Mois: mai 2014

Une note de lecture de Jean Magniadas

Jean Magniadas, économiste,  fut directeur de l’Institut syndical d’études et de recherches économiques et sociales (ISERES) de la CGT. Il a publié plusieurs ouvrages dont : Le patronat (éditions Messidor), Migrations et mondialisation (Le temps des cerises), et, avec René Mouriaux, Le syndicalisme au défi du 21ème siècle (Syllepse). Il participe à la fondation Copernic. Il publie des notes de lectures sur le site du Parti communiste français (www.pcf.fr), dont celle-ci sur Nouveau siècle, nouveau syndicalisme. Nous l’en remercions.

 

Nouveau siècle NOUVEAU SYNDICALISME, note de lecture de Jean MAGNIADAS

Ouvrage collectif coordonné par Dominique MEZZI- Editions SYLEPPSE, 2013

Cet ouvrage appelle au débat, certaines de ses propositions peuvent être contestées. Mais il fournit des éléments d’appréciation utiles sur la situation du syndicalisme en France. Il retrace l’ampleur et les caractères de l’offensive développée contre lui par le patronat, mais aussi l’initiative dangereuse du pacte gouvernemental. Il évoque des perspectives possibles d’essor du syndicalisme et pour son unification. Evolutions, questions, dans lesquelles les militants du mouvement ouvrier et démocratique sont directement concernés.

Cet ouvrage composé par les contributions de chercheurs porte sur les problèmes du syndicalisme principalement en France, mais aussi en Europe et comporte la participation de dirigeants syndicaux. D’emblée, le coordonnateur indique clairement qu’il se situe dans une interrogation sur l’avenir du syndicalisme dans le mouvement de lutte de classes, dont celui-ci est né.

Jean-Marie Pernot, chercheur à l’IRES, traite de la situation actuelle du syndicalisme en France et dans d’autres pays, du recul des effectifs syndicaux et s’attache à répondre à la question de savoir s’il s’agit d’une phase provisoire, cyclique ou d’un processus plus profond ? Il rejette les explications superficielles ou tendancieuses et considère que les syndicats, comme d’autres organisations ou institutions, se trouvent placés présentement dans un rapport d’extériorité, analysé par le sociologue Robert Castel. Le chômage et les différentes faillites de la gauche gouvernementale l’ont renforcé. Il appartient donc aux syndicats, non seulement, de répondre aux attentes des salariés mais d’en susciter d’autres. Il examine aussi l’évolution des formes de socialisation dans leurs rapports avec la syndicalisation.

Dans leur contribution, Sophie Béroud et Karel Yon éclairent les notions d’institutionnalisation et de bureaucratisation montrant aussi qu’elles sont souvent abusivement appliquées aux syndicats. Ce qui ne signifie pas que ceux –ci sont sans défauts et que leurs pratiques ne peuvent pas progresser. Les auteurs dénoncent les manœuvres patronales pour isoler les syndicalistes des salariés, en pesant notamment sur leur emploi du temps.

La contribution de Corinne Gobin et Kevin Crochemore introduit la dimension internationale et européenne dans le débat. Ils analysent positivement les dernières restructurations syndicales internationales dont les effets ne peuvent être immédiats et ils montrent aussi l’importance des grands processus de restructuration capitaliste et l’essor de la sous-traitance internationale. Ils critiquent l’euro syndicalisme et estiment qu’il est cadré par le système « contre- démocratique » de l’Union européenne. Ils considèrent que l’euro- syndicalisme ne comprend pas la nature véritable du capitalisme en Europe et regrettent l’ambiguïté de certaines de ses initiatives.

Le politologue et historien René Mouriaux retrace l’histoire complexe de la CFTC, créée à l’origine par un catholicisme inscrit dans l’univers de la démocratie chrétienne. Il décrit les étapes successives, les évolutions idéologiques, sociologiques et politiques. Il analyse la formation et l’organisation d’une minorité qui, à partir de 1952, va accroître son influence, conquérir la majorité et devenir une nouvelle confédération : la CFDT. Celle- ci portera des contradictions entre un syndicalisme de transformation sociale et un syndicalisme de régulation qui s’exprime, aujourd’hui, dans le choix affirmé du réformisme.

Raphaël Szajnfeld, retrace l’histoire de la création de la FSU dont il a été un acteur important. Celle- ci est née de l’exclusion du SNES et du SNEP de la FEN (fédération de l’éducation nationale). La FEN avait fait, à son origine, le choix de l’unité et de l’autonomie, lors de la scission de 1947 de la CGT. Ce qui lui vaudra alors une place particulière dans le paysage syndical de notre pays. L’auteur examine les raisons de son déclin et ses initiatives plus récentes qui la conduiront à former une nouvelle centrale : l’UNSA, dans la double visée de reconquérir une hégémonie dans son secteur et de constituer un nouveau pôle syndical avec la CFDT et, si possible FO, pour faire pièce à la CGT. Cela ne lui permettra pas d’arrêter le déclin ; tandis que la nouvelle organisation qu’est la FSU va connaître un essor rapide et apparaît, aujourd’hui, comme une organisation dynamique et capable d’initiatives.

Le sociologue Jean-Michel Denis étudie l’Union syndicale Solidaires avec notamment la question de l’autonomie, une particularité du syndicalisme français. Pour lui cette pratique peut à la fois agir comme un frein ou un moteur. . Les résultats d’une enquête menée auprès des délégués du dernier Congrès, montrent que Solidaires est composée aujourd’hui pour une part de militants venus de SUD après la rupture avec la CFDT et d’autres qui n’ont pas connu cet itinéraire. Il en résulte des différences, l’auteur cherche à dégager quelles en seraient les conséquences dans l’avenir.

Dans la dernière partie de l’ouvrage, des dirigeants syndicaux anciens et/ou actuels répondent à des questions avancées par le coordinateur de l’ouvrage portant notamment sur l’unité.

Pour Gérard Aschieri, ancien secrétaire général de la FSU, l’aspiration à l’unité est une constante dans les mouvements sociaux, mais la crainte existe aussi qu’elle se fasse formellement ou n’aboutisse qu’à un compromis mou, les exemples dans l’histoire ne manquent pas. Il n’y a pas eu en France, selon lui, de centrale syndicale qui serait une sorte de matrice originale qu’il faudrait reconstituer. Dans le mouvement syndical existe des conceptions différentes, mais l’émiettement actuel est très négatif pour la syndicalisation, comme pour la construction des rapports de force et l’élaboration d’alternatives. Pour lui, il faut inventer du nouveau, l’avenir de toutes les organisations est désormais posé et il faut éviter la tentation d’un regroupement autour de deux grands ensembles, l’un réformiste et un autre, difficile à qualifier. Cette construction devrait trouver des formes nouvelles de démocratie.

Annick Coupé, porte-parole de l’Union syndicale Solidaires, rappelle que l’existence en Grande-Bretagne d’une seule centrale n’a pas empêché des défaites, elle affirme néanmoins que la multitude des organisations serait loin d’être un gage d’efficacité. Elle rappelle les raisons de la création de son organisation et sa conviction que l’on ne peut pas faire l’économie de débats de fond. Les rencontres intersyndicales sont utiles même lorsqu’elles ne débouchent pas sur des actions, car elles permettent la compréhension des positions en présence. Cela est vrai aussi pour d’autres espaces de rencontres à d’autres niveaux. Le débat et les divergences sur l’unité doivent être portés devant les salariés pour les dépasser.

Maryse Dumas, ancienne Secrétaire de la CGT souligne, que depuis ses origines, la CGT a fait le choix d’un syndicalisme de classe et de masse, qualificatifs qui ne sont pas antinomiques, mais à comprendre dialectiquement. La recherche de l’unité d’action, voire de l’unification, est posée par l’émiettement actuel. La stratégie d’un » syndicalisme rassemblé » permet le débat sur le contenu des revendications et sur l’action commune, même si des divergences subsistent sur d’autres aspects. Elle a prouvé son efficacité. Les moments forts ne doivent pas masquer les moments plus difficiles. La tentation existe de ne rassembler que des organisations considérées comme idéologiquement proches, qui peuvent certes servir de locomotives, mais ne doivent pas faire perdre de vue la nécessité d’une unité plus large. Pour la CGT, la conquête d’un nouveau statut du travail et d’une sécurité sociale professionnelle exprime bien la nécessité syndicale d’intervenir dans le champ politique et social.

