort du secrétaire général de la CGT sera jeté le 13 janvier, lors de la réunion du comité confédéral national extraordinaire.
Acculé, dos au mur, Thierry Lepaon ne lâche rien.

En pleine tempête, le secrétaire général de la CGT s’accroche contre vents et marées à son fauteuil et entend bien profiter de la trêve des confiseurs pour déployer sa stratégie afin de se maintenir à la tête de l’organisation.

L’onde de choc des révélations sur le montant des travaux de rénovation de son logement (130 000 €), de son bureau (65 000 €) ou encore sur sa très conséquente prime de départ (31 000 €) n’en finit pourtant pas de se propager au sein de la CGT.

Le premier syndicat de France traverse aujourd’hui la crise la plus grave de son histoire. La centrale est affaiblie, son image est ternie. Mais Thierry Lepaon ne plie pas.

Des méthodes pas toujours orthodoxes

Pourtant, le vent tourne : ses soutiens sont chaque jour moins nombreux. Poussées par la base de leurs militants, les très puissantes fédérations de la métallurgie et des mines-énergie viennent à leur tour de le lâcher pour gonfler les rangs de ceux qui réclament sa démission.
Pas de quoi décourager Thierry Lepaon, qui continue à se démener.

Depuis le milieu de la semaine dernière, il est même passé à la vitesse supérieure, en mode résolument offensif. Mardi, à l’issue d’une nouvelle réunion de la commission exécutive du syndicat, il a fait savoir qu’il annoncerait — ou pas — sa démission lors d’une prochaine réunion de la commission programmée les 6 et 7 janvier prochains.

Une façon de gagner du temps, persiflent ses détracteurs.

Depuis, en effet, Thierry Lepaon est sur tous les fronts. Il a lancé une offensive médiatique — où ils s’insurgent contre « ceux qui, en interne, ont dévoilé des éléments comptables dans la presse et accouché d’un monstre qu’ils ne maîtrisent plus » — et adressé une lettre aux adhérents (lire page 3) pour expliquer sa ligne de défense

Dans la coulisse, il manoeuvre, multiplie les rendez-vous et ne ménage pas sa peine pour engranger des soutiens (lire ci-dessous). Ses méthodes ne sont pas toujours orthodoxes. Qu’à cela ne tienne, le secrétaire général joue sa survie. Ses efforts porteront-ils leurs fruits ?

Pour l’heure, la messe n’est pas encore dite. Mais elle le sera bel et bien, le 13 janvier lors du rendez-vous ultime : la réunion du parlement de la CGT. Et nombreux parient qu’il recevra le coup de grâce.


Les Echos
CGT : Thierry Lepaon fait feu de tout bois pour sauver sa tête

Thierry Lepaon, dont le poste de secrétaire général de la CGT est menacé, a écrit une nouvelle fois aux syndiqués, sans consulter ses instances de direction. Et poursuit sa campagne de défense dans les médias.

A la veille de la trêve des confiseurs, Thierry Lepaon a sorti le grand jeu pour tenter de sauver son poste de secrétaire général de la CGT.

Jeudi soir, il donnait une interview à France 3 Normandie , le lendemain, c’était au Parisien et à France info. Ce vendredi également, il a fait diffuser par son équipe dans le mail hebdomadaire adressé aux organisations de la CGT une nouvelle lettre aux syndiqués .

Ce courrier, comme le précédent, n’a pas reçu l’aval des instances de direction de la centrale (elles n’en ont d’ailleurs même pas été informées), ce que le secrétariat général du syndicat s’est bien gardé de préciser. Il y déroule sa ligne de défense en invoquant encore et toujours «  une campagne médiatique, facilitée en interne de manière inadmissible  » qui a pour objectif de  «  faire mettre un genou à terre  » au syndicat

Il y affirme en outre avoir eu le souci depuis le début «  que toute la transparence soit faite  » sur les affaires. Il y explique avoir «  fait le choix de respecter la démocratie de [son] organisation  » en «  [lui] réservant [ses] explications et [ses] analyses  », oubliant que dès la première affaire concernant les 105.000 euros de travaux sur son logement de fonction loué par la CGT, le 5 novembre, il a choisi de riposter en s’exprimant par une interview à RMC .
Diviser pour continuer à régner

S’il ne précise pas comme il l’a dit au «  Parisien  » qu’il n’est «  pas bling bling  » ,Thierry Lepaon annonce dans son courrier la mise en ligne ce vendredi sur le site du syndicat d’un certain nombre de documents internes censés aider les syndiqués à comprendre mais qui visent tous à blanchir le syndicaliste. Sa seconde lettre aux syndiqués figure en tête du «  dossier spécial  » intitulé «  comprendre ce qui se passe à la CGT  » qui figure à la Une du site.

Vient juste après la déclaration rédigée après la réunion des 56 membres de la Commission exécutive de l’organisation où il est affirmé que cette instance «  réfute toute idée d’enrichissement personnel et de malversation du secrétaire général de la CGT [et] souligne l’intégrité et l’honnêteté de Thierry LEPAON, sa volonté de préserver, avant tout, l’avenir et la cohésion de la CGT  », ce que contestent plusieurs membres de cette instance de direction.

  • Nulle trace en revanche sur le site internet de la CGT des articles de presse qui ont révélé et traité les trois affaires qui lui sont reprochées – outre son logement de fonction, les 62.000 euros de travaux dans son bureau et sa prime de (faux) départ de 31.000 euros (26.650 euros hors congés payés).

Ces articles n’ont d’ailleurs jamais été insérés dans la revue de presse que reçoivent chaque jour tous les dirigeants de la CGT, largement censurée. Nulle trace non plus des très nombreux courriers d’organisations adressés à la direction de la CGT pour protester contre les affaires voire demander la démission du secrétaire général.

  • Nulle trace enfin des premières conclusions de la Commission financière de contrôle sur les trois affaires lues devant le Comité confédéral national (le parlement de la centrale composé des dirigeants fédéraux et départementaux) début novembre et devant les 56 membres de la commission exécutive mardi dernier. Seules ses préconisations générales qui, pour certaines, existeraient déjà d’ailleurs, figurent parmi les textes accessibles sur le web.
    L’épouvantail d’une crise de la ligne syndicale

Le secrétaire général de la CGT réaffirme de fait dans sa lettre sa volonté de gagner en divisant. Il veut jouer la Commission exécutive, qu’il a plus de facilités à maîtriser, contre le CCN : ce dernier «  devra […] prendre des décisions concernant les propositions de la direction confédérale sur l’évolution des responsabilités au sein du Bureau confédéral, le secrétaire général, l’administrateur et les autres membres  », écrit-il alors que les statuts précisent que le Comité confédéral est souverain et n’a donc pas à se faire dicter ses choix par la commission exécutive. Pas un mot en revanche sur son éventuel départ, alors qu’il l’a évoqué dans les médias, affirmant notamment sur France 3 Normandie que si «  les camarades [du CCN] pensent que la CGT se porterait mieux sans Thierry Lepaon comme secrétaire général, [il] démissionnera  ».

Thierry Lepaon agite en revanche l’épouvantail d’une crise d’orientation et d’un repli sur soi du syndicat, comme s’il s’agissait d’un conflit de ligne syndicale. Ce n’est pourtant pas le cas. Il n’y a pas, loin d’en faut, d’un côté ses partisans qui seraient les tenants d’une ouverture de la centrale et de l’autre ses opposants qui seraient sur la tentation du repli : la fédération de l’agroalimentaire, opposée à toute ouverture et encore adhérée à la moribonde Fédération syndicale mondiale présidée par le syndicat unique syrien est derrière lui.

«  Ma responsabilité de secrétaire général de la CGT, ma seule priorité et mon unique ambition personnelle est de conduire les débats et de rassembler la CGT pour lui donner de la force  », plaide le syndicaliste.

Il n’en a pas convaincu les anciens. Bernard Thibault et Georges Séguy ont marqué leurs distances avec lui. Seul son départ peut permettre à la centrale de réaliser son aggiornamento, estime même Jean-Louis Moynot. Ce proche de Louis Viannet affirme dans une tribune publiée dans «  le Monde  » ce vendredi que «  Thierry Lepaon doit démissionner.

L’élu du 50e congrès de la CGT a perdu sa légitimité pour rester à la tête de celle-ci. Les fautes qu’il a commises, graves et contraires à l’éthique du mouvement syndical et ouvrier, lui rendre impossible de conduire l’évolution culturelle de la CGT  ».

 

LE PARISIEN Propos recueillis par Valérie Hacot
Crise à la CGT. Thierry Lepaon : « Je ne démissionnerai pas »

Sur la sellette, le numéro un de la CGT, Thierry Lepaon, reconnaît des travaux trop coûteux dans son appartement qu’il n’aurait pas validés « s’il avait su », mais récuse tout enrichissement personnel. Depuis la crise ouverte à la CGT, le numéro un sort de son mutisme. Entretien.

Alors que des voix s’élèvent pour réclamer sa démission, Le secrétaire général de la CGT répond point par point aux accusions et dénonce l’exploitation politique de son affaire.

Depuis les révélations sur son train de vie, la CGT traverse une crise sans précédent. Des voix s’élèvent pour réclamer la démission du secrétaire général, et le parlement de la centrale (le CCN) pourrait le récuser le 13 janvier… Et pourtant, au dernier étage du siège de Montreuil (Seine-Saint-Denis), dans son bureau, Thierry Lepaon croit toujours en ses chances, et répond pied à pied aux accusations. Seul signe extérieur de tension : ses cigarettes qu’il fume à nouveau à la chaîne depuis quelques semaines.

La CGT traverse l’une des plus graves crises de son histoire. Vous êtes directement mis en cause. Allez-vous démissionner  ?

THIERRY LEPAON. Non, la question ne se pose pas en ces termes. Quand il y a une campagne comme celle que je subis, il est nécessaire de donner en interne tous les éléments d’information, d’analyse et de compréhension. C’est ce que j’ai fait. Personnellement, j’ai trois mots clés : l’honnêteté, la loyauté et la transparence.

Pourtant, vous avez annoncé que vous pourriez — ou pas — donner votre démission le 6 janvier, une semaine avant la réunion du parlement de la CGT qui doit statuer sur votre avenir…

C’est normal, quand on subit une avalanche médiatique, quand votre honnêteté est remise en cause, de se demander si on est le mieux à même d’animer une équipe. Et si je me réserve jusqu’au 6 janvier, ce n’est pas pour gagner du temps, mais pour respecter les procédures internes.

Mon but est de rassembler la CGT. Si je n’y arrive pas, j’en tirerai les conséquences… Mais aujourd’hui, ce qui m’intéresse c’est de savoir pourquoi certaines organisations souhaitent ma démission.

Justement, les travaux de rénovation de votre appartement  : vous les avez réclamés et vous avez validé la facture  ?

J’ai découvert la facture des travaux de mon logement de fonction dans la presse. Si j’avais eu connaissance des montants — 105 000 € —, j’aurais dit non. J’avais deux exigences : que l’appartement soit proche de Montreuil et avec deux chambres. Mon logement n’a rien de luxueux. Je ne suis pas bling-bling, je vis modestement.

J’ai demandé à la commission financière de la CGT de venir visiter l’appartement. C’est à eux de vérifier si la facture correspond aux travaux réalisés. Ils devraient rendre leur décision avant le 13 janvier. Par ailleurs, nous allons fixer une nouvelle règle : dès qu’un engagement de dépense dépasse 10 000 €, cela devra être débattu au bureau confédéral.

Et pour votre bureau  ?

Sa rénovation s’inscrivait dans un programme de remise en état de la maison confédérale il y a trois ans. Les devis ont été validés il y a sept-huit mois. Ce n’est évidemment pas au secrétaire général de s’en occuper. Cela a coûté 65 000 € parce qu’il fallait refaire le chauffage, la climatisation… Rien n’avait été fait depuis plusieurs années.

Comment expliquez-vous qu’en quittant votre comité CGT pour rejoindre la confédération, vous ayez touché une prime de départ  ?

J’ai subi trente mois de chômage alors que j’assumais déjà une responsabilité à l’union départementale CGT du Calvados. A mon départ, le comité régional a reconnu cette période d’activité bénévole par une prime. Le montant est de 26 650 € net.

Cette pratique a concerné d’autres militants de la CGT confrontés à la répression syndicale ou à des périodes de chômage. D’ailleurs, la commission exécutive confédérale a reconnu qu’il n’y avait pas eu d’enrichissement personnel.

Pourtant, on dit que vous avez touché 108 000 € en tout et que cette somme aurait été payée par la confédération de la CGT  ?

La confédération a remboursé 100 830 € au comité régional de Normandie. Cette somme englobe, outre la prime de départ, le versement de mes salaires pour janvier, février et mars 2013, ainsi que mes notes de frais puisque c’était une période où j’étais en détachement à Montreuil et non plus en Normandie. La confédération a jugé logique que le comité régional n’ait pas à assumer ces frais.

A l’instar de la fédération des services publics ou d’un proche de l’ex-secrétaire général Louis Viannet, nombreux sont ceux qui réclament votre démission. Dans ces conditions, pouvez-vous vous maintenir à la tête de la CGT  ?

