Initiatives

Volontaires grecs des Dispensaires Sociaux et Solidaires autogérés à Paris du 29 septembre au 3 octobre

Face à la dégradation du système de santé et de protection sociale imposée au peuple grec, les Dispensaires sociaux solidaires autogérés organisent la résistance et la solidarité.

Une délégation grecque composée de professionnels de la santé et de volontaires militants investis dans les dispensaires autogérés sera à Paris du 29 septembre au 3 octobre 2015. Myrto Bolota, responsable de l’association « Solidarité pour tous »,Apostolos Kokkinis, dentiste volontaire au dispensaire de Thessalonique, Matina Triantaphyillou, volontaire au dispensaire de Peristéri social et autogéré et Theodoros Zdoukos, médecin volontaire au dispensaire de Thessalonique ont répondu à l’invitation de la Fédération des centres de santé et du collectif Solidarité France Grèce pour la Santé qui œuvre depuis sa création au soutien des structures de santé bénévoles et autogérées en Grèce.
Cette visite sera l’occasion pour nos amis grecs de nous informer sur la situation sanitaire en Grèce qui menace d’empirer depuis la signature du 3ème memorandum et la promesse d’une prochaine coupe dans le budget de la santé. Mais aussi de nous faire partager l’expérience de l’autogestion comme mode de résistance citoyenne à l’austérité. Nous pourrons également échanger autour de l’accueil des réfugiés, brûlant sujet d’actualité en Grèce et dont nous mesurons l’urgence et la nécessité en France.
Si vous désirez rencontrer les volontaires grecs des dispensaires sociaux et solidaires autogérés en visite à Paris, vous pouvez contacter Christine au 06 60 44 27 43.
 Mardi 29 septembre à 19h : réunion publique. Quelle solidarité avec le peuple grec ? Bourse du travail – salle Croizat. 3 rue du Château d’Eau – métro République.
 Mercredi 30 septembre : deux membres de la délégation grecque iront à Rennes à l’invitation du collectif de solidarité de Bretagne avec le peuple grec.
 Jeudi 1er et Vendredi 2 octobre à 8h30 : intervention au congrès national des centres de santé. Salle Seilhac. Asiem – 6 rue Albert de Lapparent, 75007 Paris.
 Vendredi 2 octobre à 18h : réunion de travail avec le collectif Solidarité France Grèce pour la Santé. Bourse du travail. 3 rue du Château d’Eau – métro République.
 Samedi 3 octobre à 15h30 : après-midi débat + apéro gréco-festif. Lieu-Dit, 6 Rue Sorbier, 75020 Paris.
Si la volonté du collectif « Solidarité France Grèce pour la Santé » est de soutenir matériellement dispensaires et pharmacies sociales et solidaires en Grèce grâce à des collectes d’argent et de médicaments, sa volonté est également de manifester un soutien politique à cette nouvelle forme de résistance aux mesures d’austérité appliquées à la Grèce depuis 2008. La résistance du peuple grec est une force motrice qui aujourd’hui sert de référence aux autres peuples d’Europe.
france.grece.solidarite.sante@gmail.com
https://solidaritefrancogrecque.wordpress.com/

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Journée de mobilisation du 23 septembre contre la répression syndicale

Pour le 23 septembre 2015 la CGT prépare depuis longtemps une journée nationale pour le respect des libertés syndicales. En voici le programme et une illustration avec l’entreprise Schindler (ascenceurs).

 

Pas de conquêtes sociales sans libertés syndicales !

 Programme de la journée dans toute la France : et le programme de la journée.

 Téléchargez le document « Pas de conquêtes sociales sans libertés syndicales ! »

« Casser du militant », briser des élans sociaux, créer des peurs, menacer les Bourses du travail… la répression syndicale reste un des moyens patronal pour freiner le développement du syndicalisme. Ainsi, certains militantes et militants de la CGT, de par leur engagement, sont traités comme des délinquants. Ils sont trainés devant les tribunaux, dans des procédures de plusieurs années. Leur carrière est souvent brisée, leur vie bouleversée, leur famille affectée…

 Répression syndicale chez Schindler (ascenceurs)

Cliquez pour le lien avec le syndicat CGT Schindler : résolution lutte contre représailles

 

Combattre les représailles antisyndicales : Réussir le 23 septembre et construire une campagne de long terme

 Depuis quelques années, nous assistons à une recrudescence des attaques contre les militantEs, les éluEs, et plus largement contre le syndicat CGT. Les directions utilisent un large répertoire de moyens :
o sanctions diverses (rappel à l’ordre, avertissement, mise à pied…), à partir des prétextes les plus futiles. A minima, même si la procédure ne va pas au bout, la simple convocation à un entretien préalable, assortie d’une menace de licenciement, suffit souvent à mettre un gros coup de pression au camarade convoqué !
o contournement du syndicat lors de la préparation d’élection, en évitant d’avertir le DS ou les élus pourtant connus par le patron ou le DRH (par l’envoi du courrier d’invitation à négocier le protocole à la conf par exemple, qui ne fait pas suivre…).
o retrait de moyens par réorganisation de la structure de l’entreprise ou du groupe, permettant de réduire le nombre d’instances, de mandats et le volume d’heures de délégation.
o discriminations
o blocages de carrières et des évolutions salariales,
 Ces méthodes antisyndicales sont une réalité généralisée, dans toutes les entreprises, privées comme publiques. Il y a une véritable cohérence politique des attaques contre la CGT, et plus globalement contre le syndicalisme de lutte :
o refus par le nouveau président Hollande, à peine élu, d’une loi d’amnistie syndicale
o les lois Macron et Rebsamen attaquent frontalement les bases matérielles du syndicalisme (IRP, prud’hommes…)
o la commission Combrexelle (fonctionnaire qui a assuré la direction nationale du travail) vise à renforcer la place de la négociation au niveau de l’entreprise, dans la lignée des théorisations de Badinter et Lyon-Caen
o médias et éditorialistes passent leur temps à attaquer l’archaïsme de la CGT, les prétendus « privilèges » des salariés en CDI, et à mettre en avant le syndicalisme allemand comme nouveau modèle
Une conclusion s’impose : nous avons aujourd’hui en face de nous un bloc politique, réunissant Etat, gouvernement de « gauche », Medef et franges syndicales “réformistes” pour briser un syndicalisme de conquête sociale. Ces politiques poursuivent et approfondissent les attaques engagées sous la présidence Sarkozy, comme la restriction du droit de grève ou la fermeture de conseils de prud’hommes par exemple.
 Cette orientation patronale et gouvernementale doit être replacée également dans un long processus débuté à la fin des années 1970. Sous l’impulsion de Reagan et Thatcher, les politiques néo-libérales ont eu pour objectif de réduire les différents acquis des luttes menées par les salariés, et dans cette perspective, d’affaiblir les organisations syndicales. Une étude publiée récemment par deux économistes du FMI a documenté cette dynamique : « Le pouvoir de négociation des salariés et part des revenus les plus
élevés : la réduction de la densité syndicale peut accroître les parts des revenus les plus élevés en réduisant le pouvoir de négociation des salariés. À l’évidence, ces parts dépendent de l’évolution de la partie inférieure de la distribution des revenus. Si, par suite de l’affaiblissement des syndicats, les rémunérations des travailleurs ayant des salaires moyens ou faibles se tassent, la part des revenus constitués par les rémunérations de la haute direction et des actionnaires augmentera nécessairement. »
Les dispositifs de représailles antisyndicales représentent donc un élément essentiel visant à atteindre un objectif plus large : renforcer l’exploitation de la main d’oeuvre pour en tirer le profit maximum.
 L’Union Européenne est aujourd’hui le chef d’orchestre des politiques antisyndicales. La façon dont les salariés grecs ont été traités le démontre clairement, mais pas seulement. Partout à travers le continent se mettent en place des politiques antisyndicales, visant à empêcher les travailleurs de s’organiser pour défendre leurs acquis et gagner de nouveaux droits :
o encadrement et limitation du droit de grève en France, Allemagne, Grande-Bretagne, Espagne…
o réforme du marché du travail en Italie, en Grèce… annoncée en France
o politiques d’austérité généralisée
Il n’est pas possible de continuer à envisager « la réorientation » des politiques européennes. C’est l’ensemble du système européen, favorable aux multinationales et au grand patronat, qui doit être mis à bas.
 Dans cette situation, la confédération doit développer un discours clair et cesser de chercher les aiguilles « positives » dans les meules de foin antisyndicales, qu’il s’agisse de la France comme de l’Union Européenne. Par exemple, concernant la loi Rebsamen, sous prétexte d’avancées dans les TPE par la mise en place de « commissions régionales », nous avons laissé passer de très graves reculs. Ne pas expliquer clairement cette cohérence antisyndicale, c’est désarmer les équipes militantes.
 Nous devons trouver les moyens de discréditer et délégitimer le patronat. C’est une nécessité, pour casser le bloc face à nous. Mettre sur la place publique les méthodes, les pressions, en montrer le caractère systématique et moyen-âgeux, etc… Le système économique dans lequel nous vivons ne peut fonctionner que par la menace et la violence, et le fait que les inégalités se creusent, que les riches deviennent toujours plus riches, repose sur cette violence quotidienne.
 La campagne sur la question des libertés syndicales est un processus de longue durée, si nous voulons construire un vrai rapport de force. Cette campagne, la CGT doit se donner comme objectif de la faire partager par le plus grand nombre, les salariés bien entendu, mais aussi d’autres organisations syndicales qui subissent également ce type de traitement. Faire cavalier seul sur cette question, c’est s’isoler et ne pas se donner les moyens de casser le bloc politique qui nous fait face.
Nous devons donc travailler à regrouper les collectifs et structures qui se battent contre les méthodes patronales et gouvernementales, et participer activement à développer ces activités :
o Observatoire de la discrimination et de la répression syndicale
o Collectif unitaire de soutien contre la répression…
Le bureau du syndicat CGT Schindler
Le 10 septembre 2015

8 mars : un travail historique du syndicat CGT AXA et les journées intersyndicales femmes

Nous reproduisons un court extrait (en commençant par le sommaire)  de la volumineuse brochure que vient d’éditer le syndicat CGT d’AXA à l’occasion du 8 mars, journée internationale pour les droits des femmes. En dessous, nous mettons le lien et le programme des Journées intersyndicales femmes qui ont lieu chaque année à l’initiative de CGT, FSU, Union syndicale Solidaires.

 

Lien pour accéder à la brochure complète : livret_cgt_axa_8_mars

LE 8 MARS
JOURNEE INTERNATIONALE POUR LES DROITS DES FEMMES
En cette journée du 8 mars 2015, la CGT AXA célèbre à sa manière la journée internationale pour les droits des femmes en retraçant le chemin parcouru et celui qu’il reste encore à parcourir, en rappelant pour mémoire les femmes qui ont oeuvré pour que dans leur quotidien, dans leur vie de femme, dans l’entreprise, en politique, elles soient reconnues à l’égal de l’homme. Le combat sera terminé lorsqu’il n’y aura plus besoin de loi ou d’accord d’entreprise pour appliquer la parité.
p2 : C’est quoi le 8 mars ?
p4 : Après la révolution Française : avancées et déceptions.
P6 : Les femmes et le droit politique.
P8 : Les femmes et la Commune de Paris.
P10 : Marie Guillot. De l’émancipation des femmes à celle du syndicalisme.
P12 : 1924, une lutte exemplaire.
P14 : Les femmes dans la résistance.
P18 : Il y a 40 ans, la dépénalisation du droit à l’avortement.
P22 : La cause des femmes dans le monde.
P24 : L’égalité professionnelle.
P28 : L’égalité professionnelle à AXA France.
Cela ressemble au Comité Exécutif d’AXA : 18 hommes…. 1 femme !!!!

 

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Le 8 mars, journée internationale pour les droits des femmes.
L’origine de cette journée s’ancre dans les luttes ouvrières et les nombreuses manifestations de femmes réclamant le droit de vote, de meilleures conditions de travail et l’égalité entre les hommes et les femmes, qui agitèrent l’Europe, au début du XXe siècle.
Le 17 août 1907 se tient la première conférence de l’Internationale socialiste des femmes à Stuttgart. Elle établit un secrétariat international sous la direction de Clara Zetkin. Cette conférence adopte une résolution sur le vote des femmes.
En 1908 les femmes socialistes américaines, regroupées au sein du Social Labour Party, mènent une campagne d’actions dans quatre Etats américains.
1909 : Conformément à une déclaration du Parti Socialiste américain, la première Journée nationale de la femme a été célébrée sur l’ensemble du territoire des États-Unis, le 28 février. Les femmes ont continué à célébrer cette journée le dernier dimanche de février jusqu’en 1913.
Réunie en 1910 à Copenhague, la Conférence Internationale des femmes socialistes décide d’instituer une journée des femmes afin de servir, notamment « à la propagande en faveur du vote des femmes », est alors adoptée une résolution proposant que « les femmes socialistes de tous les pays organisent une journée des femmes ».
Le 8 MARS… Quelques repères…
La propagande des femmes doit traiter de toutes ces questions qui sont d’une grande importance dans le mouvement prolétarien général. La tâche principale est vraiment de réveiller la conscience de classe des femmes et les inclure dans la lutte des classes.