L’ancien secrétaire général de la FGTE/CFDT Guy Le Coq estime que l’unité d’action est indispensable, mais se heurte aux références identitaires, aux objectifs, à l’appréciation des résultats. Les particularités du système français concernant la représentation encouragent à mettre en avant l’identité et les postures propres à chaque organisation. La réforme des règles de la représentativité va complexifier ces rapports. Ce qui pose avec force la nécessité de renforcer l’unité d’action pour la défense des salariés. Il suggère de renforcer la structuration de l’intersyndicale par un Conseil national permanent du syndicalisme français.

Se fondant sur le conflit, en 2007, à la SNCF portant sur les régimes spéciaux de retraite , Tony Fraquelli, reproche aux syndicats, craignant, non sans raisons, d’être piégés, de s’être mal engagés dans les discussions sur la pénibilité du travail. Il estime qu’à partir du métier on peut mettre en cause la subordination, modifier les conditions de travail, alors que les négociations sont demeurés au niveau de la compensation financière de la pénibilité. Selon lui, les militants investis dans les comités d’hygiène et de sécurité ou instances similaires ont un rôle méconnu par les cadres syndicaux les plus responsables, alors que les directions s’appuient souvent sur des experts très qualifiés. L’importance de cette question a conduit l’intervenant à s’investir personnellement dans la psychologie du travail. Il relève comme facteur favorable un certain nombre d’initiatives intervenues dans le cadre de la CGT. Il suggère une coopération plus étroite entre les scientifiques, spécialistes du travail, et les syndicalistes et la création d’un lieu d’échanges permanent entre ces deux mondes, tout en relevant qu’il ne s’agit pas de transformer les syndicalistes en spécialistes de l’ergonomie ou autres disciplines scientifiques et que l’apport des syndicalistes est lui-même utile à la connaissance. Pour lui, la CGT dispose des ressources indispensables pour innover sur les questions du travail et du militantisme.

L’ouvrage se poursuit par un échange sur l’avenir de la CGT entre Dominique Mezzi et René Mouriaux. Dominique Mezzi, après avoir donné son interprétation de certaines données, exprime un certain nombre de regrets : l’absence d’une continuité de propositions publiques en direction des partenaires syndicaux pour pérenniser l’unité, considérant que les évolutions structurelles envisagées par la CFDT et l’UNSA posent la question d’une politique plus audacieuse de rapprochements unitaires. Il estime que la CGT a connu des épreuves politiques coûteuses et les a surmontées. Mais il considère qu’elle peine à assumer la portée politique indépendante du syndicalisme et regrette, également, l’insuffisance de véritables débats politiques et de vie démocratique. Il pense que le moment communiste qui a été une des formes de dialectique sociale et politique du 20e siècle est aujourd’hui achevé laissant la place à une dialectique nouvelle, incluant la tradition communiste et d’autres rassemblements car la gauche est un ensemble complexe. Il avance un certain nombre de suggestions: accepter le pluralisme ; viser le rassemblement des forces qui refusent de s’incliner devant l’état de choses des conséquences du capitalisme, en dépassant le découpage entre pole radical et pole réformiste.

René Mouriaux souligne que la stratégie patronale repose sur le chômage de masse et la concurrence hyper libérale et combine trois méthodes : la corruption, la répression, l’intégration du syndicalisme. La Fondation Copernic a utilement créé un Observatoire de la répression et de la discrimination syndicale significative de la répression patronale.

Il rappelle qu’historiquement, la loi Le Chapelier, fondée sur le dogme du libéralisme a interdit les syndicats, cette tradition sera ultérieurement poursuivie sous d’autres formes. L’offensive de Reagan et de Thatcher s’inscrit dans cette filiation. L’histoire montre aussi que lorsque le syndicalisme s’avéra comme un danger, le patronat n’hésita pas à susciter et à soutenir la création d’organisations complaisantes ou de scissions. L’auteur relève que des campagnes médiatiques sont constamment menées contre le syndicalisme de transformation sociale, accusé d’archaïsmes, tandis que les projets consensuels, réactionnaires sont acclimatés par des échanges avec les dirigeants syndicaux favorables au » dialogue social ». Faute de pouvoir supprimer le syndicalisme le patronat choisit de l’intégrer. L’intervenant donne une rapide histoire de ces tentatives et souligne que la limitation du champ d’action des syndicats inscrite dans la loi du 1884 a été poursuivie sous la forme du paritarisme. L’autonomisation de la démocratie sociale promise à partir de 1980 a été amplifiée après la création du Medef. Sarkozy n’a pas caché sa volonté de briser la CGT, de la canaliser et n’a cessé d’opposer sa légitimité électorale pour disqualifier la résistance syndicale. Il a multiplié les dispositions pour isoler la CGT, en légitimant le consensus social et en exaltant le pragmatisme sous le drapeau du » donnant/donnant ». La CGT a su se sortir du piège du « sarcophage ». Elle a stoppé le recul numérique, développé ses analyses, ses objectifs, amélioré ses pratiques sans doute encore insuffisamment. Son avenir dépend de plusieurs conditions selon l’auteur : s’implanter dans l’ensemble du salariat, développer une pratique démocratique autogestionnaire, pratiquer l’autonomie politique et l’unité d’action, conjuguer le quotidien et une vision transformatrice anthropo-écologique. S’agissant de l’unité, une CGT audacieuse ne peut que favoriser le rassemblement et l’unité d’action, celle- ci réclame d’être prolongée à l’échelle internationale. Une CGT unifiante s’épanouira d’autant plus qu’elle reliera le local au mondial, la lutte pour la feuille de paie aux grands enjeux collectifs.

 

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Européennes, FN, syndicalisme : alerte !

Le résultat des élections européennes et le score du FN provoque une série de réactions syndicales, notamment chez les organisations qui s’étaient rassemblées en janvier 2014 pour lutter contre l’extrême-droite (CGT, FSU, Solidaires). Nous les publions ci-dessous : CE confédérale CGT, un tract de Solidaires et une « alerte » du syndicat CGT du bassin minier du Pas-de-Calais.

La CGT, qui se prononce « pour un changement radical de politique« ,  appelle à une journée nationale de mobilisation avec grève et manifestation le 26 juin. Mais rien n’indique à cette heure qu’elle propose de co-organiser cette journée avec d’autres organisations.

  • La Cgt appelle à un changement radical de politiquesiteon0-dc90f

Déclaration de la Commission exécutive confédérale (mardi 27 mai 2014)

Les résultats des élections européennes en France font apparaitre plusieurs éléments extrêmement inquiétants pour la démocratie et le vivre ensemble au niveau national et européen.

Tout d’abord, il convient de noter, à nouveau, une forte abstention puisque 6 électeurs sur 10 ne se sont pas déplacés. Cela confirme, s’il le fallait, le rejet grandissant de la population pour cette Europe des marchés financiers qui conduit à toujours plus d’austérité pour les salariés, les retraités et les privés d’emploi.

Pour la première fois depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, un parti d’extrême droite, le front national, arrive en tête d’une élection. Pour la CGT, ce vote est une impasse. Ce parti utilise la misère sociale, la montée des inégalités et la hausse du chômage pour diffuser, par ses idéaux, le racisme, la discrimination et ne propose que le repli sur soi.

Ce vote de l’extrême, dans de nombreux pays européens, caractérise pourtant la défiance envers les politiques européennes d’austérité qui ne répondent en rien aux aspirations des populations pour un véritable projet européen.

Enfin, par son faible résultat, le parti au pouvoir en place est, une nouvelle fois, désavoué dans ses choix gouvernementaux. Au lendemain des élections municipales, d’un remaniement ministériel, celui-ci a décidé de poursuivre, d’accélérer ses réformes, menaçant l’avenir des jeunes, des retraités, des plus pauvres et octroyant toujours plus de cadeaux au patronat.

Nous sommes devant une crise démocratique grave et profonde qui nécessite de changer totalement les orientations actuelles en matière économique, industrielle et sociale. La CGT, avec la Confédération Européenne des Syndicats, porte un projet européen qui constitue une véritable alternative de sortie de crise et de progrès social.

Ce projet permettrait la création de 11 millions d’emplois en relançant l’économie par un effort important d’investissement de l’ordre de 260 milliards d’euros par an pendant dix ans. Cette somme équivaut à 2 % du PIB européen soit deux fois le budget annuel de l’Union européenne.

Pour la CGT, une autre Europe est possible. La solution pour l’Europe ne réside pas dans les replis nationaux, mais passe par un socle social commun avec un haut niveau de protection sociale, un égal accès à des services publics de qualité, une politique industrielle ambitieuse au service de la croissance, de l’emploi et des salaires.

La CGT oppose à la logique de dumping social faisant du travail un coût, une juste répartition des richesses et pose clairement le problème du coût du capital.