Certaines organisations, comme les services publics, ont pris leur décision avant même d’avoir tous les éléments pour se forger une opinion. C’est étrange… Moi, je suis confiant et je fais confiance à mon organisation. Je ne suis pas en train de compter mes soutiens, je continue à assumer mon rôle de secrétaire général, je ne lâcherai pas mon organisation.

Même si cette affaire entache l’image de la CGT  ? Vous avez affiché un recul aux élections professionnelles…

Aucune organisation n’a estimé que c’est « l’affaire Lepaon » qui a fait perdre des points à la CGT aux élections. Ce qui est sûr, c’est que ces « révélations » sont sorties à un moment particulier. Ceux qui ont, en interne, dévoilé des éléments comptables dans la presse ont accouché d’un monstre qu’ils ne maîtrisent plus.

Dès la parution de l’article sur mon appartement, le Premier ministre a appelé la CGT à l’exemplarité. Tout comme Xavier Bertrand de l’UMP. Un comble. Pendant ce temps, l’actualité sociale est explosive. Il y a une exploitation politique de cette affaire.


CGT : offensive médiatique de Thierry Lepaon pour sauver son poste

LEÏLA DE COMARMOND- LES ÉCHOS

Avant une interview sur France info vendredi matin, le secrétaire général de la CGT, Thierry Lepaon, s’est exprimé sur France 3 Basse-Normandie ce jeudi soir.

France 3 Basse-Normandie ce jeudi soir, «  France info  » vendredi matin. Le secrétaire général de la CGT, Thierry Lepaon, a axé toute sa stratégie de défense sur le complot de la presse. Mais le voici qui se lance dans une offensive médiatique. L’idée est d’avoir le dernier mot, à la veille des premiers départs en vacances et de quinze jours de pause syndicale, pendant laquelle aucune organisation cégétiste ne se réunira.

Mais sur le fond, il n’a pas changé de posture : il n’est responsable en rien des affaires financières qui secouent la CGT et qui le concerne directement puisqu’il s’agit de la rénovation à grands frais – 105.000 euros – de son appartement de fonction loué par la centrale dans le «  carré magique  » de Vincennes, de celle de son bureau pour 62.000 euros et de sa prime de (faux) départ de 26.650 euros quand il a quitté le comité régional CGT de Normandie pour rejoindre la confédération. Il est au contraire une victime.

Et pour cela, il n’a pas hésité, ce jeudi soir, à aller jusqu’à affirmer de façon assez surprenante qu’il «  avait découvert son bureau une fois refait  », lui qui, sur France 5 il y a quelques semaines, vantait ses étagères en forme de toit d’usine faites sur mesure. Il n’a cependant encore une fois pas contester les faits dénoncés, qu’il a au contraire confirmé, en en renvoyant de nouveau l’entière responsabilité au trésorier démissionnaire, Eric Lafont.
«  Je ne serai pas le rat qui quitte le navire  »

Il a aussi cherché à inscrire leur révélation dans le cadre d’un vaste complot contre la CGT concomitant à «  quatre événements majeurs  » : «  l’échec du pacte de responsabilité, les manifestations de patrons, la question du travail du dimanche et le travail atypique  », mais aussi «  l’allongement de la durée de cotisation  » inscrit dans le rapport du COR qui vient d’être divulgué.

Interrogé sur un éventuel départ, le cégétiste a affirmé : «  Je ne serai pas le rat qui quitte le navire, notre navire est aujourd’hui en difficultés, il y a un capitaine dans le navire, il y a des équipes qui doivent assumer leurs responsabilités. Si les équipes disent il est tant de changer le secrétaire général de la CGT, j’écouterai ce que dit la direction et je prendrai mes responsabilités  ».

Mais quelle direction ? «  J’écouterai forcément ce que dit la CE [commission exécutive qui doit se réunir les 6 et 7 janvier]  », a-t-il affirmé, pour ajouter aussitôt : «  vous remarquerez que la CE s’est réunie avant hier et que dans sa déclaration, elle dit que Thierry Lepaon est un honnête homme, qu’il n’y a pas eu d’enrichissement personnel, les 56 membres le disent  ».
Il omet de dire que les débats y ont été très violents.

Le cégétiste confirme par ses propos de fait son intention de s’en sortir en s’appuyant sur cette instance bien plus à sa main que le Comité confédéral national qui est en quelque sorte le parlement de la centrale. Les pro-Naton et pro-Prigent (les partisans des deux candidates malheureuses à la succession de Bernard Thibault) y ont fait alliance avec ses soutiens et il peut donc plus facilement la contrôler que le CCN, composé de la centaine de numéros un des fédérations et unions départementales et qui a montré qu’il n’entendait pas se faire manipuler.

L’objectif de Thierry Lepaon, qui cherche à diviser la CGT pour se sauver, est d’abord de se maintenir avec le soutien de la Commission exécutive – ce à quoi il est quasiment le seul en réalité à croire -, ou à tout le moins de tenter de constituer la future direction que la CE présenterait – ce qui est un objectif en particulier des pro-Naton et des pro-Prigent, mais aussi de Philippe Martinez, le secrétaire général de la fédération de la métallurgie CGT, qui se verrait bien remplacer Thierry Lepaon.

L’idée est de contraindre le CCN à valider les décisions qui seront prises les 6 et 7 janvier, soit à peine deux jours après la fin de la trêve des confiseurs. «  Nous (avec la commission exécutive] irons devant le Comité confédéral national, j’irai devant le Comité confédéral national, et si les camarades pensent que la CGT se porterait mieux sans Thierry Lepaon comme secrétaire général, je démissionnerai  », a-t-il expliqué sur France 3 Basse-Normandie.

Ce qui est sûr c’est que le syndicaliste ne peut se prévaloir d’aucun soutien parmi les anciens dirigeants cégétistes. C’est même le contraire. On savait déjà que le secrétaire général de la CGT ne pouvait revendiquer celui de son prédécesseur à la tête de la centrale, Bernard Thibault . ni de Georges Séguy , qui dirigea la CGT de 1967 à 1982. Dans une tribune publiée par «  Le Monde  » daté de vendredi, Jean-Louis Moynot, un proche de Louis Viannet, appelle Thierry Lepaon à démissionner .

«  L’élu du 50ème congrès de la CGT a perdu sa légitimité pour rester à la tête de celle-ci. Les fautes qu’il a commises, graves et contraires à l’éthique du mouvement syndical et ouvrier, lui rendre impossible de conduire l’évolution culturelle de la CGT  », explique l’ancien membre de la direction de la centrale.


 

Les Échos
Thierry Lepaon tente de sauver sa place à la tête de la CGT, au pris d’une division de la centrale.

Jean-Louis Moynot, un proche de Louis Viannet, ex-numéro un de la CGT, évoque, dans une tribune publiée par «  Le Monde  », les «  fautes graves  » commises par l’actuel secrétaire général de la centrale.
Lepaon divise la CGT pour tenter de rester en place

Si Thierry Lepaon réussit pour l’instant à manoeuvrer en interne pour rester en poste, il ne peut se prévaloir d’aucun soutien parmi les anciens. C’est même le contraire. On savait déjà que le secrétaire général de la CGT ne pouvait revendiquer celui de son prédécesseur à la tête de la centrale.

Dès le 5 novembre, Bernard Thibault avait reconnu que « la CGT [était] dans une mauvaise passe » et avait affirmé faire « confiance à ceux qui sont élus pour diriger la CGT » pour l’en sortir. Le pluriel n’avait échappé à personne.

Ce lundi, alors que le leader cégétiste affrontait une bronca lors d’une réunion de la centaine de dirigeants fédéraux et départementaux de la centrale, c’est le même message qu’a adressé Georges Séguy via une tribune dans «  L’Humanité  » où il tord le cou à l’argument du complot médiatique.

Au moment où Thierry Lepaon déclarait que «  des réseaux de militants s’organisent en dehors de nos règles de vie, qui s’appuient sur des médias pour peser sur les organisations de la CGT et les débats dans nos instances  », celui qui fut numéro un de la CGT de 1967 à 1982 écrivait que «  la médiatisation à propos de Thierry Lepaon n’est pas l’essentiel  » affirmant que «  ce qui compte avant tout, c’est la crise qui s’est instaurée au sein même de la CGT  ».
Les fautes… graves et contraires

Dans le numéro daté de ce vendredi du «  Monde  », c’est au tour de Jean-Louis Moynot de prendre la plume dans une tribune dont le titre est éloquent : «  CGT : pourquoi Thierry Lepaon doit démissionner  ». Lui n’a pas été secrétaire général de la CGT. Mais c’est un ancien qui compte dans l’organisation.

D’abord, parce que cet ingénieur de formation a un profil très particulier : il a claqué bruyamment la porte du bureau confédéral de la CGT en octobre 1981, quand il a été acquis que Georges Séguy avait perdu la bataille contre Henri Krasucki et que la centrale allait se recentrer sur une démarche protestataire.

A l’opposé des partisans d’un durcissement de la ligne actuelle de la CGT dont les pro-Lepaon affirment qu’ils sont derrière le mouvement de déstabilisation du leader de la centrale. Ensuite, parce que c’est un proche de Louis Viannet. La condamnation de Jean-Louis Moynot est sans appel :

«  Thierry Lepaon doit démissionner. L’élu du 50ème congrès de la CGT a perdu sa légitimité pour rester à la tête de celle-ci. Les fautes qu’il a commises, graves et contraires à l’éthique du mouvement syndical et ouvrier, lui rendre impossible de conduire l’évolution culturelle de la CGT.  »

Une évolution qui impose que «  la CGT ouvre ses portes et ses fenêtres pour engager tous les débats nécessaires  ».


Le Monde
CGT : l’ultime stratagème de Thierry Lepaon

Le patron de la centrale souhaite que toute sa direction démissionne… sauf lui

Coup de théâtre à la CGT, mardi 16 décembre : Thierry Lepaon a tenté un ultime stratagème pour se maintenir à la tête de sa centrale. A l’issue de la réunion des 56 membres de la commission exécutive (CE) qui a duré dix heures, un ordre du jour flou – autour d’une « proposition de direction confédérale » et d’instruments pour une meilleure « transparence financière » – a été élaboré pour le comité confédéral national (CCN) du 13 janvier, le parlement cégétiste composé des secrétaires généraux des 33 fédérations et des 96 unions départementales.

Lundi 15 décembre, alors qu’une large majorité d’organisations réclamait sa démission, M. Lepaon avait ouvert la porte à cette issue.  » Si ma présence est un frein pour l’organisation, avait-il dit, j’en tirerai toutes les conséquences « . Mardi, il a refermé cette porte et n’a pas indiqué ses intentions. Le stratagème de M. Lepaon consiste à faire avaliser l’idée que c’est le bureau confédéral qui doit démissionner, sauf lui. Sur cette base, il a conclu une alliance avec Nadine Prigent (santé), ancienne candidate malheureuse à la succession de Bernard Thibault, Philippe Martinez, secrétaire général de la fédération de la métallurgie, Catherine Perret (culture) et Frédéric Imbrecht (énergie).

« Pour 26 000 euros, on ne va pas virer le secrétaire général ! », a déclaré ce dernier. Des postures à risques pour M. Martinez, qui se positionne pour la succession, et Mme Perret dont les fédérations ont demandé la démission de M. Lepaon. Au sein du bureau confédéral, Agnès Le Bot, Philippe Lattaud et Agnès Naton défendent encore le secrétaire général. Même si Mme Naton a déclaré que M. Lepaon « réfléchira » à une démission d’ici au 6 janvier, date de la prochaine commission exécutive qui doit préparer le CCN. Selon une source interne, Marie-Laurence Bertrand, également membre du bureau confédéral, s’est positionnée pour la démission de M. Lepaon.

Le raisonnement à la base de ce stratagème est simple : M. Lepaon n’est ni responsable ni coupable des affaires qui le visent puisqu’il a tout appris par la presse depuis les coûteux travaux dans son logement de fonction et son bureau jusqu’à sa prime de départ… En revanche, le « problème » c’est le bureau confédéral qui a complètement  » dysfonctionné « .  » Il faut dire, raconte un membre de la CE, que Thierry ne s’est pas enrichi personnellement, qu’il est honnête et que c’est le bureau qui n’a pas fait son travail.  »

En toile de fond, se déroule une bataille entre les communistes d’une part et les proches de l’ancien secrétaire national du PCF, Robert Hue, d’autre part, comme M. Imbrecht et Philippe Texier qui a été nommé administrateur provisoire après la démission d’Eric Lafont.
« Risque de scission »

 » C’est hallucinant, affirme un dirigeant de fédération, tout le monde s’attendait à ce qu’il démissionne mais Lepaon est devenu, comme Thibault à la fin, complètement autiste. «  » Il a un ego démesuré, confie un autre, et il fera tous les compromis imaginables, mais il ne lâchera pas.  » Ce stratagème risque d’être perçu comme une provocation à la base alors que se multiplient les motions demandant son départ.