Le 19 mars 1911, la première Journée internationale des femmes est célébrée pour revendiquer le droit de vote des femmes, le droit au travail et la fin des discriminations au travail. Plus d’un million de personnes manifeste en Europe.

 

 

Journées Intersyndicales Femmes

Lien pour le programme des journées : Pre_-ProgIntersFem2015

Lundi 25 et mardi 26 mars 2013
Publié le mardi  22 janvier 2013

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L’Intersyndicale femmes regroupe des militant-es de la CGT, de la FSU, et de l’Union syndicale Solidaires qui travaillent ensemble depuis 1998.
Leur but est d’organiser chaque année des journées intersyndicales de formation “femmes” sur deux jours qui rassemblent entre 300 et 400 participant-es venu-es de toute la France, et de secteurs divers.

 Pour pouvoir participer à ces journées vous pouvez demander un congé pour formation économique sociale et syndicale ; consultez l’article sur le congé de formation économique sociale et syndicale

Au programme :

  • Femmes et austérité en Europe
    avec Esther JEFFERS (économiste – ATTAC France), Magda ALVES (Marche mondiale des femmes – Portugal), Sia ANAGNOSTOPOULOU (professeure Université Panthéon Athènes)
  • Corps, images de soi, publicités sexistes
    avec Christine BARD (auteure, notamment, de « Ce que soulève la jupe : identités, transgressions, résistances » et « Une histoire politique du pantalon » ; professeure d’histoire contemporaine Université d’Angers), Chris VIENTIANE (auteure, avec Sophie Pietrucci et Aude Vincent, de « Contre les publicités sexistes »)
  • Stéréotypes et égalité professionnelle
    avec Caroline de HAAS (fondatrice de Osez le féminisme, conseillère de Najat Vallaud-Belkacem), Interventions de la CGT, FSU, Union syndicale Solidaires
  • Femmes face à l’extrême droite
    Documentaire : « Populisme au féminin » de Marco La Via, Hanna Ladoul, Matthieu Cabanes (réalisateurs de ce documentaire), Sylvain CREPON (sociologue, Université Paris-Ouest-Nanterre, auteur du livre « Enquêtes au cœur du nouveau Front national »)

Lundi 25 et mardi 26 mars 2013

À la Bourse du Travail de Paris – 85, rue Charlot – 75003 Paris
Mo République ou Filles du calvaire

 

 

Rencontre des mouvements sociaux

Samedi 28 février 2015, à la Bourse du travail de Saint-Denis, s’est tenue une « Rencontre » ou « Forum des mouvements sociaux« . Il s’agissait de croiser les expériences et les débats entre acteurs-trices syndicaux et associatifs de toute nature. L’Union syndicale Solidaires y a joué un rôle moteur et nous reproduisons plus loin ci-dessous un article de son journal Expressions solidaires N° 69 de février 2015, qui présente sa vision de ce projet. Etaient sollicitées ou présentes les organisations suivantes : ATTAC, CNT-SO, FASTI, MNCP, Les Amis de la Terre, AC !, MOC, CIP, Collectif Roosevelt, DAL, AITEC/IPAM, Confédération Paysanne, fondation Copernic, Marche mondiale des femmes, CNDF, Réseau féministe rupture, des Décroissants, réseau COP 21, collectifs Alternatiba… La FSU avait été sollicitée, mais n’a pas donné suite. Pour la CGT, seules des organisations particulières ont été sollicitées (présence d’une militante de l’UD CGT de Paris, sur la lutte des sans-papiers).   LogoDaltiendas_fastimncp-logologo_attac     Nous commençons par rendre compte de notre propre regard (partiel), de cette journée à la fois riche en interrogations sur les réalités militantes et sur les mots qui les désignent, riche en témoignages sur ce que signifie lutter aujourd’hui,  dans divers lieux syndicaux ou associatifs. La conclusion de la journée et les engagements pris en commun semblent en-deçà de ce qui était attendu, car là comme ailleurs, tout avance lentement. Notre « regard » est le résultat de la participation à une commission sur « les formes de luttes aujourd’hui » et d’une autre dont le thème était commun à quatre groupes : « Quelles convergences, quelles constructions communes, quels élargissements possibles?« . Nous notons seulement quelques « croquis » ou préoccupations significatives relevées  au hasard des échanges. Tranches de débats par Dominique Mezzi :

  • « Grève sociale 1 » : Vanessa (du site italien:  http://www.dinamopress.it) raconte la propagation de cette notion en Italie dans les derniers mois, accompagnant la lutte contre la loi jobs act imposée par le premier ministre M. Renzi en septembre 2014 pour faciliter les licenciements et précariser le travail, notamment dans les contrats d’embauche. Les syndicats italiens ont été à l’initiative d’une riposte traduite par une grande grève (un million de personnes à Rome en décembre dernier). Mais l’originalité du concept de « grève sociale » est de chercher à mobiliser celles et ceux qui ne peuvent pas faire grève pour quantités de raisons. L’idée est de s’appuyer sur la grève annoncée des salarié-es pour construire un mouvement parallèle avec les précaires, les occupants de maisons et d’immeubles (actions très nombreuses en Italie), en s’adressant  à toutes les personnes non directement impliquées dans l’action syndicale (chômeurs, jeunes précaires, étudiants-es, occupants de maisons…) pour qu’elles trouvent elles-mêmes des formes d’action appropriées. La date choisie fut le vendredi 14 novembre (voir ci-dessous l’affiche d’appel let’s strike). Les initiateurs de cette forme d’action ont été les premiers surpris de sa « propagation virale » (comme le dit Vanessa), d’une ville à l’autre, d’un mouvement à l’autre, certains mouvements s’appropriant l’idée, le logo commun, et les traduisant à leur façon. Au total, 40 villes furent concernées. Un meeting à Rome a eu lieu également. Des sortes de « laboratoires locaux » d’action se mettent en place. Les syndicalistes de base, les COBAS, la confédération CUB, et la fédération de la métallurgie (FIOM) de la Confédération générale italienne du travail (CGIL) ont soutenu l’initiative (mais pas la CGIL ni les autres confédérations). Ont émergé des exigences autour du salaire minimum, d’un revenu de base commun, et du refus du travail gratuit. Selon Vanessa, qui décrit une Italie où les luttes sociales, comme en France, sont depuis quelques années plutôt sur le déclin, « il ne s’agit pas ou plus de trouver une vision du monde commune, car c’est impossible« . En somme, chaque secteur exprime son désir de participer à sa façon et il s’en dégage des convergences.sciopero-sociale-logo-2
  • Grève sociale 2.  La notion de « grève sociale » était déjà présente dans le grand mouvement des étudiants québéquois de 2012 dont nous reproduisons ici un extrait d’appel : « …Et puis il y a cette idée que la grève n’est pas nécessairement uniquement le fait de salariéEs. Elle peut être beaucoup plus large, même jusqu’à être sociale! La société au sens large peut décider de prendre son avenir en main de faire grève et de lutter pour RÉDUIRE ou FAIRE CESSER définitivement l’exploitation ou l’oppression. Donc, c’est quoi une grève? Pour être concis nous nous proposons de la définir ainsi :Actions collectives d’un groupe d’oppriméEs cessant temporairement (et potentiellement définitivement) de perpétuer leur propre oppression« .
  • Grève sociale 3.  Le site du Collectif des intermittents et précaires d’Ile de France (CIP-IDF)  explique sa vision du mouvement italien :  » La grève sociale a connu un véritable succès en Italie : plus de 100 000 personnes se sont mobilisées dans vingt-cinq villes. Les médias traditionnels qui, depuis des semaines, ne mentionnaient les critiques du Jobs Act que lorsqu’elles émanaient des confédérations syndicales, ont été obligés d’admettre la réussite des manifestations des précaires et des chômeurs. Mais la grève sociale a été bien plus : une grève des syndicats de base (Cobas, Ubs, etc.), des occupations en chaîne dans les lycées et dans les facs, des blocages des transports de marchandises de la part des travailleurs, des actions contre les entreprises qui exploitent les précaires et les empêchent d’exercer leur droit de grève, des blitz informatiques contre les sites Web du gouvernement. Pour la première fois, le monde du travail intermittent s’est identifié à la grève, s’est exprimé, a occupé l’espace des médias et les réseaux du Web, et a partagé les mêmes pratiques de lutte. Ce mouvement existe depuis deux mois, il a été organisé par les réseaux militants des centres sociaux, avec les syndicats de base, avec de simples employés, des travailleurs précaires, des chômeurs. Depuis, des laboratoires de la grève sociale ont fleuri dans de nombreuses villes, du Nord au Sud de l’Italie. Ils veulent tous donner suite à cette mobilisation. La journée du 14 novembre n’a pas été seulement une étape pour un nouveau syndicalisme social, dans et hors emploi, en lutte contre le Jobs Act en Italie, il a une plus grande ambition : donner la parole à la production sociale diffuse et sans garantie dans l’Europe entière » (Interluttants,  N° 34, décembre 2014).
  • Zadisme Un zadiste témoigne dans la commission « formes d’action »  : « Dans une ZAD, les personnes ne rentrent pas chez elles le soir. Leur vie est là. C’est une micro-société. On ne cherche pas à renverser le pouvoir d’en haut, on le fait descendre (la police notamment). C’est différent des « politiques », car on expérimente à la base. C’est différent de la « grève », car nous agissons sur les conditions de la vie humaine. Il n’y a pas de succès, mais pas d’échec non plus. Nous cherchons à habiter le monde, pas à le surplomber. Nous ne défendons pas la nature, nous sommes la nature qui se défend. Il faut apprendre à ne pas respecter la loi, la propriété privée, les machines. Nous ne savons pas définir ce qu’est un « zadiste » par une sorte de regard extérieur. La convergence part d’une vision d’en haut. La non convergence, c’est la vie. La non convergence, c’est salutaire ».
  • classes moyennes, classes populaires.  Annie P:  « L’idée de formes d’action n’est pas la bonne question. Le problème est le contenu de l’action, le sens commun. Les indignations les plus fortes ne sont pas exprimées par le mouvement, mais par Marine Le Pen. Nous en sommes responsables. Nos mouvements défendent les classes moyennes. Ils sont en rupture avec les classes populaires ».
  • Solidarité en Europe, mais par l’enracinement local? « A Ivry sur Seine, nous avons un Forum social local depuis dix ans. En liaison avec le Forum social mondial. La solidarité, par exemple avec la Grèce, c’est quoi? La question prioritaire est la recherche d’un enracinement local. La question est la relation du « local » avec le mondial, avec  l’Europe. L’enjeu est bien la Grèce, qui ouvre une brèche. On la laisse tomber? Non. C’est un enjeu majeur. Et nous ne sommes pas à la hauteur. Mais le 18 mars à Francfort (Blockupy Francfort contre BCE), s’il faut bien sûr en être, ne peut répondre totalement.  Il faut y répondre en restant dans nos quartiers. Il faut discuter de deux ou trois exigences partout en Europe. Comme ce qui a été dit sur l’Italie : salaire minimum, revenu de base, pas de travail gratuit, droits des migrants. Pourquoi pas le même jour dans toute l’Europe une action dans nos quartiers:  « Tous des grecs » entre 11h et 12h par exemple? ».
  • Ne pas parler à la place de…Il s’agit donc des chômeurs. « Depuis janvier, nous faisons une action en fin de mois sur une place symbolique quand sont connus les chiffres du chômage. Mais nous ne reprenons pas « leurs » chiffres.  Nous avons d’autres chiffres, par exemple combien de morts dans la rue. Il ne faut plus parler à la place des chômeurs, même dans nos associations de chômeurs.  Il faut les impliquer. En mars, nous ferons notre action devant l’Assemblée nationale. L’Europe? La Grèce? Oui, mais dans nos associations, l’Europe est loin. Tu me parles de la Grèce, mais moi je crève ici. C’est très difficile de parler le même langage entre nous ».
  • Migrants. En Grèce, ils ferment les centres de rétention!
  • Valeurs. Roger : « Distinguer le prioritaire du secondaire. D’abord se mettre d’accord sur nos valeurs. Il faut former des collectifs associatifs partout dans nos quartiers et villages et se coordonner. Peut-être avec les mouvements politiques, mais pas derrière ».
  • Social, sociétal. Jean-Baptiste : « Aller dans les quartiers populaires, cela n’a pas de sens en soi. Sauf pour y faire une action concrète et précise : s’opposer aux expulsions ou aux démolitions d’immeubles. Nous ne parlons pas assez des richesses accumulées et de la paupérisation. Les questions sociétales prennent trop le dessus sur les questions sociales ».
  • Vie décente, bonne vie. Parler du salaire minimum, du revenu de base, du refus du travail gratuit, des droits des migrants, c’est en fait parler de « vie décente ». Ne pas séparer emploi et revenu. Parler d’abord revenu. Parler droit au salaire. Parler du travail. La commission européenne parle d’emploi. Parlons du travail. La vie décente? Cela fait un peu court. Parlons de la « bonne vie ».
  •  Visibilité: un moment commun de visibilité à définir autour de la grève du 9 avril (annonce CGT, FO, Solidaires) et de la fin de trêve hivernale le 21 mars. Répartir les richesses pour une vie décente pour tous. Un rendez-vous mensuel avec les chômeurs-euses et précaires à chaque fin de mois, en ciblant la Banque de France, qui a des succursales partout sur le territoire, et qui est maillon du système européen et de la BCE.