La CGT, avec les salariés, les retraités et les privés d’emploi, s’emploiera à créer les conditions du rapport de force et développera les luttes sociales pour les salaires, l’emploi, les conditions de travail, le service public, la politique industrielle et la protection sociale, car elles sont autant de motifs d’espoir et porteuses d’une transformation sociale.

Les luttes sont nombreuses, c’est quand les salariés s’y engagent, avec la CGT, qu’ils se donnent les meilleurs moyens de les gagner, comme les salariés de SAM technologie en Aveyron ou ceux des Fralib.

La semaine d’action et de mobilisation du 23 au 27 juin sera l’occasion de se déployer sur les lieux de travail, d’aller à la rencontre des salariés sur leurs préoccupations et de mettre en débat nos propositions, avec une journée forte de manifestation et de grève le 26 juin.

Montreuil, le 27 mai 2014

  • Union syndicale Solidaires

La démocratie, c’est prendre nos affaires en mains !
Ainsi, nous ferons reculer efficacement les idées d’extrême-droite
Le récent scrutin pour l’élection au Parlement européen donne lieu à nombre de déclarations, dont beaucoup tiennent plus du commentaire sportif que de l’analyse politique. Le taux de non-participation aux élections politiques est un élément dont il faut tirer des enseignements. Plutôt que de fustiger celles et ceux qui « votent mal » ou qui ne votent pas mieux vaut comprendre pourquoi la dérive vers l’extrême-droite se renforce depuis des années. Le Front National est un parti dirigé par des riches et pour les riches et en défense d’un système capitaliste fût-il national ; il ne fera pas le bonheur des salarié-es, des chômeurs-ses, des retraité-es, des jeunes en formation ; mais de cela, nous devons convaincre nos collègues, nos voisin-es, nos proches…
Des élections, mais combien d’électeurs et d’électrices ?
Une majorité de la population française (57,57% des personnes inscrites sur les listes électorales) n’a pas pris part à l’élection des député-es au Parlement européen1.
En réalité, les pourcentages sont encore plus bas car il faut ajouter celles et ceux qui ne se sont pas inscrit-es sur les listes électorales et les personnes qui résident en France mais ne sont pas d’une nationalité européenne et n’ont pas le droit de vote.
Le mode d’élection aux institutions n’est pas un exemple de démocratie

  •   Les élu-es sont choisi-es par une minorité de la population.
  •   Il n’existe aucun contrôle de leur mandat.
  •   Ils et elles n’ont de compte à rendre que tous les 5 ou 6 ans.
  •   Les institutions en place ne sont pas neutres et servent les intérêts de ceux et celles qui exploitent la majorité de la population.

Quelques explications du désintérêt grandissant pour ces élections :

 

  •   L’affligeant spectacle offert par les multiples scandales financiers qui touchent des responsables politiques.
  •   Les illusions et déceptions renouvelées face à ceux qui se présentent comme candidat-es de gauche et font la même politique que la droite quand ils sont élu-es.

Le Front National recueille les voix de 10,12% des inscrit-es, l’UMP 8,47%, le PS 5,69%, MODEM-UDI 4,04%,EELV 3,64%, Front de gauche 2,58%

  • Le sentiment, porté par les élu-es politiques eux-mêmes, que « ça se décide ailleurs » (selon les moments et les forces politiques : l’Europe, les banques, des « élites » non identifiées, etc.)
  • Le constat qu’élections après élections « rien ne change » si ce n’est en pire dans la vie quotidienne, en matière de chômage, de précarité, de pauvreté, d’inégalités sociales, …

Les politiques gouvernementales successives ont généré une aggravation du chômage, un développement des inégalités sociales, de la précarité, de la pauvreté et de l’exclusion qui n’a fait qu’accroître la désespérance sociale sur laquelle l’extrême droite2 et notamment le FN prospère en surfant sur les peurs et l’anxiété face à l’avenir.
Changeons le système, au lieu de s’en prendre aux électeurs-trices !
Les commentateurs professionnels qui squattent les plateaux de télévision mais aussi la plupart des responsables politiques ont une fâcheuse tendance à limiter leurs analyses électorales à la stigmatisation des électeurs-trices : contre les abstentionnistes, contre celles et ceux qui ont « mal voté »,…
Les résultats électoraux montrent une importante crise du système de représentation. Parce que nous voulons une transformation sociale, une rupture avec le système économique et politique actuel, nous devons inventer la démocratie que nous voulons pour demain.
L’autogestion que nous voulons mettre en oeuvre dans les entreprises et les services ne peut se concevoir sans lien avec la vie de la commune. C’est à partir de celle-ci que doit s’articuler la démocratie, à l’inverse de ce qui se fait aujourd’hui où sont privilégiés les centres de décision éloignés de la population : Commission européenne, état centralisé, métropoles, mégapoles, …
Ne nous enfermons pas dans la défense d’un système qui n’est pas le nôtre mais celui mis en place par la bourgeoisie pour assoir son pouvoir économique et politique ; aujourd’hui, combattre pour la démocratie et donc contre l’extrême-droite qui en est l’antithèse, c’est agir pour un changement profond, y compris du mode de représentation, de la répartition des pouvoirs ou encore de la redistribution des richesses que nous produisons et du choix de celles-ci.
Cela ne doit pas se limiter à des incantations ; il nous faut construire les rapports de force permettant ces ruptures. Ceci passe, à la fois par la prise en compte des questions auxquelles la majorité de la population est quotidiennement confrontée (ce que nous appelons le « syndicalisme de terrain ») et par une présence dès aujourd’hui du syndicalisme sur l’ensemble du champ politique, ce qui est la meilleure garantie d’une véritable autonomie vis-à-vis des partis.
Avec 10,12% des voix des inscrit-es, le Front National arrive en tête

  •   Le Front National progresse par rapport aux élections européennes de 2009.
  • Il n’y a pas de « coup de tonnerre « , mais un résultat prévisible compte tenu :
  • de l’appui aux idées d’extrême-droite apporté depuis des années par une partie importante des représentant-es de la Droite dite « classique »,
  • de l’acharnement du Parti Socialiste à reprendre des thèmes imposés par l’extrême-droite (l’immigration, la sécurité…), à appliquer les politiques d’austérité et de cadeaux au patronat,
  •   du choix de la plupart des forces de Gauche de se positionner en référence au FN au lieu de construire de véritables alternatives.
  • du désarroi des populations laissées dans la misère et l’abandon,
  • de notre incapacité à proposer des alternatives sociales, anticapitalistes, autogestionnaires, écologiques, … crédibles.
  •   Même s’il a plus mobilisé ses électeurs-trices que les autres partis, le Front National recueille un tiers de voix de moins lors de ces élections que pour les Présidentielles de 2012. 2 L’extrême-droite représente un spectre large allant des groupuscules fasciste aux réseaux antisémites Dieudonné et Soral, en passant par le Front National.