Cela va être très compliqué pour Thierry d’éviter une révocation, observe un membre de la CE. Si ce n’est pas le cas, ce sera le chaos.  » Des partisans de M. Lepaon affirment que même s’il est révoqué, c’est lui qui pilotera la suite, c’est à dire la recherche d’un successeur…  » Ils sont dans le déni et le délire « , souligne un dirigeant, qui ajoute : « Les mieux organisés aujourd’hui, ce sont les plus radicaux. Si Lepaon est révoqué, on ira vers un congrès extraordinaire. Et il y a de vrais risques de scission car si les durs prennent la main sur la maison, des organisations vont partir. La CGT est au bord de l’implosion. »

Michel Noblecourt ■

****************************************************** L’Humanité
La CGT se donne du temps
La direction de la CGT réunie mardi n’est pas parvenue à se mettre d’accord sur l’avenir du bureau confédéral ou de son secrétaire général, une nouvelle réunion est prévue le 6 janvier.

Mardi, après dix heures de débats où « aucune question n’a été évacuée », la direction de la CGT, composée de ses 56 membres, n’a pas réussi à se mettre d’accord. « Nous avons pu constater une diversité d’opinions et d’interrogations, tant sur la démission du secrétaire général et du bureau confédéral que sur l’anticipation d’un congrès », décrit la note envoyée aux organisations, hier soir.

Préférant ainsi d’une part donner « du temps au processus de consultation et d’autre part, que des décisions aussi importantes et inédites ne pouvaient se prendre avec les instances de la CGT sous pression externe ». Le temps aussi pour Thierry Lepaon de « réfléchir aux décisions qu’il pourra prendre s’agissant de sa démission ou pas, et du devenir du bureau confédéral », a précisé Agnès Naton. La direction se réunira donc le 6 et le 7 janvier, « pour valider des propositions d’évolution totale ou partielle de la composition du bureau confédéral qui seront faites au CCN ».

Un délai supplémentaire pour permettre aussi aux militants cégétistes de prendre connaissance des informations exposées par le premier concerné, lundi devant les secrétaires généraux, visant à « rétablir quelques vérités » sur l’ensemble des faits, « rumeurs » ou encore « calomnies », a insisté le secrétaire général.

A commencer par la « prime » qui selon Thierry Lepaon visait à « reconnaître une période d’activité militante ». Une période durant laquelle « je suis resté trente mois au chômage, entre mai 2004 et décembre 2006, d’abord en touchant les Assedic (1 150 euros) puis à la fin, l’ASS (440 euros) », tout en assurant « la fonction de secrétaire général de l’union départementale du Calvados ( ) bénévolement ». Une indemnité pour tenir « compte du préjudice que cela créait sur ma retraite » de 26 650 euros, a précisé Thierry Lepaon. « Je l’ai acceptée dans ces conditions, sans imaginer que cela pouvait poser problème. »

Le secrétaire général a également fait part de son salaire diminué à sa demande à « 4 000 euros net par mois, avec un 13e mois ». S’ensuit ensuite une série de démentis sur un « ensemble de rumeurs » qui témoignent de la campagne acharnée qui s’est opérée au cours des dernières semaines contre la CGT, et ce en pleine élection professionnelle dans la fonction publique. Par exemple, avec cette histoire de vélo. « Mon cardiologue m’a demandé de continuer ( ) à faire régulièrement un peu de vélo. Pour des raisons de sécurité, la CGT a dû acheter des vélos pour mes accompagnateurs.

Les vélos ont été achetés chez Décathlon, ils appartiennent au service sécurité de la confédération, y compris celui que j’utilise. »

Viennent ensuite les vacances en Corse, qui contrairement à ce qui est paru « n’ont pas été payées par la confédération », mais « loué personnellement », via « Leboncoin », un site Internet de petites annonces. Ce dernier a également balayé les rumeurs sur d’éventuels travaux dans son HLM à Cabourg, qu’il « habite depuis sept ans » et pour lequel il « paie un surloyer, comme c’est la règle ».

Démenti aussi sur l’achat « d’un terrain au bord de la mer en Normandie », qui serait une « intension ». La direction de la confédération a hier « réfuté toute idée d’enrichissement personnel et de malversation du secrétaire général de la CGT », précise la note.

Et ajouté que, face à une nouvelle charge patronale et gouvernementale, avec la proposition de loi Macron, la direction confédérale estime « qu’il serait dangereux pour la CGT d’avoir une vacance de direction, créant un vide à la tête de la CGT, qui ne ferait qu’accentuer le trouble et les inquiétudes parmi les militants et les syndiqués ». ■

par Clotilde Mathieu


Le Monde
CGT : Thierry Lepaon n’exclut plus son départ

Une large majorité de structures a réclamé lundi 15 décembre sa démission mercredi 17 décembre 2014

« Si ma présence est un frein pour l’organisation, j’en tirerai toutes les conséquences.  » Prononcée à la fin de l’assemblée qui a réuni, toute la journée du 15 décembre, les secrétaires généraux des 33 fédérations et des 96 unions départementales de la CGT, cette petite phrase de Thierry Lepaon montre que, cette fois, le secrétaire général de la centrale n’exclut plus son départ.

Lors de la réunion du bureau confédéral qui a suivi dans la soirée, M. Lepaon n’a rien livré de ses intentions. Mais ses chances de se maintenir à son poste sont désormais quasi nulles. Lundi, une large majorité des 129 structures présentes ont demandé explicitement la démission de M. Lepaon tandis que d’autres, n’étant pas mandatées, ne sont pas intervenues.

« C’était une très bonne réunion où on a bien débattu », souligne une source interne, qui ajoute que « Thierry n’avait pas l’air plus atteint que cela mais peut-être a-t-il pris conscience que c’était fini ». Il a été beaucoup question des affaires dans lesquelles M. Lepaon a été mis en cause – les travaux dans son appartement de fonction et son bureau au siège de Montreuil ainsi que sa prime de départ quand il a quitté la région Basse- Normandie – et les intervenants se sont succédé pour évoquer la « perte de confiance et de crédibilité », certains allant jusqu’à dire que la thèse du « complot médiatique » pour déstabiliser la CGT était un argument « éculé ».

Une petite moitié des organisations a souhaité une démission collective des dix membres du bureau confédéral.  » C’est une démarche plutôt saine, commente un membre de la commission exécutive (CE).

Si on change de secrétaire général, il faut changer d’équipe.  » Si l’idée d’un congrès extraordinaire de la CGT en 2015 – au lieu de celui prévu en octobre 2016 –, avancée par quelques intervenants, a peu de chances d’aboutir, des scénarios sur l’après-Lepaon commencent à s’échafauder. Philippe Martinez, le secrétaire général de la fédération de la métallurgie, à qui M. Lepaon avait proposé de lui succéder s’il le soutenait jusqu’à la fin de son mandat, est resté silencieux. Comme s’il se préparait déjà à prendre la relève.
« Possibilités ouvertes »

La fédération des services publics et l’Union générale des fédérations de fonctionnaires, qui ont demandé publiquement le départ de M. Lepaon, ont évoqué l’hypothèse d’une direction collégiale transitoire jusqu’au congrès de 2016.  » On ne voit pas très bien ce que cela signifie, réplique un patron de fédération. La CGT a besoin d’un porte-parole et c’est le secrétaire général.  »

Mardi 16 décembre, les 56 membres de la CE se réunissent toute la journée pour établir l’ordre du jour du comité confédéral national du 13 janvier, le « parlement » de la CGT, seul habilité à révoquer M. Lepaon.  » Il y aura une formule qui laissera ouvertes toutes les possibilités, indique une source interne, y compris la révocation.  » A moins que M. Lepaon prenne les devants et annonce, dès mardi, sa démission.

Michel Noblecourt ■


LE CANARD ENCHAÎNÉ
Lepaon met le souk au parti

L ’AFFAIRE Lepaon a déclenché une belle bagarre éditoriale entre les camarades de « L’Humanité » et ceux de « L’Humanité Dimanche ». Depuis plusieurs semaines, le quotidien communiste s’est abstenu de toute déclaration de soutien au patron de la CGT.

Mieux : le 15 décembre, l’« Huma » a publié une courte tribune de Georges Séguy où l’ancien secrétaire général du syndicat des années 70 appelle, à mots couverts, au départ de son lointain successeur.

Mais, dans les colonnes de l’« Huma Dimanche », le ton est tout autre. Dans son numéro du 11 décembre, l’hebdomadaire consacre quatre pages à dénoncer la « campagne anti-Lepaon » et « un plan savamment orchestré ».

« A qui profite l’affaire ? » questionne le journal, avant d’affirmer qu’« une CGT affaiblie est une aubaine pour le patronat ».

Gattaz est, décidément, plus fort qu’on ne le croit ! ■

 


Les Echos
CGT : Thierry Lepaon poussé vers la sortie

Le secrétaire général avait convoqué hier les dirigeants fédéraux et départementaux de la centrale. La réunion s’est mal passée pour lui.

Thierry Lepaon ne peut plus se faire d’illusions sur son avenir à la tête de la CGT. Pour éviter de se voir contraint de lâcher son poste, le secrétaire général de la CGT, Thierry Lepaon, mis en cause dans plusieurs affaires financières, avait tenté une manoeuvre en convoquant hier une réunion des dirigeants des fédérations et des unions départementales.

L’astuce tenait au fait que cette assemblée était composée comme le comité confédéral national (CCN), qu’elle avait lieu dans la salle où celui-ci se réunit, mais qu’elle n’avait aucune de ses compétences statutaires, notamment la possibilité de démettre le secrétaire général. La rencontre n’a donc pas pu lui être fatale. Mais elle a permis de constater que le vent a définitivement tourné pour lui.
Sur la cinquantaine d’organisations qui se sont positionnées lors de la discussion, qui a duré toute la journée, une large majorité a demandé son départ.

Certains évoquent même deux tiers d’interventions demandant à Thierry Lepaon de quitter son poste (avec ou sans le reste du bureau confédéral). Parmi elles, bien sûr, il y avait des organisations qui avaient écrit dans ce sens, notamment la fédération des services publics, première en termes d’adhérents (80.000), mais aussi d’autres restées silencieuses jusqu’à présent. Pour compléter le tableau,

il aurait fallu y ajouter les structures désapprouvant la décision du numéro un cégétiste de convoquer ce vrai-faux CCN et qui avaient choisi de n’envoyer personne. Il ne demeure plus grand suspense sur l’avenir de Thierry Lepaon. D’autant que nombre de ses soutiens ont commencé à l’abandonner la semaine dernière.

Mais il va falloir encore convaincre le syndicaliste normand de rendre son tablier, lui qui, jusqu’à présent, a refusé d’admettre qu’il avait perdu la bataille. Va-t-il se maintenir jusqu’au comité confédéral national exceptionnel qu’il a dû convoquer le 13 janvier et contraindre cette instance à le démettre ?

« S’il y a un vote par mandat, maintenant, c’est certain, il sera battu », commente un cégétiste qui a participé à la réunion d’hier. Thierry Lepaon ne peut plus se faire d’illusions sur son avenir à la tête de la CGT.

Reste à savoir si Thierry Lepaon, qui n’a ni le soutien de son prédécesseur Bernard Thibault ni celui de l’ancien leader Georges Séguy, comme le montre la tribune que ce dernier a publiée dans « L’Humanité », entraînera dans sa chute l’ensemble du bureau confédéral. Alors même que cette instance de direction resserrée autour du secrétaire général ne peut être tenue responsable des dérives financières.

C’est le scénario sur lequel travaillent certains anciens soutiens du secrétaire général, qui ne veulent pas que tirent profit de la crise ceux qui, au sein de la direction resserrée de la centrale, se sont opposés à Thierry Lepaon quand les scandales ont éclaté et que ce dernier a tenté d’évincer début novembre : Eric Aubin, ex-candidat à la succession de Bernard Thibault et qui a dit mardi dernier qu’il ne briguerait plus le poste, Sophie Binet, Valérie Lesage, Mohammed Oussedik.

Le scénario de la table rase est défendu par les deux autres anciens candidats malheureux à la succession de Bernard Thibault : Agnès Naton, également membre du bureau et dont la gestion de « La NVO », le journal historique de la CGT, est contestée ; et Nadine Prigent, à qui Thierry Lepaon avait confié la responsabilité clef de la gestion des cadres. Séduira-t-il l’organisation ? En tout cas, les grandes manoeuvres ont déjà commencé.

Hier, Philippe Martinez, numéro un de la métallurgie, qui vise le poste de secrétaire général de la CGT, n’a dit mot, cultivant une posture de rassembleur. La commission exécutive de la centrale se réunit aujourd’hui.


La fédération des services publics de la CGT réclame la démission de Lepaon

Le Monde.fr avec AFP

La fédération des services publics, la première de la Confédération générale du travail (CGT), réclame la démission de Thierry Lepaon, selon une source interne, confirmant des informations du site d’information Atlantico. L’avenir du secrétaire général de la CGT reste en suspens depuis les révélations du Canard enchaîné sur d’importantes dépenses de rénovation dans l’appartement et le bureau de ce dernier, aux frais de la centrale syndicale.

Dans un texte voté jeudi, la direction de cette fédération, qui compte plus de quatre-vingt mille adhérents, a estimé que, « compte tenu de ses responsabilités et de l’incapacité dans laquelle il se trouve d’assumer ses missions de secrétaire général, le départ [de Thierry Lepaon] est inéluctable ».