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 Comment l’Union syndicale Solidaires s’exprime pour la préparation du Forum des mouvements sociaux:

Numéro 69, février 2015, d’Expressions Solidaires.

Au-delà de l’urgence des mobilisations sociales sur les multiples terrains que les acteurs/trices du mouvement social occupent ensemble ou séparément, il y a nécessité de réfléchir de manière autonome et en profondeur sur le rôle des mouvements sociaux dans l’organisation sociale d’aujourd’hui et de demain , leur capacité ou non à mettre en mouvement les couches populaires, au-delà des rangs militants eux-mêmes effrités, et d’articuler les revendications avec une conception et une pratique de démocratie sociale dépassant les cadres institutionnels délégataires et étriqués.
La revendication diffuse, confuse, de «démocratie réelle » exprimée par plusieurs mouvements sociaux dans différents pays européens, les expériences et pratiques coopératives, autogestionnaires, dans les entreprises, les quartiers, révèlent cette recherche renouvelée de démocratie sociale et politique dans les choix et l’organisation de la cité.
Le bilan des expériences passées de convergences des mouvements sociaux, celles de 1998/99, de 2006, est nécessaire pour comprendre les erreurs et difficultés à les inscrire dans la durée.
Quelques questions se posent. Comment est-on passé de la pratique de contre pouvoir à celle d’expertise ? Pourquoi nos convergences se limitent à des campagnes sur telle ou telle thématique ? Comment s’est opéré un certain repli «identitaire » des mouvements sociaux sur leur champ d’activités ? Comment éviter le leurre qu’une seule forme organisationnelle peut enfermer la pluralité des mouvements sociaux et leurs bases sociales ?
Comment répondre à la dépolitisation sur les enjeux fondamentaux de société ?
Dans le contexte actuel économique et social, nous sommes confrontés à un décalage entre l’attentisme d’une partie des mouvements sociaux et une nouvelle phase de radicalisation de certains d’entre eux (ZAD) et d’émergence de nouveau militant-es (les alternatiba…).
Face à cette réalité, comment faire convergence et quelles alliances nouer, pour dépasser ce décalage ?
L’Union syndicale Solidaires avec plusieurs organisations du mouvement social (CNT-SO, FASTI, MNCP, Les Amis de la Terre, AC !, MOC, CIP, Collectif Roosevelt, DAL, AITEC/IPAM, Confédération Paysanne, fondation Copernic, ATTAC…) ont décidé d’organiser un Forum de débats et tourné vers l’action, le 28 février à la Bourse du travail de St-Denis (93).
Nous aborderons plusieurs thèmes comme les expériences et les luttes gagnantes ou en marche en questionnant directement les personnes dans l’action (lutte logement, lutte des femmes salarié-es dans les secteurs précaires, la lutte des sans-papiers) ; les alternatives écologiques, les questions migratoires, les formes d’action…
Au-delà de nos exigences fondamentales communes contre la précarisation généralisée (chômage, emplois précaires, accès à l’énergie, au logement, aux transports collectifs, à la santé, à la protection sociale, à l’éducation et à la culture…), l’objectif est de redonner sens à l’action collective en fédérant nos énergies dans la réflexion et dans l’action ; redonner l’envie de lutter, d’agir collectivement, prendre en compte de nouvelles formes de lutte notamment chez les jeunes sans opposer alternative et luttes frontales.
Cette journée permettra de rendre visible cet engagement et de définir des perspectives d’actions au plus près du terrain. Ce type d’initiative peut se décliner en région avec la réalité des forces locales.
Adresse de contact: convergencemvtsociaux@lists.riseup.net

Le CLIC-P, une intersyndicale permanente

 Le Comité de liaison intersyndical du commerce de Paris (CLIC-P) existe depuis 2010. Il comprend aujourd’hui la CGT, la CFDT, l’UNSA, et SUD.  Il a construit dans toutes ces années une activité commune solidement ancrée sur une convergence revendicative. Il a joué un rôle-clef dans l’argumentaire de dénonciation de la loi Macron du point de vue des salarié-es. Il a été au coeur d’un « collectif d’initiatives » mis en place à partir d’octobre 2014, comprenant la Confédération indépendante du commerce (les petits commerces de centre ville, soit 14 fédérations), l’Association Femmes-Egalité, le Front de gauche (sa commission Front des luttes), et élargi ensuite (UNEF, NPA, Mouvement des jeunes socialistes).

L’interview de Karl Ghazi, un des porte-parole du CLIC-P,  est reprise du mensuel Fonction publique, de l’Union générale des fédérations de fonctionnaires (UGFF) CGT.

 

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LE COMMERCE, LABORATOIRE DE LA DEREGLEMENTATION

 

■ FONCTION PUBLIQUE : Karl, peux-tu te présenter et nous dire quelques mots au sujet du Comité de liaison intersyndical du commerce de Paris ?
Je me suis engagé dans le syndicalisme dès mon premier emploi fixe, en devenant délégué syndical à la Fnac Bastille en 1991. J’ai été très vite engagé dans les batailles autour du temps de travail dans le commerce (nocturnes, dimanches, jours fériés, travail à temps partiel). Le Clic-P est né en février 2010 du constat que le patronat n’avait cessé de progresser dans la déréglementation du temps de travail et que le commerce lui servait de laboratoire, tant en raison de la faiblesse des syndicats dans ce secteur que de leur éclatement. Or, sur les questions revendicatives majeures (salaires, horaires, temps partiel) les 6 organisations parisiennes du commerce étaient d’accord. Nous avons décidé de travailler en intersyndicale. Cela a très bien fonctionné et durablement de surcroît (aujourd’hui, 4 organisations composent le Clic-p : CGT, CFDT, UNSA et SUD). L’intersyndicale s’est très vite fait connaître, à la fois pour les grèves et les manifestations qu’elle a organisées et pour les procès retentissants gagnés contre des ténors de la distribution (Sephora, Galeries Lafayette…). Le secret de notre longévité intersyndicale, c’est, au-delà de l’extrême loyauté dans nos rapports, une base revendicative commune claire et partagée et la conscience très forte que notre unité est une condition de la mobilisation des salariés. Cela, même si la CGT est très majoritaire dans le commerce parisien.

FONCTION PUBLIQUE : En lien avec les mobilisations initiées dans le commerce, comment vois-tu la construction des nécessaires rapports de forces dans le champ syndical et au-delà ?
La nature des attaques subies par le monde du travail nécessite d’organiser la mobilisation la plus large possible : ce n’est ni le commerce parisien, ni le commerce tout court, ni la CGT ni le mouvement syndical seuls qui pourront endiguer une offensive libérale-austéritaire qui tend à détruire les acquis sociaux et ramener le contrat de travail à un contrat de droit commun. Nous devons résister avec tous ceux qui sont prêts à lutter contre l’austérité et la vague libérale, dans le mouvement associatif ou parmi les organisations politiques, afin de créer les conditions de nouvelles conquêtes sociales. La priorité, aujourd’hui, est à l’inversion d’un rapport de forces fortement dégradé. L’exemple des luttes menées dans le commerce parisien est important car il contredit un discours très répandu sur les problèmes de mobilisation : voilà en effet un salariat précaire, pauvre, atomisé dans des collectifs de travail de plus en plus déstructurés qui parvient à se mobiliser et à gagner des luttes souvent offensives (300 € d’augmentation dans les hôtels Hyatt, 200 € dans les boutiques de la Tour Eiffel !). La taille de ces conflits ne peut, bien sûr, peser seule sur le rapport de forces général. Leur exemple peut, en revanche, redonner de l’espoir dans les capacités de lutte des salariés.

■ FONCTION PUBLIQUE : Comment comprendre les offensives patronales et gouvernementales sur le repos hebdomadaire dominical ?
En s’attaquant au repos dominical (et de la nuit !) dans le commerce, le Medef poursuit plusieurs objectifs. Le premier, immédiat, c’est d’aiguiser la concurrence en temps de crise pour tenter d’accélérer la déconfiture des « petits » opérateurs du commerce. Les commerces indépendants qui captent encore des parts de marché importantes dans les villes ne peuvent se permettre d’ouvrir 7 jours sur 7 sur des horaires élargis. Dans un marché en berne, il s’agit donc, pour les grandes enseignes de renouer avec une croissance de leur chiffre d’affaires en le piquant à la concurrence. Nous sommes bien loin du sacro-saint « intérêt du consommateur » ou de l’intérêt national supérieur de l’emploi, mais dans des calculs beaucoup plus prosaïques…
Mais, comme l’a annoncé Gattaz dès la rentrée, il s’agit aussi de parfaire le travail de destruction du code du travail, déjà bien avancé avec la loi du 14 juin 2013 (consécutive à l’ANI), plus particulièrement, sur un thème cher au MEDEF, celui du temps de travail, où il est question d’en finir avec toute réglementation. Le prendre par le biais de la déréglementation du repos dominical et du travail de nuit dans le commerce n’est pas le fait de l’opportunité du moment ou du hasard. Le commerce sert de laboratoire à la dérèglementation depuis les années quatre-vingt, en raison de la faiblesse de l’organisation des salariés : ce fut le cas pour le temps partiel, l’emploi massif des CDD, l’individualisation des salaires, les mesures individuelles de la performance… Les détricotages commencent souvent dans les secteurs sous-syndiqués des services et sont exportés ensuite dans les autres professions.
Par ailleurs, par un effet quasi mécanique, faire travailler les commerces sur des horaires atypiques va entraîner la déréglementation d’autres professions, en commençant, bien sûr, par les plus fragiles. Employés de la sécurité, du ménage qui devront travailler encore plus nombreux le dimanche et la nuit ; mais aussi dans les transports (livraisons, acheminement des « consommateurs »), dans les crèches (pour garder les enfants des salariés qui travaillent), les services postaux, les banques… Les « arguments » avancés s’auto-réaliseront : plus nous serons nombreux à travailler le dimanche, plus il sera simple d’expliquer que tout le monde doit travailler… tous les jours !
La question du repos dominical ou de la nuit ne se circonscrit donc pas à un face à face entre les salariés du commerce et leurs patrons : il s’agit bien d’une question qui touche à l’ensemble de l’organisation de la société : temps libre en commun, vie associative, vie politique (élections !). Les femmes, une fois de plus, seront les plus lésées : elles représentent près de 80 % des salariés du commerce. Quant aux enjeux écologiques, ils ne sont même pas effleurés : sommes-nous pour polluer massivement 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 ?
Le patronat (repris complaisamment par le gouvernement) a beau expliquer qu’il s’agit d’un contrat gagnant-gagnant, assorti de contreparties en salaires, il s’agit bien d’un marché de dupes. Car, d’une part, dans les professions où l’on considère le travail dominical comme « normal », il n’est assorti d’aucune contrepartie et d’autre part, l’on voit mal le Medef nous répéter que nous coûtons trop cher tous les jours de la semaine mais qu’il est prêt à doubler durablement nos salaires… le dimanche ! Quant aux annonces mirifiques sur les embauches (300 000 selon le Medef !) elles sont totalement farfelues, autant que les autres annonces faites par le passé, par exemple au moment de la baisse de la TVA dans les restaurants. Car les transferts d’activité de petits commerces indépendants vers de grands groupes où la productivité est plus forte, induira un solde d’emplois négatif et le remplacement de CDI à temps plein par du temps partiel. En Italie, la fédération (patronale) Confesercenti a chiffré à 90 000 les emplois déjà perdus dans le commerce depuis l’ouverture des magasins le dimanche, le 1er janvier 2012.
Étonnamment, les arguments que nous exposons sont les mêmes que ceux qu’exposait François Hollande entre 2008 et 2012. Que s’est-il passé depuis qui justifie un tel revirement ? La « découverte » de l’existence de touristes en France, en particulier à Paris, touristes qui ne viendraient que pour le « shopping » et qui quitteraient massivement Paris pour Londres le dimanche, parce que les magasins sont fermés. Or, d’une part, les touristes interrogés ne citent jamais le shopping comme première raison de leur venue en France ou à Paris (où 25 % des boutiques sont déjà ouvertes le dimanche, plus qu’à Londres !). Et les touristes chinois, visés par les déclarations tonitruantes de Laurent Fabius ne font jamais Paris et Londres dans un même voyage, car les visas ne sont pas les mêmes… Etrange méconnaissance du sujet de la part du ministre du Tourisme… et des Affaires étrangères.