Le Front National se fout du Parlement européen !
Le bilan des précédents député-es européen-nes du Front National est lamentable. Mais les dirigeant-es du FN se moquent éperdument du Parlement européen ; la progression du nombre de leurs élu-es (qui serait moindre avec une représentation proportionnelle) leur servira avant tout à toucher plus d’argent et à s’incruster dans les différentes strates du pouvoir à commencer par les « grands médias » où il distillera encore plus ses idées.
Quand l’extrême-droite se lâche…
Le 5 juin 2013, Clément Méric, militant syndicaliste et antifasciste, était assassiné par des militants néonazis à Paris. Odieux et inacceptable en lui-même, ce meurtre, a dépassé le drame individuel. Agressions contre les lesbiennes, bi-es, gays et les personnes trans, contre les immigré-es et les personnes issu-es de l’immigration, les musulman-es, actes antisémites, violences envers des militant-es antifascistes et des organisations progressistes, se sont multipliées ces dernières années et ces derniers mois, dans toute la France comme à travers toute l’Europe, alors que l’extrême droite était banalisée.
Les mobilisations massives contre le droit au mariage pour tous, commencées en 2012, ont été l’occasion de voir se mêler droite et extrême droite dans les cortèges, où les slogans haineux et homophobes contredisaient l’image joyeuse que voulaient donner les organisateurs. Dans le prolongement de ce combat, divers groupes ou mouvements ont vu le jour ou ont pris de l’ampleur (réseaux catholiques traditionnalistes, groupes de jeunes radicaux d’extrême droite, mouvance antisémite et complotiste Dieudonné-Soral…), fers de lance de l’offensive réactionnaire se caractérisant par une occupation de la rue et un activisme idéologique offensif. Un sommet a sans doute été atteint le 26 janvier dernier avec Jour de colère, où on a pu entendre dans les rues de Paris des cortèges qui ne regroupaient pas que des groupuscules néo-nazis crier « juifs hors de France ».
Les responsabilités du syndicalisme dans ce contexte
Il y a un véritable enjeu de formation et d’information pour les organisations syndicales. C’est le sens des débats que nous organisons sur ce thème lors des réunions du Bureau national de Solidaires, qui réunit les représentant-es des syndicats et fédérations de notre Union syndicale. Une formation nationale spécifiquement consacrée à la « galaxie Dieudonné » a aussi été organisée en début d’année. Des initiatives communes CGT/Solidaires/FSU sont organisées (formations, débats, tracts, livres). Mieux armer nos militant-es pour répondre au discours de l’extrême droite qui se répand et se banalise autour de nous, dans les entreprises et les bureaux, lors des tournées syndicales, est une nécessité.
Auprès de salarié-es, nous devons affirmer, sans concession, notre antifascisme, parce qu’il est partie intégrante de notre identité et de notre projet syndical. Sur bien d’autres sujets, nous savons bien que nous devons aussi lutter contre le discours dominant, faire preuve de pédagogie, expliquer sans cesse, et nous le faisons. Alors, il est normal de le faire aussi sur la question de la lutte contre l’extrême-droite.
Notre activité internationaliste est essentielle. Les rencontres européennes des divers réseaux antifascistes sont un cadre de la mise en oeuvre de la solidarité internationale et d’une riposte antifasciste contre la montée des extrêmes droites en Europe. C’est aussi un des axes de travail du réseau syndical international de solidarité et de luttes3. Au plan international aussi, l’antifascisme est partie intégrante de notre syndicalisme !
Il nous faut, aussi et surtout, démontrer aussi que le syndicalisme peut être porteur d’un projet de transformation sociale à la fois utopiste et crédible, que l’unité et la maîtrise des luttes par les salarié-e
sont une force. Le Front National, l’extrême-droite, ne sont jamais à l’aise en période de fort mouvement social et leurs prises de position peuvent alors varier d’un jour à l’autre … Par contre, ils savent que chaque défaite du mouvement social, comme chaque lutte non menée, leur ramèneront de nouveaux électeurs-trices.
Leurs avancées sont faites de nos reculs !

La lutte contre le fascisme ne se limite pas aux enjeux électoraux. Nous avons plus lutté contre la progression de l’extrême-droite et du fascisme en agissant depuis des années au quotidien pour l’égalité des droits, contre l’injustice, pour la sécurité au travail, etc., que ne l’ont fait ceux qui par leurs pratiques décrédibilisent toute action politique au sens large du terme. Et c’est cela que nous devons continuer. C’est là que se mène l’essentiel de la lutte contre l’extrême droite. Au quotidien ; dans la fraternité des luttes où se retrouvent côte à côte français-es et immigré-es, dans le respect du débat démocratique qui s’oppose aux « coups de gueule » et à « la loi du plus fort », dans la prise en charge des problèmes (y compris d’insécurité) pour éviter que leur non-résolution ne tourne au fantasme, etc.
Combattons le sectarisme ! Le syndicat est l’organisation spécifique des travailleurs et des travailleuses. Pour qu’ils et elles reprennent confiance en cet outil, organisons des permanences intersyndicales dans les quartiers, mettons en commun nos moyens pour avoir une présence syndicale forte dans les zones que nous avons abandonné, organisons des réquisitions d’emplois pour montrer qu’il y a des emplois vacants, du travail pour tous et toutes, répondons aux besoins de sécurité, de protection sociale, d’échanges, d’entre-aide, de solidarité… Unifions les collectifs syndicaux de lutte pour être plus fort. Travaillons aux convergences avec les différents mouvements sociaux pour construire des rapports de forces, en France comme en Europe, permettant de gagner contre ces politiques d’austérité au service du patronat et des multinationales. Le combat contre le Grand marché transatlantique (TAFTA, inventé pour les seuls intérêts des multinationales américaines et européennes), peut être gagné sur la base de la défense des droits sociaux et environnementaux, et de solidarité entre les peuples, et contre la concurrence généralisée !
La présence et l’activité syndicales au plus près des travailleurs et des travailleuses (quotidiennement sur les lieux de travail), la reconstruction d’un tissu syndical interprofessionnel de proximité sont des actes antifascistes concrets. Mais pour cela, il faut réellement adapter nos pratiques syndicales à nos ambitions : refuser la multiplication des réunions que les directions inventent pour nous empêcher de faire du syndicalisme, donner plus de temps pour les activités interprofessionnelles, prendre en charge les problèmes de chaque salarié-e, etc.
C’est parce que nous mènerons des luttes victorieuses sur le terrain des droits sociaux et économiques que nous pourrons faire reculer durablement le FN. Partisan d’un syndicalisme de transformation sociale, nous pensons que ce système doit être combattu et radicalement modifié, qu’un autre partage des richesses est une nécessité absolue ! C’est, pour nous, une des façons les plus sûres pour faire redescendre le poids de l’extrême droite au niveau groupusculaire.

 

 

 

  • Déclaration de l’union de luttes des syndicats CGT du Bassin Minier Ouest du Pas-de-Calais
  • Le résultat des élections européennes dans le Bassin Minier Ouest, dans le Pas-de-Calais, dans la Région et en France, est extrêmement inquiétant pour la démocratie et la vie sociale, c’est une alerte.Nous ne pouvons ignorer la forte abstention de ce 25 mai, mais les chiffres comparatifs entre 2009 et 2014 nous montrent que dans la région, le FN a progressé en triplant son nombre de voix. Du rouge, le Bassin Minier, terre historique des luttes de la classe ouvrière, est passé au bleu marine.Bien sûr il y a les bouc-émissaires les plus fragiles, les immigrés et les bénéficiaires des minima sociaux, mais le chômage, la baisse du pouvoir d’achat et l’inquiétude quant aux lendemains difficiles… font le terreau de cette montée inquiétante du FN qui a fait du Pas-de-Calais son laboratoire national.En 2011, notre union de luttes des syndicats CGT du Bassin Minier Ouest avait pourtant sonné l’alerte, c’était à Auchel où l’extrême-droite radicale s’était implantée sous le couvert d’une association. Même si cette alerte antifasciste de 2011 n’a pas eu l’écho nécessaire auprès des élus et partis politiques, enfermés dans un carcan électoraliste, nous avons milité contre les idées nationales-chauvines, xénophobes et racistes de ce parti qui n’est ni démocratique ni républicain ni ordinaire.Le chômage est un fléau et les politiques gouvernementales ne font rien pour le combattre à la racine, refusant catégoriquement des prendre des mesures contraignantes pour le patronat, bien au contraire puisqu’ils font allégeance aux exigences de Bruxelles et au dogme capitaliste européen.Il y a 60 ans, Monnet le banquier et Schumann le réactionnaire, nous promettaient une Europe de la Paix et de la Prospérité, mais avec technocrate Barroso et bientôt avec son successeur Juncker, nous avons hérité d’une Europe de la guerre sociale, du chômage et de l’ultralibéralisme, qui est rejetée par 70% du peuple de France.Le résultat des élections européennes démontre ce rejet massif de l’Europe créée par le grand capital et qui donc ne sera jamais sociale… mentir au Peuple ne sert à rien car il vit la réalité de cette Europe antisociale.Le Bassin Minier Ouest est fortement impacté par le chômage et la misère qui atteint des seuils jusqu’à 60% dans certains quartiers populaires de nos villes. Dans le Nord-Pas-de-Calais, d’où est partie la révolution industrielle qui allait faire de la France la 5ème puissance économique mondiale, 1 million de pauvres, 25% de la population, 370 000 chômeurs soit près de 20% de la population active, et ces chiffres grimpent encore.

    Si ces chiffres étaient étendus au niveau du territoire national, il y a aurait 8.5 millions de chômeurs inscrits à pôle-emploi et 17 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, c’est-à-dire 40% de précaires… terrible dans la 5ème puissance économique du monde avec un CAC 40 qui grimpe chaque jour !

    Mais la région compte aussi le plus grand nombre de grandes fortunes, et c’est un paradoxe car nous vivons la même situation de la Ruhr en Allemagne au début des années 1930 qui fût la terre fertile de la montée du nazisme sur fond de corruption, de malversations et de chômage de masse, mais aussi la terre de la résistance organisée contre le nazisme.

    Aujourd’hui, des pans entiers de l’industrie sont menacés dans le Bassin Minier Ouest du Pas-de-Calais, des dizaines de milliers d’emplois sont menacés à très court terme. Cela induit, que nous devons imposer une autre politique et contraindre le patronat, que nous devons par nos luttes et l’unité la plus large, réussir à inverser la courbe du chômage et de la misère, puisque cette alerte du 25 mai est une grave menace sur les prochaines échéances électorales, au niveau du département et de la région, mais aussi pour la présidentielle de 2017.