Et d’ajouter : « La meilleure solution pour rassembler la CGT est la démission de Thierry de son mandat de secrétaire général dans les plus brefs délais. » Le texte précise que « si tel n’était pas le cas avant la réunion du 13 janvier du comité confédéral national », (CCN, parlement de la CGT, habilité à destituer le secrétaire général), la fédération des services publics « sera alors porteuse d’un mandat de révocation du secrétaire général ».

A l’issue d’une réunion de près de dix heures, mardi, la commission exécutive de la CGT a convoqué pour le 13 janvier une réunion extraordinaire du comité confédéral national, composé des secrétaires généraux des trente-trois fédérations et des quatre-vingt-seize unions départementales. Ce comité confédéral national décidera alors du sort du secrétaire général.

UNE « FAUTE COLLECTIVE », SELON M. LEPAON

A la fin d’octobre, Le Canard enchaîné avait révélé des dépenses de rénovation à hauteur 105 000 euros de l’appartement de location de M. Lepaon, en bordure du bois de Vincennes ; M. Lepaon avait affirmé qu’une « faute collective » avait été « commise », faute qu’il avait imputée principalement à Eric Lafont, l’administrateur-trésorier de la CGT.

Cette « faute collective ne masque pas des responsabilités individuelles », avait-il dit, affirmant qu’il n’était pas au courant du montant des dépenses. M. Lepaon n’avait en revanche pas jugé exagérés les 62 000 euros de travaux dans son bureau, effectués, selon lui, dans le cadre de la rénovation du siège de la CGT, à Montreuil, toujours selon Le Canard enchaîné. Le 5 décembre, devant le bureau confédéral (exécutif resserré de dix membres), M. Lepaon avait refusé d’évoquer sa démission, promettant à la commission exécutive « la transparence complète » sur ces sujets.

Selon Atlantico, la fédération de la santé, la deuxième de la CGT (quelque soixante-quatorze mille adhérents), aurait elle aussi demandé la démission des dix membres du bureau confédéral de la CGT, dont celle de Thierry Lepaon. Nathalie Gamiochipi, secrétaire générale de la fédération santé n’a pas confirmé cette information. « On a discuté, mais la fédération se prononcera le 12 janvier », veille du comité confédéral national, a-t-elle dit.


Les Echos
CGT  : les appels au départ de Thierry Lepaon se multiplient

Pour tenter de sauver sa place, Thierry Lepaon s’est appuyé jusque-là sur la très forte culture légitimiste de la CGT, invoquant aussi un complot de la presse.

Les 129 premiers dirigeants de la CGT se retrouvent lundi pour discuter des affaires financières impliquant le numéro un cégétiste.

Lundi matin, les 129 premiers dirigeants des fédérations et unions départementales de la CGT se retrouvent au siège de la centrale, à Montreuil, pour discuter des conséquences des affaires financières impliquant Thierry Lepaon, le numéro un cégétiste.

Seront là tous les membres du Comité confédéral national (CCN), le «  parlement de la CGT  », instance souveraine entre deux congrès et dotée de larges pouvoirs dont celui de démettre son premier dirigeant. Sauf ceux qui ont décidé de boycotter la réunion.

Mais il ne faut paradoxalement attendre de ce rendez-vous aucune décision concrète  : formellement, il s’agit d’une simple assemblée générale, pas d’un CCN. En la convoquant, Thierry Lepaon cherchait justement à éviter de se retrouver formellement devant son parlement. La manœuvre a échoué. La démission du trésorier, Eric Lafont, mardi dernier, a imposé sa convocation pour désigner un successeur.

Un CCN extraordinaire aura lieu le 13 janvier. De toute façon, l’afflux de demandes en ce sens rendait le rendez-vous incontournable. Mais cela ne fait pas de la réunion d’aujourd’hui une formalité.
Lepaon de plus en plus isolé

Au contraire même, elle revêt dans ce contexte un double enjeu.

Le premier est de prendre le pouls de la centrale, même si tout le monde ne va pas se dévoiler, certains n’ayant même pas encore de mandat précis de leur structure. La rencontre s’annonce donc périlleuse pour Thierry Lepaon, incapable de rassembler.

Toujours déterminé en fin de semaine à ne pas démissionner, il pourrait mettre de l’huile sur le feu, comme au dernier CCN, début novembre. Le second enjeu est très concret  : c’est la fixation de l’ordre du jour du 13 janvier.

Formellement, c’est demain que la commission exécutive va l’écrire, mais les débats d’aujourd’hui auxquels participeront ses 56 membres pèseront lourd. La question du départ de Thierry Lepaon y figurera-t-elle explicitement  ? En tout cas, ce sera bien le cœur du sujet lundi alors que le leader cégétiste est de plus en plus isolé.

Le sujet est resté longtemps tabou. Thierry Lepaon ne s’est pas privé de s’appuyer sur la très forte culture légitimiste de la CGT, en plus de l’argument classique d’un complot de la presse, fragilisé par le fait qu’il n’hésite pas à l’instrumentaliser lui-même, en témoignent les 4 pages sur son «  lynchage  » dans le dernier «  Humanité dimanche  ».

Mais l’affaire de sa prime de départ a changé la donne et depuis le 5 décembre, au lendemain des élections dans la fonction publique, les demandes de démission du secrétaire général affluent  : SNJ-CGT, Union générale des fédérations de fonctionnaires, Région Midi-Pyrenées, fédération des Services publics…

Jusqu’à la fédération de la santé, dont la secrétaire générale s’est vue imposer jeudi par son comité fédéral de discuter aujour­d’hui de la question du départ du numéro un.

Comme les autres proches de Nadine Prigent, candidate malheureuse à la succession de Bernard Thibault, et ceux d’Agnès Naton, qui avait essuyé la même déconvenue, cette responsable s’était d’abord rangée derrière Thierry Lepaon.

Mais les uns et les autres ont pris acte du caractère désormais incontournable d’un départ de Thierry Lepaon et espèrent garder la main en obtenant la démission de tout le bureau confédéral.

Leïla de Comarmond


L’Humanité
CGT : ce que cache la campagne anti-Lepaon

« Tous pourris » à la CGT comme ailleurs ? C’est la sale petite musique que tente de distiller le cirque médiatique qui se déchaîne contre Thierry Lepaon. Tout semble se dérouler selon un plan savamment orchestré. Des « révélations » distillées l’une après l’autre dans « le Canard enchaîé » puis « l’Express ». Un peu de vrai, beaucoup de faux. Une rhétorique fallacieuse.

La CGT, première organisation syndicale au niveau national, n’a signé ni l’ANI, ni la convention chômage, ni le pacte de responsabilité. Son affaiblissement serait une aubaine pour qui veut casser les droits des salariés

Le 9 décembre, le secrétaire général s’est expliqué devant les 56 membres de la commission exécutive des accusations lancées contre lui.Il doit le faire à nouveau le 16 décembre devant une assemblée générale des secrétaires généraux des organisations de la CGT, puis devant le CCN (parlement du syndicat) en janvier. L’administrateur de la confédération, Éric Lafont, a démissionné de sa fonction.
S’il n’y a à la CGT ni scandale financier ni dirigeant « véreux », la crise a mis au jour des modes de fonctionnement insuffisamment démocratiques et un manque certain de culture du débat.

« CET HOMME DONT PARLE LA PRESSE N’EST PAS L’HOMME QUE JE CÔTOIE TOUS LES JOURS. » UNE SALARIÉE DE LA CGT

Thierry Lepaon aurait fait refaire son appartement aux frais de la CGT, mais aussi son bureau au siège de la confédération, il aurait même touché un « parachute doré » en quittant ses fonctions de secrétaire général de l’union régionale de Basse-Normandie après une « rupture conventionnelle » !

Et voilà un homme jeté en pâture, des médias déchaînés qui somment tantôt le secrétaire général de la CGT de démissionner, tantôt la confédération de « licencier » son numéro un. « Cet homme dont parle la presse n’est pas celui que je côtoie tous les jours », confie une salariée de la confédération, affectée comme le sont une g rande partiedes militants.

Que sait-on exactement de l’« affaire » ? Thierry Lepaon résidant en Normandie, où il est locataire d’un HLM, la confédération CGT a décidé de mettre un logement de fonction à sa disposition. Un appartement de 79 m2 – et non 120 comme l’avait claironné la presse –, sans home cinéma ni cave à vin, loué 2 000 euros par mois et dans lequel 105 000 euros de travaux ont été réalisés (rénovation, mises aux normes de la plomberie…).
Chacun peut certes s’interroger sur le bien-fondé et la pertinence de ce choix – à commencer par les syndiqués puisqu’il s’agit de leur argent – mais il n’y a là rien d’illégal.

Quant aux travaux (62 000 euros) réalisés dans les bureaux du secrétaire général et de ses deux collaboratrices, ils s’inscrivent dans un plan de rénovation des locaux de la confédération, après de nombreuses années en l’état.

LE FANTASME DU PARACHUTE DORE

Reste la troisième « révélation » visant le coeur, l’éthique même du syndicat : de l’argent touché sur un départ négocié, versé par la CGT toujours. Une somme évoquée de 100 000 ou 200 000 euros – admirons la précision ! Qu’en est-il exactement ? Thierry Lepaon n’a signé aucune rupture conventionnelle à son départ de l’union régionale de Basse-Normandie. Sa soi-disant prime se monte à environ 30 000 euros.

Elle correspond à des soldes de congés payés et à la prise en charge, décidée par la CGT régionale, de cotisations retraite compensant la sous-cotisation liée à des périodes de chômage subies après son licenciement de Moulinex. Une pratique courante dans les organisations de la CGT, selon plusieurs témoignages.
Au bout du compte, sa retraite sera bonifiée de… 140 euros par mois.

Très loin d’une retraite chapeau !
Quant à son salaire (4 200 euros par mois), c’est celui d’un salarié cadre.

Mais le malaise engendré au sein de la CGT par cette campagne de presse est réel, nourri par une certaine opacité, voire un manque de rigueur, des prises de décision au sein de la confédération – qui ne datent sans doute pas des derniers mois.
Toutes proportions financières gardées, la confédération semble calquer ses pratiques sur celles des entreprises en matière d’avantages accordés à ses cadres et dirigeants, ce qui passe mal auprès d’une partie de sa base militante.

Le choix de ne pas communiquer rapidement sur les rumeurs diverses et variées a ajouté à la confusion.

EN PREMIÈRE LIGNE CONTRE L’EXTRÊME DROITE

Ce n’est pas le lynchage ou la démission d’un homme qui peuvent régler le problème mais une réflexion collective de l’organisation sur ses modes de fonctionnement et ses pratiques, tant au niveau confédéral qu’à celui des structures territoriales et professionnelles. Sans doute faut-il débattre aussi du fait qu’un responsable syndical a une carrière professionnelle au mieux entre parenthèses, au pire stoppée, et que son engagement peut justifier certaines compensations de la part de son organisation, dans les limites qu’elle a elle-même fixées et en toute transparence.

Le malaise est lié aussi à cette question toujours sans réponse : qui alimente la presse de bribes d’informations permettant de faire monter la sauce ? Des milieux politiques ayant accès aux informations de la DCRI (ex-RG) ? Une source interne à la CGT ? Un salarié de la confédération en conflit avec son employeur ? Un syndicaliste en délicatesse avec le secrétaire général qui n’a pas mesuré la portée de son acte ? Un adepte du « tout doit péter » ?

À la question : à qui profite l’affaire ? la réponse semble plus claire. Une CGT affaiblie est une aubaine pour tous ceux, patronat et partis politiques, qui ont pour projet de casser les droits sociaux des salariés. La première organisation syndicale au niveau national s’oppose frontalement à la stratégie soi-disant de compétitivité copilotée par le MEDEF et le gouvernement.

Elle n’a signé ni l’ANI de janvier 2013 (transcrit dans la loi de juin 2013), ni la dernière convention chômage, ni le pacte de responsabilité. La discréditer, c’est tenter de faire passer plus facilement les mauvais coups à venir. Manier contre elle la rhétorique du « tous pourris » c’est aussi tenter de briser toute confiance entre elle et des salariés souvent déboussolés par ce qu’ils vivent comme une trahison du gouvernement socialiste, pour assigner ceux-ci à la résignation.

Un jeu dangereux car la colère populaire pourrait alors tomber dans d’autres bras : la CGT est la seule organisation de masse présente au quotidien auprès des classes populaires et qui ne ménage pas sa peine pour combattre les idées d’extrême droite.

Mais ceux qui rêvent d’une CGT à terre vont sans doute devoir attendre ! Malgré les torrents de boue déversés contre son secrétaire général, elle est sortie première des élections dans la fonction publique du 4 décembre. Avec ses airs de vieille dame taillée jadis à la mesure des grandes concentrations ouvrières, la centrale est sortie très largement en tête des élections professionnelles organisées dans les très petites entreprises (TPE) fin 2012.

Elle est aussi le syndicat des précaires, des intérimaires, des chômeurs, des intermittents ou des retraités. Celui qui a su organiser les luttes victorieuses des travailleurs sans papiers et des femmes de chambre de la sous-traitance hôtelière. Riche de ses diversités, la CGT est forcément traversée de tensions et de contradictions, mais elle est vivante.

