La Charte d’Amiens jugée « périmée » par l’Ecole Emancipée…dans les années 1920

Jean-Pierre Debourdeau, militant du syndicalisme enseignant, réagit au livre « Nouveau siècle, nouveau syndicalisme », notamment sur le chapitre « Amender la Charte d’Amiens ? », par ce rappel des positions très anciennes du courant Ecole Emancipée, majoritaire dans la Fédération de l’enseignement CGTU.

« Petite note, non publiée, rédigée en complément du dossier de la revue l’Ecole Emancipée, au moment du centenaire de la Charte d’Amiens, pour rappeler , notamment face au déferlement hagiographique/acritique, les positions de la majorité de la Fédération de l’Enseignement de la CGTU, dont les responsables étaient des communistes antistaliniens et l’organe, déjà, L’Ecole Emancipée (trop souvent assimilée à l’anarcho-syndicalisme) ».

REBOND : LA FEDERATION UNITAIRE DE L’ENSEIGNEMENT JUGEAIT « PERIMEE « LA CHARTE D’AMIENS

Le dossier précédent n’a pas fait d’allusions aux positions prises par nos devanciers, la majorité fédérale (Ecole Emancipée) de la Fédération des Membres de l’enseignement laïc de la CGTU. Comme l’ouvrage de Loïc Le Bars, La Fédération unitaire de l’Enseignement (1919-1935), aux origines du Syndicalisme enseignant (Ed. Syllepse. 2005) n’en parle pas non plus, s’agirait-il d’une question tabou?

La Majorité fédérale combat sur deux fronts:
– contre ceux, des anarcho-syndicalistes et la Ligue Syndicaliste, qui fétichisent la Charte d’Amiens, oubliant que ce fut d’abord une motion de circonstance, de défiance vis-à-vis du Parti Socialiste qui venait de s’unifier, votée de concert, grâce à ses ambiguïtés, par les corporatistes apolitiques et les syndicalistes-révolutionnaires,
– et contre ceux, la Minorité oppositionnelle révolutionnaire (du PC stalinisé), qui proposent la direction unique et la reconnaissance du rôle dirigeant du parti, c’est-à-dire la subordination (version social-démocrate musclée).

L’Ecole Emancipée reste fidèle à la motion de Bourges du congrès de la CGTU (1923) qui considérait
« comme dangereuse l’interprétation de la motion d’Amiens qui consiste à n’envisager la révolution sociale que sous l’angle étroit d’une conception économique au nom de laquelle le syndicalisme interdirait à ses adhérents la libre expression de leurs opinions politiques ou philosophiques dans les assemblées syndicales» et estimait «qu’une telle conception aboutirait fatalement à limiter l’activité du syndicalisme à des objectifs purement corporatifs. […] si les statuts, les formes d’organisation, les mots d’ordre et les décisions de la CGTU ne peuvent être ni modifiés, ni transgressés de l’extérieur, si nul militant, quelle que soit sa fonction, ne peut violer son mandat sans être justiciable devant son organisation, là s’arrêtent les droits de contrôle de l’organisation syndicale sur ses adhérents. La CGTU autonome dans sa forme d’organisation, dans la détermination de ses moyens d’action, à moins d’être un groupement de secte, ne sera jamais à l’abri de la pénétration des idées politiques ou philosophiques [ . .] il n’appartient pas aux organismes syndicaux de juger les moyens par lesquels un groupement politique ou syndicaliste fait pénétrer ou veut faire pénétrer ses idées dans le mouvement syndical […] seule, en cette question, l’autonomie de la CGTU l’intéresse et que les comités créés par des sectes, partis, groupements, fonctionnant officiellement ou officieusement, ne sauraient constituer un danger de subordination parce qu’ils ne peuvent normalement se substituer aux organisations syndicales, dans la tâche qu’elles ont pour mission de poursuivre, sans mettre les délégués ou fonctionnaires syndicaux en état de violer leur mandat».

Dans un Manifeste, en 1930, la Majorité fédérale, réaffirme:« Autant nous estimons que l’indépendance idéologique, l’autonomie spirituelle des syndicats est un mythe et que la poursuite de ce but équivaut à la recherche de la quadrature du cercle sur le terrain syndical. autant nous nous élevons contre la domestication, la coloni¬ sation des syndicats par la violation de leur indépendance organique, de leur autonomie matérielle.
Il y a sur ce point une distinction très importante à faire et les camarades minoritaires se fourvoient, s’ils croient pouvoir jamais placer le syndicalisme à l’abri des infiltrations idéologiques. D’abord, ce ne serait pas souhaitable parce que c’est dans la mesure où le syndicalisme s’inspire de l’idéologie révolutionnaire qu’il s’élève au-dessus du corporatisme étroit, qu’il élargit son horizon. Ensuite, ce ne serait pas possible. Quand on porte ses regards dans le passé on constate qu’il n’y a jamais eu de syndicalisme indépendant . A plus forte raison doit-il en être ainsi à une époque comme la nôtre qui, en accentuant les contradictions internes de l’impérialisme, accentue, par cela même, les contradictions internes du prolétariat.
[…] Le syndicalisme a l’idéologie qui, tout en tenant compte de la tradition et des particularités concrètes du pays où il se meut s’est imposé par le bon travail  corporatif et révolutionnaire de ceux qu’elle inspire. Le libre jeu des tendances s’abritant en son sein et dont il doit admettre l’organisation compose seul sa figure théorique et tactique. S’il n’est pas pour nous d’idéologie spécifiquement syndicaliste […]; si nous ne pouvons donner notre adhésion à la thèse de l’indépendance pour l’indépendance que tous les courants même réactionnaires du mouvement ouvrier peuvent adopter: nous affirmons avec force la nécessité de l’indépendance organique administrative de la C.G.T.U. qui doit être défendue » .

Jean Pierre Debourdeau

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