    Pour la première fois depuis la défaite des pétainistes en 1944 et des nazis en 1945 un parti d’extrême droite arrive en tête d’une élection. Il ne suffit pas de dénoncer, de s’émouvoir ou d’être indignés, il faut résister et faire reculer ce parti qui utilise la misère sociale, les inégalités, le chômage, pour diffuser ses idéaux que sont le racisme, la discrimination, la xénophobie, le nationalisme chauvin qui amènent de fait à l’individualisme et au repli sur soi.

    Pourtant, le président, le 1er ministre, les chefs des partis qui se succèdent au pouvoir depuis trop d’années, bien que désavoués par cette élection, n’entendent pas modifier cette politique d’austérité imposée par l’Europe, ni imposer des lois contraignantes pour empêcher les licenciements.

    Cela veut dire qu’ils acceptent, au nom de la concurrence libre et non faussée et de la réduction d’une dette créée par les cadeaux en centaines de milliards accordés aux capitalistes, la dégradation des conditions sociales et démocratiques, et la montée de la misère et du chômage qui sont le terreau fertile du FN et de l’extrême-droite radicale.

    Nous vivons donc une grave crise démocratique et sociale qui se transforme en une crise de civilisation, ceci impose un changement radical en termes économique, industriel et social… la situation ne peut plus durer ainsi, l’alerte a retenti.

    L’union de luttes des syndicats CGT du Bassin Minier ouest du Pas-de-Calais, appelle les syndicats, les partis progressistes, les associations antiracistes et sociales, les citoyens à s’organiser partout, sans sectarisme ni dogmatisme, contre cette inquiétante montée du F-haine.

    Dans les prochaines semaines, nous convoquerons les syndicats, les partis progressistes, les associations antiracistes et sociales de notre territoire du Bassin Minier ouest du Pas-de-Calais, a une réunion pour organiser collectivement cette résistance au fascisme déguisé, qui est le bras armé du capitalisme… le fascisme ne passera pas ni ici ni ailleurs.

    Réunis à Béthune le 27 mai 2014

    Union de luttes des syndicats CGT du Bassin Minier Ouest du Pas-de-Calais (Auchel-Bruay-Béthune-Lillers-Isbergues)
    _______________________________

     

Feminisme et syndicalisme : et pourtant ça rime!

Mercredi 14 mai 2014, s’est tenu à la Sorbonne un colloque Les amphis du MAGE rassemblant chercheuses (sociologues, économistes, politologues) et syndicalistes sur la situation contemporaine de syndicalisation des femmes. C’était une initiative du réseau de recherche international et pluridisciplinaire « Marché du travail et genre » (ou MAGE), dirigé par la sociologue Margaret Maruani.
Les travaux de recherches préparatoires de ce débat sont accessibles sur la revue du MAGE : Travail, genre et société (www.travail-genre-sociétés.com)
Le débat était introduit par Sophie Pochic (sociologue, CNRS-EHESS) et Rachel Silvera (économiste, Université Paris Ouest Nanterre). Quatre interventions se sont succédées : Sophie Béroud (politiste, Université Lumière Lyon 2), Cécile Guillaume (sociologue, Université Lille 1), Yannick Le Quentrec (sociologue, Université Toulouse 1) et Vanessa Monney (politiste, Université Lausanne 1).

 

Féminisé…féminisme
L’aspect novateur de cet échange a résidé dans la présence de la quasi-totalité des organisations syndicales de salariés : CGT, CFDT, FO, CGC, FSU, Solidaires, ainsi que du Collectif national de défense des droits des femmes (CNDF), qui fédère depuis 1995 syndicalistes, associations féministes, forces politiques. Un deuxième aspect novateur a été le regard international avec deux tableaux : la Grande Bretagne et la Suisse. Où on découvre des situations très déconcertantes pour qui est marqué par la tradition militante franco-française : la judiciarisation par exemple (Angleterre) comme outil extérieur au syndicalisme pour faire avancer la cause des femmes. Un troisième aspect (et un paradoxe) aura été pointé par Margaret Maruani avec une question : et le féminisme dans tout cela ? Autant en effet des mesures sont prises parfois au forceps pour faire progresser la syndicalisation et la place des femmes dans le syndicalisme, autant le sens collectif de ces expériences reste assez flou pour les actrices de ces pratiques, malgré la « rime » des mots féminisme et syndicalisme. Dans les questions posées aux intervenantes, Sophie Pochic résume cela ainsi : « Une syndicalisme plus féminisé change-t-il vraiment les choses ou les consciences ? »

femmes-quotas et souffrance militante
Le premier exposé, de Vanessa Monney, rend compte de la situation en Suisse depuis quelques années. Un syndicat national (UNIA) très masculin (organisant le bâtiment, l’industrie, le tertiaire, etc) décide en 2004 de prendre des mesures de quota pour syndiquer les femmes et mieux les représenter dans les instances dirigeantes. Les femmes représentant moins de 20% des effectifs syndiqués, il est décidé un taux de 25% dans les instances, puis de passer à 33% en 2008. Ce sont des groupes de femmes militantes qui ont imposé cette décision dans un congrès, en même temps d’ailleurs que des mesures du même type poussées par des groupes de salariés migrants. Ce volontarisme a donné des résultats dans le secteur tertiaire, en développement. Par ailleurs, la figure du « permanent » syndical masculin s’est transformée grâce à l’embauche directe d’étudiantes pour occuper des fonctions dirigeantes ou, en tout cas, au sein de l’appareil syndical, solution déroutante pour des traditions françaises (mais les confédérations embauchent aussi des « experts »…). V. Monney trace les limites de ces mesures : division sexuée maintenue entre postes administratifs et politiques, progrès nationaux mais « plafond de verre » maintenu dans les régions (2 femmes dirigeantes pour 14 régions). Elle signale également un fait dont on ne parle d’ailleurs jamais pour le militantisme masculin : des cas de souffrances et de burn out dans le militantisme, dans la difficulté de « bien faire ». Elle conclut en disant que si les quotas ne sont pas accompagnés de changements plus profonds, ils peuvent avoir « des effets pervers ».
Yannick Le Quentrec a conduit une recherche pour la Fédération de la santé et de l’action sociale CGT en France. Laquelle a aussi décidé des mesures volontaristes prises pour les temps forts de la vie de l’organisation : délégations aux congrès, candidatures aux élections. Là aussi, le constat est que cela ne fonctionne pas si ce n‘est pas accompagné de mesures de « parainages » ou de « marainages ». Notamment en vue de dégager des « disponibilités » spécifiques pour rendre possible l’activité militante. Par exemple : accepter des variations de l’investissement militant, faire respecter le droit syndical, introduire des liens de solidarité entre femmes (notion de « sororité ») afin de prendre en compte les personnes dans leur ensemble (question rarement posée pour les hommes), et qu’il faut réduire l’écart entre discours et actes. Elle constate aussi que le volontarisme national ne produit pas beaucoup d’effets « au plus bas » de l’organisation, et que les postes occupés par des femmes n’ont pas un effet automatique sur la conscience féministe.

Justice ou syndicalisme?
Cécile Guillaume décrit une situation totalement déconcertante de militantisme de femmes en Angleterre, qui prend une forme juridique prédominante, et se heurte aux traditions masculines, y compris parfois malgré la bonne volonté des syndicalistes «hommes ». La situation est bien sûr marquée par un recul général des droits syndicaux depuis des années. Trois périodes sont distinguées. Entre 1968 et 1980, une base militante « féminine, mais non féministe », s’active pour demander des reclassifications d’emplois tendant vers plus d’égalité salariale. Ce projet déstabilisait la globalité du système des classifications avec le poids masculin dans les grilles salariales. Une deuxième période émerge ensuite avec l’apparition d’une sorte de « Haute autorité » contre les discriminations, utilisant judicieusement le droit européen. Des plaintes de femmes salariées débouchant dans les tribunaux ont fait évoluer l’approche des syndicalistes hommes. Surgit cependant un problème à la fois juridique et revendicatif : comment vraiment évaluer ce qu’on appelle « valeur égale » dans le travail ? Troisième période à la fin des années 1990, avec le retour des travaillistes au pouvoir (Blair). Les classifications sont remises à plat dans ce contexte politique, mais avec des clauses maintenant des discriminations et avec des négociations donnant-donnant ou à somme nulle : certains avancent quand d’autres reculent. Pour certain-ES, un petit progrès, pour certainS, un recul ! On voit bien tous les problèmes que cela peut poser… Par ailleurs, des avocats réellement féministes attaquent des syndicats pour obliger à négocier des discriminations positives, par exemple pour les cantinières face aux éboueurs sur un même site. Des groupes de femmes se mobilisent, atteignant jusqu’à 3000 plaignantes. Les procès gagnants parviennent à récupérer jusqu’à 3 millions de livres sterling pour les femmes. En 2007, 70 000 plaintes sont déposées pour attaquer les inégalités salariales, contre 15 seulement en France…