 

PASCAL DEBAY, SECRETAIRE GENERAL DE L’UNION DEPARTEMENTALE DE LA CGT

« Je ne participe pas au show médiatico- politique autour de Thierry Lepaon. J’attends les explications qu’il nous donnera dans les réunions entre responsables de la CGT. Il y a des rumeurs, des choses relatées dans la presse, des noms qui circulent pour prendre le fauteuil de secrétaire général…

Malheureusement, la société rattrape la CGT ! Mais ce n’est pas que Montreuil qui fait que la CGT existe ! Je suis là, dans mon UD à Nancy, et les premiers résultats aux élections de la fonction publique sont plutôt bons.

RICHARD DELUMBE, SECRETAIRE DE L’UNION LOCALE DE MONTREUIL (93)

« Les militants sont fous furieux. Pas les adhérents »

« C’est grave. Ça témoigne de la crise de succession ouverte avec le départ de Bernard Thibault, qui reste à analyser.
Ça témoigne aussi d’une sécession des élites, qui, au sein même du syndicat, se coupent de la population.

Thierry Lepaon est loin d’être le seul concerné. Il faut régler la situation sans tarder. Imaginons, en CE, la discussion avec un patron qui nous sort ça de manière goguenarde… même si on peut répliquer qu’avec sa retraite chapeau, il est mille coudées audessus. Les militants sont fous furieux. Pas les adhérents. Est-ce que c’est une bonne nouvelle ? Ou est-ce que ça signifie, sur l’air de “tous pourris”, qu’ils trouvent normal qu’on en croque ? »

LAURA LAUFER, MILITANTE (93)

« Que ça arrive juste avant les élections dans la fonction publique, ça ne peut pas être un hasard. Mais je trouve les sommes annoncées, surtout pour l’appartement, excessives.
On ne peut pas reprendre les pratiques qu’on dénonce chez les patrons, même si, comparativement, elles n’ont rien à voir.

Mais surtout ces “affaires” témoignent d’un déficit démocratique. Il faut savoir qui en a discuté, qui a pris les décisions, qui a choisi les entrepreneurs. J’attends des éclaircissements, mais je suis bien sûre qu’on ne peut pas mettre ça sur le dos d’un seul homme qu’ils veulent cartonner. »

PHILIPPE MARTINEZ, SECRETAIRE GENERAL DE LA CGT METALLURGIE

« Si l’on veut faire carrière, on ne choisit pas la CGT. Les militants sont des gens toujours disponibles pour les salariés, qui ne comptent pas leurs heures, souvent discriminés dans leur travail. Le cirque actuel crée un climat détestable.
La presse fait des amalgames détestables.

Nos pratiques et nos vies au quotidien sont loin de tout ça. Il y a des problèmes qui doivent être réglés en interne. Ils intéressent d’abord les syndiqués. Je suis persuadé que la CGT va s’en sortir par le haut. »

DENIS BREANT, MEMBRE DE LA DIRECTION NATIONALE DE LA CGT METALLURGIE

« Toute la presse s’est excitée, passant quasiment sous silence les affaires financières des Balkany ! » « Thierry Lepaon est rattaché à mon syndicat, dans le Calvados. Je ne comprends pas tout ce qui se passe, je n’ai pas toutes les informations. Je note que le jour où “l’affaire de l’appartement” est sortie, toute la presse s’est excitée, passant quasiment sous silence les affaires financières des Balkany ! Pour moi, Thierry a l’image de quelqu’un d’intègre et de droit. Il est secrétaire général de la CGT. À la base, il n’avait rien demandé. On l’a présenté comme désigné “faute de mieux”, mais c’est quelqu’un de très compétent ! »

CHRISTIAN GEISLER, RETRAITÉ, ANCIEN DÉLÉGUÉ CENTRAL SYNDICAL DE DANONE (RHÔNE)

« Ils s’en Prennent Au Seul Syndicat Européen Qui Se Bat Contre Le Capitalisme Financier »

« Comme homme, je crois Thierry Lepaon honnête, mais ça importe peu puisque c’est à la CGT qu’ils s’en prennent. Au seul syndicat européen qui se bat contre le capitalisme financier.
C’est une affaire dérisoire.

Bon, et si avec nos cotises, on paie des apparts aux responsables, qui ça regarde, à part les 700 000 adhérents du syndicat ? C’est à eux qu’il faut rendre des comptes. Cette gauche qui n’en a que le nom veut faire croire que nous ne sommes pas légitimes. Aux élections professionnelles, la participation oscille entre 60 et 80 %. Il y a un président qui aimerait bien pouvoir en dire autant… »

ROLAND RONDINI, DÉLÉGUÉ DU PERSONNEL, PROFESSIONS CULTURELLES (BOUCHES-DU-RHÔNE)

« Ils sont nombreux ceux qui voudraient affaiblir la CGT par n’importe quel moyen » « Les sommes, comparé à ce qu’on connaît ailleurs, c’est dérisoire. Mais qu’on vole 10 euros ou 1000, c’est pareil. Il n’y aurait pas de fumée sans feu. Mais qu’est-ce qui me dérange : la fumée ou le feu ? Et qui a ventilé la fumée ? Ils sont nombreux ceux qui voudraient affaiblir la CGT par n’importe quel moyen.
Reste que même avec un petit feu, il faut faire attention.

Nous devons respecter nos mandats, ce pour quoi on a été élu. On en a un peu parlé entre militants, mais comme ça. On était bien plus préoccupé par nos affaires de terrain. Et on n’a pas eu de remontées d’adhérents scandalisés. »

31 %

Le chiffre tourne en boucle dans les médias. Seuls 31 % des Français ont une bonne opinion de la CGT (sondage Ifop pour « Dimanche Ouest France »). Une baisse de 14 % par rapport à 2013. La presse est passée par là.

Le constat doit être nuancé. La chute est surtout forte chez les sympathisants de droite (20 % de bonnes opinions) et les personnes âgées (17 %), mais relative chez les sympathisants de gauche (52 %), les jeunes (41 %) et les catégories populaires (41 %).

LA PRESSE SE LÂCHE !

Le discours anti-CGT est le fonds de commerce habituel d’une partie de la presse. Mais avec la multiplication des « affaires » de ces dernières semaines, les journalistes se sont déchaînés. En trois temps.

  • Premier acte : expliquer pourquoi Lepaon ne peut pas rester à la tête de la CGT.

« Thierry Lepaon acculé à la démission », affirme (espère ?) « le Monde » du 4 décembre. Le même jour, le caricaturiste Plantu dessine un Lepaon vautré dans son canapé, qui lance à un de « ses » ouvriers : « Et si on faisait les embrasures à la feuille d’or ? Vous me terminerez ça dimanche ! » Les experts affirment alors que le sort du dirigeant syndical sera scellé lors de la réunion interne du 5 décembre.

  • Deuxième acte : Lepaon « se cramponne » à son siège.

Coup de théâtre : la réunion du 5 ne conduit pas à la démission tant attendue. Qu’à cela ne tienne, les journalistes changent leur fusil d’épaule. « Lepaon s’accroche à son siège », titre « les Échos » (5 décembre). « Affaibli par les affaires, Thierry Lepaon aurait réussi à convaincre de grosses fédérations de le maintenir à son poste jusqu’au prochain congrès de la CGT en 2016 », croit savoir le quotidien. Qui entretient le suspense : « Mais rien n’est joué. » Dans le même temps, des noms de potentiels remplaçants circulent dans la presse, à grand renfort de témoignages anonymes. Pendant ce temps, l’UMP donne de la voix. « Je suis scandalisé, s’offusque Xavier Bertrand. Il avait des goûts de luxe, on l’a découvert. Il a trahi, ce monsieur. » L’UMP qui dénonce la folie des grandeurs de Lepaon, après avoir dépensé près de 40 millions d’euros pour une campagne présidentielle, ça ne manque pas de sel !

  • Troisième acte : la CGT est « affaiblie ». Démission ou pas, le feuilleton révèle l’ampleur de la « crise » affectant l’organisation. « La CGT peine à faire face aux transformations du monde », explique un « expert » dans « les Échos » (8 décembre). Comprendre : la CGT refuse de signer comme un seul homme les reculs sociaux concoctés par le gouvernement, à commencer par l’ANI de janvier 2013.

Quand la centrale entérinera enfin le social-libéralisme à la sauce Hollande, les journalistes seront satisfaits…


L’Humanité
La CGT tente de dénouer la crise de direction

On l’annonçait tendue, la journée qui s’est déroulée hier à Montreuil l’a confirmé. Dès le début de la matinée, l’administrateur trésorier de la CGT, Eric Lafont, rendait sa démission aux membres de la commission exécutive. Le 4 novembre, devant le « parlement » (comité confédéral national, CCN) de la centrale, Thierry Lepaon avait reconnu l’existence de « responsabilités individuelles » dans cette « faute collective », précisant, à propos des travaux dans son appartement de fonction, qu’il existait « des failles majeures dans le fonctionnement interne de prise de décisions », puisque « les arbitrages et la décision finale » pour cette location n’avaient été « ni débattus, ni validés par une instance ».

Rappelons que l’affaire a démarré avec les révélations du Canard enchaîné sur les dépenses effectuées par la confédération dans l’appartement de Vincennes du secrétaire général (105 000 euros), puis celles concernant les travaux dans son bureau (62 000 euros). Elle avait grossi dernièrement avec les informations de l’Expansion sur les indemnités (31 000 euros) perçues par Thierry Lepaon lors de son départ de la CGT de Basse-Normandie, pour rejoindre le secrétariat général.

A l’heure où nous écrivons ces lignes, aucune information officielle n’avait encore filtré sur les modalités à suivre pour régler la crise de direction. On ne connaissait pas, en particulier, le sort réservé aux propositions du bureau confédéral, relatives au rapport de la Commission financière de contrôle de la CGT, chargée, début novembre, par le CCN de faire la lumière sur les « dysfonctionnements ». Toutefois, selon diverses sources, les 56 responsables qui forment la commission exécutive auraient décidé de convoquer le CCN en janvier, vraisemblablement le 13.

Le bureau confédéral, réuni vendredi dernier, avait proposé une simple réunion, au plus tard le 16 décembre, des secrétaires généraux des unions départementales et des fédérations professionnelles pour permettre « le débat le plus large dans la CGT ». Ces dernières semaines, s’étaient accumulés, à Montreuil, des courriers émanant des unions départementales et des fédérations, dont une grande partie optaient pour la convocation dans les plus brefs délais d’un CCN à proprement parler, seule instance habilitée à élire de nouveaux dirigeants confédéraux.

« Un processus inédit à la hauteur de la gravité », pour reprendre les mots de la motion envoyée par la Fédération des services publics. Au-delà de la demande de transparence, et des différentes révélations sur la personne du secrétaire général, les adresses des organisations mettent en avant le besoin de redéfinir la « stratégie et la convergence de l’action professionnelle » prévue en février 2015. ■

par Clotilde Mathieu


Les Echos
Thierry Lepaon dans une position de plus en plus difficile

La commission exécutive de la CGT a convoqué hier le comité confédéral national pour le 13 janvier.

Thierry Lepaon est de moins en moins soutenu au sein de la CGT. Il aura tout essayé, même les larmes. Mais Thierry Lepaon n’a pas réussi hier à manoeuvrer la commission exécutive de la CGT comme il l’espérait. A l’ouverture de la réunion de la direction élargie de la centrale (56 membres), qui se poursuivait toujours en soirée, le leader syndical a lu une lettre du trésorier de la confédération, Eric Lafont, dans laquelle il présentait sa démission à la suite des révélations concernant les largesses financières dont a bénéficié Thierry Lepaon. Le fusible idéal.

Cela devait parachever le tableau patiemment construit ces derniers jours par le numéro un de la CGT. Majoritaire au bureau confédéral grâce à ses soutiens inconditionnels, Thierry Lepaon s’était en effet donné une autre carte dès vendredi.

Le bureau avait annoncé qu’il proposait de se contenter d’une réunion des numéros un des 33 fédérations et 96 unions départementales. Soit les mêmes que ceux qui composent le comité confédéral national (CCN) mais sans aucun pouvoir de décision, lundi 15 décembre. Il avait aussi tenté une division en réunissant discrètement quelques barons de la centrale deux jours avant.

Mais cela n’a pas suffi. Les interventions en faveur du secrétaire général de la CGT ont été minoritaires, même si elles étaient remarquées, telle celle de Catherine Perret, qui a empêché Thierry Lepaon de signer l’accord formation en mars dernier.

Avec quelques autres, les intervenants auraient ainsi demandé la démission de tout le bureau confédéral à l’exception du secrétaire général, le seul encore légitime à leurs yeux.
Un répit jusqu’en janvier

Si la réunion du 15 décembre est maintenue, Thierry Lepaon n’a pas réussi à éviter une réunion du CCN, le parlement de la CGT, investi par les statuts de pouvoirs majeurs, à commencer par celui de destituer le secrétaire général. C’est le cadeau empoisonné que lui a fait en partant Eric Lafont. Sa convocation était devenue incontournable puisque seul le CCN est habilité à désigner un nouveau trésorier, tout comme un nouveau secrétaire général entre deux congrès. Mais, même sans cela, Thierry Lepaon aurait été acculé.