■ FONCTION PUBLIQUE : En quoi le projet de loi Macron dépasse le seul enjeu du travail dominical ?
Le projet Macron ne touche pas qu’à la question du temps de travail : il veut aussi parachever le processus de dérèglementation du droit du travail, que ce soit en matière de licenciement économique, de Conseils des Prud’hommes, de défenseurs salariés… Il s’agit, pour décrire la cohérence globale du projet, de rendre l’accès à la justice le plus cher et le plus compliqué possible pour les salariés et de rendre leurs recours inopérants en matière de licenciements économiques. Adopté en l’état, le projet Macron serait, après la loi de juin 2013, une nouvelle revanche des patrons contre les victoires judiciaires des salariés en matière de licenciements économiques. On peut résumer la loi Macron comme une loi pour dérèglementer le temps de travail et sécuriser les licenciements.
En matière de licenciement économique, l’annulation par le juge de l’agrément donné au PSE par l’administration ne pourra plus donner lieu à une indemnisation du salarié par le Conseil des prud’hommes. Après avoir enferré le licenciement collectif dans des délais extrêmement brefs, réduit les voies de recours et fait porter le risque de la procédure sur l’administration (juin 2013), le projet Macron veut limiter l’obligation de reclassement et faire disparaître les derniers « risques » encourus par l’employeur. Car il est bien connu et démontré que c’est la tranquillité pour licencier (et non le carnet de commandes !) qui crée de l’emploi…

■ FONCTION PUBLIQUE : Quelles sont les principales propositions et revendications alternatives à ce projet de loi ?
Le projet de loi Macron va à l’inverse de ce qu’il conviendrait de faire, un peu comme la saignée du médecin de Molière achevait le malade. Il faut exiger le rétablissement de règles protectrices en matière de licenciement économique, même si elles resteront imparfaites. Tout le monde peut comprendre qu’un groupe qui fait des profits ne doit pas pouvoir licencier. Tout le monde peut comprendre qu’un salarié a déjà du mal à trouver un défenseur et que restreindre leur nombre ne fera qu’affaiblir encore le faible au profit du fort. Tout le monde peut comprendre qu’il ne sert à rien d’ouvrir l’accès aux magasins le dimanche si tout le monde travaille le dimanche. Tout le monde peut comprendre que les consommateurs ne dépenseront pas plus d’argent s’ils n’en ont pas plus même si les magasins sont ouverts le dimanche. Ce que nous devons revendiquer, contre la crise et pour l’emploi, ce sont des augmentations générales des salaires. Et l’on ne réduira pas significativement le chômage de masse sans une réduction massive du temps de travail. Tout le contraire de ce que fait Macron. Mais pour cela, il va falloir se battre ! 

Un appel contre la loi Macron : « Elle ne doit pas être votée »

 L’appel ci-dessous, répercuté par la fondation Copernic, contre la loi du ministre de l’économie du gouvernement Hollande Emmanuel Macron, ancien banquier, est signé par plusieurs responsables syndicaux CGT, FSU, Solidaires, parfois représentant leurs structures syndicales, nationale ou locale. Il est également signé par des universitaires, des responsables associatifs (APEIS, DAL, Femmes Egalité, Marches européennes,…)  et des personnalités politiques de gauche (EELV, Front de gauche, Nouvelle Donne, NPA, PS). La loi Macron est soumise au vote de l’Assemblée nationale le mardi 17 février 2015. 

Nous publions également une tribune de Laurent Degousée, co-délégué de SUD commerce et services, parue dans Libération du 15 février.

 

Cher-e-s ami-e-s,
La loi Macron renforce encore la dérive libérale, cet appel très unitaire est un rassemblement inédit pour lui résister.Amicalement,
La Fondation Copernic– – –

Pour nous, Macron, c’est non

Plus de cent militant-e-s et responsables d’organisations ont décidé de rendre public cet appel.

La loi dite loi Macron, « Pour la croissance et l’activité », dont le projet présenté au Parlement est censé casser « les rigidités » qui bloqueraient l’économie française.
Les dispositions de la loi ont un fil directeur : « ce qui est bon pour le patronat est bon pour l’économie », quelles qu’en soient les conséquences pour les salariés. Cette loi est le complément du pacte de responsabilité dont les prétendues contreparties se sont révélées des illusions. Elle participe d’une tendance générale dans l’Union européenne au moins-disant social. La stagnation, voire la baisse, des salaires et des pensions, les coupes massives dans les dépenses publiques pèsent sur la demande globale et donc sur l’activité des entreprises. Ces dernières préfèrent verser de confortables dividendes à leurs actionnaires plutôt qu’investir.
Avec l’extension du travail du dimanche, de surcroît sans obligation légale de majoration salariale, et avec le maquillage outrancier du travail de nuit en travail de soirée, les conditions de travail des salariés sont attaquées. Une fois de plus les premières victimes en seront les femmes.

Avec la réforme du tribunal des prud’hommes qui renvoie de plus en plus d’affaires devant des juges professionnels, ce sont les droits des salariés qui sont remis en cause.
Avec la dépénalisation du délit d’entrave, ce sont les employeurs qui sont protégés, pas les salariés.

Et désormais, si le tribunal administratif annule un plan social en raison d’insuffisance de motivation, les licenciements ne seront plus invalidés et les salariés ne seront plus indemnisés.
Par ailleurs, ce projet relance le processus de privatisation, notamment d’un certain nombre d’aéroports et fragilise le statut des locataires au profit des spéculateurs.
Il va permettre aux hôpitaux publics de créer des filiales à l’étranger, c’est-à-dire à se comporter comme des entreprises privées. Alors que le service public hospitalier est malade, entre autres, d’un manque de ressources, une partie de ces dernières pourront être utilisées à des fins d’opérations financières ou commerciales à l’étranger.

La déréglementation du transport par bus va en fait aggraver les inégalités d’accès, instituant un transport pour les pauvres. Elle aura pour effet d’augmenter les émissions de gaz à effet de serre. L’hypocrisie est ici de mise. Alors que le président de la République prend des postures d’écologiste, et alors que la France va accueillir en décembre 2015 la Conférence mondiale sur le climat (COP 21), le gouvernement propose une mesure qui va à l’encontre de tout bon sens en favorisant le transport privé par route au détriment du transport public dont le rail. Une autre solution serait de développer le transport par rail en faisant jouer à la SNCF son rôle de service public.

Ce projet de loi, en débat au Parlement, est guidé par une logique de déréglementation généralisée qui n’a comme objectif que le maintien des profits aux dépens des salaires, des pensions, seuls moyens de vivre pour la majorité de la population et au détriment de la protection sociale. Plus d’égalité, plus de fraternité, c’est ce que nous voulons, c’est le contraire de la loi Macron.
L’indispensable mobilisation sociale des salariés et des citoyens prend de l’ampleur.

CETTE LOI NE DOIT PAS ETRE VOTÉE, ELLE DOIT ETRE RETIRÉE !

Signataires :

Eliane Assasi (sénatrice PCF)
Clementine Autain (Ensemble)
Ana Azaria (Femmes Égalité)
Nicolas Baille (Secrétaire Général de la Fédération de l’Equipement et de l’Environnement CGT)
Ludivine Bantigny (historienne)
Maud Beckers (Commission sociale, Syndicat des Avocats de France)
Fatima-Ezzahra Ben-Omar (Les efFronté-e-s)
Olivier Besancenot (NPA)
Eric Beynel (porte parole de Solidaires)
Jean-Luc Bindel (Secrétaire Général de de la Fédération Agroalimentaire et Forestière CGT)
Alima Boumediene-Thiery (avocate)
Isabelle Bruno (politiste)
Jean-Marc Canon (Secrétaire Général de l’UGFF-CGT)
Céline Carlen (Secrétaire Générale de l’Union Syndicale CGT Commerce et Services de Paris)
Jean-Claude Chailley (Résistance sociale)
Andre Chassaigne (deputé PCF)
Laura Chatel (Secrétaire Fédérale Jeunes écolos)
Gérard Chaouat (membre du BN du SNCS FSU)
Boris Chenaud (Solidaires 34)
Robert Crémieux (MNCP)
Eric Coquerel (conseiller régional Ile de France, coordinateur politique du Parti de Gauche)
Pierre Cours-Salies (sociologue)
Thomas Coutrot (économiste, ATTAC)
Claude Debons (syndicaliste)
Bernard Dedeban (secrétaire de la FSU 31)
Karima Delli (deputée europeen, EELV)
Laurent Degousée (Fédération Sud commerces et services)
Caroline De Haas (féministe)
Sandra Demarcq (NPA)
Lina Desanti (Secrétaire Générale de l’Union Départementale CGT du Tarn-et-Garonne)
Marie Hélène Durieux (Fédération Sud Santé Sociaux)
Jean-Baptiste Eyraud (DAL)
Gérard Filoche (Bureau national du Parti Socialiste)
Pascal Franchet (CADTM)
Jacqueline Fraysse (députée, Ensemble)
Michel Faujour (co-secrétaire national du SNPES-PJJ FSU)
Nicolas Galepides (Fédération Sud PTT)
Bertrand Geay (politiste)
Jérome Gleizes (conseiller de Paris, EELV)
Caroline Guibet-Lafaye (philosophe)
Patrick Hallinger (Convergences Défense des Services Publics)
Elisabeth Hervouet (syndicaliste enseignant)
Hervé Heurtebize (secrétaire national du SNUCLIAS FSU)
Liem Hoang Ngoc (socialiste affligé, Bureau National du Parti Socialiste)
Nordine Idir (MJCF)
Maria Ines (co-secrétaire national du SNPES-PJJ FSU)
Sabina Issehnane (économiste, Les Economistes Atterrés)
Lucien Jallamion (République et Socialisme)
Pierre Khalfa (Fondation Copernic)
Judith Krivine (Commission sociale, Syndicat des Avocats de France)
Bernard Lacroix (politiste)
Rose-Marie Lagrave (sociologue)
Pierre Laurent (secrétaire national du PCF)
Christian Laval (sociologue)
Frédéric Lebaron (sociologue)
Catherine Lebrun (porte parole de Solidaires)
Valérie Lefebvre-Haussmann (Secrétaire Générale de la Fédération des syndicats du personnel de la banque et de l’assurance CGT)
Arlette Lemaire (secrétaire générale adjointe du SNASUB FSU)
Valérie Lesage (Secrétaire de l’Union Régionale Ile-de-France CGT)
Thierry Lescant (Ensemble)
Marie-Noelle Lienemann (sénatrice, Bureau National du Parti Socialiste)
Elise Lowy (EELV)
Jean-Marie Harribey (économiste)
Patrick Le Hyaric (directeur de l’Humanité)
Arnaud Malaisé (syndicaliste enseignant)
Emmanuel Maurel (député européen, Bureau National du Parti Socialiste)
Jean-Pierre Martin (psychiatre)
Christiane Marty (féministe)
Gérard Mauger (sociologue)
Caroline Mecary (avocate)
Emmanuel Mehdbi (syndicaliste SNU Pôle emploi FSU)
Jean-Luc Mélenchon (député européen)
Hélène Michel (sociologue)
Jean-Philippe Milesy (Rencontres sociales)
Christian de Montlibert (sociologue)
Carlos Moreira (Secrétaire Général de la Fédération Nationale des Industries Chimiques CGT)
Corinne Morel-Darleux (coordinatrice des assises pour l’Ecosocialisme)
Francoise Nay (militante de la défense des Hopitaux Publics)
Lucas Nédélec (Secrétaire Fédéral Jeunes Ecolos)
Hervé Ossant (Secrétaire Général de l’Union Départementale CGT de la Seine-Saint-Denis)
Naila Ott (Sud Travail affaires sociales)
Ugo Palheta (sociologue)
Jean-Jacques Paris (ANECR)
Willy Pelletier (Fondation Copernic)
Marie Cécile Périllat (syndicaliste enseignant)
Marc Peyrade (Secr. Gén. Fédé des Industries du Livre, du Papier et de la Communication CGT)
Christian Picquet (Gauche Unitaire)
Christian Pierrel (PCOF)
Véronique Ponvert (syndicaliste enseignant)
Jack Potavin (GOEES)
Christine Poupin (NPA)
Colette Pronost (syndicaliste SNU Pôle emploi FSU)
Emmanuel Renault (philosophe)
Jacques Rigaudiat (économiste)
Michèle Riot-Sarcey (historienne)
Danielle Rollat (UNRPA)
Suzy Rojtman (CNDF)
Michel Rousseau (Marches européennes contre le Chômage)
Jean Sammut (militant mutualiste)
Lydia Saouli (syndicaliste FSU ministère du Travail)
Danielle Simonnet (conseillère de Paris, secrétaire nationale du Parti du Gauche)
Evelyne Sire-Marin (magistrate)
Valérie Soumaille (syndicaliste enseignant)
Maya Surduts (CNDF)
Christian Taillandier (secrétaire national du SNUITAM FSU)
Baptiste Talbot (Secrétaire Général de la Fédération des Services Publics CGT)
Charlotte Tempion (Solidaires 69)
Christian Terrancle (Solidaires 31)
Christian Topalov (sociologue)
Victor Vauquois (responsable relations extérieures Jeunes Ecolos)
Rémy Viard (architecte)
Philippe Villechalane (APEIS)
Emmanuel Vire (Secrétaire Général du Syndicat National des Journalistes CGT)
Jean-Luc Wabant (Commission sociale, Syndicat des Avocats de France)
Louis Weber (revue Savoir/Agir)
Malika Zediri (APEIS)