Mouvement social sexué?
L’exposé de Sophie Béroud retrace une expérience volontariste de construction d’un syndicalisme dans un salariat féminin totalement précaire et éclaté, mais à partir d’échanges sur la réalité du travail vécu. Ces précaires (98% de femmes) sont des aides à domicile. Des militantes CGT ont construit cette campagne, qui peut s’analyser comme un début de reconnaissance d’un « mouvement social sexué ». Pas un mouvement au sens classique, mais un mouvement quand même : le chemin vers la syndicalisation et la formulation revendicative. Tout démarre dans une Union locale (UL) CGT qui « cherche une femme » pour s’adresser à ces aides à domicile. Une postière est volontaire et prend ce travail à cœur. L’UL donne carte blanche. La grande difficulté est qu’il n’existe aucun lieu collectif de travail, qui se fait à domicile. Le « patron » non plus n’est pas classique : c’est une association qui marche au bénévolat. Elles choisissent donc de faire des réunions le soir dans les villages. On y parle d’abord du travail, et pas de syndicalisation. Un « entre-soi » entre femmes se construit. C’est donc par l’échange sur le travail, sa réalité concrète, que se construit une pratique militante. Au bout du compte, la syndicalisation n’est pas fulgurante, mais semble réelle. Et une formulation revendicative en a résulté. Le soutien volontariste de l’interpro CGT a joué un rôle important, car la tradition syndicale spontanée ne porte pas à dégager des forces et du temps vers ce salariat quasi invisible, mais qui au total, regroupe du monde.
Compte rendu rédigé par Dominique Mezzi

  • L’Humanité du 26 mai 2014 publie également des tribunes d’une partie des intervenantes à ce colloque:

cliquez : Egalite salariale H_F_justice

 

 

Lu dans la Nouvelle revue du travail (NRT)

La Nouvelle revue du travail publie dans son numéro 4 d’avril 2014 un commentaire (voir ci-dessous) du livre Nouveau siècle, nouveau syndicalisme (Paris, Syllepse, 2013, 189 p., 8 €) sous la plume de Georges Ubbiali (sociologue), Centre Georges Chevrier, UMR 5605, Université de Bourgogne. A cette occasion, nous faisons connaitre aussi cette nouvelle revue  (http://nrt.revues.org) par sa présentation juste après.

  • Le commentaire de Georges Ubbiali :

Il ne fallait pas moins que ce livre patchwork (pas moins de quatorze contributeurs et contributrices) pour dessiner le portrait du syndicalisme du XXIe siècle ! Le statut des auteurs est lui aussi varié, mélangeant syndicalistes et chercheurs. Le propos s’articule autour de deux grandes parties. Dans un premier temps, il s’agit de dresser les principaux diagnostics du syndicalisme, avant de formuler, dans une seconde partie, quelques propositions. Après un rappel du fait que l’objectif de l’ouvrage se situe dans une perspective d’analyse du syndicalisme comme mouvement social (D. Mezzi), vs agence sociale, il revient à J.-M. Pernot de pointer le problème essentiel auquel fait face le mouvement syndical : sa rétractation autour de ses missions de défense des salariés, c’est-à-dire une érosion de sa fonction de représentation autour de la régulation sociale. L’enjeu est simple : soit le syndicalisme sera en mesure de rénover ses pratiques dans la même mesure où il avait su le faire au début du XXe siècle, en passant d’un syndicalisme de métiers à un syndicalisme industriel, soit l’acteur syndical demeurera un rouage d’un système institutionnel qui lui réserve une place reléguée. Changeant d’optique, S. Béroud et K. Yon se propose de répondre et de clarifier les notions de bureaucratisation et d’institutionnalisation du syndicalisme. Si la bureaucratisation (au sens webero-michelsien) est à combattre, les deux auteurs, envisagent la dimension de l’institutionnalisation dans une approche dialectique, proposant un dépassement des (nombreuses et répétitives) lectures binaires de ce phénomène. En une thèse hardie, ils avancent que les institutions peuvent également servir de supports pour l’action – dans la même veine, même si l’argument n’est pas développé dans leur contribution – que peut l’être le droit. C. Gobin et K. Crochemore invitent le lecteur à sortir du cadre hexagonal pour envisager les formes mondiales et plus spécifiquement européennes d’internationalisation du syndicalisme. Forts des critiques sur le développement de la CES, à partir de l’exemple du secteur du transport, ils montrent les potentialités qui existent pourtant pour que syndicalisme et émancipation puissent se conjuguer en parallèle. René Mouriaux ouvre une section consacrée à quelques organisations syndicales françaises (manque quand même FO dans le tableau, le cas de la CGT est abordée dans la seconde partie). Son texte, comme souvent, est marqué par une grande rigueur et une éblouissante érudition. Il tombe néanmoins à côté du sujet, du fait de l’option avant tout historique qu’il a choisie. Résultat d’une contribution tournée vers le passé, l’évolution de la centrale depuis la déconfessionnalisation (1964-2014) est traitée en moins d’une page. R. Szajnfeld, qui fut le principal animateur du courant Unité et Action (UA) au sein de la FEN s’intéresse au passage de la FEN à la FSU, à partir d’une question tout à fait pertinente. Qu’est ce qui permet d’expliquer le succès de la FSU, qui devient après la scission de la FEN, l’organisation majoritaire au sein de la fonction publique d’Etat ? Pour stimulante que soit sa communication, qui permet d’éclairer un pan de l’histoire récente mais mal connue du syndicalisme, le format est trop court pour pouvoir aborder de manière satisfaisante les dimensions proprement sociologiques de la création de la FSU. Enfin, J.-M. Denis, dans le prolongement de ses travaux et sur la base d’une enquête demeurée à ce jour au purgatoire de la littérature grise (cf. Béroud S. et alii, Les militants de l’Union syndicale Solidaires : profits, pratiques et valeurs, Triangle-Université de Lyon II, 2011, disponible en ligne), replace l’évolution de cette composante très minoritaire, mais combattive et dynamique, dans la continuité de l’autonomie. Après ce premier temps du diagnostic, vient le moment des propositions. La contribution la plus hétérodoxe de D. Mezzi ouvre le bal en avançant l’idée de dépasser la Charte d’Amiens, document fondateur du syndicalisme en France. Sans entrer dans le détail de ce texte, court, mais suggestif, l’auteur évoque l’idée de créer un nouveau rapport à la politique en rompant avec les modèles soit d’assujettissement à la sphère politique (le PCF et la CGT), soit d’évanescence du politique (la CFDT et son recentrage), soit encore de hiérarchisation (FO et la défense de l’intérêt particulier) qui ont marqué l’histoire du syndicalisme hexagonal. En conséquence, l’auteur conclut son article par un amendement, visant à définir un syndicalisme assumant pleinement sa dimension politique anticapitaliste, tout en rejetant la soumission aux partis politiques, débouchant sur la création d’une chambre sociale, aux côtés de la représentation élue au suffrage universel. Ces propositions, assez iconoclastes en une période où le mouvement syndical se limite à faire admettre sa légitimité dans le système de relations industrielles, aurait mérité d’être rapportée aux débats historiques, en particulier ceux menés au sein de la CGT à partir du Cartel des gauches, débouchant sur la reconnaissance légale en 1936 du Conseil National Economique, tant l’histoire sociale n’est pas vierge de toutes expériences en la matière. Autour du thème de l’unité et de l’unification, quatre responsables syndicaux sont invités à développer leurs analyses (G. Aschiéri pour la FSU, M. Dumas pour la CGT, J. le Coq pour la CFDT, A. Coupé pour l’Union syndicale Solidaires). S. Béroud et K. Yon développent ensuite une critique très serrée de la nouvelle loi sur la représentativité, reprochant à cette dernière de concevoir la représentation syndicale sur le mode de la démocratie électorale et, par ce biais, de vider toute forme de représentation de dimension collective. Fortement argumentée, leur démonstration hésite cependant entre la critique de la loi et l’absence de droits plus étendus pour les salariés, comme si la loi était responsable de ce fait. T. Fraquelli, cheminot cégétiste, offre ensuite une très bonne contribution sur ce que la prise en compte de l’analyse du travail ouvre comme possibilité pour rénover les pratiques syndicales. Il en oublie d’ailleurs au passage, d’évoquer l’antériorité de la CFDT en ce domaine, dont l’apport aurait mérité d’être également analysé. Il n’en reste pas moins que le lecteur découvre l’ampleur à la fois des blocages syndicaux (la logique de la compensation financière plutôt que celle de la modification du travail) et les perspectives ouvertes en termes de revitalisation du tissu syndical et de rénovation du militantisme. Enfin, il revient à D. Mezzi et R. Mouriaux de conclure sur les défis auxquels la principale centrale, la CGT, doit faire face en ce début de XXIe siècle pour continuer à occuper une place centrale dans le syndicalisme, aussi bien en France qu’au niveau international. On l’aura compris au fil de ce compte rendu, ce petit livre contient de nombreuses idées stimulantes, croise les points de vue, toujours avec un haut niveau d’exigence, développe plusieurs et riches perspectives, Mais, hélas, dans un format qui ne permet pas vraiment leur déploiement. Malgré ses qualités, Nouveau siècle, nouveau syndicalisme, soulève plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Cela n’enlève rien à sa qualité, mais laisse un lecteur plutôt frustré des nécessaires démonstrations.