Il faut dire que le compteur s’est mis à tourner très vite depuis la fin de la semaine dernière. Les courriers officiels demandant une convocation du CCN pour acter le départ du numéro un de la CGT se sont multipliés ces derniers jours. Lundi soir, on en aurait dénombré 48, alors qu’il n’en faut que 43 pour la déclencher. La seule victoire de Thierry Lepaon est que ce CCN ne pourra pas matériellement avoir lieu avant les fêtes compte tenu des règles de convocation. Il sera donc réuni en janvier. Ce devrait être le 13. Cela laisse au leader de la CGT le temps de réfléchir et de décider s’il veut aller au bout du processus et risquer l’humiliation suprême de la destitution.

Il est de plus en plus certain que la CGT va devoir s’attaquer à la rude tâche de désigner une nouvelle direction. La centrale va se retrouver confrontée à un choix majeur, celui qu’elle n’a pas su faire lors du départ de Bernard Thibault, le prédécesseur de Thierry Lepaon.

Se contentera-telle de désigner un nouveau secrétaire général, alors que ces dix-huit mois ont tué le mythe de l’homme providentiel à la CGT ou va-t-elle nommer un collectif et réfléchir à de nouvelles procédures de désignation de ses dirigeants, qui lui font cruellement défaut depuis que le Parti communiste ne joue plus un rôle déterminant dans leur désignation ? ■

par Leïla De Comarmond


LIBÉRATION
Affaire Lepaon : la CGT convoque son parlement

Appelé à se réunir le 13 janvier, le comité confédéral national pourrait décider de destituer le secrétaire général du syndicat.

Le calendrier d’une éventuelle révocation se précise pour le secrétaire général de la CGT, Thierry Lepaon, mis en difficulté par les révélations sur les frais de rénovation de son appartement de fonction, de son bureau et sur sa « prime de départ » de 31 000 euros de la CGT Basse-Normandie.

La commission exécutive confédérale (direction élargie de 50 membres), réunie mardi toute la journée, a décidé de convoquer un comité confédéral national (CCN, parlement de l’organisation), seule instance en mesure de le destituer, pour le 13 janvier prochain.

Ses membres n’ont même pas eu besoin de voter… Ne voulant pas prendre le risque d’être mis en minorité, Lepaon a lui-même proposé cette convocation en début de réunion. Il n’avait pas le choix : selon nos informations, 46 lettres d’organisation membres du CCN avaient été reçues à la confédération, assez pour convoquer d’office une telle instance.

La réunion, lundi 16 décembre, du CCN « canada dry » (réunion initiée par Lepaon la semaine dernière des membres du CCN mais sans les pouvoirs du CCN, notamment celui de le destituer) n’est pas pour autant annulée.

« Elle va lui permettre de sentir le rapport de forces, glisse un dirigeant de l’organisation. S’il est malin, il pourrait alors choisir, s’il se sent en minorité, de démissionner avant le vrai CCN du 13 janvier. » Et ce dirigeant de considérer, cependant, que rien n’est encore totalement joué, Lepaon cherchant jusqu’au bout à se maintenir.

La commission exécutive de mardi a d’ailleurs débuté, après quelques larmes de Lepaon, par la démission du trésorier de l’organisation, Eric Lafont. Un départ interprété par beaucoup comme celui d’un fusible, et qui n’a pas empêché plusieurs membres de la CE de demander la démission du secrétaire général au cours de la réunion.

« Cette démission aurait dû intervenir il y a un mois. Aujourd’hui c’est insuffisant, il ne s’en sortira pas comme cela », jugeait mardi un secrétaire général de fédération, très remonté. « Il est totalement cramé, il a fait trop de mal à l’organisation, mais le mieux serait qu’il parte de lui-même », estimait de son côté un autre dirigeant.

Un mouvement de révolte attisé par la publication, le même jour, des résultats des élections dans la fonction publique : tout en se maintenant en tête, à 23,1%, la CGT perd 2,3 points.

Luc PEILLON


Lepaon manoeuvre pour se maintenir à la tête de la CGT

LES ÉCHOS – LEÏLA DE COMARMOND / LE 08/12

Thierry Lepaon, le leader de la CGT, veut éviter que la commission exécutive de la CGT convoque le parlement du syndicat.

Tout le monde peut au moins s’accorder sur une chose concernant le secrétaire général de la CGT, Thierry Lepaon : c’est un obstiné. Il a lui-même allumé la mèche d’un troisième incendie, en confirmant à «  L’Express  » avoir touché une prime de départ de 31.000 euros parce qu’il quittait la CGT de Normandie pour prendre la tête de la centrale au motif que juridiquement il changeait d’employeur.

Mais pas question de lâcher son poste après ces nouvelles révélations.

L’affaire s’ajoute aux quelque 130.000 euros de dépenses de la CGT pour un appartement de fonction loué à Vincennes et aux 62.000 euros de rénovation de son bureau. Elle a, plus encore que les autres, provoqué une vague de colère dans l’organisation.

Au point qu’au sein même du bureau confédéral (la direction resserrée de 10 membres dont Thierry Lepaon), trois de ses quatre partisans inconditionnels l’avaient lâché, seule Agnès Naton persistant comme le leader de la CGT à ne rien voir d’anormal dans sa prime de départ.
Un subterfuge

Thierry Lepaon manœuvre pour éviter une réunion exceptionnelle de la seule instance qui peut le démettre de ses responsabilités : le comité confédéral national (CCN) composé des 33 numéros un de fédérations et 96 numéros un d’unions départementales et qui constitue entre deux congrès le parlement de l’organisation.

Jeudi dernier, le cégétiste a réussi à éviter que le bureau confédéral ne la demande, refaisant le plein de ses soutiens en son sein . Il a trouvé un subterfuge. N’en déplaise aux quatre frondeurs du bureau – Eric Aubin, Sophie Binet, Valérie Lesage et Mohammed Oussedik -, cette instance va proposer ce mardi à la commission exécutive (CE, direction élargie de 50 membres de la CGT) de se contenter d’une simple réunion de tous les numéros un fédéraux et départementaux. Cela ressemble à s’y méprendre à un CCN mais elle n’a aucun pouvoir statutaire.
Tensions sociales avec le personnel

La commission exécutive va se dérouler dans une ambiance tendue par les mauvais résultats électoraux dans la fonction publique qui seront officiellement annoncés ce mardi et sur fond de tensions sociales avec le personnel de la confédération.

Celui-ci a prévu de distribuer une adresse aux participants où il explique être «  très démotivé et en perte de repères, […] atteints dans [leurs] vies de salariés tant militantes que personnelles  ». Il dénonce le licenciement d’un élu CGT par l’association qui gère le personnel administratif de la confédération que vient de refuser l’inspection du travail.

La CE n’est pas obligée de reprendre à son compte la proposition de Thierry Lepaon. Mais elle marquerait même là une indépendance vis-à-vis du leader de la CGT dont elle n’est jusqu’à présent pas coutumière.

Pour autant, la convocation d’un véritable CCN n’est pas exclue, sachant qu’il suffit d’un tiers des organisations pour l’imposer. Nombreux sont ceux qui retiennent leur plume dans l’attente de la décision de la CE.
Un joli coup

Pour se rétablir, le syndicaliste a joué les baronnies. Il a réussi un joli coup en réunissant mercredi dernier au soir au huitième étage de la tour confédérale, celui du secrétariat général, plusieurs grosses fédérations afin de s’assurer de pouvoir rester en place jusqu’au prochain congrès, prévu jusqu’à présent à l’automne 2016 : transports, énergie, santé, travailleurs de l’Etat et métallurgie.

C’est « une faute militante impardonnable des fédérations qui sont allées au rendez-vous », dénonçait dès jeudi le responsable d’une organisation qui n’était pas invitée à la réunion. Chimie, services publics, finances, commerce, banque… l’initiative a été vécue comme une tentative de division par les organisations non invitées. Au bureau confédéral réuni vendredi dernier, Thierry Lepaon a confirmé sa rencontre de mercredi soir, sans en divulguer la liste des invités, et il a affirmé que ce sont les fédérations qui l’ont demandée.

« La réunion s’est tenue à l’initiative du secrétaire général de la CGT », affirme pourtant ce lundi aux « Echos » le leader de la fédération des Transports, soutien du leader cégétiste.

« On n’a pas discuté de la démission de Thierry Lepaon », « aucun deal n’a été discuté », précise par ailleurs Jérôme Vérité. Il dément qu’un accord ait été conclu sur un scénario où le numéro un de la CGT resterait en place jusqu’au congrès lors duquel le secrétaire général de la métallurgie, Philippe Martinez, lui succéderait.

Alors que plusieurs sources anonymes affirment que ce dernier défend publiquement l’idée de conserver Thierry Lepaon au secrétariat général pour l’instant, un de ses proches confie qu’il se serait fait « piégé » par le numéro un de la CGT.

Ce qui est sûr c’est que le nom de l’ancien délégué syndical central de Renault circulait avec insistance ces derniers jours comme celui d’un successeur potentiel et que la manoeuvre de Thierry Lepaon lui a fait perdre un certain nombre de soutiens potentiels.

Incertitude sur le casting de la réunion de mercredi

La description du contenu de la rencontre de mercredi pose par ailleurs question : « Quand Thierry Lepaon a introduit la réunion, il a simplement abordé la situation en expliquant vouloir voir comment on relance la machine ». On a discuté pour voir « comment on sort de cette situation y compris en donnant des perspectives revendicatives », raconte Jérôme Vérité, qui précise que dans sa fédération, un seul syndicat sur 1.200 lui a écrit pour se plaindre des affaires.

Compliqué, cependant, à justifier hors de la présence de la première fédération de la CGT, celle des services publics, à la veille de surcroît de l’élection de représentativité dans la fonction publique… Si elle n’a pas été conviée, c’est parce qu’elle a « écrit » un courrier demandant la tenue d’un comité confédéral extraordinaire sur les affaires concernant Thierry Lepaon et que l’objectif était d’échanger « librement », explique le secrétaire général de la fédération des transports, qui dément l’idée de réunion de faction car elle avait lieu avec le secrétaire général de la CGT.
L’incertitude persiste quant à la liste complète des participants à la réunion de mercredi.

La présence des cheminots est plus incertaine. « Demandez leur », répond Jérôme Vérité, interrogé sur le sujet, mais leur numéro un, Gilbert Garel, ne sort pas de son silence. La fédération du rail n’est en tout cas partie prenante de l’initiative décidée vendredi par les métallurgistes, l’énergie et les transports d’une rencontre à trois pour « travailler à des perspectives revendicatives communes » le 15 décembre. «  Ce calendrier, ça fait louche  », commente un cégétiste, tout en rappelant que la métallurgie a développé depuis quelques temps des rencontres avec d’autres fédérations, mais sur des sujets précis.

Le rendez-vous sera-t-il maintenu ? C’est le 15 que devrait avoir lieu la réunion des fédérations et unions départementales.


LES ECHOS
Thierry Lepaon s’accroche à son poste

Affaibli par les affaires, Thierry Lepaon aurait réussi à convaincre de grosses fédérations de le maintenir à son poste jusqu’au prochain congrès de la CGT en 2016. Mais rien n’est joué.
Thierry Lepaon a-t-il réussi à s’allier plusieurs grosses fédérations pour se maintenir à la tête de la CGT ? Le numéro un de la centrale a convié mercredi soir au huitième étage de l’immeuble confédéral, celui du secrétariat général, les dirigeants des fédérations de la métallurgie, de l’énergie, des transports, des cheminots, des travailleurs de l’Etat et de la santé (quelque 280.000 adhérents sur 680.000 en 2010, plus 50.000 environ si la fédération des Postes et télécoms suit).

Pour les convaincre et rester à son poste, l’actuel secrétaire général aurait invoqué le risque, s’il partait maintenant, d’une guerre des chefs. Et il leur aurait proposé de céder la place au secrétaire général de la Fédération de la métallurgie, Philippe Martinez… mais au prochain congrès, prévu pour l’instant en 2016.
Davantage de soutiens ?

La manoeuvre va-t-elle réussir ? En tout cas, vendredi matin lors de la seconde réunion exceptionnelle du bureau confédéral de la semaine, le leader de la CGT a campé sur ses positions et a réussi à ramener vers lui au moins une partie des soutiens qui l’avaient abandonné en début de semaine. Lors de sa précédente réunion, seule une personne sur neuf – Agnès Naton – avait continué à appuyer le numéro un de la CGT.

Agnès Le Bot et Philippe Lattaud le soutiendraient de nouveau maintenant tandis que Marie-Laurence Bertrand aurait posé la question de sa démission mais en renvoyant la décision finale sur Thierry Lepaon. Seuls les quatre membres en opposition avec le secrétaire général et qu’il a tenté de mettre sur la touche sans succès, Eric Aubin, Sophie Binet, Valérie Lesage et Mohammed Oussedik, auraient réclamé la réunion d’un Comité confédéral national (le CCN qui est le parlement où siègent les 33 dirigeants de fédérations et 99 d’unions départementales).