 

 

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Dimanche : No Week-End

16 février 2015

TRIBUNE

Mesdames et messieurs les députés socialistes, le 11 décembre 2008, avec d’autres parlementaires de gauche, vous aviez signifié votre opposition à la loi Maillé relative au travail dominical par une tribune publiée dans Libération, intitulée «Dimanche : Yes Week-End !» Dans la majorité en 2015, vous vous apprêtez pourtant à entériner une loi similaire qui, de surcroît, ne figure pas dans les 60 engagements pour la France pris par François Hollande en 2012. Elle sera même pire car elle prévoit de légaliser le travail de nuit dans les nouvelles zones touristiques internationales, ouvrant ainsi la voie à sa généralisation.
Vous me rétorquerez que ce texte est là pour créer des emplois alors que notre pays, en proie au chômage de masse, en a bien besoin ? La fermeture des magasins Virgin Mégastore, en 2013, et les 1 000 licenciements qui en découlent sont là pour rappeler que l’extension des horaires d’ouvertures des commerces, dont cette enseigne s’est fait le chantre, n’est pas gage de pérennité de l’emploi… Et un patron du bricolage, ardent promoteur du travail dominical, faisait le constat, l’an dernier, que cela n’augmentait pas son chiffre d’affaires malgré sa légalisation dans cette branche.
Selon le ministre du Tourisme, il permettra aussi de renforcer l’attractivité de la France, or notre pays est déjà parmi les premières destinations touristiques mondiales.
Pour que les salariés ne soient pas en reste, le projet de loi instaure des garanties sociales telles que le volontariat et l’obligation de négocier des contreparties. «Pour l’extrême majorité des salariés, il n’y aura ni volontariat ni contrepartie au travail dominical qui leur sera imposé sous peine de sanction, jusqu’au licenciement. Et quel demandeur d’emploi exprimera son refus de travailler le dimanche au moment de l’entretien d’embauche ?» J’avoue ne pas être l’auteur des lignes qui précédent, elles émanent de votre parti qui raillait, en 2009, cette même loi Maillé, qualifiant le travail du dimanche de «tromperie organisée». Et qui peut croire que le Medef acceptera durablement de payer plus le travail du dimanche que celui des autres jours de la semaine ?
Le scandale est à son comble avec l’instauration du travail jusqu’à minuit baptisé en «soirée», sa prise en compte au titre de la pénibilité n’étant prévue qu’après cette heure.
Voter ce texte, c’est non seulement aller à l’encontre de la baisse historique du temps du travail, un des marqueurs de la gauche, mais rendre davantage invivable la vie de millions d’employés du commerce, déjà éprouvés par le temps partiel imposé et la smicardisation de leur statut. Et, surtout, cela reviendrait tout bonnement à vous dédire.
Par Laurent Degousée codélégué de la fédération SUD commerces et services et Solidaires.

Une pétition de syndicalistes allemands en soutien au peuple grec

 Alors que l’Allemagne de Angela Merkel apparait comme l’opposante frontale au gouvernement Syriza, une voix s’élève dans ce pays pour soutenir la Grèce : des syndicalistes DGB, Verdi, IG Metall!
Elle vaut la peine d’être connue et soutenue.
 
Pétition signée par les principaux dirigeants syndicaux allemands (DGB, Ver.di, IG Mettall…).

La Grèce au lendemain des élections – une chance pour l’Europe, non une menace

Le séisme politique qui a eu lieu en Grèce est une chance non seulement pour ce pays, qui est frappé de plein fouet par la crise, mais aussi pour repenser et corriger dans ses fondements les politiques sociales et économiques de l’UE.

Nous mettons en exergue ici de nouveau une critique à maintes reprises formulée ces dernières années par les syndicats : dès le début, les conditions déterminantes, sous lesquelles les aides financières ont été accordées à la Grèce, ne méritaient pas le qualificatif de « réforme ». Les milliards, qui ont été injectés en Grèce, ont été utilisés avant tout pour stabiliser le secteur de la finance. Dans le même temps, à cause de la brutalité des politiques d’austérité menées, le pays a été plongé dans la plus profonde récession qui puisse être et parallèlement a accumulé la dette publique la plus élevée de l’UE. Cela a eu pour conséquence de déclencher une crise humanitaire et sociale sans précédent en Europe : un tiers de la population vit dans la pauvreté, la couverture sociale a été massivement fragilisée, le salaire minimum a été abaissé de 22 %, le système de convention collective ainsi que d’autres droits protégeant ceux qui sont encore employés ont été démantelés. Enfin, ce sont précisément les catégories à faibles revenus qui font l’objet de pression fiscale supplémentaire. Le chômage est actuellement à 27 % et atteint même 58 % chez les jeunes. Nombreux sont ceux qui n’ont pas les moyens suffisants pour payer nourriture, électricité, chauffage et loyer. Une part importante de la population ne souscrit plus à une assurance maladie et a accès aux soins médicaux seulement dans les cas d’urgence. Ainsi, les résultats électoraux constituent un réquisitoire définitif contre ces politiques qui ont échoué.

Ces dernières n’ont rien à voir avec le concept de réforme. Elles sont dans les faits à l’origine des difficultés rencontrées par la Grèce. Aucun des problèmes structurels du pays n’a été résolu, mais au contraire de nouveaux ont été générés. Ces politiques ont été des politiques pour démanteler et non pour construire. Des réformes structurelles dignes de ce nom ouvrent au contraire de nouveaux horizons au pays afin que celui-ci renoue avec la croissance économique, au lieu de chasser toute une génération de jeunes hautement qualifiés vers l’étranger. De véritables réformes structurelles s’attaquent sans détour à la fraude et l’évasion fiscales. De véritables réformes structurelles luttent contre les politiques clientélistes et la corruption sur les marchés publics. Le nouveau gouvernement grec doit relever de nombreux défis : mener un projet de reconstruction et de développement, qui devra faire partie d’un « plan d’investissement européen », comme le demandent depuis longtemps les syndicats. Aussi, il devra créer les conditions nécessaires pour que de tels projets aboutissent.

Il faut réellement négocier avec le gouvernement grec sans chercher à faire pression, afin de dépasser les politiques d’austérité et d’ouvrir des perspectives sociales et économiques au pays. Ceci s’applique en particulier aux conditions dévastatrices acceptées par le gouvernement précédent, maintenant désavoué par les urnes, en vue d’obtenir des emprunts internationaux. L’Europe ne doit pas s’obstiner dans la poursuite d’une politique aux dépens des peuples, une politique qui a été rejetée sans équivoque par la majorité des électeurs et électrices. Dire « ça ne fait rien, on continue » n’est pas une option !

Le désaveu des responsables des politiques menées jusqu’à maintenant en Grèce est une décision démocratique, qui doit être respectée au niveau européen. Il faut laisser sa chance au nouveau gouvernement. Ceux qui réclament la poursuite des soi-disantes réformes en cours contestent de facto au peuple grec le droit à mener dans son pays une politique de réorientation légitimée démocratiquement. S’il s’avérait qu’une telle politique de réorientation ne serait possible que dans le cas où d’une sortie de la Grèce de l’Union monétaire européenne, alors ceci prouverait l’incompatibilité des institutions européenne avec les décisions démocratiques prises au sein des États membres. C’est ce qui permet aux courants nationalistes, actuellement en plein essor en Europe, d’avoir d’autant plus le vent en poupe.

Le déficit de légitimation démocratique au niveau européen, régulièrement déploré, et qui reste toujours non résorbé, ne doit pas venir aggraver les carences démocratiques que connaissent les États membres. La démocratie au niveau de l’Union européenne doit être renforcée, si l’on veut donner une nouvelle crédibilité au projet européen, comme nombre d’entre nous l’avaient mis en avant en 2015 dans le cadre de l’appel « Fonder une nouvelle Europe ! ». Ce n’est pas le diktat de l’austérité qui fortifiera le projet européen, mais seulement l’initiative démocratie impulsée par le bas en vue d’instaurer la reconstruction économique et plus de justice sociale.

Cette initiative doit être soutenue maintenant au nom de l’intérêt du peuple grec, qui donne aussi une nouvelle impulsion en faveur d’une réorientation politique en Europe. La percée politique en Grèce doit être vue comme une chance pour établir une Europe à la fois sociale et démocratique !

Projet syndical et autogestion

Vous lirez ci-dessous une contribution de Catherine Lebrun et Christian Mahieux (de l’Union syndicale Solidaires) à la réflexion sur la dimension alternative d’un projet syndical, notamment dans une perspective autogestionnaire ou d’appropriation sociale de la production économique. Cette réflexion, qui effectue un retour critique sur diverses expériences (et notamment la phase des nationalisations sans changement des normes gestionnaires capitalistes) a été l’objet d’une intervention dans l’Association pour l’Autogestion (ApA), dont nous reproduisons en exergue un bref compte-rendu par Richard Neuville. A bien des égards, cette contribution remet en vigueur, par sa méthode, l’inspiration syndicaliste révolutionnaire du début du 20ème siècle (même si celle-ci n’employait pas le mot « autogestion »).

 

 

Autogestion, syndicalisme et transformation sociale

 

 

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Pour la deuxième année consécutive, l’Union Syndicale Solidaires a consacré une journée au thème de l’ « autogestion et transformation sociale » dans le cadre des Rencontres interprofessionnelles annuelles qui se déroulaient du 6 au 12 octobre à Dunières-sur-Eyrieux en Ardèche 1. Comme l’an passé, deux syndicalistes et membres du Conseil de l’Association pour l’Autogestion (ApA), Catherine Lebrun et Richard Neuville, intervenaient le 11 octobre pour évoquer l’histoire et l’actualité de l’autogestion en France et en ailleurs, comme en Amérique latine et tenter de dégager des perspectives au niveau syndical.

Après avoir quasiment disparu du discours syndical et politique au cours des décennies 80/90, l’autogestion retrouve un certain intérêt auprès des associations, des mouvements collectifs ou coopératifs et des travailleurs en ce début de XXIe siècle. Dans la période de crise structurelle et de destruction massive d’emplois que nous traversons, il y a une certaine acuité pour le mouvement syndical à se réapproprier la question de l’autogestion, de réfléchir à des perspectives de luttes offensives qui posent les questions du contrôle ouvrier, de la gestion ouvrière, des contre-plans alternatifs et de la reconversion écologique de l’industrie.

Ce n’est sans doute pas complètement un hasard que ce soit l’US Solidaires qui amorce ce mouvement car plusieurs syndicats et fédérations membres font référence explicitement à l’autogestion dans leurs statuts et ont participé activement à la foire à l’autogestion en juin 2012 à Paris. De même, les propositions esquissées par cette organisation en réponse au plan de licenciements à PSA, publiées dans un tract en septembre 2012,  témoignent de cette évolution 2 :

« * Un débat doit s’ouvrir avec les salarié-es concernés mais aussi avec l’ensemble de la population sur les questions de la socialisation, du contrôle des salarié-es sur ce qu’ils et elles produisent, sur l’utilisation de la plus-value dégagée, sur les investissements utiles à la société… Ces questions se posent pour la filière automobile comme dans les autres secteurs productifs.

* Les salarié-es doivent être protégés des aléas des restructurations dues aux évolutions de la filière automobile. Pour cela, un fonds financé par le patronat de la branche doit permettre aux salarié-es de garder leur rémunération, leur protection sociale et plus globalement l’ensemble de leurs droits sociaux, pendant le temps nécessaire pour retrouver un emploi comparable, et prendre en charge le financement de leur éventuelle reconversion.