  • La Nouvelle revue du travail :
La NRT

Le développement des recherches en sociologie du travail de langue française, n’a pas entraîné un accroissement des espaces de publication, en particulier pour les sociologies critiques. La Nouvelle Revue du Travail s’offre comme un nouveau lieu d’accueil. Publiée uniquement en ligne en accès ouvert, elle comble en partie le retard des publications numériques en France. La revue adhère à revues.org, et peut être consultée sur http://nrt.revues.org. L’ISSN qui lui a été attribué par la Bibliothèque nationale de France est : 2263-8989. Le premier numéro a paru le 10 décembre 2012.

La Nouvelle Revue du Travail est une revue scientifique dont les auteurs, chercheurs ou praticiens, s’inscrivent dans le respect des démarches scientifiques des sciences de l’homme et de la société. Le travail est pensé comme une notion transversale au carrefour de différents courants de la sociologie des organisations, des institutions, des relations professionnelles, des professions, de l’emploi, du genre, de la clinique, de l’innovation, du management, etc. Parmi les centres d’intérêts de La Nouvelle Revue du Travail figurent les rapports sociaux de domination, de pouvoir et d’exploitation renouvelés par la globalisation du capitalisme financier.

La Nouvelle Revue du Travail se propose d’être un lieu de débat théorique et épistémologique plutôt qu’un support à l’exposé d’applications de telle théorie à un nouveau terrain. Elle privilégie les articles qui organisent le double va-et-vient entre le terrain et la théorie d’une part et entre les niveaux micro et macro sociologiques d’autre part.

La tension entre production des connaissances et action est un élément dynamique pour développer une collaboration entre le monde du travail et le monde de la recherche. L’un des objectifs de la revue est de s’adresser, au-delà du public académique, à un public de praticiens dans les entreprises et dans les administrations publiques, en particulier à un moment où l’enseignement supérieur forme plus d’intervenants que de chercheurs. Elle vise aussi à s’adresser au monde syndical et associatif qui souhaite trouver, du côté des sciences sociales, des éléments d’analyses et de compréhension du monde du travail moderne pour soutenir ou accompagner son action. Plutôt que de méconnaître ou de sous-estimer la tension entre production des connaissances et actions, il s’agit d’en faire un objet de recherche.

La complexité de la question du travail met par ailleurs en cause les cloisonnements disciplinaires. Elle conduit à favoriser les lectures plurielles, issues des différentes disciplines, en particulier l’histoire, la psychanalyse, la psychologie, l’économie, la gestion, la philosophie, le droit, l’ergonomie, la linguistique sociale… Enfin, à l’ère de la globalisation, La Nouvelle Revue du Travail traite des questions du travail à l’échelle internationale ou plus spécifiquement dans l’un ou l’autre pays ; elle encourage le bilinguisme en diffusant des articles publiés à la fois dans une des grandes langues internationales et en français.

Contre les licenciements : « droit de propriété »

Le tract unitaire (issu des syndicats CGT, CFDT, FO des papeteries ArgoWiggins) que nous publions témoigne du regain d’audace et de combativité dont font preuve en ce moment les salariés et leurs syndicats pour contester au patronat le droit de licencier. Le droit de « préemption » ou de « propriété » sur les richesses créées par les salariés est invoqué pour refuser la logique capitaliste.

Lien vers l’original du tract : Va t’en Arjo
« Va t’en », ordonne ArjoWiggins !

Un matin, quelqu’un vous dit : on ferme l’usine, vous avez un an, mais de toute façon vous devez partir. Vous regardez avec tristesse l’usine dans laquelle vous travaillez, puis vous vous dirigez au vestiaire, vous rassemblez vos affaires et vous allez pointer au chômage… Ah Non ? Vous demandez au type qui vous prive de votre gagne-pain, de quel droit il prétend vous déposséder de votre travail, et de l’usine que votre travail a valorisée.

Faut-il s’opposer à cette décision ou évacuer les lieux tout de suite ?

1/ L’ordre de fermeture d’ArjoWiggins repose sur un front Sequana, banques, gouvernement. Ce front est trop fort pour nous ? Cédons le terrain ?
– La décision de fermer l’usine n’a rien à voir avec les défauts de l’usine elle-même, ni le travail, ni la variation des commandes. Tout est lié à la Bourse.
– Cette décision, annoncée le 10 avril 2014, fait suite à un accord secret gouvernement-banques-Sequana, fondé sur le remboursement des créanciers par l’argent récupéré sur la masse salariale.

Nous répondons : cette décision bafoue nos droits les plus élémentaires. C’est nous qui avons créé les richesses dont Arjo Wiggins profite, et c’est sur ces richesses que Sequana spécule en Bourse. Et nous n’avons d’autre mot à dire que : au revoir ?
Nous sommes donc revenus au temps des rois, qui décidaient sans appel ? Nous ne l’acceptons d’autant moins que, si la loi Florange a été intentionnellement vidée de son contenu, une base légale existe, le droit de préemption. Les élus des mairies, des départements, et des régions constituent un point d’appui de lutte contre l’arbitraire.
2/ Abandonner le droit de préemption et notre droit de propriété sur l’usine que nous avons enrichie, pour aller à Pôle Emploi, moyennant une prime qu’on espère très haute ?
– Le chômage de masse est la bombe atomique à la seule disposition des patrons. Quand on entre au chômage, à partir d’un certain âge – 50 ans -, c’est pour toujours. Dans tous les cas, les petits boulots, les boulots précaires vont se suivre.
– Tous les chômeurs sur les listes de Pôle Emploi, seuls 43% en sortent avec un travail. Le plus souvent en CDD, avec des salaires de misère.
– Un délai de carence vient d’être institué par un ANI sur l’UNEDIC, d’au moins 45 jours, avant de toucher les indemnités propres au licenciement.
– La prime « extralégale » tient lieu d’une croyance au Père Noël. Si au début des licenciements massifs dans l’industrie, les primes au départ – à la valise – ont été substantielles (acier, charbon, navale), ce temps des années 1980 est révolu. Le licenciement est tellement libéralisé, que l’acte de licencier est gratuit pour le patron.

Nous répondons : la peur est mauvaise conseillère. Elle conduit à coup sûr au désastre.
– Si nous renonçons au combat, à la solidarité, là, tout de suite, et nous refusons de lutter de façon collective pour la survie des usines ArjoWiggins, alors le tarif de départ de chacun pour Pôle Emploi va être voisin de zéro.
– Si nous abordons immédiatement la négociation d’un PSE sans aucune autre intention que de faire monter les enchères du prix du départ de chacun, alors la suite est archiconnue : les salariés et les syndicats seront non seulement méprisés à la table de négociation du PSE, mais en plus, la direction ouvrira immédiatement des plans de départ volontaire pour accentuer la panique, le sauve qui peut.
– L’angoisse de chacun est bien normale, d’ailleurs les patrons spéculent là-dessus ! Certains se disent, quittons l’enfer de l’incertitude du lendemain, c’est foutu, allons au plus vite à Pôle Emploi. Nous leur certifions que le chômage est un enfer bien plus brûlant que les incertitudes devant nous. Et jamais nous ne voudrons essuyer les reproches de collègues, qui auraient pris la poudre d’escampette, et qui nous diront plus tard : « vous ne nous avez pas prévenu ! »

3/ La lutte de ceux de M Real Alizay a permis non seulement la sauvegarde de centaines d’emplois, mais également la pérennité du site. C’est cette réussite qui nous avait motivé pour revendiquer avec nos camarades de la sidérurgie une loi Florange. Eh bien, ensemble, prenons le chemin qui a été emprunté par ceux de M Real Alizay.
Nous répondons au mépris de l’état major de Sequana, dont la seule vérité est celle de la Bourse, que nous luttons avec détermination pour nos métiers, nos emplois, nos usines. C’est à eux de partir !