Ce qui est clair, c’est qu’un accord entre barons ne garantira pas, loin s’en faut, une sortie simple de la crise au vu de la déstabilisation provoquée jusqu’au tréfonds de la confédération par les révélations sur les dépenses effectuées pour le logement de fonction et le bureau de Thierry Lepaon ainsi que la « prime de départ » que lui a payée la CGT pour passer de la direction du comité régional cégétiste de Normandie à celle de la confédération.
Une période de grande incertitude

La CGT n’est pas sortie de la tourmente. Elle entre au contraire dans une période de grande incertitude. D’abord parce que les dirigeants de fédérations qui ont rencontré Thierry Lepaon n’avaient pas de mandat de leurs directions qu’ils vont devoir convaincre. Or cela s’annonce difficile pour certains.

C’est en particulier vrai pour une proche du secrétaire général de la fédération de la métallurgie, son homologue de la fédération de la santé, Nathalie Gamiochipi, dont le comité fédéral se réunit la semaine prochaine et qui s’apprête à connaître un congrès difficile dans trois mois.

Ensuite parce qu’un règlement de la crise par un accord au sommet va totalement à l’encontre de l’exigence de remise à plat du fonctionnement des structures de direction et de débat sur les orientations qu’ont provoqué les trois affaires Lepaon.

C’est « une faute militante impardonnable des fédérations qui sont allées au rendez-vous », dénonçait dès jeudi le responsable d’une organisation qui n’était pas invitée à la réunion de mercredi soir. Chimie, Services publics, Finances, Commerce, Banque… Les protestations se multiplient. Du côté des unions départementales, pas sûr non plus qu’on apprécie la méthode, d’autant que les responsables locaux sont en prise directe avec les militants de terrain, parmi lesquels la colère est forte.
Pour se maintenir, Thierry Lepaon a besoin d’éviter à tout prix une réunion exceptionnelle du CCN.

Il a réussi à éviter que le bureau confédéral ne le demande. Il va proposer mardi à la réunion de la Commission exécutive (CE, direction élargie de 50 membres de la CGT) de faire un vrai/faux CCN : convoquer à une réunion avant Noël tous les numéros un fédéraux et départementaux de la centrale, soit exactement ceux qui composent son parlement, mais sans les pouvoirs d’un Comité confédéral national, notamment celui de démettre le secrétaire général.

Le communiqué diffusé ce vendredi après-midi se entretient sciemment la confusion. Il prend aussi encore une fois des libertés avec la réalité des décisions prises en bureau puisqu’il affirme que personne en son sein n’a demandé la démission de Thierry Lepaon – ce qui est faux – alors qu’il avait été entendu entre les membres du bureau de préciser que «  le bureau a travaillé dans le cadre de ses prérogatives et [qu’]il n’est pas dans le cadre de ses prérogatives de demander la démission du secrétaire général  », souligne sous couvert d’anonymat l’un d’eux. Pour autant, la convocation d’un véritable CCN n’est pas exclue, sachant qu’il suffit de 30 % des organisations pour l’imposer.

De nombreuses demandes affluent depuis quelques temps au secrétariat général de la confédération mais ce dernier se garde bien pour l’instant d’en faire le moindre bilan.

La Commission exécutive de mardi s’annonce cruciale. Elle va se dérouler dans une ambiance que n’amélioreront pas les résultats des élections dans la fonction publique, également à l’ordre du jour. Ces résultats sur lesquels auront pesé à coup sûr les affaires révélées ces dernières semaines, ne seront pas à l’avantage de Thierry Lepaon.

Ce vendredi matin, pour marquer le fait qu’il n’entendait pas quitter son poste, avant même que soient connus de premières estimations, il s’est empressé de les commenter dans une vidéo postée sur le site de la CGT. A l’écran, il a la mine défaite et la diction hésitante.

Quant au contenu de son message, il est on ne peut plus concis : «  On ne connaît pas encore tous les résultats, mais la CGT est la première force syndicale dans la fonction publique [ce qui] constitue véritablement un point d’appui.  »

Alors qu’en réalité, les premières tendances recueillies par les fédérations cégétistes augurent d’une baisse de l’influence de la centrale dans la fonction publique de l’Etat comme dans celle des collectivités locales et la fonction publique hospitalières.

LEÏLA DE COMARMOND / JOURNALISTE | LE 05/12


blog lemonde.fr
Thierry Lepaon : « Je ne partirai pas »

Juste avant la réunion de crise du bureau confédéral de la CGT, vendredi 5 décembre au matin, Thierry Lepaon a enregistré une vidéo pour indiquer que, selon les premières estimations, sa centrale était en tête aux élections dans la fonction publique.

Sans préciser si elle avait progressé ou reculé, il a parlé de « point d’appui ». Point d’appui pour lui-même ? Au cours de ce conclave qui a duré trois heures d’horloge, le secrétaire général a manifesté sa volonté de s’accrocher à son poste, écartant toute démission : « J’ai été choisi par défaut, a-t-il déclaré, et c’est très dur parce qu’il faut gouverner par défaut. Et donc je dois rester par défaut même si c’est dur parce qu’il ne faut pas qu’on revive ce qu’on a connu avec la cacophonie et la guerre des chefs ».

Conclusion : « Je ne partirai pas. »

Le secrétaire général de la CGT qui, lors de la précédente réunion du 2 décembre, après les révélations de L’Express sur son indemnité de départ de la région Basse-Normandie, s’était mis à dos l’ensemble de son bureau confédéral, à l’exception d’Agnès Naton qui, absente, avait été consultée par téléphone, a réussi à retourner certains membres de cette instance.

Agnès Le Bot, Philippe Lattaud et Agnès Naton se sont rangés à ses côtés, en expliquant que son départ rallumerait la guerre des chefs. Un communiqué de la CGT assurait dans l’après-midi que « contrairement à ce qui circule dans certains médias, aucun membre du bureau confédéral n’a demandé la démission de Thierry Lepaon ».

Sauf que tous les membres de la direction ont indiqué que la question de sa démission était sur la table. Même Agnès Naton a observé que, compte tenu du grand nombre de courriers qu’elle recevait, réclamant la démission du secrétaire général, le sujet était dans le paysage. Tout en renvoyant la décision d’une démission à la responsabilité du seul secrétaire général, Marie-Laurence Bertrand a estimé qu’il fallait mesurer les dégâts que la crise provoquait chez les militants et les effets sur sa crédibilité.

Au début de la réunion, à laquelle assistaient deux membres de la commission exécutive (CE), au titre de leur « permanence » – Nadine Prigent, candidate malheureuse à la succession de Bernard Thibault et Alain Alphon-Layre –, le successeur de Thierry Lepaon à la tête de la Basse-Normandie est venu justifier son indemnité de départ. Après ces explications, raconte un dirigeant, « c’était encore plus opaque que ce que l’on savait avant. Il y a des montages financiers qui sont abracadabrantesques. »

Les quatre « rebelles » du bureau – Eric Aubin, Sophie Binet, Valérie Lesage et Mohammed Oussedik – se sont exprimés à l’unisson. La question, ont-ils dit, n’est pas de se demander si la CGT est en crise mais de constater qu’elle l’est. Il s’agit de savoir si la direction est encore crédible. Ils ont plaidé pour le « respect des instances » et la convocation d’un comité confédéral national (CCN) extraordinaire, le parlement cégétiste, qui réunit les 33 fédérations et les 96 unions départementales, qui aurait à examiner la démission du secrétaire général, voire de l’ensemble du bureau confédéral.

Thierry Lepaon a alors sorti sa botte secrète : comme l’indique le communiqué de la CGT, il a proposé la tenue, avant le 16 décembre, « d’une réunion des secrétaires généraux des organisations pour permettre le débat le plus large dans la CGT », en assurant que « la transparence complète sera donnée sur l’ensemble des sujets ». En convoquant les secrétaires généraux des fédérations et des unions départementales, qui composent le CCN, il évite la réunion statutaire de cette instance et la prive de son pouvoir de décision.

Thierry Lepaon avait préparé le terrain en réunissant, mercredi 3 décembre au soir, « à leur demande », a-t-il précisé, les secrétaires généraux de six fédérations – métallurgie, énergie, santé, transports, travailleurs de l’Etat et cheminots. Il aurait alors tenté de passer un accord avec Philippe Martinez, le secrétaire général de la fédération de la métallurgie, en lui demandant de le soutenir, indiquant qu’en échange il lui proposerait de lui succéder au prochain congrès en octobre 2016.

Or, selon nos informations, après les révélations de L’Express, M. Martinez était mandaté pour demander la démission de M. Lepaon. « Ces fédérations ont joué la division, souligne un dirigeant. Si on ne voulait pas employer des grands mots on pourrait parler d’activité fractionnelle. Ils risquent d’avoir de gros problèmes dans leurs fédérations. »

Vendredi, Jean-Pierre Mercier, délégué CGT de PSA et militant de Lutte ouvrière, a réclamé la démission de M. Lepaon : « Pour le bien de tous les militants d’entreprise, tous les syndiqués, qu’il laisse la place, ça ferait du bien à tout le monde. » « C’est intenable et écœurant », a-t-il ajouté. « Je suis rarement d’accord avec lui, explique un dirigeant, mais là je constate qu’il ne fait qu’exprimer un sentiment qui se reflète majoritairement dans l’énorme courrier que nous recevons. »

M. Lepaon a-t-il sauvé sa tête ? C’e serait bien présomptueux de l’affirmer. « Personne ne s’attendait à ce qu’il démissionne aujourd’hui, observe un responsable, et personne ne le demandait. » Si la colère des militants continue à monter, à travers le courrier reçu à Montreuil et dans les fédérations, la commission exécutive du 9 décembre sera sous pression et peut toujours décider de convoquer un CCN extraordinaire.

« Le légitimisme peut jouer, explique un dirigeant, mais si on reste dans le statu quo, ce serait terrible pour l’organisation, ce serait une catastrophe. » A défaut, il suffit qu’un tiers des membres du CCN en demande la convocation pour qu’il se réunisse. Vu l’état d’esprit ambiant, ce nombre ne serait pas difficile à réunir. « Ce serait l’hypothèse la pire pour lui », avec à l’arrivée une probable révocation, souligne un dirigeant, qui juge que « Thierry Lepaon ne mesure pas ce qui monte dans la CGT ».


Le Monde
Thierry Lepaon acculé à la démission

« Les jours de Thierry Lepaon sont comptés », affirme un membre de la direction de la CGT, qui comme tous ceux qui s’expriment sur le sujet parle sous couvert d’anonymat. « Pendant notre entretien, explique-t-il à l’auteur de ces lignes, j’ai reçu trois courriels de syndicats demandant sa démission ».

A ce stade, la question n’est plus de savoir si le secrétaire général de la CGT, 54 ans, va abandonner les fonctions qu’il détient depuis mars 2013, mais quand il va le faire et sous quelle forme.

Après les révélations du Canard enchaîné sur les travaux dans son appartement de fonction puis ceux dans son bureau, puis celles de l’Express sur son indemnité de départ quand il est passé de la région Normandie à la direction de la centrale – 31 000 euros, selon nos informations – le couvercle a sauté. « Il est fini, souligne un autre dirigeant. Avec ces indemnités de départ qui mettent en cause les valeurs de la CGT, ce n’est plus tenable. C’est irrattrapable ».
Aucun soutien de l’équipe dirigeante

Mardi 2 décembre, lors de la réunion du bureau confédéral qui a suivi les informations de L’Express, Thierry Lepaon a expliqué que cette indemnité était « une compensation » compte tenu de la « situation de précarité » dans laquelle il se serait trouvé à son départ de Moulinex. Mais il n’a pu que constater qu’il était lâché par les autres membres de son bureau confédéral.

A l’exception peut-être d’Agnés Naton, la directrice de la Nouvelle Vie ouvrière, qui n’était pas présente, aucun des huit autres membres de son équipe dirigeante ne l’a soutenu.

Une information (minimaliste) a été adressée aux 33 fédérations et aux 96 unions départementales composant le comité confédéral national (CCN) – le parlement de la centrale – indiquant que « la transparence complète sera donnée à nos organisations sur ces derniers éléments et la commission exécutive (CE) confédérale se réunira le 9 décembre pour prendre toutes les dispositions nécessaires ».

Vendredi 5 décembre au matin, alors qu’on devrait connaître les premières tendances des élections dans les trois fonctions publiques, le bureau confédéral se réunira de nouveau pour préparer la réunion de la CE. « Il pense encore qu’il ne va pas être obligé de démissionner, indique un dirigeant. Il est à l’ouest, incapable de mesurer l’état de l’organisation ».