* A l’échelle nationale et européenne, il faut engager un débat démocratique sur l’avenir, la transformation de l’industrie automobile selon des choix technologiques décisifs du point de vue écologique et de l’espace urbain. »

L’ApA ne peut que se féliciter de cette initiative et de cette prise de position de la part de l’U.S. Solidaires en espérant qu’elle soit suivie par d’autres organisations syndicales.

 

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Nationalisation, privatisation, socialisation, autogestion. Le droit de propriété en question – Les cahiers d’alter – http://www.alterce.org – Août 2013
Catherine Lebrun et Christian Mahieux, membres du Secrétariat national de l’Union syndicale Solidaires http://www.solidaires.orgcontact@solidaires.org

Le syndicalisme ne peut pas faire l’économie d’approfondir ces questions car elles sont au coeur de tout projet de transformation sociale radicale. Au-delà des positions de principe de lutte contre le système capitaliste, les réponses et les stratégies alternatives à construire doivent prendre la mesure de l’évolution du capitalisme et des conditions concrètes dans lesquelles se mènent la lutte des classes. Elles reposent sur la nécessaire articulation entre revendications immédiates et changements structurels, entre revendications et construction du rapport de force pour les faire aboutir, entre projet alternatif et formes d’action (démocratie ouvrière, démocratie dans les luttes, grèves de masse, grèves reconductible, autonomie des mouvements sociaux, conséquences politiques concrètes des luttes, etc.)
Le présent texte ne prétend à nulle exhaustivité, il n’entend pas fixer une quelconque ligne politique en dehors des cadres de débats et décisions de notre organisation syndicale. C’est une contribution, dont l’objectif est de relancer la réflexion et les échanges sur ces sujets. Elle est basée sur les acquis historiques1 du mouvement ouvrier, l’analyse de la société dans laquelle nous vivons, la prise en compte des rapports de forces nécessaires à une organisation différente de la société qui passe par une rupture avec le capitalisme. C’est un, très partiel et modeste, outil pour les militant-es qui veulent renouer avec ce nécessaire travail, individuel et collectif, d’élaboration d’une stratégie émancipatrice.
Nationalisation, socialisation, autogestion, ces concepts ont imprégné des années de débats au sein du mouvement syndical. Ce ne sont pas des discussions « dans le vide » ; des expériences ont été menées, des bilans ont été tirés. La gestion des outils de production2 directement par celles et ceux qui travaillent est possible. C’est un premier point important car il rappelle que des alternatives sont possibles, en vrai, pas seulement sous forme de slogans. Réapproprions-nous notre histoire, ne nous laissons pas imposer la vision de la classe dominante dont un des objectifs est de nous conduire à accepter comme fait acquis que « le capitalisme est la fin de l’histoire» !
Dans le cadre du système capitaliste, la gestion directe d’entreprises ou services est possible comme le montrent quelques expérience ; mais pas l’autogestion, car il s’agit là d’un projet de transformation sociale de la société dans son ensemble, avec des modifications fondamentales en termes de pouvoir de décision, de rapports entre classes sociales, de notions de hiérarchie et de responsabilité, etc. Il nous faut donc construire notre réflexion en intégrant cette nécessaire rupture avec le système capitaliste. Là encore, pour que ce soit utile, nous devons retrouver et inventer des revendications, des formes d’action, des organisations, des slogans, des exemples de luttes, qui rendent crédibles aux yeux de nos collègues ces changements fondamentaux.
A travers certaines résistances et luttes sociales actuelles, est parfois posée la question de l’organisation du travail dans toutes ses dimensions : qui décide dans l’entreprise et dans chaque collectif de travail ? Que produire ? Dans quelles conditions ? Quelle utilité sociale ? … Ce ne sont que des interrogations, rarement des tentatives concrètes, nullement un mouvement de fond. Mais n’est-ce pas à nous de créer les conditions pour que celui-ci existe ?

Réponses alternatives, mouvement de masse, changements concrets
Le bilan des politiques de nationalisation et de privatisation menées depuis cinquante ans et les leçons à tirer des luttes pour une appropriation sociale collective, sont autant de repères pour ébaucher des réponses alternatives destinées à construire un mouvement de masse permettant la rupture avec le système capitaliste.
Les crises économiques et financières successives et leurs conséquences sociales dévastatrices ont mis à jour l’impasse du capitalisme financier, phase actuelle de ce système économique. Elles renforcent la nécessité d’une utopie transformatrice. Mais les effets du néo-libéralisme en termes de chômage de masse, de précarisation, d’individualisation de la relation salariale handicapent toute velléité de dynamique d’émancipation, sans oublier le bilan désastreux des expériences du « socialisme » dit réel, par exemple dans les ex-pays de l’est qui pèse encore dans l’inconscient collectif.
Dans ce contexte contradictoire et paradoxal, le syndicalisme ne peut pas se limiter à la défense des intérêts immédiats des travailleurs-euses mais se doit d’élaborer un projet de transformation sociale à la hauteur des bouleversements du capitalisme contemporain et conforme à notre volonté d’émancipation des travailleurs et des travailleuses.
Trop de forces syndicales, hexagonales et mondiales, ont abandonné cette tâche essentielle et ne visent plus qu’à aménager, voire à accompagner les effets du libéralisme. Rien d’étonnant par conséquent que leurs stratégies et leurs revendications ne visent plus à remettre en cause le système ni à esquisser les contours d’une autre organisation sociale.
Créer les conditions de nouveaux rapports de force idéologiques et sociaux implique de se battre sur des orientations syndicales inversant la logique même du système d’exploitation capitaliste et faisant le lien avec la situation et les revendications quotidiennes des salarié-es, chômeurs-ses, jeunes en formation et retraité-es.
Entre autres problématiques auxquelles travaille, encore insuffisamment, l’Union syndicale Solidaires, citons la répartition des richesses, la socialisation des moyens de production, la transition écologique, les inégalités femmes/hommes, les formes d ‘organisation sociales et les processus de décision sur les choix économiques et sociaux que porte notamment la thématique de l’autogestion.
Du passé, avant de faire table rase, tirons les enseignements !
La question de la propriété est toujours révélatrice de l’état des rapports de force entre les classes sociales, et de l’état du débat social et politique du moment. Sans retracer des siècles de débat sur cette question, reprenons quelques périodes charnières, parmi les plus récentes.
Suite à la crise de 1929, le débat sur les nationalisations refait surface en Europe entre les partisans d’une politique de nationalisation des infrastructures et des secteurs clefs de l’économie et ceux préconisant un régime d’économie mixte où le régime de propriété capitaliste reste dominant. En France, un clivage existe dans le mouvement syndical (notamment entre CGT et CGT-U puis dans la CGT réunifiée) entre les « réformistes » et les « syndicalistes révolutionnaires », ces derniers considérant qu’étatiser une partie de l’économie sans rompre avec le régime du profit et les inégalités de classe, est un leurre. La nationalisation des chemins de fer par la création de la SNCF en 1937 illustre cette situation, puisqu’il s’agit avant tout d’éponger les dettes des grands actionnaires des compagnies privées, sans toucher aux profits accumulés depuis des dizaines d’années, et en les indemnisant très généreusement : « socialiser les pertes, privatiser les profits », est une revendication patronale ancienne…
A l’échelle internationale, les collectivisations en Espagne, entre 1936 et 1938, sont une expérience particulièrement intéressante ; sans les mythifier, elles montrent que « c’est possible » à grande échelle, sans recours aux nationalisations étatiques mais en fédérant des initiatives mises en oeuvre à la base. Plusieurs millions de personnes participèrent à des réalisations sans précédent : les collectivités agricoles d’Aragon et la socialisation d’entreprises et des services publics en Catalogne par exemple, se sont faites sans recours à l’Etat. Celles et ceux qui produisaient se sont emparé-es des usines, des bureaux, des champs. Ils et elles ont géré directement la production, sa répartition, les échanges, mais aussi les moyens à mettre en commun pour l’éducation, la santé, etc. Dans certaines collectivités, un salaire unique a été mis en place, dans d’autres l’argent était aboli au profit de bons d’échange, non capitalisables et utiles pour la seule satisfaction des besoins familiaux,… Bien entendu, le contexte politique, économique et social de l’Espagne de 1936 n’est pas celui de notre monde contemporain, mais ces expériences méritent toute notre attention.
Le débat sur le pouvoir, et en fait sur l’autogestion, a traversé le mouvement ouvrier dans tous les pays et dans des périodes bien différentes. On sait ce qu’il advint de la révolution russe de 1917 et ce que furent les régimes autoritaires des pays dits « communistes ». Mais, en Russie, de 1917 au début des années 20, la remise en cause du pouvoir des conseils ouvriers (les soviets) a été contestée y compris au sein du parti bolchevik au pouvoir.
En 1945, après la seconde guerre mondiale, où tout est à reconstruire et afin d’écarter toute velléité de remise en cause du système, nombre de gouvernements européens mettent en place des politiques dites keynésiennes fondées sur un interventionnisme étatique fort. En France, dans le cadre du Conseil national de la résistance (CNR) regroupant les courants politiques de droite et de gauche, le projet était « le retour à la nation de tous les grands moyens de production monopolisée, fruit du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques » ; le préambule de la constitution de 1946 reprend ces principes. Une grande partie du patronat ne s’y oppose pas, non seulement parce que les actionnaires indemnisé-es pourront investir dans des secteurs plus juteux à court terme, mais aussi parce que les lourds investissements assumés par l’Etat seront profitables au développement du capitalisme. De surcroît, la gestion des secteurs nationalisés n’étant pas sous contrôle ouvrier, le changement juridique de la propriété ne remet en cause, ni la logique de rentabilité, ni le pouvoir de décision et de gestion des dirigeant-es. Rien d’étonnant, comme le disait le sociologue Bourdieu, tant la porosité entre « la noblesse d’état » technocratique10 et les pouvoirs économiques, contredit la notion « d’Etat garant de l’intérêt général ».
L’important travail de recherches, de confrontation d’idées, mené au cours des années 60 dans des organisations ouvrières (y compris syndical, notamment dans la CFTC/CFDT) et la dynamique de Mai 68, mettent l’autogestion au centre de nombreux débats. Avec le recul, certains « exemples » d’alors méritent d’être considérablement rediscutés.
C’est dans ce contexte où se mêlent débats théoriques et forte volonté de « changer les choses dès maintenant » que naît le conflit des LIP en 1973 à Besançon. Contre les licenciements, les salarié-es, massivement syndiqué-es, réquisitionnent le stock de montres et s’emparent des plans de fabrication. S’en suit une période novatrice, qui cristallise espoirs et soutien populaire, au cours de laquelle est mis en oeuvre le slogan « c’est possible, on produit, on vend, on se paie ».
Les nationalisations de 1982, sous Mitterrand, représenteront 17 % du PIB, et toucheront plusieurs dizaines de sociétés industrielles (Compagnie générale d’électricité, St Gobain, Pechiney, Rhône Poulenc, Thomson-brandt) et financières, mais elles suivront la même logique que les processus antérieurs, avec 47 milliards de francs d’indemnisations pour les actionnaires. Il n’y avait aucune volonté politique de permettre une remise en cause des choix stratégiques de production, du pouvoir de décision et de gestion des salariés-es dans les entreprises.