S’ils ne veulent plus en jouer, qu’ils nous laissent le camion, son chargement et les clés du camion.
Restons ensemble, solidaires, jouons collectifs !

FILPAC CGT, CFDT, FO

 

Le syndicat CFDT du commerce parisien « suspendu »

Un mauvais remake?

Il y a quatorze ans déjà, le Syndicat du commerce parisien  (SYCOPA) CFDT était suspendu de sa fédération nationale (commerce et services) pour divergences d’orientation concernant la non signature d’accord avec le patronat (notamment sur le travail de nuit), accord approuvé par la fédération par dessus les syndicats concernés ! En 2001, le SYCOPA  maintenu adhère à la fédération CGT du commerce, après un débat en son sein.

Aujourd’hui, la même structure syndicale CFDT du commerce, qui a succédé au SYCOPA,  est à nouveau suspendue pour divergence quasiment sur les mêmes questions, bien que la fédération nie un problème d’orientation et met en avant des problèmes de règles de fonctionnement. On ne badine pas avec le centralisme à la confédération CFDT…

Nous publions ici cette information rendue publique par i-TELE.

 

 

Info i>TELE : des syndicalistes CFDT expulsés et suspendus par leur propre fédération

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Info i>TELE : des syndicalistes CFDT expulsés et suspendus par leur propre fédération

Hier, une vingtaine de syndicalistes de la branche commerce d’Ile-de-France de la CFDT se sont vus empêcher l’accès à leurs locaux. Ils sont désormais suspendus. Pour son secrétaire, c’est leur action contre le travail dominical et de nuit qu’ils paient aujourd’hui. « Faux », répond la fédération qui argue du non-respect du règlement. Une enquête de notre journaliste économique et sociale, Nassira El Moaddem.

Comme tous les matins, ce mardi 6 mai, Alexandre Togormian, secrétaire général du syndicat commerce Ile-de-France de la CFDT, se rend au local de son organisation. Un comité d’accueil l’attend dans le hall. A lui et aux 19 autres militants qui occupent le bureau, on refuse l’accès. « Des personnes des instances de la confédération et de l’union régionale nous ont fait barrage. On ne pouvait pas accéder à nos propres bureaux ! Même les serrures de notre local ont été changées ! ». Un huissier leur signifie leur expulsion et la police intervient. La Fédération CFDT des services, à laquelle le syndicat commerce d’Ile-de-France est rattaché, décide de suspendre le syndicat. Concrètement, ils n’ont plus ni accès aux bureaux, ni les moyens de travailler, ni la possibilité d’agir au nom de la CFDT jusqu’à nouvel ordre. En cause : le non-respect par le syndicat des règles de fonctionnement interne à la CFDT, comme indiqué par la délibération prise le 5 mai par la Fédération des services, et qu’i>TELE s’est procurée.

Mais pour Alexandre Torgomian, comme pour les autres militants du syndicat, il y a l’officiel et l’officieux. Et l’officieux, c’est peut-être la bataille qu’ils mènent contre l’ouverture dominicale et nocturne. Ils en ont fait un de leur combat principal ces derniers mois alors que dans les instances dirigeantes, le message délivré à ce sujet est plus conciliant. « Notre position sur le sujet n’est pas la même vision que celle de la CFDT. Nous considérons qu’en faisant travailler la nuit et le dimanche, on nous enlève des droits », affirme Alexandre Torgomian. Un combat que le syndicat commerce d’Ile-de-France de la CFDT mène d’ailleurs au sein de CLIC-P, cette puissante intersyndicale régionale qui, réunit également CGT, UNSA, CFE-CGC et SUD et qui, depuis plus de trois ans, enchaîne les revendications médiatiques et les batailles juridiques contre le non-respect, selon elle, des repos hebdomadaires et de la législation sur le travail de nuit.

« On savait que ça allait mal se terminer »

Le positionnement politique et la participation à une intersyndicale : deux ingrédients qui, d’après Alexandre Torgomian, déplaisent fortement à la Fédération des Services et par conséquent, à la CFDT de Laurent Berger. « A la confédération, ils ont décidé de faire la guerre à la CGT, mais nous, militants, ça ne nous regarde pas. On est là pour défendre les intérêts des salariés qui se fichent bien de leurs conflits ».

Pour le secrétaire du syndicat, ils paient aujourd’hui clairement leur positionnement sur la question du travail dominical et de nuit. « On savait que ça allait mal se terminer mais pas à ce point-là ! Ce qui est arrivé est inacceptable et choquant ! A plusieurs reprises, on nous a fait remarquer que notre discours ne plaisait pas. Lorsque nous nous exprimions dans la presse, on nous demandait parfois de faire des démentis ! ». Pour Alexandre Torgomian, certes, la suspension est une décision de la fédération des services mais à priori elle n’a pas pu être prise sans l’aval de la CFDT.
Non-respect des statuts
Gilles Desbordes, secrétaire général de la Fédération des services de la CFDT, reconnaît la suspension du syndicat et l’impossibilité d’accéder aux locaux mais réfute en bloc les explications d’Alexandre Torgomian. « La décision est d’ordre administrative et statutaire. Les dirigeants du syndicat ont déclaré 3600 adhérents démissionnaires, quasiment la totalité de ce syndicat, sans même que les intéressés n’aient demandé quoique ce soit ! Dès l’instant où l’on remet en cause la responsabilité de certains c’est plus commode d’invoquer des questions politiques ». « Faux », répond Alexandre Torgomian qui voit en cet argument un faux prétexte. « C’est de la désinformation. Nous apporterons les éléments complémentaires devant les instances compétentes ».

Gilles Desbordes reconnaît que la « CFDT n’est pas favorable aux intersyndicales structurées » mais ajoute : « Cela ne suffit pas à constituer un motif déterminant ». Le secrétaire général qui indique que la sanction est également dûe à des écarts de comportement dans la prise de parole : elle doit se faire conformément aux règles de la confédération au niveau national ». Et de conclure : « On peut habillet cela par des discours politiques mais il y a des règles à respecter ».

Cette situation, Karl Ghazi, co-fondateur du Clic-P et ancien militant CFDT de la Fédération des services, dit l’avoir vécue. « Nous étions au courant des vives tensions entre le syndicat commerce d’Ile-de-France de la CFDT et les instances dirigeantes. On sentait que cela prenait une tournure grave et qu’ils finiraient pas exclure le syndicat ». Karl Ghazi a fait ses armes syndicales à la CFDT au début des années 1990. En 2000, la CFDT décide de signer une convention nationale collective consacrant des nocturnes dans les grands magasins. Il s’y oppose et quitte la confédération. Il rejoint la CGT Commerce et participe à la création du Clic-P. « Par nos revendications, nos actions sur le travail de nuit et dominical, nous attirons l’attention médiatique et cela déplait à l’ensemble des fédérations ». Il partage l’analyse d’Alexandre Torgomian ; pour lui, c’est à la fois l’unité syndicale de Clic-P qui gêne la CFDT mais également la ligne défendue au sein de l’intersyndicale sur le travail dominical et de nuit qui leur pose problème. « Dans le secteur du commerce en Ile-de-France, les réalités du terrain sont très éloignées des fantasmes sur le dialogue social, affirme Karl Ghazi. Le salariat est prolétarisé, les temps partiels banalisés, difficile d’avancer dans le dialogue comme le voudrait la CFDT car les patrons ne se sentent pas dans l’obligation de discuter. Notre démarche avec Clic-P ne correspond pas ni à la ligne politique de la CFDT ni à celle de la fédération des services ».

L’enjeu est important pour la CFDT : la fédération des services est une de leurs plus grosses branches et le syndicat commerce d’Ile-de-France représente près de 3 700 adhérents. A moins d’un mois du congrès de la CFDT à Marseille, cet épisode risque de laisser des traces. « On comptait faire un discours sur le fonctionnement interne de la CFDT, sur le fait de dire que la parole est libre alors qu’on nous punit dès lors que celle-ci ne plait pas », affirme Alexandre Torgomian. Il a décidé d’intenter un référé contre la fédération pour s’opposer à leur suspension. Reçu par un bras-droit de Laurent Berger ce mercredi, le dossier sera sur le bureau lundi du secrétaire général de la Confédération.