« Il y a des cartes d’adhérents qui volent, ajoute-t-il, et des militants qui font savoir qu’ils vont faire la grève des cotisations tant que cette situation ne sera pas réglée ». Dès lors, il y a deux hypothèses, alors que de plus en plus de syndicats demandent sa démission : « Soit il prend la mesure de ce qui se passe, affirme une source, et à l’issue de la réunion de la CE du 9 décembre, il démissionne le soir même ou le lendemain ; soit il attend un CCN en espérant que d’ici là il réussira à calmer le jeu. Mais c’est trop tard. »
« Le débarquer, pire des solutions »

Seul le parlement de la CGT peut révoquer, selon l’article 30 des statuts, le secrétaire général. Le CCN peut être convoqué par la commission exécutive ou à la demande d’un tiers de ses membres. Selon toute probabilité, la CE convoquera un CCN qui ne pourrait pas se tenir avant début janvier. « Je ne vois pas comment il s’en sort, observe un dirigeant. Dans son entourage, certains peuvent lui conseiller de s’accrocher mais cela prouve qu’il est mal entouré. S’il ne démissionne pas de lui-même, le CCN sera amené à le débarquer, ce qui sera pour lui la pire des solutions. »

Si M. Lepaon quitte ses fonctions à court terme, la question sera de savoir comment le remplacer. Et, là, la CGT plonge dans l’inconnu. On peut imaginer trois hypothèses. La première serait que le « parlement » cégétiste élise un nouveau secrétaire général. L’écueil est que la CGT ne veut pas se retrouver dans la crise qui a prévalu lors de la succession de Bernard Thibault, avec une compétition entre trois responsables – Eric Aubin, Nadine Prigent et Agnés Naton.

« Il ne faut pas retomber dans la guerre des noms », prévient un dirigeant. Pour l’heure, le seul nom qui circule est celui de Philippe Martinez, secrétaire général de la fédération de la métallurgie qui vient de chez Renault et incarne une ligne encore plus radicale que celle suivie actuellement. Cette orientation n’est pas majoritaire dans la CGT mais M. Martinez pourrait compter sur le soutien d’une autre fédération importante, celle de la santé, l’ancienne organisation de Mme Prigent. « Ce serait le retour des gardiens du temple, commente un responsable, le retour de la CGT des années 70-80 ».

La seconde hypothèse consisterait à nommer un secrétaire général à titre transitoire jusqu’au prochain congrès, en octobre 2016. La troisième hypothèse s’en rapprocherait avec la désignation d’une direction collégiale. Cela n’est pas prévu explicitement par les statuts mais ils ne l’interdisent pas. « Rien n’est impossible », assure un dirigeant de fédération.
L’écho d’une histoire immobilière en 1905

Cette affaire est un méchant clin d’œil à l’histoire de la CGT, avec son second secrétaire général, Victor Griffuelhes, élu en 1901, qui fut mis en difficulté par une sombre affaire immobilière. En 1905, la CGT est expulsée de la Bourse du travail par le gouvernement, indique le Maitron, le dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et du mouvement social. Grâce à un prêt de 90 000 francs, elle s’installe rue de la Grange-aux-Belles, dans le Xe arrondissement parisien.

Comme la loi française interdit à la confédération d’être propriétaire d’un bien immobilier, l’immeuble fut acheté au nom de la « Société Victor Griffuelhes et compagnie ». « Cette pratique, commente le Maitron, heurta les sentiments ouvriéristes de certains militants. De plus, pour mettre en état le nouveau siège et y installer une imprimerie et un dispensaire, Griffuelhes dut faire de larges prélèvements dans des fonds que la CGT destinait à d’autres fins. » Compromis dans une autre affaire, Griffuelhes se retrouve en prison, le gouvernement Briand cherchant à obtenir l’éviction du secrétaire général de la CGT. Une « crise du syndicalisme » se profilant selon son expression, Griffuelhes choisit de démissionner en 1909.

Au congrès de la CGT de 1910, Victor Griffuelhes revient à la charge pour se défendre : comme il est « difficile de me prendre, on veut procéder par des moyens détournés et on se dit : puisque la lutte en face n’est pas possible, on va jeter la suspicion, soulever les questions toujours délicates, comme les questions d’argent, et ainsi créer une atmosphère telle qu’il sera obligatoire pour Griffuelhes de déguerpir ! Je l’ai fait, je ne me suis pas fait prier, je suis parti bien vite pour moi-même et je vais m’expliquer : je suis parti parce que je sentais que si j’avais voulu m’obstiner à rester – et j’aurais pu le faire – il m’eût été difficile de poursuive ma tâche dans les conditions anciennes. » Un siècle plus tard, toute comparaison avec une situation déjà connue est hors de propos.


LIBÉRATION
« Le gouvernement a besoin d’une CGT solide »

INTERVIEW – Bernard Vivier, ex-dirigeant de la CFTC, est aujourd’hui à la tête de l’Institut supérieur du travail : Bernard Vivier pilote l’Institut supérieur du travail. Cet ex-secrétaire général de la CFTC, peu suspect de sympathie vis-à-vis de la CGT, s’inquiète pourtant des conséquences de l’affaire Lepaon (lire pages 2-3).

La crise à la tête de la CGT n’est pas une bonne nouvelle pour le syndicat ou le syndicalisme…

Ni pour les partenaires sociaux ou le gouvernement. Car elle illustre l’affaiblissement des corps intermédiaires du pays, la défiance vis-à-vis des syndicats ou des partis traditionnels, le délitement de relais de la démocratie, et elle favorise la montée des extrêmes, le Front national en tête. Le gouvernement ne peut pas se contenter d’avoir une relation privilégiée avec la seule CFDT. Il a besoin d’une CGT solide, en ordre de marche. Par ailleurs, la CFDT ne veut pas être taxée de relais du pouvoir dans le monde du travail.

La crise se passe à un moment où la CGT a pu donner le sentiment de flotter et voir les choix de sa direction contestés par la base…

La CGT a besoin d’homogénéité. Elle a fonctionné de manière rigoureuse pendant des décennies : elle était identifiable et structurée, solide et consistante. Elle reste une très grande organisation, très structurée, très forte (35 fédérations, 857 unions locales), qui sait encore recruter, former et promouvoir dans les entreprises de très bons militants. Si la CGT n’est pas présente dans une grande manifestation intersyndicale, on n’appelle plus cela une manifestation intersyndicale, mais une délégation intersyndicale…

La CGT a besoin de leadership. Or, on observe un affaiblissement électoral de la centrale dans ses bastions traditionnels, à EDF, la SNCF ou Orange, qui correspond à une évolution sociologique de sa base. A cela se double la difficulté, au-delà du seul cas Thierry Lepaon, de se donner une direction, une orientation, une ligne claire. Après Louis Viannet, Bernard Thibault avait su, avec beaucoup d’application, conjuguer syndicalisme de contestation et syndicalisme de négociation, et pas uniquement syndicalisme de rupture. Sa succession a été très délicate, et Lepaon n’a pas su se poser en homme qui aurait dû peser sur l’avenir de la stratégie de la centrale.

Pourtant, des fédérations lui reprochent d’être trop sensible à un syndicalisme « rassemblé », trop consensuel…

La CGT signe 85% des accords qui lui sont présentés dans les entreprises. Et Lepaon, dans le sillage de Thibault, a signé des accords importants, même s’il a dû reculer sur certains points sensibles, comme la réforme sur la formation professionnelle.

Quelle autre crise a pu ébranler un syndicat dans de telles proportions ?

Il faut remonter à la CFDT en 1992 et à la démission de Jean Kaspar bien que nouvellement réélu la même année. Cela avait conduit à l’arrivée de Nicole Notat. Qui avait poursuivi la ligne réformiste de Kaspar, avant de le payer cher en 1995. Aujourd’hui, difficile de dire ce qui se passera demain à la CGT : Thierry Lepaon n’a pas de ligne, son successeur devra en trouver une.

Recueilli par Christian Losson et Frédérique Roussel


La crise de la CGT éclabousse le syndicalisme

Le secrétaire général de la CGT Thierry Lepaon, le 16 octobre 2014. Une « déflagration ». C’est ainsi que Thierry Lepaon a qualifié la crise provoquée par la révélation du devis des travaux – 105 000 euros – effectués dans son logement de fonction à Vincennes (Val-de-Marne).

Dans son intervention devant le comité confédéral national, le parlement de sa centrale, mardi 4 novembre, le secrétaire général de la CGT a bien mesuré les dégâts que cette affaire allait causer à la « représentation sociale » de sa centrale auprès des salariés : cette somme de 105 000 euros, a-t-il expliqué, « les syndiqués la comparent à leurs salaires, leurs retraites, leurs indemnités de chômage, leurs difficultés de vie pour joindre les deux bouts, à 10 euros près. C’est précisément lecalcul fait par les acteurs de l’opération médiatique ».

Des choix, a-t-il ajouté, qui, tant sur le lieu – Vincennes, qui « a la réputation des beaux quartiers » – que sur le montant des travaux peuvent « blesser ou déstabiliser militants et syndiqués de la CGT ».

Dans la « symbolique ouvrière » qu’incarne la CGT, même si le salariat est de plus en plus divers, cette déflagration atteint d’abord M. Lepaon. Pourtant, si faute il y a dans le choix de l’appartement, elle est vénielle. Nul n’attend que le secrétaire général de la principale centrale syndicale de France vive comme un SDF, squatte un logement dans un immeuble délabré ou se réfugie la semaine à l’hôtel avant de regagner le week-end son domicile de Cabourg (Calvados). M. Lepaon a eu raison de dire qu’en dehors de la région parisienne, « Vincennes n’a pas de connotation sociale particulière » et que ce logement correspondait « aux critères recherchés : la proximité de la Confédération [située à Montreuil, en Seine-Saint-Denis], la discrétion, le calme et la sécurité ». Même un groupuscule interne à la CGT, le Front syndical de classe, qui soupçonne M. Lepaon d’être un adepte de la « collaboration de classes », juge ces arguments « recevables ». « SOURIRES MOQUEURS » M. Lepaon paie, à travers ce que L’Humanité qualifie d’« épisode », le fait d’avoir été désigné à la tête de la CGT, en mars 2013, par défaut, à la suite de la longue guerre de succession de Bernard Thibault. Contrairement à ses prédécesseurs, qui, au moment de leur élection, vivaient tous en région parisienne, il ne venait pas lors de son intronisation du bureau confédéral.

Si, comme Bernard Thibault, Louis Viannet, Henri Krasucki ou Georges Séguy, il avait fait ses classes au sein de cette instance dirigeante avant d’atteindre le sommet, la question de son logement de fonction ne se serait jamais posée. Il aurait dû alors se trouver un gîte en région parisienne au moment de son entrée au bureau confédéral et il aurait pu y demeurer après être devenu secrétaire général.

C’est ainsi que cela s’est passé à la CFDT pour Laurent Berger. Elu secrétaire général de la CFDT le 28 novembre 2012, M. Berger était déjà membre de la commission exécutive – le gouvernement de la centrale – depuis juin 2009 et appelé à succéder à François Chérèque. Né à Guérande, et installé à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), celui qui dirigeait jusqu’alors l’union régionale des Pays de la Loire rejoint la région parisienne en 2009.

Quand il a quitté Saint-Nazaire, a-t-il expliqué, mardi 4 novembre, devant l’Association des journalistes de l’information sociale, « il a vendu sa maison et en a racheté une autre, un pavillon de banlieue(…) dans une commune dortoir de la régionparisienne », à 30 kilomètres à l’est de Paris, où il vit avec sa femme et ses trois enfants. A l’époque, raconte-t-il, « j’ai souvent eu des sourires moqueurs, aujourd’hui je ne le regrette pas ». Le déménagement de son futur leader n’a rien coûté à la CFDT qui, en dehors de son salaire, ne lui verse aucun défraiement. Une situation que M. Berger juge « normale ».

Dans l’affaire du logement de M. Lepaon, deux fautes ont été commises. La première concerne l’absence totale de transparence de la procédure interne qui a conduit au choix de l’appartement. M. Lepaon, qui dit avoir découvert dans la presse… le montant du devis, a lui-même souligné que « les arbitrages et la décision finale, qui engagent le budget de la confédération, n’ont été ni débattus ni validés par une instance ». L’autre faute est d’avoir voulu entreprendre d’importants travaux de rénovation dans un logement de 79 m2 qui, selon Le Canard enchaîné, avait déjà été refait à neuf avant que M. Lepaon s’y installe.

Ceux qui ont fait fuiter le devis des travaux ont indéniablement cherché à affaiblir M. Lepaon qui, depuis son élection, est contesté, et dont l’autorité et la légitimité sont toujours bafouées. Or, il venait de confier au Monde, le 9 octobre, son intention de rempiler pour un second mandat lors du prochain congrès de la CGT, en octobre 2016. Si les promoteurs de cette affaire voulaient empêcher M. Lepaon de postuler de nouveau, ils ont marqué des points. Le patron de la CGT, qui n’a pas réussi à convaincre les cadres de son parlement et sort encore un peu plus affaibli par cette affaire, se trouve en situation d’empêchement.

Mais la « déflagration » va bien au-delà. Elle atteint la CGT qui va être encore un peu plus paralysée alors qu’elle évolue depuis plus de deux ans tel un bateau ivre. Plus globalement, elle éclabousse le syndicalisme. M. Berger, qui a été harcelé dans la rue, craint une « poussée antisyndicale ». On entend déjà la petite musique sur les dirigeants syndicaux, ces « apparatchiks » d’une « nomenklatura » qui vivraient grassement, dans une société en crise, grâce aux cotisations des syndiqués. Si ce « tous pourris » prospère à l’encontre des syndicats, il fera le jeu d’un certain patronat qui a retrouvé une posture va-t-en guerre. Et à l’arrivée, c’est, une fois de plus, le Front national qui tirera les marrons du feu.

Michel Noblecourt (Editorialiste) Journaliste au Monde