Les équipes dirigeantes resteront les mêmes notamment dans le secteur bancaire où la course à la spéculation aboutira à une facture salée pour les contribuables (cf. les 100 milliards de dette du Crédit Lyonnais). Le gouvernement PS/PCF est loin même du programme commun de la gauche des années 70 qui préconisait la mise en place de conseils d’ateliers et de services pour un contrôle ouvrier des entreprises. Les libéraux comme les sociaux démocrates utilisent la socialisation des pertes comme une transition avant un retour fructueux au secteur privé. A l’instar des politiques ultralibérales anglo-américaines de Thatcher et Reagan dont la doctrine est la restauration de « l’ordre spontané du Marché », le gouvernement « socialiste » opérera le tournant libéral en 1983.
Les privatisations ne vont pas cesser de s’enchaîner sous les gouvernements de droite comme de gauche, notamment sous le gouvernement Jospin (PS/PCF/Verts, de 1997 à 2002). Le drame de la sidérurgie française privatisée en 1996 est un des symboles. D’autres secteurs verront la participation de l’Etat baisser sans cesse et en bout de course circonscrite à l’énergie, les transports, l’audiovisuel public, les télécommunications, la Poste… souvent de plus en plus partiellement d’ailleurs.
Cette contre révolution conservatrice amorcée dans les années 1980, prendra dans les années 1990 des formes nouvelles de domination de la finance sur l’ensemble de la sphère économique dont la recherche de rentabilité maximum et à court terme, conjuguée avec une concentration croissante des entreprises, abouti à l’extension des privatisations et à une offensive brutale contre les services publics.
Force est de constater que le bilan des privatisations est marqué par un coût social élevé. Les Etats ont souvent bradé les entreprises publiques au secteur privé. Ce dernier, guidé par la recherche du profit immédiat, n’a cure des productions nocives écologiquement et désastreuse socialement pour les salariés-es. Et quand, celui-ci est en faillite, les états renflouent, sans contreparties, et font payer la note aux populations, détruisent le secteur public, comme c’est le cas aujourd’hui avec les politiques d’austérité instaurées en Europe dans la foulée de la crise économique et financière de 2008. Ce ne sont pas les quelques mesures de B.Hamon sur l’économie sociale et solidaires, ni le projet de Hollande sur la possibilité de reprise par les salariés-es d’entreprises bénéficiaires, qui modifieront la domination de la loi du marché et la captation des pouvoirs de décision par une oligarchie minoritaire.
Socialisation, autogestion : une autre voie possible
Les questions que nous devons poser sont celles de la répartition des fruits des richesses produites et de l’organisation de la production (ce qui implique celles sur son contenu, son utilité sociale, ses implications écologiques, etc.)
La nationalisation de tel ou tel secteur, où seule la forme juridique de la propriété change en devenant étatique, ne bouleverse pas la logique du système dans son ensemble. A certains moments, elles peuvent permettre de sauvegarder les intérêts des salariés-es ; mais une véritable transformation sociale du système suppose la socialisation de l’ensemble des moyens de production et d’échange donc la remise en cause de la propriété privée, et du pouvoir par les travailleurs-ses, au sein des entreprises mais aussi plus largement pour « l’administration de la société ». Cela implique également un cadre national de planification des besoins sociaux futurs, des ressources allouées pour les satisfaire, en tenant compte des impératifs écologiques. L’articulation de ces orientations, à l’échelle nationale et internationale, avec les besoins locaux, ceux des entreprises et des branches, pose la question de l’ensemble de la « chaine démocratique » pour assurer des choix cohérents au profit de la collectivité dans son ensemble.
Au-delà des mots différents (autogestion, collectivisation, socialisation, …), ce que nous entendons par autogestion c’est que les classes sociales qui produisent la richesse collective13, aujourd’hui sans pouvoir, peuvent gérer l’économie (donc les entreprises, les services, etc.) et plus généralement la société. Ceci suppose l’appropriation collective directe des outils de production et des moyens d’échanges. Nous ne voulons par là décrire un modèle idéal pour « après la révolution », mais d’une part « construire par nos luttes d’aujourd’hui la société de demain », d’autre part créer les conditions pour que des luttes faisant bouger réellement les choses se développent.

Ces principes posés, l’évolution du capitalisme et ses effets sur la structuration du salariat, nous obligent à repenser les termes du débat sur ces thématiques. Nous ne sommes plus dans les années 1970 où nous étions face à un capitalisme encore largement patrimonial, familial, avec un pouvoir de décision unique et identifié. L’internationalisation du capital, les centres de pouvoir opaques et insaisissables, l’interdépendance économique à l’échelle planétaire, la domination des multinationales sur l’ensemble des filières, des PME, et du marché des matières premières, impliquent de redéfinir le contenu des réponses alternatives et les stratégies syndicales et politiques.
La perspective de socialisation des secteurs clefs de l’économie et autogérés par les salariés-es suppose d’anticiper la chaîne de conditions économiques de production et de la repenser au-delà des murs d’une seule entreprise. En d’autres termes, l’autogestion n’est pas concevable en l’organisant entreprise par entreprise, sans prendre en compte les interactions entre de nombreuses entités tout au long de la production d’un produit ou d’un service. C’est sans doute une des raisons qui explique que « l’aventure » autogestionnaire surgisse rarement des luttes d’entreprises, les salariés-es évaluant eux-mêmes les conditions nécessaires à sa réussite. Le caractère outrageusement réformiste de la majorité du mouvement syndical contemporain, que nous évoquions plus haut, est aussi une des explications.
Cela ne veut pas dire que des espaces d’expériences autogestionnaires sont impossibles, même sous des formes inachevées comme les SCOP en France ou plus abouties et plus nombreuses comme par exemple en Argentine (les entreprises « récupérées ») ou la coopératives ouvrière Mondragon au pays basque espagnol, mais dans les tous les cas ce sont dans des secteurs et des créneaux restreints. Le mode d’organisation en SCOP permet des ruptures importantes avec le schéma dominant dans l’économie capitaliste : sur la propriété, la hiérarchie, la répartition des tâches, etc. Dans un autre registre, mais avec la même aspiration, le développement des AMAP (Association pour le maintien dune agriculture paysanne) pose les questions des circuits courts entre paysan-nes et consommateurs-trices, de l’inutilité des grands groupes prédateurs de la distribution mais aussi la qualité de la nourriture produite et du soutien à une agriculture non productiviste.
Quant à « l’économie sociale et solidaire », appelée aussi « tiers secteur », si elle traduit parfois une aspiration à sortir des lois du marché, elle n’est pas exempte de contradictions ; la gestion de ces entités, à l’exemple de nombre de Comités d’Entreprise ou d’associations, étant loin d’être en rupture avec le modèle dominant ! Elle se situe aux marges du système et sans vue d’ensemble, perméable à l’instrumentalisation dans un processus de privatisation des services publics, et à la récupération marchande comme le commerce équitable par les grandes chaînes de distribution.
Les expériences qui peuvent être menées à travers des CE (bien peu !) ou des SCOP, aussi utiles et intéressantes soient-elles, ne sont pas l’autogestion au sens d’un projet d’ensemble qui a des conséquences sur toute la société, et remet en cause les rapports entre classes sociales que nous connaissons. Le projet autogestionnaire dont nous nous revendiquons est nécessairement en rupture avec le système capitaliste.
Un syndicalisme internationaliste, concrètement
Le défi pour le syndicalisme est global : imposer un changement systémique, à l’échelle nationale et internationale. À cet égard, la construction de luttes conjointes entre salariés-es des grands groupes opérant dans plusieurs pays, notamment au niveau européen, doit devenir un objectif prioritaire ; le développement de réseaux syndicaux « lutte de classes » à l’échelle internationale, ou encore la pérennité des forums sociaux européens et mondiaux, sont eux aussi décisifs.
Des outils existent, comme le Réseau syndical international de solidarité et de luttes et les réseaux qui s’organisent dans plusieurs secteurs professionnels ; mais ils ne nous seront utiles pour construire les ruptures politiques et sociales que nous voulons, que si nos collectifs syndicaux de base (syndicats, sections syndicales) se les approprient, les font vivre, les banalisent auprès de la masse des salarié-es. Sinon, ils ne servent qu’à donner une bonne conscience internationaliste, sans effet réel sur la lutte des classes, donc sans conséquence sur les rapports sociaux et le système capitaliste !

Travailleurs-ses, usagers, consommateurs-trices, citoyen-nes…
Un autre défi posé au syndicalisme est celui de la conception du sujet social, acteur de cette perspective de transformation sociale : est-ce la classe ouvrière dans sa vision la plus restrictive ? Est-ce les salarié-es (qu’ils et elles aient un emploi, soient au chômage, en formation ou en retraite) ? Quel sont les rapports avec les paysan-nes ? Avec les artisan-nes ? La grande majorité du syndicalisme est encore imprégnée d’une conception restrictive des bases sociales de la démocratie économique et sociale. Le syndicalisme ne doit plus penser les forces dynamiques de la transformation sociale uniquement à partir du seul rôle de producteurs-trices et du lieu clos de l’entreprise, mais bien appréhender cette question de manière transversale, à la fois dans toute sa dimension interprofessionnelle mais aussi par l’articulation et la jonction entre les moments où nous sommes usagers, salarié-es, citoyen-nes ; ce dernier terme caractérisant ici la place des travailleurs-ses dans « la cité », sans renvoyer à une définition le limitant aux contours de la république bourgeoise héritée de 1789.
La cohérence des choix économiques, des finalités de production de biens communs, nécessite une vision globale qui dépasse les intérêts d’une seule communauté de production ou de service. Transformer l’ensemble des rapports sociaux suppose d’aller au-delà de la question de l’appropriation sociale des moyens de production et de développer une réflexion sur les sujets de la démocratie sociale, la citoyenneté et l’égalité pour sortir de la figure unique du producteur émancipé. De manière, certes modeste et avec toutes leurs insuffisances, les campagnes de boycott des produits (comme Danone en 2001), de « votation citoyenne » contre la privatisation de la Poste, ou encore les luttes syndicales internationales pour le droit à la santé, pour la défense du service public ferroviaire, sont autant d’illustrations d’alliances nécessaires de forces sociales complémentaires.
Plus récemment, la pertinence de la propriété des entreprises a de nouveau été posée. Les syndicats CGT et CGC de Fralib, à Géménos ont un projet de reprise de la production du thé Elephant/Lipton. La multinationale Unilever bloque, refusant de céder la marque Elephant. Au-delà de la volonté de briser le collectif de travailleurs-ses qui luttent contre la décision patronale, l’enjeu pour la multinationale est d’empêcher de vivre un projet qui répond à des questions de fond telles que celles des délocalisations, du développement de la production locale, des méthodes de production, bref, de la transition écologique.
A Florange, c’est une autre multinationale, Arcelor-Mittal, qui a bafoué ses engagements et fait renoncer le gouvernement aussitôt après une timide annonce de possible nationalisation partielle et temporaire…
Concernant PSA, nous écrivions en août 20012 dans un tract national Solidaires : « Un débat doit s’ouvrir avec les salarié-es concernés mais aussi avec l’ensemble de la population sur les questions de la socialisation, du contrôle des salarié-es sur ce qu’ils et elles produisent, sur l’utilisation de la plus-value dégagée, sur les investissements utiles à la société… Ces questions se posent pour la filière automobile comme dans les autres secteurs productifs ». En réalité, les grévistes de PSA n’ont jamais envisagé collectivement une reprise de la production, fut-elle accompagnée d’une reconversion ; une telle démarche suppose un travail syndical préalable, dans la durée.
L’absence de réflexion collective sur une gestion autre, et plus précisément sur une possible autogestion, affaiblit les perspectives émancipatrices des mouvements.
Des contre-pouvoirs à ancrer dans le quotidien
La question des contre-pouvoirs dans l’entreprise, mais pas seulement dans l’entreprise17, est essentielle. C’est un des exercices de « gymnastique révolutionnaire » dont parlaient les syndicalistes révolutionnaires du début du 20ème siècle. Car il ne s’agit pas de se limiter aux contre-pouvoirs mais bien de construire par là, notamment, une dynamique aboutissant à poser concrètement la question du pouvoir, de sa forme, de son exercice, de sa réalité, de son utilité … et nous en revenons au débat sur l’autogestion.

Nos mots d’ordre et nos revendications de redistribution des richesses produites, de diminution massive du temps de travail, de droit de veto des représentant-es des travailleurs-ses dans les Comités d’Entreprises, de réquisition des emplois, d’appropriation collectives des entreprises qui ferment, etc., s’articulent pleinement avec ces réflexions. Applicables à la situation présente, donc dans le cadre du système capitaliste, tout ceci peut être taxé de « réformisme ». Mais c’est le rapport dialectique avec les luttes qui peut leur donner un caractère révolutionnaire. La construction du rapport de forces et de mouvements de masse qui s’opposent frontalement au système en place, donc le renforcement des outils syndicaux qui portent cette dynamique, sont incontournables pour passer des débats abstraits à la pratique concrète.
De même, l’autogestion ne doit pas être une notion qui demeurerait abstraite aux yeux de la majorité des travailleurs-ses. Dans un processus de crédibilisation de nos aspirations autogestionnaires, il serait utile que les collectifs syndicaux travaillent sur ce que ceci pourrait signifier dans leur secteur (comme indiqué par ailleurs, en intégrant qu’il n’est pas question d’autarcie).
Ceci peut se concevoir relativement facilement pour une entreprise mono-activité, même si cela amène à poser des questions importantes comme l’utilité ou non de la hiérarchie, les modalités de décision collective, les rapports entre services, la non-opposition entre autogestion et parfois « commandement » technique, etc. Mais dans des entreprises plus importantes, dans des services en réseau (transports, énergie, etc.), c’est plus complexe ; raison de plus pour y travailler dès maintenant.
Nous ne voulons pas construire « un schéma idéal coupé de toutes réalités » mais apprendre ensemble, construire ensemble, rendre crédible la perspective d’autogestion donc de changement fondamental de l’organisation de la société.
Nous l’avons dit : l’autogestion telle que nous l’entendons ne se résume pas à la gestion directe par les salarié-es de chacun de leur lieu de travail. A contrario, elle doit s’ancrer à ce niveau. Nous sommes « chez nous » dans nos entreprises, nos services, nos lieux de travail ! Cette affirmation peut paraître naïve et apolitique ; elle est loin de l’être. C’est en prenant confiance dans leur « bon droit » (pas au sens du droit légal bourgeois) à décider ensemble de ce qu’ils et elles font au boulot que les travailleurs-ses oseront des actions plus radicales au sens où elles remettront en cause des principes présentés jusque là comme des évidences : la hiérarchie, les différences de rémunération, les directives qui ne correspondent pas au travail réel, etc. Se réapproprier collectivement nos lieux de travail est une action syndicale à première vue réformiste qui a une portée radicale et révolutionnaire.
Autogestion des luttes
La mise en pratique d’une conception autogestionnaire de la société concerne aussi les pratiques syndicales au sein des syndicats et dans les luttes. Toute conception pyramidale des prises de décisions est aux antipodes d’un projet autogestionnaire. Nombre d’organisations syndicales se considèrent comme les états major, les têtes pensantes, auxquelles les acteurs et actrices des mouvements sociaux doivent se soumettre.
Rompre avec cette conception et favoriser les formes de démocratie directe (assemblées générales décisionnaires au plus près des collectifs de travail, comités de grèves, assemblées générales interprofessionnelles, coordinations…), c’est oeuvrer à l’apprentissage de l’autogestion dans une perspective plus globale, c’est aussi choisir la démocratie dans les luttes, favorisant ainsi leur autonomie vis-à-vis de toutes forces extérieures (politiques, étatiques, gouvernementales, …) prétendant les diriger.
L’autogestion des luttes est exigeante : pour que les revendications, les formes et la durée d’une grève, la coordination éventuelle avec d’autres secteurs, le contrôle des négociations, etc., s’inscrivent réellement dans la démocratie ouvrière dont nous nous revendiquons, il faut par exemple que les assemblées générales (ou comités de grève, etc.) soient réellement représentatives des salarié-es en lutte.
S’appuyer sur l’expérience collective, être disponibles à l’inattendu
L’histoire du syndicalisme est traversée par des processus de recomposition à l’épreuve de la lutte des classes et des évènements politiques et sociaux qui la rythme. Ce sont des processus longs mais l’union syndicale Solidaires doit jouer un rôle central dans la recomposition syndicale de demain afin que celle-ci offre à l’ensemble du salariat une alternative au « syndicalisme d’accompagnement ».
Ne plus se concevoir comme un simple contre-pouvoir, mais se poser comme une force porteuse d’un projet de société face au capitalisme est une des conditions pour inverser le rapport de forces et rendre à nouveau possible l’avènement d’un autre monde. L’internationalisme est partie intégrante de ce processus.
En conclusion, si personne ne peut prétendre avoir un modèle clé en main d’un processus de transformation sociale, ni des formes achevées d’une organisation sociale autogestionnaire, commencer à se poser quelques questions fondamentales c’est tenter d’y répondre. Et surtout, l’histoire nous enseigne que les mouvements sociaux produisent eux-mêmes les outils nouveaux de la transformation sociale.
Etre attentifs aux nouvelles formes d’organisation collective et disponibles à l’inattendu, c’est être fidèle au combat de l’émancipation sociale.
Le 30 août 2013, Catherine Lebrun, Christian Mahieux.
Bibliographie (très sommaire…)
 Ouvrage collectif « Autogestion, hier, aujourd’hui, demain » – ed. Syllepse, 2010.
 Pierre Bourdieu « La noblesse d’état. Grandes écoles et esprit de corps » – ed. de Minuit, 1989.
 Contre Temps « Propriété et pouvoirs » – ed.Textuel, 2002.
 Fondation Copernic « L’appropriation sociale » – ed. Syllepse, 2001.
 Franck Mintz « L’autogestion dans l’Espagne révolutionnaire » – ed. Maspéro 1976
 « Moscou 1918, la revue Kommunist » – ed. Smolny, 2011.
 Thomas Coutrot « Démocratie contre capitalisme » – ed. La Dispute, 2005.
Autres bibliographies disponibles (très complètes…)
http://alterautogestion.blogspot.fr/p/bibliographies-autogestion.html
http://www.autogestion.asso.fr/wp-content/uploads/2012/05/bibliographie-20120523.pdf
Sites :
 Association pour l’autogestion : http://www.autogestion.asso.fr
 Foire à l’autogestion : http://www.foire-autogestion.org
 Alter autogestion : http://alterautogestion.blogspot.fr
 Autogestion.coop : http://www.autogestion.coop

Solidaires propose une réunion intersyndicale

 Après la grande marche populaire du 11 janvier,   face au très grande nombre de questions  posées, une des réponses est de poursuivre la lutte contre la dégradation sociale. Et notamment la loi Macron.  L’Union syndicale Solidaires écrit à toutes organisations, le jour où la CGT tente de résoudre sa crise de direction par la réunion de son Comité confédéral national, réunissant les unions départementales et les fédérations professionnelles.
Une réunion intersyndicale est proposée le vendredi 16 janvier à 10h.
Le fichier PDF : LettreOs_12_01_2015
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Le 12 janvier 2015
Lettre de l’Union syndicale Solidaires à CFE-CGC, CFDT, CFTC, CGT, FSU, FO, UNSA
Cher-es camarades,
Des événements dramatiques ont secoué et mobilisé les salarié-es et rassemblé nos organisations syndicales dans des préoccupations communes. Aujourd’hui, la situation du monde du travail, le maintien d’une situation économique dépressive, rendent nécessaire la discussion de toutes les organisations pour échanger sur l’état des lieux et agir ensemble.
Des mobilisations existent dans le privé comme dans le public, des intersyndicales locales et sectorielles se mobilisent, contre la politique d’austérité.
La loi dite Macron, comme la plupart des mesures précédentes, ne fera qu’aggraver la situation sociale de la grande majorité des salarié-es. Les menaces pèsent sur les retraites complémentaires,
sur les droits des salarié-es dans les entreprises, sur les 35 heures. Les coupes budgétaires se poursuivent alors que la lutte contre les 60 milliards que coûte la fraude fiscale n’est pas menée sérieusement. La politique de compétitivité profite principalement au patronat et alimente la récession économique, comme dans nombre de pays européens.
– La contestation et les résistances s’organisent, en Belgique, Espagne, Grèce… qu’attendons-nous pour faire de même ?
– Combien de temps encore allons-nous tolérer que nos droits fondamentaux : emploi, salaire, protection sociale, santé, éducation, logement, soient détruits d’année en année, de loi en loi ?!
– Combien de temps allons-nous accepter que les dividendes explosent, plus 30 % en 2014, pendant que les salaires stagnent ?
– Combien de temps allons-nous laisser dilapider l’argent public au profit des banques, des entreprises, sans aucun effet sur l’emploi ?
– Combien de temps allons-nous laisser détruire nos biens communs que sont les services publics pour toujours plus de privatisation ?
Les raisons d’agir toutes et tous ensemble ne manquent pas. L’urgence est à l’action collective pour imposer la satisfaction des besoins sociaux du plus grand nombre.
L’union syndicale Solidaires vous invite à une intersyndicale nationale dans nos locaux le vendredi 16 janvier à 10 h 00 afin de construire une riposte à la hauteur des enjeux.
Solidairement, le secrétariat national de Solidaires.
Union syndicale Solidaires – 144 bd de la Villette – 75 019 Paris
tél : 01 58 39 30 20 – Fax : 01 43 67 62 14
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Nous sommes charlie

Les historiens diront ce que nous vivons. Le syndicalisme (CGT, CFDT, CFTC, CGC, UNSA, FSU, UNSA, Solidaires), et les  associations antiracistes (LDH, MRAP, LICRA, SOS Racisme) ont appelé bien sûr à la gigantesque manifestation populaire du 11 janvier 2015, la plus vaste depuis 1945 semble-t-il. Tout le monde a appelé mais parmi les présents, personne ne s’est senti « appelé ». Le peuple s’est mobilisé lui-même.

Ci-dessous les textes d’appel syndicaux (manque quand même FO) et associatifs.

 

  • communiqué intersyndical

 

Le monde du travail, ensemble, pour les libertés et la démocratie.

Les organisations syndicales françaises s’unissent et se joignent au mouvement citoyen et républicain pour exprimer leur émotion et leur indignation après l’attentat terroriste perpétré contre le journal Charlie Hebdo et face à  tous les actes de violences et d’intolérance.

La Démocratie, la République, la Paix, les Libertés de pensée et d’expression sont des biens communs que nous sommes décidés à défendre face à tous les totalitarismes, aux discours haineux et aux tentatives de division et de stigmatisation.

Dans cet esprit et dans l’unité, les organisations syndicales CGT, CFDT, CFTC, CFE-CGC, FSU, UNSA et Solidaires appellent le monde du travail ainsi que tous les citoyennes et citoyens à se joindre à toutes les initiatives et manifestations organisées ce weekend partout en France dont la marche silencieuse à Paris ce dimanche 11 janvier à 15H00, Place de la République.

Fait à Paris, le 8 janvier 2015

 

Paris, le 9 janvier 2015
Pour une République effective
Aucun mot, aucune formule ne peuvent traduire notre peine : nous pleurons la mort de ceux et celles
qui n’avaient qu’un crayon pour toute arme, et de ceux qui les protégeaient contre ce que nous
pensions impossible. Les individus qui ont ainsi entonné un abominable hymne à la mort ont touché
juste car c’est tout ce que nous aimons qu’ils ont assassiné : l’impertinence, le rire, l’inventivité, la joie
de vivre, la liberté de penser, sans laquelle il n’est pas d’humanité. Et nous avons besoin que cette
peine soit partagée entre tous, ici en France comme partout dans le monde. Ce monde qui a ressenti
que cet événement n’était pas hexagonal mais notre histoire commune.
Bien sûr, il faudra enquêter, juger et sanctionner. Aucune démocratie ne peut accepter de plier face
au fanatisme, à la violence, encore moins quand elle est dirigée contre un de ses piliers, la liberté
d’expression. Bien sûr, c’est dans le cadre de l’Etat de droit que doivent agir les forces de l’ordre.
C’est aussi sans stigmatisation des personnes se réclamant de l’islam que nous devons exprimer
notre rejet de cette barbarie, si nous ne voulons pas entretenir des solidarités malsaines.
L’émotion ne suffit pas. Des voix s’élèvent pour appeler au rassemblement au nom des principes de la
République. Mais de quelle République s’agit-il ? Il n’est pas certain que le mot suffise, en effet, à
partager les mêmes principes ni les mêmes valeurs.
Le constat est terrible : sur fond de crise sociale permanente, la cohésion de notre pays a éclaté.
Racisme et antisémitisme, stigmatisation d’une partie de la population, retour de la vieille antienne du
bouc émissaire dont on ne retient que l’origine, relégation dans des ghettos territoriaux et scolaires,
replis identitaires, ignorance de notre histoire, qu’elle concerne l’esclavage, la collaboration ou le
colonialisme, et ces mots d’exclusion devenus si quotidiens au nom d’une conception dévoyée de la
liberté d’expression. Pire, certains détenteurs de la parole publique n’ont pas su, et parfois pas voulu,
respecter les symboles de l’égalité républicaine.
Ne le dissimulons pas, nous sommes tous responsables de cette situation. Cet échec nous est
commun et nous ne saurions nous dispenser d’un regard critique sur nos propres actions.
Lorsque les principes mêmes de la République sont contredits par la réalité, chacun interpelle celle-ci
dans une sorte de sauve-qui-peut généralisé en lui délivrant injonction d’agir pour son propre sort
sans référence à l’intérêt commun.
S’il est bien que les partis politiques, acteurs essentiels de la vie démocratique, s’emparent de ce
débat, c’est d’abord au citoyen de le mener. Avant même de rassembler les institutions et les
organisations, c’est d’abord les hommes et les femmes de ce pays qu’il faut rassembler autour non
d’une incantation, mais d’une République effective pour tous.
Parce que nous voulons vivre ensemble, sans racisme et sans discriminations, quelles que soient nos
origines, parce que la laïcité sans adjectif, celle qui accueille sans exclure, est la garantie de la paix
civile, parce que nous sommes attachés à chacun des termes fondateurs de la République – Liberté,
Egalité et Fraternité –, nous avons décidé de le dire dans la rue dimanche 11 janvier, sans slogans ni
bannières, simplement pour dire ensemble notre peine mais aussi notre adhésion à une République
dans laquelle chacun peut, sans distinctions, se retrouver. Tel est le sens de notre appel.
Alain Jakubowicz, président de la Licra, Pierre Mairat, co-président du Mrap, Dominique Sopo,
président de SOS Racisme, Pierre Tartakowsky, président de la LDH